jeudi 21 mars 2013

Osez un voyage au pays d'Oz

Parce qu'on est tous de grands enfants, parce que des fois c'est plaisant de se laisser porter vers des mondes fantastiques et que c'est d'autant plus appréciable quand c'est réussi, voici une présentation du dernier film de Disney, Le monde fantastique d'Oz.
Sam Raimi a réalisé ce prélude au célèbre conte adapté en film, Le magicien d'oz, et raconte ici l’arrivée du magicien au merveilleux pays d’oz. Ce film se démarque par son grand écart technologique : un hommage au cinéma d'antan avec une introduction en noir et blanc très esthétique, et l'utilisation de la 3D, à bon escient pour une fois, sans être superflue et trop tape à l'oeil.


Dès le générique au début, on est frappé par le coté artistique et harmonieux du film : un décor de théâtre en carton qui s'ouvre puis se referme à l'infini, mélangeant habillement la 3D et le noir et blanc.

Bande-annonce:

La première partie du film qui introduit l'histoire est en noir et blanc et on découvre ce magicien (superbement interprété par James Franco) bonimenteur, dragueur et égoïste, qui joue des tours aussi bien dans sa vie privée que dans ses spectacles jusqu'à ce qu'il soit obligé de fuir ses mensonges et se retrouve dans une montgolfière prise dans une tornade... 
C'est lorsqu'il arrive au pays d'Oz qu'arrive la couleur, comme le début d’une nouvelle vie pour ce vrai faux magicien. Des couleurs multiples et étonnantes, on est ébloui par les somptueuses fleurs qui s'ouvrent sur le passage du magicien, les créatures fantastiques, la végétation luxuriante...


Le magicien fait alors la rencontre d'une jolie sorcière (Mila Kunis) qui lui annonce qu’il est l'élu tant attendu pour vaincre la méchante sorcière et sauver le peuple d'Oz. Elle l'amène au château pour lui présenter sa sœur la reine et toutes deux lui demandent de vaincre une "méchante sorcière" (la jolie Michelle Williams) s'il veut être roi et avoir droit au trésor du royaume! Il y voit l'opportunité d'obtenir gloire et richesse, quitte à mentir et laisser croire tout un peuple en ses supers pouvoirs...


Le monde fantastique d'Oz est un véritable conte qui se distingue toutefois par le fait que rien n'est tout noir ou tout blanc, tous les personnages ont quelque chose de profondément humain. De plus, on se joue ici beaucoup des apparences. En effet, la "méchante sorcière"ou les "gentilles" ne sont pas forcément celles qu'on croit, le magicien tant attendu ne pense pas être à la hauteur des espérances du peuple d'Oz... Or, comme il est dit à de nombreuses reprises tout au long de l'histoire : il faut croire en soi pour être ce que l'on souhaite, on devient ce que l'on veut, l'essentiel c'est d'y croire... Un beau message d'espoir en tout cas.

De superbes paysages et décors, trois sorcières sexy, (puis une laide) un magicien pas mal non plus, un singe ailé hilarant, une poupée de porcelaine espiègle, des personnages magiques et fantastiques...


Dans l'ensemble, c'est un bon divertissement pour petits et grands, malgré quelques longueurs et quelques scènes nunuches à prendre au second degré !



mardi 19 mars 2013

Wadjda

Un film saoudien réalisé par une femme, voilà qui a déjà de quoi éveiller l'attention et changer un peu des films français ou américains. La réalisatrice de 39 ans, Haifaa al-Mansoura, a du faire avec les contraintes de son pays pour tourner le film : si elle a eu l'autorisation de tourner, elle ne devait pas se montrer dans la rue et tourner à distance (cachée dans une camionnette!). De plus, l'exploitation de son film dans son pays est quasi nulle puisqu'il n'y a pas de salle de cinéma...


On a forcément pas mal de préjugés sur la vie dans un régime islamique. Wadjda dresse un portrait juste et tendre d'une famille ordinaire en Arabie Saoudite.

Bande annonce :

Wadjda est une fillette d'une dizaine d'années qui rêve de s'habiller à l'occidentale, de mettre du vernis à ongle, d'écouter du rock et surtout, surtout de faire du vélo librement dans la rue comme son ami Abdalah. Mais en Arabie-Saoudite, la vie n'est pas simple pour les femmes. Dès leur plus jeune âge, les filles doivent apprendre leur rôle : tenir un foyer, se faire le plus discrète possible, ne pas rire en public, ne pas sortir sans foulard puis, plus tard sans nihbab, ne pas conduire de voiture et bien sûr ne pas faire de vélo... Autant de contraintes qui ne rendent pas la vie simple à la jeune Wadja.
Mais cette petite fille intrépide et déterminée fera tout pour obtenir un vélo et apprendre à en faire, même si tout le monde s'évertue à lui dire que c'est peine perdue pour une saoudienne! 

A travers des scènes de la vie quotidienne de la famille et de l'école, la réalisatrice nous montre ce qu'est la société saoudienne aujourd'hui.

La mère de Wadjda est une femme encore jeune et très belle, décontractée et bien habillée à la maison mais qui devient une simple silhouette noire parmi tant d'autres dès qu'elle sort, puisque obligée de porter le nibhab comme toutes les autres femmes. Elle a un travail dans une école mais ne peut s'y rendre qu'en s'y faisant conduire par un homme. C'est une femme fidèle à la religion musulmane, qui connait des passages du Coran par coeur et tente d'élever sa fille dans ces traditions, tout en entretenant des relations vraiment affectueuses avec elle.
Son père lui, est absent la plupart du temps, même s'il est proche de sa femme et de sa fille, il envisage d'épouser une autre femme, comme le permet les traditions saoudiennes. 
La directrice de l'école coranique de filles est une femme à la fois dure et tendre avec ses élèves, elle prépare ces fillettes à l'entrée dans leur vie de femme en étant intransigeante sur les règles de la religion musulmane. C'est aussi une femme d'une grande sensualité.


Chaque femme ou fille de ce film se soumet à la loi coranique. Mais un coin de voile se lève pour chacune d'elle à un moment donné, que ce soit en fumant des cigarettes sur le toit pour la mère de Wadja, en allant travailler dans un hôpital où le nibhab n'est pas obligatoire pour une amie de la famille, en se maquillant discrètement, en ayant un amant pour la directrice d'école... A l'école coranique, les jeunes filles se vernissent  les ongles des pieds en cachette, Wadja vend des bracelets brésiliens aux couleurs des équipes de foot et dessine des vélos dans ses cahiers... Autant de messages d'espoir et de liberté.


Ce film n'est ni une comédie, ni un drame, encore moins un film d'action, simplement un beau film sur la société saoudienne d'aujourd'hui, le portrait d'une famille entre tradition et modernité.
Un film à la fois émouvant et drôle par moment, plein de tendresse et d'espoir, une immersion réussie dans la société saoudienne.

Wadjda / Réalisé par Haifaa Al Mansour ; avec Waad Mohammed, Reem Abdullah, Abdullrahman Al Gohani. Sortie le 6 février 2013

mercredi 13 mars 2013

Le prix Goncourt

Le Sermon sur la chute de Rome

Le dernier livre dont j'avais parlé ici était Balco Atlantico de Jérome Ferrari, et j'avais dit que je lirai et donnerai mon impression sur son dernier ouvrage qui a remporté le prix Goncourt en 2012. J'ai donc terminé de lire Le sermon sur la chute de Rome. Et j'avoue avoir été quelque peu déçue.


Si dans Balco Atlantico, l'histoire était prenante et les personnages attachants, je n'ai pas retrouvé la même dynamique dans ce roman.
L'auteur fait quand même un petit clin d'oeil à Balco Atlantico avec les personnages de Hayet, présente  au début de l'histoire, ainsi qu'avec celui de la jeune Virginie, fille naïve et dévergondée de la patronne du bar Marie-Angèle. Mais elles ne font que de brèves apparitions dans ce roman.

Ici, c'est l'histoire d'une famille d'origine corse, exilée à Paris. D'abord l'histoire du grand-père, Marcel. Né dans une famille modeste, il n'y a jamais trouvé sa place et a vu ses rêves s'effondrer. Il a traversé des guerres, perdu ses proches, travaillé pour l'empire colonial qu'il vit tomber et sa vie personnelle fut un désastre. Il est à la fois cynique et déçu et a l'impression de ne pas avoir vécu. 
En parallèle à son histoire, c'est le récit de la vie de son petit-fils, Mathieu, qui lui aussi tente de se faire une place dans le monde, entre idéalisme et nombrilisme. Il décide d’arrêter ses études de Lettres et de reprendre un bar de village en Corse avec son ami d'enfance Libéro, qui lui fait une thèse sur Augustin, afin de redonner vie au village et retrouver une vie plus authentique, une sorte de retour aux sources en quelque sorte. Or, là aussi, l'espoir du jeune homme sera vite entaché par les désillusions. Il y a aussi l'histoire d'Aurélie, sa soeur, qui ne parvient pas à vivre son histoire d'amour... 
Bon, autant le dire tout de suite, cette histoire de famille déçue ne m'a pas emballé.

Mais tout au long de ce roman, c'est vraiment la qualité de l'écriture qui prime. Jérôme Ferrari manie les mots avec brio, il est le roi des phrases-fleuves qui peuvent facilement faire une page. De plus, ce livre est écrit dans un style à la fois poétique et réaliste. Il multiplie également les références à l'antiquité, créant ainsi un parallèle entre l'histoire de cette famille au bord du gouffre et semble aller vers sa "chute" et l'histoire de la chute de Rome... D'ailleurs, c'est justement par le très moralisateur "Sermon sur la chute de Rome" prononcé par Augustin en 410 que se clôt le livre. J'ai toutefois trouvé cette comparaison vraiment exagérée et un peu prétentieuse, même si l'exercice de style est intéressant. 

Quelques citations pour se faire une idée du style de l'auteur

"[...]comme si après avoir payé le prix de la chair et du sang, il fallait maintenant offrir à un monde disparu le tribut de symboles qu'il réclamait pour s'effacer définitivement et laisser enfin sa place au monde nouveau." p.17

"Non, rien ne s'était passé, les années coulaient comme du sable, et rien ne se passait encore et ce rien étendait sur toute chose la puissance de son règne aveugle, un règne mortel et sans partage dont nul ne pouvait plus dire quand il avait commencé" p.19.

" Il ne voyait plus en lui qu'un barbare inculte, qui se réjouissait de la fin de l'Empire parce qu'elle marquait l'avènement du monde des médiocres et des esclaves triomphants dont il faisait partie, ses sermons suintaient d'une délectation revancharde et pervèrse, le monde ancien des dieux et des poètes disparaissait sous ses eux, submergé par le christianisme avec sa cohorte répugna,te d'ascètes et de martyrs, et Augustin dissimulait sa jubilation sous des accents hypocrites de sagesse et de compassion, comme il est de mise avec les curés." p.61

" Sans elle, l'amertume de sa réussite sociale lui aurait été intolérable et il aurait mille fois préféré être le dixième ou le vingtième à Rome plutôt que de gouverner ainsi  un royaume de désolation barbare des confins de l'Empire, mais personne ne lui offrirait jamais une telle alternative, Rome n'existait plus, elle avait été détruite depuis bien longtemps, ne demeuraient plus que des royaumes plus barbares les uns que les autres, auxquels il était impossible d'échapper,et celui qui fuyait sa misère ne pouvait rien esperer d'autre que d'exercer son pouvoir inutile sur des hommes plus misérables que lui, comme le faisait maintenant Marc [...]" p.136

" Mais il lui était devenu impossible de se sentir supérieur et invincible, les fondations du monde étaient ébranlées, les fissures devenaient des failles [...]" p.172

"Nous ne savons pas, en vérité, ce que sont les mondes. Mais nous pouvons guetter les signes de leur fin. Le déclenchement d'un obturateur dans la lumière de l'été, la main fine d'une jeune femme fatiguée, posée sur celle de son grand-père, ou la voile carrée d'un navire qui entre dans le port d'Hippone portant avec lui, depuis l'Italie, la nouvelle inconcevable que Rome est tombée"

lundi 11 mars 2013

Asaf Avidan

A la première écoute, on pense tout de suite que cette voix puissante et déchirante appartient à une femme. On se trompe. Asaf Avidan est bien un chanteur Israélien de 33 ans.



Initialement passionné par le cinéma (Il a étudié le cinéma d'animation à Jérusalem et un de ses courts-métrages a d'ailleurs été récompensé dans un festival.) Asaf s'est mis plus tard à la chanson avec son groupe The Mojos et a sorti son premier album en 2006. Ce sont une rupture amoureuse, une maladie grave et des soucis personnels qui seront sa source d'inspiration. Après son premier album il a alors déjà une belle renommée en Israël et aux Etats-Unis. Il continue ensuite sa carrière en solo et forme un label avec son frère qui est aussi son manager. En 2008, sort l'album Reckoning qui raflera un disque d'Or et un disque de Platine et sera élu album de l'année par plusieurs magazine dont Time. Un second album sort en 2009, là aussi l'album remporte un vrai succès et plusieurs récompenses. S'en suivent des tournées en Europe et en Israël.
En 2012, il prépare son nouvel album, Different Pulses, qui est sorti fin janvier 2013 et a suscité des critiques enjouées en France.


Sa musique oscille entre soul et folk et rock, un style difficilement définissable, mais dès la première écoute c'est sa voix qui nous surprend et fait écho à des textes sombres et tristes, comme en témoigne un extrait de  la chanson Cyclamen : "I, I know I'm dying, Still I gonna go trying, I'll make it better".

Pourtant, si les paroles sont souvent tristes, ses musiques dégagent un certain entrain, une envie d'aller toujours vers l'avant. Comme pour son premier album, l'inspiration lui vient de ses blessures, notamment d'un cancer auquel il a survécu il y a 10 ans.

Quelques extraits:


Different Pulses, une chanson empreinte d'émotion où Asaf monte dans les aigus, sur fonds d'orchestre avec claviers et trompette, une instru toujours impeccable:


Setting Scalpels Free, ma chanson préférée, qui débute comme le début d'une histoire, une jolie balade et s'en suit d'un refrain entraînant " Is it going to last?" n'étant pas sans rappeler par moments Portishead.


 613 shades of sade au rythme électro et décousu, sans doute une des chansons les plus rock de l'album avec Turn, où le refrain me fait penser à une chanson de Sinead O Connor.


D'autres chansons sont toutes aussi poignantes comme Is This It ou Conspiratory visions of Gomorrah où sa voix semble sur le point de se briser. 12 titres sont à découvrir sur cet album. Et les précédents à écouter également!

Asaf Avidan est en tournée en France dans les mois qui viennent, il sera à Strasbourg le 12 avril, malheureusement le concert est déjà complet, comme la plupart des dates prévues !

http://www.asafavidanmusic.com/


vendredi 1 mars 2013

Un policier suisse qui aimait tirait le portrait


Plus que quelques jours pour voir les photos d'Arnold Odermatt exposées à Strasbourg ! Bon j'avoue que je n'avais jamais entendu parler de ce monsieur avant de me rendre à La Chambre.

Arnold Odermatt est né en Suisse en 1925 et s'est passionné pour la photo dès l'âge de 10 ans lorsqu'il gagna son premier appareil suite à un concours. Dès lors, c'est en autodidacte qu'il photographie ses proches, les paysages de sa région (le canton de Nidwald en Suisse) et plus tard ses collègues policiers. (Il entre dans la police en 1948 après avoir abandonné sa formation de pâtissier suite à des allergies). 
Il s'adonne alors à la photographie mais sans se prendre pour un grand photographe. Pendant 50 ans, il a photographié des scènes plus ou moins insolites dans le cadre de son travail de policier mais aussi de ses loisirs. C'est son fils, Urs, réalisateur et metteur en scène, qui, en 1990 alors que son père venait juste de partir à la retraite, découvrit une boîte au grenier contenant ses photos, toutes bien classées et archivées. Il décide alors de les montrer à des professionnels et Arnold Odermatt, après une première exposition à Frankfort, sera ensuite reconnu et exposé à la Biénnale de Venise en 2001 et gagnera ainsi une reconnaissance internationale!

Voici donc pour l'histoire de ce papi photographe qui n'avait pourtant aucune ambition d'exceller dans cet art. Et c'est probablement ce qui rend ces photos intéressantes 30 ou 40 ans après leurs prises de vue. Ce sont des instants figés, des scènes un peu insolites immortalisées dans un quotidien ordinaire.

Ses photos se divisent en deux séries : des images d'accidents de la route photographiées souvent en noir et blanc, prises dans le cadre de son travail et des photos couleurs qui témoignent des scènes de vie des policiers et de l'administration en suisse dans les années 50 à 70.

Jusqu'au 3 mars on peut voir quelques unes de ces photos en couleurs les plus connues à galerie photo La Chambre à Strasbourg. Un tour sur le web permet de voir la grande diversité de photos d'Arnold Odermatt et la poésie qui ressort de certaines photos en noir et blanc, qui pourtant retracent souvent des faits tragiques (des accidents de la circulation).

Dès l'entrée dans la salle d'exposition, on est surpris par une étrange série de photos de phares fondus, des photos très colorées, un peu absurdes prises par Arnold Odermatt lors d'une intervention après un incendie dans un garage qui a fait fondre les voitures. Des photos à la limite du surréalisme!


Suivent quelques photos illustrant des accidents de la route, comme celle de ce policier qui, depuis le toit de la camionnette volks wagen de la police, prend en photo la scène de l'accident entre une moto et une traban. Ou comment le photographe professionnel est pris en photo à son tour...


Autre photo insolite : celle d'un avion se faisant remorquer sur une route, juste à coté d'une église suisse. Et une autre où l'on voit un avion atterrir sur une route au milieu des montagnes enneigées.


De nombreuses photos témoignent du travail des policiers dans les années 60. Par exemple, des policiers s'entraînant au tir.

Ou ce policier sur un étrange vélo à moteur complètement disproportionné, qu'on dirait tout droit sorti d'un film de Charlie Chaplin !


A voir encore une photo montrant des policiers moustachus posant en maillots de corps blancs avec la lettre P dessus, marquant leur appartenance à la police, devant un ballon de foot. Des sortes de "super héros" au repos.

Une des photos les plus connues est celle de ces deux policiers conduisant un bateau sur un lac au milieu des montagnes et semblant plongés dans une discussion animée. Dans le rétroviseur du bateau, on aperçoit le visage des deux policiers mais aussi celui du photographe situé à l'arrière du bateau.


D'autres photos illustrent l'administration des années 50 - 60, avant l'ère de l'informatique. Une époque rétro, comme le montre la photo de cette secrétaire au look surprenant et tellement sixties!


On peut voir d'autres photos de fonctionnaires à leur bureau, entourés de vieilles machines à écrire, d'anciens  téléphones et cherchant des fiches dans un grand tiroir, avant l'ère des fichiers informatiques!

A voir aussi toute une série de portrait du même homme mais dans différentes situations (en cuisinier, en skieur, dans son salon, etc). 

Arnold Odermatt n'a pas fait du photojournalisme ni vraiment de l'art mais des photos-témoignages où l'on retrouve toujours une petite touche d'incongru. 

Il était moins une pour aller voir cette expo qui se termine dimanche soir!
Seul petit bémol, j'ai trouvé dommage qu'il n'y ait pas de légende expliquant le contexte dans lequel ont été prises les photos. Par exemple, pour les phares fondus, je n'aurai jamais compris si je n'avais pas fait quelques recherches sur Internet. Et pour la série de portraits, on ignore qui est l'homme pris si souvent en photo... Seuls le lieu et l'année sont mentionnés sous les photos. Mais bon, c'est probablement pour laisser aller son imagination!

Pour avoir plus d'infos sur Arnold Odermatt, vous pouvez consulter ce dossier que lui a consacré la célèbre revue Etudes Photographique en 2011.

Exposition jusqu'au 3 mars à La Chambre, 4 place d'Austerlitz. Entrée gratuite du mercredi au dimanche de 14h à 19h

lundi 18 février 2013

Foxygen

Voici une belle découverte rock que ce duo composé de deux jeunes californiens multi instrumentistes, Sam France et Jonathan Radoen, qui vient de sortir son deuxième album (l'occasion du coup de découvrir aussi  le premier!)



Ce nouvel opus intitulé We are the 21st century ambassadors of peace & magic illustre rien que par son titre l'humour et l'état d'esprit des deux auteurs-compositeurs-interprètes qui s'amusent volontiers à entretenir l'image de hippies nostalgiques de l'époque seventies en posant fleurs dans les cheveux... 
Mais loin d'une éventuelle mièvrerie, leur musique rend un bel hommage au rock 'n roll des années 70. Leurs références étant Elvis, les Kinks, les Beatles, les Stones, les Velvet ou encore Bob Dylan, cela se ressent tout au long de l'album où les sonorités et les genres se côtoient très justement et aboutissent à un résultat  fort appréciable, loin de la soupe rock pour ado à la Green Day produite généralement par la côte Ouest....


Voici quelques morceaux étonnants pour découvrir le groupe :

Une voix à la fois douce et rockailleuse dans la très belle chanson No Destruction, qui nous fait à la fois penser aux Strokes et à Lou Red.


Une jolie ballade folk rock avec San Fransisco:


ainsi que dans le superbe morceau Shuggie qui mélange une sorte de blues, de folk et de rock:


Une joie de vivre communicative dans Take the Kids off Broadway  qui est aussi le titre de leur premier album dont ce morceau est extrait:


ou encore un rock puissant à la Elvis et un refrain original et entêtant avec Make it Knownmon morceau préféré, issu de leur premier album Take the Kids off Broadway.


Le deuxième album contient 9 morceaux tous plus originaux les uns que les autres, une vraie bouffée de foxygène! (oui elle était facile) A découvrir et écouter par exemple ici.

Take the Kids Off Broadway / Foxygen, 2012
We are the 21st century ambassadors of peace & magic/ Foxygen, 2013

lundi 11 février 2013

L'Afrique insolite en photos

Une petite exposition vraiment sympa a voir à Strasbourg en ce moment se trouve à la galerie Simultania. Intitulée This Must Be The Place, cette exposition présente le travail du photographe sud-africain Pieter Hugo
L'occasion de découvrir les photos de ce trentenaire engagé qui a sillonné une bonne partie de l'Afrique. Sa première exposition réalisée en 2004 portait sur le génocide rwandais. En 2006, il gagne le premier prix dans la catégorie "Portrait du concours" Word Press Photo qui récompense chaque année les meilleurs photojournalistes. La rétrospective de ses photos intitulée This Must Be The Place fut exposée en 2012 au fotomuseum de La Haye puis à Lausanne avant d'être présentée à Strasbourg. 

Les photos présentées sont vraiment extraordinaires. Elles sont réparties en 5 séries. 

1/ La hyène et le vieil homme, une série de photos prises au Nigéria entre 2005 et 2007 présentant des dresseurs de hyènes. Le photographe a passé une semaine au milieu d'une communauté de dresseurs d'animaux. 

On verra par exemple une photo d'un homme tenant la hyène qui est muselée et enchaînée à son pied mais celle ci pose sa tête sur l'enfant qui se trouve à coté d'elle. Une photo à la fois dure et tendre.
D'autres photos de cette série sont spectaculaires : celles prises avec des singes domestiqués, comme cette photo où deux jeunes hommes et un singe sont sur un scooter, le singe apparaît vraiment comme une troisième personne! Ou alors, cette superbe photo d'un enfant assis sur un banc, les yeux dans le vague, avec à coté de lui un singe vêtu d'un T-shirt et d'un short qui lui pose la main sur la cuisse. L'histoire d'une belle amitié entre l'enfant et l'animal. Une photo très tendre.


Ou encore la photo d'un homme et sa petite fille qui portent un énorme python autour de leurs cous, la tête du python reposant sur la tête de la petite fille! 

2/ La série intitulée "Permanent error" présente des photos prises en 2009 et 2010 au Ghana. Pieter Hugo a photographié des enfants et adolescents fouillant une immense décharge à ciel ouvert spécialisée dans les anciens appareils électriques en provenance de l'occident (ordinateurs, téléphones portables etc.) afin de récupérer des matériaux précieux. Un paysage de désolation d'où émane des fumées toxiques et émanations gazeuses mortelles. 

Les enfants pris en photo ont un regard vide et triste. Une série de photos vraiment fortes qui nous font prendre conscience des conséquences qu'a notre société capitaliste sur les pays en voie de développement... Affligeant.

3/ Quelques photos de la série "les chasseurs de miel" ("wild honey collectors) prises au Ghana en 2005 où on voit des hommes revêtus de branchages au milieu de la forêt.


4 / Une série de photos prises en Afrique du Sud en 2006 intitulée "Messina", nom d'une ville au nord du pays où le photographe démontre l'appauvrissement de la classe ouvrière blanche et les relations entre blancs et noirs. Par exemple, cette très belle photo d'un couple de retraités blancs pauvres qui pose avec un petit garçon noir qu'ils ont recueilli.



5/ Enfin pour finir, la série de photos intitulée "Nollywood" où on apprend que le Nigéria est la deuxième industrie du film au monde après Bollywood et avant Hollywood! Plus de 1000 films à petit budget y sont  en effet tournés chaque année.
Dans ces photos, Pieter Hugo a capté des scènes vraiment insolites, entre fiction et réalité, et on ne peut que sourire face aux étranges scènes qui nous sont présentées!
Cela donne un résultat vraiment étonnant, comme la photo de cet homme déguisé et maquillé en une sorte de Hulk assis sur un banc à coté d'une femme comme s'ils attendaient un bus.

Ou la photo de cet homme qui pleure des larmes de sang et se tient sur la dépouille d'un boeuf mort dont il sort les tripes! (la photo la plus étrange je trouve!)
Ou encore cet homme avec un masque de cochon tenant une hache à la main qui se trouve au milieu d'une route!

Bref, ce photographe a vraiment l'art de montrer une Afrique méconnue, et, mieux qu'un long discours ou qu'un documentaire, ces photos nous interpellent et nous marquent. Je vous invite vivement à découvrir son travail, la visite de l'exposition dure 15 - 20 minutes environ et en plus c'est gratuit!

Plus d'infos sur le site de Rue89Strasbourg grâce auquel j'ai découvert l'exposition.

This Must Be The Place, rétrospective de photographies de Pieter Hugo à la galerie Simultania à Strasbourg. A voir jusqu'au 17 mars. Entrée libre et gratuite du mercredi au dimanche de 14h à 18h30.