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lundi 16 mars 2015

Les prémices de la sexologie dans l'Amérique puritaine des fifties : Masters of Sex

Je viens de terminer les deux saisons de la série Masters of Sex qui raconte de manière romancée l'histoire vraie des pionniers de la sexologie dans les années 50, le professeur William Masters et son assistante Virginia Johnson (cette dernière est d'ailleurs décédée en 2013, l'année où est sortie la série aux Etats-Unis).


Bill Masters est un gynécologue de renom aux allures de dandy un peu coincé, spécialiste de la stérilité. Il effectue en parallèle de son activité une étude sur les mystères de la sexologie. D'abord en cachette chez une prostituée, il finit par avoir ensuite le consentement de son ami le doyen de l'université pour développer son étude au sein même de l’hôpital universitaire. Mais il lui manque un regard féminin pour comprendre et analyser tous ces comportements sexuels. C'est alors qu'il rencontre la sulfureuse Virginia Jonhnson, femme divorcée, indépendante, mère de deux enfants, curieuse et décidée à apporter sa pierre à l'édifice de la découverte de la sexologie. D'abord embauchée en tant que secrétaire de Bill Masters, elle deviendra son assistante, son associée, un soutien à toute épreuve et bien plus encore... Tous deux vont faire face à l'ignorance et aux nombreux préjugés et tabous qui entourent le domaine de la sexualité aux USA à cette période. Mais cela ne se fera pas sans heurts.

Virginia Johnson (Lizzy Caplan)

Bill Master est fasciné par la personnalité de Virginia, son optimisme à toute épreuve, sa vie de femme émancipée (ce qui est très rare dans les années 50). Elle enchaîne les relations et semble n'avoir aucun tabou concernant sa vie sexuelle. Mais derrière son apparente confiance en soi, on découvrira par la suite quelques fragilités. Tout le contraire de Bill Master qui est un homme ambigu, ambitieux, secret, autoritaire, renfermé, même avec sa femme qui joue pourtant le rôle de l'épouse parfaite des années 50 ! Tous deux essaient d'avoir un enfant, mais il se montre très froid et distant avec elle. De plus, il n'hésite pas à  mentir à son entourage pour préserver sa fierté.

Trailer saison 1 :

Le travail de Bill Master et de Virginia consiste à regarder des couples pendant l'acte et à étudier les différentes phases d'un rapport sexuel. En gros, ils accueillent des volontaires, seul(e)s ou accompagnés et étudient leurs comportements afin de voir quelles sont leurs réactions et comment fonctionne le plaisir. Jusqu'au jour où Bill suggère à Virginia de se mettre eux aussi aux travaux pratiques afin d'étudier au plus près les manifestations du plaisir. Mais tout cela d'un point de vue purement professionnel bien sûr... S'en suit une relation très confuse entre les deux protagonistes, qui restent toujours très détachés, très professionnels, fuyant toute démonstration sentimentale.

Bill Masters (Michael Sheen) et Virginia Johnson (Lizzy Caplan)

Toute cette histoire pourrait sembler facilement vulgaire ou racoleuse, mais c'est sans compter le talent de la réalisatrice Michelle Ashford. Certes, on voit souvent des corps nus et des scènes d'ébats mais tout cela est filmé avec distance et de manière scientifique. Ce sont les personnalités complexes des protagonistes qui font finalement tout l'intérêt de la série, et ce, notamment, grâce à la superbe interprétation des acteurs.

On retrouve des décors à la Mad Men, un portrait de l'Amérique puritaine des fifties où l'homosexualité est considérée comme une maladie, où les Noirs sont discriminés, où les femmes restent au foyer et où le machisme est permanent, même chez les professeurs soit-disant avant-gardiste. Par ailleurs, la série gagne en épaisseur grâce à une foule de personnages secondaires : Libby, la femme de Masters, petite femme blonde douce, discrète, vivant dans l'ombre de son mari, "le" professeur DePaul, femme médecin courageuse et déterminée tentant de rendre public son étude pour la prévention du cancer de l'utérus, avec qui se liera d'amitié Virginia, ou encore Betty, cette prostituée au fort caractère mais au grand coeur qui, après avoir aidé Masters à ses débuts, va devenir sa secrétaire.

Betty (Annaleigh Ashford)

Libby (Caitleen Fitzgerald)

Si la première saison était centrée sur le travail de Bill Masters et de Virginia ainsi que sur leur relation, au point que par moment cela m'ait semblé un peu lassant, cette deuxième saison va beaucoup plus au fond des choses. Elle s'attarde davantage à nous faire connaitre des personnages "secondaires" tout en nous plongeant dans cette Amérique des années 50. De plus, on entre un peu plus dans la psychologie complexe de Bill Masters, un homme tellement fier, hautain et cassant, qui ne s'ouvre jamais.

Bref, l'ensemble de la série est bien ficelée, avec de bons acteurs, un bon rythme. C'est tout à l'honneur de la réalisatrice car ce n'était pas évident de réaliser une série sur la sexualité sans tomber dans le voyeurisme ou la vulgarité.
Je ne vais rien révéler de plus sur cette saison 2. Si ce n'est qu'on a envie de voir la 3 rapidement ! (diffusion prévue aux Etats-Unis été 2015)

Masters of Sex / série américaine réalisée par Michelle Ashford, d'après le roman de Thomas Maier inspirée de l'histoire vraie de Masters et Johnson . - avec Michael Sheen, Lizzy Caplan, Caitlin Fitzgerald, etc. . - Saison 1 : 2013, saison 2 : 2014, saison 3 : prévue courant 2015.

Aller, et en bonus, une photo du vrai William Masters et de la vraie Virginia Johnson :


Moins glamour que dans la série, n'est-ce pas ?

mercredi 10 juin 2015

Plongez dans les années 80 et suivez la réalisation du premier PC dans "Halt and catch Fire" !

"Halt and catch Fire" fait référence à une instruction en informatique qui ferait surchauffer les composants jusqu'à ce qu'ils prennent feu. Le titre est donc plutôt bien trouvé pour cette série qui se déroule au début des années 1980, au Texas, et dépeint les prémices de la révolution informatique et du développement des premiers ordinateurs personnels, les fameux PC.


L'histoire : Joe MacMillan est un ancien employé d' IBM qui arrive chez Cardiff Electric, une petite entreprise d'électronique, bien décidé à concurrencer son ex-employeur sur le marché des ordinateurs en proposant un nouveau modèle de PC. Ambitieux et déterminé, il convainc le directeur de lancer une nouveau projet qui révolutionnera le domaine informatique. Pour cela, il s'associe à un ingénieur, Gordon Clarck et recrute une jeune geekette tête brûlée, Cameron, pour construire l'OS.

Bande-annonce de la saison 1 :



L'histoire tourne évidement beaucoup autour de la construction de ce nouvel ordinateur et les connaisseurs apprécieront la précision des termes techniques employés et le sens du détail qui est apporté au scénario. Oui, vous entendrez beaucoup parler d'OS, de processeur, de software, de hardware et j'en passe. Mais n'ayez pas peur si vous êtes des novices comme moi, car, bien que les premiers épisodes semblent un peu longs, on finit par être absorbé par l'intrigue. Au delà des enjeux informatiques, l'intérêt de la série tient beaucoup aux relations entre les personnages et, notamment, à la complexité du personnage central, Joe, interprété avec beaucoup de justesse par Lee Pace (Le Hobbit, Lincoln...). En effet, ce dernier est un personnage ambigu et mystérieux, à la fois bellâtre carriériste, égocentrique et manipulateur et visionnaire prodige. Mais qui est réellement Joe ? Pourquoi est-il parti d' IBM ? Pourquoi est-il si renfermé ?

Joe

Quant à Gordon, il a déjà donné beaucoup d'énergie il y a quelques années pour développer un ordinateur, sans le succès escompté. Alors qu'il mène désormais une vie bien rangée, il voit tout son quotidien bouleversé lorsque Joe lui demande de relancer un projet révolutionnaire. Cela va lui demander beaucoup de temps et d'énergie au risque de fragiliser sa santé et sa vie de famille. Heureusement qu'il peut compter sur sa formidable épouse Donna.

Gordon, Cameron et Joe

Cette série est très instructive même pour les novices en informatique comme moi. Elle nous plonge dans l'histoire de la Silicon Prairie, au Texas, le bassin d'innovation qui précéda la Silicon Valley en Californie. Y est dépeint avec brio ce qu'a dû être l'invention du premier P.C., à travers fonctionnement de cette société fictive, "Cardiff Electric". On oublie souvent les heures de travail, de recherches et d'études sur un marché très concurrentiel qui furent nécessaires à la création d'un ordinateur. Alors oui, on sourit devant leurs supers machines modernes pour l'époque et qui ressemblent à un vieux minitel old school faisant des bruits bizarres. Mais on prend conscience aussi que toutes les évolutions technologiques de ces dernières années sont le fruit d'années de travail pour des ingénieurs, des chercheurs/ses et des informaticien-ne-s. Et que les prémices de ces bouleversements informatiques datent tout juste d'il y a vingt ans !

Cameron en train de travailler

Les femmes sont également à l'honneur dans cette série : que ce soit la très douée Cameron, garçon manqué, geek asociale et génie de l'informatique ou la femme de Gordon, Donna, brillante informaticienne qui a mis sa carrière entre parenthèse pour pouvoir élever leurs enfants mais qui sort progressivement de l'ombre. Non seulement elle est canon, discrète, super cool mais en plus elle est super douée.
Bref, les filles dans cette série sont des pros et ont un rôle déterminant dans cette révolution informatique. Mais difficile de se faire une place dans un monde d'hommes!

Donna et Gordon Clark

Halt and catch fire est une série à  l'ambiance très policée. On est entièrement plongé dans les années 80, un grand soin a été apporté aux décors et aux détails pour créer un univers un peu vintage. S'ajoute à cela une bande son sympa des années 80 avec des morceaux de The Clasch, XTC, The Ruts, Elton Johns, Big Boys, ... ce qui contribue beaucoup à l'ambiance grunge de la série !

Bien que l'intrigue soit assez simple finalement, chaque épisode est plein de rebondissements et nous maintient en haleine (vont-ils enfin réussir à sortir ce fameux ordinateur?), et ce, qu'on soit familier ou non du le milieu de l'informatique.
Par moment, la série me fait penser à Mad Men, de part l'ambiance générale qui s'en dégage, la description de la vie d'entreprise et l’ambiguïté du personnage central. Mais un Mad Men version eighties, geek et grunge ! On peut aussi songer à Master of Sex pour le coté sombre et la personnalité complexe du personnage central, égocentrique et manipulateur.


Bref, Halt and catch Fire c'est de superbes acteurs jouant des personnages ambigus, un sujet intéressant, une ambiance so eighties, des bonnes musiques...
La suite bientôt dans la saison 2 !

Halt and catch fire, saison 1. Série américaine réalisée par Christopher Cantwell et Christopher C. Rogers (2014) avec Lee Pace, Scoot McNairy, Mackenzie Davis ... 10 épisodes de 42 minutes.


Note de janvier 2016 (attention possible spoil pour ceux qui n'ont pas vu la saison 1 ! ) :

Dans la saison 2, les femmes prennent le pouvoir ! Cameron et Donna ont créé Mutiny, leur boite de création de jeux en ligne basé sur la participation de chacun.

L'équipe de Mutiny

Une bande de jeunes geeks inventent et créent des jeux vidéos tout en essayant de proposer de nouveaux concepts. Mais pour se faire connaitre et garder la tête hors de l'eau, les deux jeunes femmes vont devoir se battre, trouver des partenaires notamment pour obtenir un réseau.

Cameron et Donna

Gordon, quant à lui, a touché une grosse enveloppe suite à son licenciement de Cardiff Electric et cherche une idée lumineuse dans son garage. En attendant, il s'occupe de ses filles mais le couple qu'il forme avec Donna semble battre de l'aile.

Gordon

Enfin, Joe est toujours aussi déterminé, arriviste et lunatique. Il est à la recherche de l'idée lumineuse qui le fera devenir le héros de l'informatique. Il se fait embaucher par l'entreprise pétrolière de son nouveau beau-père après s'être fait grillé dans le milieu de l'informatique. Toujours plein d'idées, dégourdi et manipulateur, va t-il réussir à sortir du lot? Que va t'il se passer lorsqu'il va revoir son ex copine Cameron?

Joe

Cette saison 2 est tout aussi autant réussie que la première, voir plus. L'ambiance eighties est toujours aussi bien retranscrite, les précurseurs de l'informatique, héros de cette série, sont des sortes de punks anarchistes très cool qui veulent oeuvrer pour la communauté.
A l'heure où émerge un certain concurrent japonais nommé Nintendo ainsi que diverses entreprises américaines dans le domaine des logiciels ou des moniteurs, à l'heure où l'appel de la Californie comme berceau des innovations se fait de plus en plus sentir, nos geeks préférés doivent se battre sur plusieurs fronts pour faire émerger leurs idées ! Et tout doucement, en toile de fond, née l'idée de'un grand réseau et les prémices d'Internet.

Au gré des épisodes, cette saison s'attarde davantage sur les relations entre les personnages, notamment les relations de couples entre Gordon et Donna. Au centre également, le caractère déterminé et impulsif de Cameron et surtout la personnalité ambigüe de Joe, l'éternel électron libre qui semble incontrôlable.

Joe

Grâce à son coté rétro, son ambiance cool et punk, des personnages ambigüs mais attachants et une aventure informatique qui parvint à captiver même les novices, cette série reste absolument passionnante, qu'on soit geeks ou non !

Par contre, c'est déjà fini ! J'ai été déçue d'apprendre que cette saison 2 était la dernière, déjà...

Halt and Catch Fire, saison 2 Série américaine réalisée par Christopher Cantwell et Christopher C. Rogers (2015) avec Lee Pace, Scoot McNairy, Mackenzie Davis. 10 épisodes.