mercredi 4 juin 2014

Le bleu est une couleur chaude

Après des mois d'attente, cet album étant beaucoup réservé à la médiathèque, j'ai enfin eu l'occasion de lire la superbe bande-dessinée, Le bleu est une couleur chaude, écrite par Julie Maroh, talentueuse auteure de BD de 28 ans.


Vous n'avez jamais entendu parlé de cet album? Pourtant vous avez tous entendu parlé de La Vie d'Adèle le film réalisé par Abdellatif Kechcich qui a eu la palme d'or à Cannes l'an dernier ?! Et bien, le film est librement inspiré de cette BD. Je n'ai pas (encore) vu le film, le battage médiatique autour d'une oeuvre me décourageant plutôt que m'incitant à aller le voir. S'ajoute à cela la durée de 3 heures de ce chapitre 1... Toutefois, maintenant que j'ai lu la bande-dessinée, j'envisage de voir si film de Kechiche est fidèle à la BD ou non.

Le bleu est une couleur chaude raconte le passage à l'adolescence de Clémentine, qui, à 15 ans, "flache" sur Emma, une fille aux cheveux bleus, un peu plus âgée qu'elle. Cette brève rencontre la hantera pendant de longs mois, jusqu'à ce qu'elles se rencontrent à nouveau et se rapprochent petit à petit. Clémentine, qui se considère comme hétéro, s'interroge sur ses pensées, lutte contre ses désirs qu'elle trouve "contre-nature", d'autant plus qu'elle est rejetée par ses camarades après qu'ils l'ai aperçue avec son amie lesbienne. Heureusement, son ami homo Valentin est toujours là pour l'écouter et la soutenir. 

Dès les premières pages on sait que Clémentine est morte puisque Emma lit ses journaux intimes et les lettres d'amour qu'elle lui a adressé. On sait d'emblée qu'il s'agit d'une histoire triste. On découvre ensuite leur histoire, leur rencontre, leur amour compliqué. Les deux tiers de l'album retracent l'adolescence de Clémentine, puis, on fait un saut dans le futur (10 ans après) dans les dernières pages. J'ai d'ailleurs été un peu surprise par ce déséquilibre, cette accélération du temps dans les dernières pages par rapport au reste de l'album.

C'est une BD très émouvante qui montre les sentiments et la sensibilité d'une jeune fille en quête de son identité, de sa sexualité. Les textes sont bien écrits et touchants. C'est une BD à lire, contre les préjugés, pour l'amour, la tolérance, la vie.

Cette BD a reçu le prix du public au festival d'Angoulême en 2011.


Quelques citations :

"L'amour est quelque chose de trop abstrait et d'indiscernable. Il est dépendant de nous, perçu et vécu par nous. Si nous n'existions pas, il n'existerait pas. Et nous sommes tellement changeants ... Alors l'amour ne peut que l'être aussi.
L'amour s'enflamme, trépasse, se brise, nous brise, se ranime ... : nous ranime. L'amour n'est peut-être pas éternel mais nous, il nous rend éternels ...
Par-delà notre mort, l'amour que nous avons éveillé continue d'accomplir son chemin."

"et c'est peu à peu que j'ai compris que nos façons d'aimer étaient multiples. On ne choisit pas de qui on va tomber amoureux et notre conception du bonheur s'impose à nous-même selon notre vécu."

"Je me sens perdue, seule au fond d'un gouffre. Je ne sais pas quoi faire, j'ai l'impression que tout ce que je fais en ce moment est contre-nature... Contre ma nature. Mais pourquoi cette vie convient aux autres et pas à moi ?"

mardi 13 mai 2014

D'une vie à l'autre : quand les secrets politiques refont surface dans une famille norvégienne

D'une vie à l'autre

Voici un petit film allemand - norvégien qui mérite le détour. 1990, la chute du mur du Berlin, la réunification allemande, la fin de la Guerre Froide. Quel est le lien entre ces faits historiques et la famille norvégienne dans laquelle nous sommes immergés au début du film? La mère Kathrin travaille dans une agence de publicité, son mari est capitaine de navire, leur fille étudiante est déjà maman et la grand-mère vient à la rescousse de la famille débordée pour garder le bébé, tous forment ainsi une famille apparemment normale et bien occupée.


Or, le film commence par une scène où Kathrin arrive à l'aéroport, se rend dans les toilettes pour se changer et met une perruque avant d'embarquer incognito pour l'Allemagne. On sait d'ores et déjà qu'elle a des secrets.


Arrivée en ex-RDA, elle se rend dans un Lebensborn , un orphelinat abandonné, à la recherche d'une ancienne infirmière. On pense bien sûr qu'elle est à la recherche de son passé d'orpheline. Mais la suite du film nous réserve bien des surprises. Un avocat enquête sur le devenir des enfants nés de père allemand et arrachés à leur mère norvégienne pour être envoyés en Allemagne et s’intéresse de près à la famille de Kathrin, en vue d'un procès de réhabilitation à la Cour Européenne des Droits de l'Homme. Cela n'enchante pas du tout cette dernière et viendra compliquer la paisible existence qu'elle s'était construite.


Ce film met la lumière le passé de l'Allemagne. Tout d'abord le passé nazi avec le cas des "Lebensborn", ces orphelinats montés par lesSS en vue de renouveler la "race aryenne". Lors de l'occupation des pays voisins de l'Allemagne, les femmes ayant eu des relations avec des soldats allemands ont donné naissance à des bébés qui leur ont ensuite été arrachés et envoyés dans ces Lebensborn. C'est cet aspect qui est abordé ici. Le film aborde également la politique de la Stasi dans l'ex RDA, de 1950 à 1990.

Bande-annonce :


En effet, le réalisateur met en évidence les méthodes d'espionnage de la Stasi, le service de renseignement de la RDA, qui n'hésitait pas à endoctriner et former des enfants dès leur plus jeune âge pour en faire des agents de renseignement, à manipuler de nombreuses personnes et à éliminer les gêneurs.

D'une vie à l'autre s'inspire de faits réels et m'a permis de découvrir ce triste pan de l'histoire, c'est pourquoi j'ai trouvé ce film très intéressant.


Avec un petit coté rétro dans la réalisation, fidèle aux années 1990, ce film est assez réussi et j'ai été rapidement happée par l'histoire. Seul bémol, les "flach back" en version brouillée m'ont semblé des fois surfaits. 
Dans l'ensemble c'est un bon film, entre drame familial, film historique et film d’espionnage L'actrice interprétant Kathrin et celle jouant sa mère, toute en retenue, sont remarquables.
En bonus, quelques beaux panoramas des côtes sauvages de Norvège.

Petite remarque concernant l'affiche du film : il est écrit "le croisement réussi entre "La vie des autres" et "Borgen" mais franchement je n'ai pas vu le rapport! (surtout avec Borgen, ce n'est pas parce-qu’un film est scandinave qu'il faut forcément faire le rapprochement!)

samedi 10 mai 2014

Night Moves, un film noir sur l'activisme écologique

Night Moves est un film réalisé par l'américaine Kelly Reichardt qui raconte l'action clandestine de jeunes activistes écologiques au fin fond de l'Oregon, le tout de manière très réaliste. C'est à la fois un film d'auteur épuré, un drame social et un thriller psychologique.


L'histoire : Josch est un jeune homme taciturne qui travaille dans une ferme bio et vit dans une yourte sur l'exploitation. Il retrouve Dena, une jeune femme pâle travaillant dans un centre zen. Tous deux partagent des convictions écologiques et des pensées assez radicales. Il partent en virée pour rencontrer celui qui est apparemment l'instigateur d'un attentat. En cour de route, ils vont acheter un bateau baptisé "Night move" pour mener à bien leur action. 


Lors de la première demi-heure du film, on suit ces deux jeunes gens engagés contre l'exploitation des forêts et des rivières. Ils parlent peu, semblent désabusés et déterminés. Quelques minutes après le début du film, on sait déjà que la principale action du film sera l'explosion d'un barrage. On suit alors toute la préparation quasi minimaliste de cet attentat. 
Malgré un scénario assez simple, la réalisatrice parvint à maintenir une tension quasi permanente, notamment grâce à sa manière de filmer ses personnages au plus près et au choix d'une musique souvent angoissante.


Le rythme général du film est plutôt lent, de nombreuses scènes sont contemplatives, la réalisation soignée. On voit notamment de beaux plans de la rivière, de la forêt, des champs. On suit vraiment la progression de l'action "en temps réel", notamment lorsque les jeunes gens embarquent sur le lac la nuit, en silence, en direction du barrage.

Bande-annonce :

Cette action tant attendue ne sera pourtant pas montrée, la réalisatrice préférant filmer les jeunes gens au volant de leur voiture fuyant en silence. C'est là toute la force de ce film, davantage centrée sur la psychologique des personnages que sur les actions spectaculaires et les rebondissements. La plupart des sentiments des protagonistes sont d'ailleurs suggérés.


Après l'action principale au milieu du film, le rythme s'accélère et s'avoisine à celui d'un thriller, mais je ne peux pas en dire plus au risque d'en dévoiler trop. 
Dans l'ensemble, j'ai bien aimé ce film noir à la réalisation soignée. C'est assez rare de voir le militantisme écologique comme sujet principal d'un film, la question des risques de telles actions, des remords, de la culpabilité sont bien mises en avant également. Toutefois, j'ai trouvé quelques scènes un peu trop contemplatives et la fin... surprenante m'a laissé un peu dubitative (mais c'est sans doute là le but recherché!)


dimanche 4 mai 2014

Un tueur au bout du tunnel! Une série glaçante.

Voici une série franco-britannique pas trop mal faite, diffusée sur Canal + qui s'inspire d'une série danoise intitulée Bron datant de 2011.


Il s'agit d'une série policière assez noire. Elle débute par la découverte d'un corps au milieu du tunnel sous la Manche, juste à la frontière entra la France et l'Angleterre. Les équipes de polices française et britannique seront amenées à travailler ensemble sur cette enquête. Le mystère s'épaissit quand ils découvrent que le corps est en fait coupé en deux et qu'il s'agit du buste d'une femme politique française et des jambes d'une prostituée anglaise. Cet horrible meurtre est revendiqué par un terroriste qui annonce que ce n'est que la première de cinq vérités sur les inégalités sociales qui sévissent dans les deux pays.
L'équipe du policier anglais Karl (Stephen Dilliane), quinquagénaire attachant,  père de 4 enfants, doté un sens de l'humour typiquement British va devoir travailler avec celle d'Elise, trentenaire française froide, blasée, directe, asociale. (interprétée par Clémence Poesy)



Au fil des épisodes, le terroriste masqué s'en prend à différentes cibles afin de "dénoncer" certains faits de société, que ce soit les jeunes, les personnes âgées, etc. quitte  à prendre des dizaines de vie. Il joue au chat et à la souris avec les policiers et leur propose des intrigues. Si son message est de dénoncer les inégalités sociales, il s'apparente de plus en plus à une quête personnelle, une sorte de vengeance, au fur et à mesure qu'on avance dans la série. 
Chaque épisode nous en apprend un peu plus sur les deux personnages principaux Karl et Elise, les blessures de leur passé, leur vie privée.


Sans dévoiler la fin de la série, je peux juste dire que les deux derniers épisodes sont vraiment prenants !
Dans la réalisation et la mise en place de l'intrigue, cette série me fait penser à Braquo (Autre série noire de Canal +. De plus, le caractère d'Elise est similaire à celui de Roxane Deldago dans Braquo !)

Toutefois, j'ai trouvé les plans du tueur / terroriste assez tordus, manquants de cohérence entre eux, mais on peut se dire que c'est l'oeuvre d'un fou surdoué. De plus, le personnage d'Elise me semble un peu trop caricatural à mon goût (la fille froide, sans attache, frondeuse et déterminée).

dimanche 27 avril 2014

Une histoire vraie, belle et émouvante relatée dans une jolie BD

Annie Sullivan & Hélène Keller

Ce n'est pas souvent que j'ai un coup de coeur pour une bande-dessinée, tout simplement car j'en lis très peu. Toutefois, je viens de finir la superbe BD de Joseph Lambert qui retrace avec émotion l' histoire vraie d'Helen Keler, une petite fille sourde et aveugle, et de Annie Sullivan, jeune fille diplômée de l'école pour aveugles de Perkings engagée comme perceptrice par les parents de la petite fille afin de l'aider à communiquer avec son entourage.

L'histoire 
Il s'agit d'une histoire vraie qui s'est déroulée à la fin des années 1880 en Alabama, dans le sud des Etats-Unis. Ce livre, m'a permis de découvrir l'histoire touchante de cette petite fille brusquement coupée du monde et incomprise par ses proches et de celle de sa perceptrice, elle aussi malvoyante, seule, triste et incomprise, engagée à 20 ans pour s'occuper de cette petite fille. 
(Plus d'informations sur la biographie d'Hélène ici et sur celle d'Anne Sullivan ici).
Ce sera le début d'un long apprentissage semé d’embûches pour toutes les deux. Quand on sait qu'Helen et Annie resteront amies toutes leurs vies et qu' Helen deviendra la première personne handicapée à obtenir un diplôme, sera écrivain et une féministe engagée, on ne peut qu'admirer le travail effectué par la professeure et son élève. 

La BD 
Joseph Lambert est un auteur dessinateur de bande-dessinées américain. L'histoire d'Annie et d'Helen est son deuxième livre.
Les trois premières pages du livre montrent une silhouette grise sur fond noir qui cherche attraper une brioche mais est sans cesse reprise par un bras bleu qui essaye de la faire tenir en place sur sa chaise. 
On entre ainsi dans le monde d'Helen, qui ne voit rien ni n'entend rien et ne ressent les choses que par le toucher. Puis on passe au point de vue d'Annie qui semble épuisée par la tâche qui l'attend dès le début de l'histoire.
A travers 90 planches, l'auteur parvient à raconter avec beaucoup de justesse et d'émotion les différentes étapes de l'apprentissage d'Helen. L'intérêt du livre c'est qu'il n'est pas uniquement focalisé sur les progrès de la petite fille mais alterne passages relatant les progrès d'Helen avec d'autres rappellant l'enfance d'Annie, créant ainsi un lien entre les deux filles, toutes deux se sentant incomprises et isolées dans leur tristesse et leur colère. 

D'abord très récalcitrante à tout contact et enseignement, Helen s'habitue progressivement à la présence d'Annie et à son enseignement. Annie lui "épèle" des mots en les signant dans sa main. C'est lorsqu'elle découvre l'eau et parvient à associer le mot aux différentes formes que peut prendre l'eau, que se fait le déclic. 


Ensuite, elle ne cesse de solliciter Annie pour connaitre le nom de tous les objets qu'elle touche. Sa soif de connaissance est sans fin. Certaines planches illustrent à merveille cet apprentissage, notamment pages 40 et 41 où chaque objet (on ne voit que des formes) est marqué avec son nom dessus.


L'institut pour aveugles dont dépend Annie, avec à sa tête  le Dr Anagnos, à la fois bienveillant envers Annie mais ambitieux, voudra s'attribuer le mérite de tous ces progrès, ce qui ne sera pas sans conséquence pour Helen et Annie, qui préfèrent rester en retrait de toute attention.

Non seulement l'auteur parvient  à raconter de manière très juste cette histoire, mais il réussi aussi très bien à la dessiner, les planches sur fond noir représentant l'univers d'Helen, celui coloré correspondant à la perception d'Annie.
Cette BD met également en évidence les moeurs de l'époque : sexisme, machisme, difficulté pour les femmes de se faire une place dans la société face aux nombreux préjugés...

J'ai beaucoup aimé aussi les textes, très bien écrits. Quelques citations : 

 - " Elle a vite appris à écrire, et y prend beaucoup de plaisir. Elle absorbe l'information telle une petite éponge, sans préjugé ni cynisme. Et elle semble insatiable." (Annie à propos d'Helen)
 - " Il y aura toujours des gens pour nous insulter, volontairement ou pas. Nous n'avons aucun contrôle sur ces gens-là. Seulement sur nous même" (Dr Michael Agnanos, directeur de l'Institut des aveugles)

D'un point de vue général, c'est donc une superbe BD, attachante, passionnante,  instructive et bien faite que j'ai dévoré d'une traite! Cette BD faisait d'ailleurs partie de la sélection officielle du célèbre festival de bandes-dessinées d'Angoulème il y a quelques mois. A juste titre.

jeudi 10 avril 2014

H.Cartier-Bresson, témoin d'un siècle


Le centre Pompidou propose une rétrospective des oeuvres d'Henri Cartier Bresson depuis ses débuts, lorsqu'il s'essayait au dessin, jusqu'à ses derniers clichés dans les années 70-80, après qu'il ait pris sa "retraite". Bien sûr, la plupart des œuvres exposées sont des photographies, mais on peut voir aussi des exquises, des dessins, et même quelques films qu'il a réalisé, ce qui permet de découvrir une part de son travail que j'ignorais totalement. Au total, ce sont plus de 500 documents qui sont exposés et qui montrent les différentes facettes du photographe.

L'exposition a démarré en février et se terminera le 9 juin avant d'être ensuite mise en place à Madrid, Rome et Mexico.
Henri Cartier Bresson

Infos pratiques : L'expo ayant été pas mal médiatisée, je me doutais que je ne serai pas seule dans la salle. Toutefois, j'étais quand même étonnée de devoir attendre près d'une heure un lundi en début d'après-midi pour pouvoir y rentrer ! Si vous comptez vous y rendre, je vous conseille donc de vous armer de patience ou alors d'y aller le matin ou le soir (l'expo est ouverte jusqu'à 23h!). Cependant, l'attente n'est pas trop longue puisqu'on peut lire la biographie du photographe qui s'étale sur une longue frise pendant ce temps. Toutes les infos pratiques sur le site du centre Pompidou.


Présentation de l'expo :
La rétrospective se répartie en plusieurs parties intitulées "Signes ascendants" - "L'attraction surréaliste" - "L'engagement militant" - "Le cinéma et la guerre" - "Le choix du photoreportage" - "anthropologie visuelle" - "Après la photographie".
Un petit dépliant permet de mieux s'y retrouver et apporte de nombreuses informations, que l'on retrouve également sur les murs des salles d'expo. Il n'y a pas trop de texte, le contenu est intéressant et permet de contextualiser les photos exposées.

La première salle montre des clichés réalisés au tout début de son travail de photographe de 1936 à 1935, période durant laquelle il effectue ses premier voyage, notamment son voyage en Afrique en 1937 qui l'a beaucoup marqué. J'ai apprécié également les photos prises en Espagne, comme ce cliché montrant des enfants devant un mur dévasté.

Henri Cartier Bresson

HCB avait la capacité de prendre de photos parfaites, de choisir le bon moment pour capter de beaux clichés. Cela est dû notamment à la composition des photos, souvent bien réfléchie. Il accordait beaucoup d'importance aux formes, à la géométrie et aux nombreux jeux de lumière, d'ombre et de reflets. Les photos sont ainsi très structurées.

Henri Cartier Bresson

De plus, nombreuses sont les photos qui montrent des personnes en mouvement qui sont du coup figées dans de beaux clichés en noir et blanc. Ses photos sont à la fois poétiques et révélatrices d'une époque.

Cartier Bresson s'est rapproché du mouvement surréaliste et cela se ressent dans toute une série de photos.
J'aime beaucoup les photos de "magie circonstancielle" comme par exemple cette photo amusante d'un homme lisant un journal qui est caché par son foulard sous un coup de vent.

Henri Cartier Bresson

Une autre série de photos montre des personnages aux yeux clos, rêveurs, endormis.

Henri Cartier Bresson

Une autre partie de l'expo montre Cartier Bresson comme un militant communiste engagé. Il a notamment photographié beaucoup de mendiants, aussi bien en France, en Espagne qu'au Mexique.

Il fut engagé par de grands magazines comme Life, Paris Match et devint célèbre pour ses photos reportages. A titre d'exemple, une série de photos montrant le peuple anglais regardant le couronnement du roi Georges en 1937 à travers des miroirs, cela donne des photos assez étranges.

Henri Cartier Bresson

Il fut témoin des premiers congés payés en 1936, comme l'illustre ce cliché montrant des gens en train de pique-niquer au bord de l'eau. Une atmosphère de quiétude et de bonne humeur s'en dégage.

Henri Cartier Bresson

J'ai découvert d'HCB avait une passion pour le cinéma depuis son plus jeune âge et malgré de nombreuses tentatives pour travailler auprès de grands réalisateurs, il s'est tourné vers le dessin puis vers la photo. Toutefois, il eu l'occasion de travailler aux cotés de Renoir en tant qu'assistant et réalisa même un film documentaire sur la guerre d'Espagne en 1937. On peut voir quelques films qu'il a réalisé.

Henri Cartier Bresson a vécu également l'arrivée du nazisme, l'occupasion nazie, il s'engage alors dans la résistance et est envoyé dans un camps dont il parvint à s'échapper en 1943. Il pris ensuite de nombreux clichés de la libération de Paris et de Strasbourg.

Henri Cartier Bresson

Il fut également mandaté pour filmer et photographier le retour des prisonniers de guerre et leur désinfection au DTD. Il y a aussi une série de photo d'Oradour-sur-Glane peu de temps après le drame.

On peut voir aussi d'autres de ses photosreportages comme d'impressionnantes photos des funérailles de Ghandi alors qu'il l'avait rencontré quelques heures avant. Un autre photo reportage montre des photos de chinois face à la forte dévaluation.

Il a également réalisé quelques portaits, même si il trouvait cela plus difficile. Parmi la série de portraits exposé, j'ai particulièrement aimé un portait de Sartre sur le pont des arts à Paris.et un autre de Matisse chez lui avec ses oiseaux.

Henri Cartier Bresson

Une autre partie de l'exposition est plus axée sur ses photoreportages pour la coopérative Magnum Photos et de nombreux magazines. Ses photos seront alors diffusées dans le monde entier.
Par exemple, une série de photos consacrée à la Russie après la mort de Staline en 1954 avec notamment la construction du métro. Ou encore des clichés de Cuba juste après la crise des missiles en 1962 où se mêle dans ses clichés politique et sensualité des femmes, ou une photo montrant des militaires regardant passer une jolie fille dans la rue.

Un autre photo-reportage sur la France après mai 1968 est intitulée "Vive la France" (à retrouver dans le livre du même nom, qu'on a aussi la possibilité de feuilleter au cours de l'expo)


Dans les années 60 les journaux pour lesquels ils travaillent lui demandent de prendre des clichés en couleur. Il accepte par nécessité mais pour lui la couleur dénature le travail du photographe et il préfère les clichés en noir et blanc.
D'autres photos montrent les icônes du pouvoir, avec notamment cette photo montrant une immense statue de Staline, à coté de laquelle les passants semblent minuscules.

Cartier Bresson est aussi le témoin de l'évolution de son temps, il a photographié les débuts de l'industrialisation, avec l'arrivée des machines.

Henri Cartier Bresson

De même, quelques clichés témoignent du développement de la société de consommation et des grands magasins.

Par ailleurs, Cartier Bresson était fasciné par la foule et les grands rassemblements, on peut ainsi voir quelques clichés impressionnants de grandes manifestations.

Henri Cartier Bresson

Il fut véritablement le témoin de tout un siècle, il immortalisa les grands bouleversements (congés payés, montée du nazisme, guerre, libération, actualités en France et à l'étranger, la guerre froide, les funérailles de Ghandi, début de l'industrialisation, développement de la société de consommation...) avec des clichés à la fois réalistes et poétiques. Cette exposition lui rend un bel hommage et est très instructive.

Expostion Henri Cartier-Bresson au Centre Georges Pompidou, Paris. Du 12 février au 9 juin 2014. 
Horaires d'ouverture : 11h - 23h
Plein tarif : 13 €

jeudi 27 mars 2014

Crime et suspicion au bord des falaises anglaises

Peut-être avez-vous suivi Broadchurch, la dernière série diffusée par France 2 il y a quelques semaines ? Dans le sillon des bonnes séries proposées par ARTE ces derniers mois, il s'agit d'une série britannique différente des séries policières habituelles, que ce soit par le rythme, le décors, les personnages...


L'enquête se passe en Angleterre, dans une petite ville plutôt paisible en bord de mer où tout le monde semble se connaitre. Un décors sauvage, de beaux paysages bordés de falaises, la mer... Un cadre déjà propice au mystère.
Lorsque le sergent Ellie Miller revient de congé maternité, elle s'attend à être promue inspectrice. Quelle n'est pas sa surprise quand elle apprend que ce poste a été donné à un flic étranger à la région, Alec Hardy (interprété par David Tennant), au caractère plutôt asocial et antipathique.

Les deux enquêteurs

C'est alors qu'un petit garçon disparaît, on suit l'inquiétude grandissante de la famille. Son corps est ensuite retrouvé quelques heures plus tard sur la plage et on adopte alors le point de vue de la police. Les deux enquêteurs doivent apprendre à travailler ensemble pour résoudre cette enquête. La vie de la famille Latimer, qui semblait jusque là paisible et heureuse, vole en éclats, ainsi que celle de tous les habitants de cette petite ville où la suspiçion est grandissante. Ellie se sent très concernée par ce drame car le garçon disparu est un copain de son fils et elle connait très bien sa famille. Si elle a beaucoup de mal à soupçonner les proches du garçon défunt qui sont aussi ses amis, l'inspecteur Alec va lui apprendre à rester objective et méfiante en toute circonstance.

Teaser :

Au cours des épisodes de la saison 1, on suit plusieurs personnages de l'entourage du garçon : ses parents, sa soeur, le vieux marchand de journaux pour qui il travaillait de temps en temps, un collègue de travail du papa un peu borderline, une femme étrange qui vit dans un mobile-home, etc. On découvre au fur et à mesure que tous ont un secret bien gardé.

Le sergent Ellie Miller et sa famille

A l'enquête de police se mèle rapidement la presse locale avec un jeune journaliste ambitieux -qui s'avère aussi  être le neveux de l'enquêtrice- et une journaliste venue de la ville, qui semble connaitre une partie  du passé de l'inspecteur Alec.

Les deux journalistes

L'ambiance de la série nous rappelle celle de la superbe série australienne diffusée il y a quelques mois, Top of the Lake : atmosphère très sombre, beaucoup de secrets, un rythme plutôt lent, un cadre à la fois sauvage et intimiste, une communauté perturbée par un crime horrible, une enquêtrice impliquée...

Les personnages sont entiers, présentés avec leurs qualités et leurs failles et deviennent de plus en plus ambigus au fil des épisodes. Certains sont assez attachants d'autres plutôt effrayants. L'enquêtrice Ellie est pleine d'empathie pour la famille de la victime, elle est aussi une mère et une épouse, loin d'être une top modèle, elle ressemble à madame tout le monde. La maman du garçon décédé est une figure fragile à laquelle on ne peut que s'identifier, on partage son stress lors de la disparition de son fils et sa douleur lorsqu'elle apprend sa mort.


L'inspecteur Harry, avec sa part de mystère et son caractère étrange apparaît comme un être déchiré "en pénitence" comme il le dit lui même vers l'épisode 4. On apprend assez vite qu'il fuit quelque chose de son passé en venant se terrer dans cette petite ville.


Toutefois, contrairement à Top of the Lake, je trouve que les soupçons passent un peu trop rapidement d'une personne à l'autre et qu'il y a beaucoup de rebondissements, au point d'en perdre en crédibilité. Les ficelles sont des fois un peu grosses et les traits de caractères des personnages légèrement exagérés.

Parmi les suspects, un vieil homme au passé trouble, Suzan, une dame renfermée qui peut se montrer menaçante, une réceptionniste d’hôtel sexy, un jeune prêtre qui a des insomnies... autant de personnages secondaires qui attirent les soupçons des deux enquêteurs, en plus de ceux portés sur l'entourage proche du garçon. On est témoin du pouvoir des médias, de la suspicion ambiante qui gagne la ville.

Suzan

Le prêtre

Jack le vendeur de journaux

La réalisation et les cadrages impeccables contribuent à rendre cette série captivante avec, par exemple, des ralentis qui suivent l'un ou l'autre personnage, la caméra passant lentement sur leurs visages, ou encore des effets floutés lors de scènes riches en émotion. La musique est bien choisie : oppressante par moment, mystérieuse à d'autres. 

Dans l'ensemble, c'est une série touchante et prenante, même si certains épisodes m'ont semblé un peu tirés en longueur (A chaque épisode un nouveau suspect, un autre secret découvert, une nouvelle fausse piste...). 

Initialement, la série ne devait se contenter que d'une seule saison, mais face au succès qu'elle a rencontré sur les écrans britanniques puis français, une saison 2 est en préparation.