mercredi 1 octobre 2014

Littérature et magie, le quotidien d'une jeune galloise sous forme de journal dans Morwenna

Morwenna est un roman écrit sous forme de journal intime d'une adolescente vivant dans les collines verdoyantes du Pays de Galles. Mais c'est un journal d'un genre particulier puisque cette jeune fille n'est pas comme les autres.


Morwenna, surnommée Mori, a 14 ans. Elle a fuit sa mère "maléfique" après la mort soudaine de sa soeur jumelle, cette mère qui semble la persécuter et lui envoie des photos brûlées... Blessée autant physiquement que moralement, elle fait alors la connaissance de Daniel, son père qu'elle n'a jamais vraiment connu. Tous deux partagent un goût pour la littérature et apprennent à se connaitre. Elle voit aussi régulièrement ses trois tantes un peu loufoques, les soeurs de Daniel, sortes de "magiciennes" à ces yeux, et d'un grand-père juif.
"Les lieux de mon enfance étaient reliés par des chemins magiques que presque aucun adulte ne suivait" (p 36)

Morwenna est une dévoreuse de livres de Science Fiction. Elle lit dès qu'elle a un moment, jusqu'à plusieurs livres par jour, connait Tolkien par coeur et a des références littéraires beaucoup plus étoffées que de nombreux adultes! Elle fréquente assidûment bibliothèques et librairies où elle fait ses plus belles rencontres. D'ailleurs, pour elles, les bibliothèques, c'est sacré! Elle réserve régulièrement de nouveaux ouvrages via le prêt entre bibliothèques qu'elle considère comme une invention révolutionnaire :
"Le prêt entre bibliothèques est une des merveilles du monde et une gloire de la civilisation" (p.64)
Elle est interne dans un pensionnat et cohabite avec des filles issues de riches familles qu'elle juge superficielles et très dures entre elles. Elle se sent marginalisée, exclue et se réfugie dans les livres. Elle fréquente quotidiennement la bibliothèque où elle va intégrer un Club de lecture de SF qui deviendra une véritable bouffée d'oxygène.
" Quand je regarde les autres, les autres filles de l'école, et que je vois ce qu'elles aiment, de quoi elles se contentent et ce qu'elles veulent, je n'ai pas l'impression d'appartenir à la même espèce. Et parfois - parfois je m'en fiche. Il y a si peu de personnes dont je me préoccupe vraiment. J'ai l'impression parfois qu'il n'y a que les livres qui rendent la vie supportable [...]" (p 129)

Enfin, Morwenna a la particularité de voir les fées, lorsqu'elle s'aventure seule dans les forêts mystérieuses du Pays De Galles et de leur parler en gallois, mais elle peine à comprendre les paroles mystérieuses de ces dernières.
"On ne peut les voir (les fées) que quand on y croit déjà, ce qui explique pourquoi les enfants sont plus susceptibles d'y arriver. Les gens comme moi ne cessent pas de les voir. Il serait idiot de ma part d’arrêter de croire en elles. Mais beaucoup d'enfants le font quand ils grandissent, même s'ils les ont vu jusque-là" p. 107

Ecrit sous forme de journal, Morwenna raconte sa passion pour la SF, ses coups de cœur littéraires, ses rencontres, son ennui à l'école, ses étranges relations avec sa famille, ses premiers déboires amoureux, sa perception du monde, etc.
"Je ne pense pas être comme les autres. Je veux dire fondamentalement. Ca ne tient pas uniquement à ce que je suis la moitié d'une paire de jumeaux, que je lis beaucoup et que je vois les fées. Ce n'est pas juste parce que je me tiens à l'extérieur alors qu'ils sont tous à l'intérieur. J'ai l'habitude d'être à l'intérieur. C'est une attitude nécessaire pour pratiquer la magie". p. 185

Ce roman a été récompensé par 2 grands prix de la Science Fiction, le prix Hugo et le prix Nebula et a reçu le British Fantasy Award. Toutefois, je reconnais avoir été un peu déçue, sans doute que je m'attendais à autre chose, de plus fantaisiste justement, de plus percutant, de plus intriguant.
En fait, l'histoire reste assez basique, bien ancrée dans la réalité et pendant longtemps on ne sait pas si Morwenna s'est inventée un monde imaginaire pour fuir le drame qu'elle a vécu, tout comme elle se réfugie dans les livres, ou si elle voit effectivement les fées. Il subsiste bien un mystère autour de cette mère un peu sorcière, dont elle a si peur et qu'elle fuit. Il n'y a pas vraiment d'intrigue, ni d'action, juste quelques fantaisies dans le quotidien de cette adolescente qui se cherche une place dans sa nouvelle famille, dans son école, dans sa vie.

Mais c'est sans doute pour ça que ce roman s'est démarqué et a plu. Le fantastique, la magie, n'y apparaissent que par petites pincées, comme pour égayer un quotidien trop sombre.

vendredi 19 septembre 2014

White God : un film poignant, entre drame et thriller, à la limite du fantastique, où le personnage principal est un chien.

Je ne suis pas particulièrement adepte des films fantastiques souvent synonymes de gore ou d'horreur, ou du moins d'étrange. Toutefois, certains films dit "fantastiques" restent assez grand public. Et dans le cadre du festival européen du film fantastique de Strasbourg (FEFF pour les intimes), il y en a pour tous les goûts !
J'ai donc accompagné une amie à la projection du film hongrois White God, qui fut récompensé cette année à Cannes dans la catégorie "Un certain regard". Le film sortira officiellement en salle au mois de décembre.


Le film s'ouvre sur un magnifique plan où on voit les rues de Budapest désertes, la ville comme abandonnée, seule une fille parcourt la ville en vélo à la recherche de son chien. Après cette scène d'ouverture post apocalyptique, on est ramené en arrière et on découvre l'histoire de Lili et de son chien, Hagen. 
"White God", c'est aussi l’anagramme de white dog, le chien blanc, (ou plutôt beige ici) qu'est Hagen, la star du film.


L'histoire se passe à Budapest. Lili et son chien Hagen sont inséparables et s'adorent. Lorsque sa mère part trois mois en Australie, Lili doit aller vivre chez son père. Or, ce dernier est assez réfractaire à l'idée de partager son petit appartement avec un chien et la cohabitation ne se passera pas bien du tout. De plus, le gouvernement demande à ce que les propriétaires de chiens bâtards paient une taxe afin de favoriser le développement des chiens de races. (Avant la projection, il nous a été expliqué que le réalisateur s'est basé sur une proposition de l'extrême droite hongroise qui allait en ce sens, à savoir, pénaliser tous les propriétaires de chiens bâtards. Mais la proposition n'a pas été retenue.) Hagen est directement concerné puisqu'il est un croisé entre un shar-pei et un labrador (magnifique chien je trouve d'ailleurs!) et le père de Lili refuse de payer pour ce chien qui n'est pas le sien. C'est ainsi que commencent les terribles aventures de ce pauvre chien. Abandonné, livré à lui même, il va aller de mauvaises rencontres en mauvaises rencontres et, naïf et avide de tendresse, il va malheureusement être victime de  la cruauté humaine.

Bande-annonce :

Le film est construit de manière à alterner le point de vue de Lili (on la suit chez elle, à son école de musique où elle joue de la trompette, avec ses camarades d'école, cherchant son chien dans les rues de Budapest...) et celui de Hagen livré à lui même, découvrant les dangers de la ville et des hommes qui se montrent impitoyables. A plusieurs reprises on tremble pour lui, on le suit partout et on espère qu'il va s'en sortir. Certaines scènes sont très dures, notamment lorsqu'il devient la victime d'un dresseur de chien de combat, puis s'en suit une scène de combat de chiens que j'ai eu vraiment du mal à regarder. (Bien entendu, il est précisé à la fin du film qu'aucun chien n'a été soumis à des violences.)
Toutes ces étapes vont métamorphoser Hagen, jusqu'à en faire une chien chef de meute avide de vengeance...


Ce film est plein de métaphores et de symboles. C'est une dénonciation des ségrégations raciales, des marginalisations et exclusions, de la violence et de la cruauté qui peuvent transformer un être pur en monstre sanguinaire.

Malgré cette histoire dramatique, il y a quand même quelques scènes où l'on sourit, et cela notamment grâce à l'attitude du chien et à sa démarche altière, lorsqu'il se fait un copain ou encore une scène où les chiens de la fourrière regardent très attentivement un dessin animé.

J'ai trouvé ce film très poignant, la force de celui-ci résidant essentiellement dans le jeu d'"acteur" du chien, j'imagine la qualité du dressage pour en arriver là ! C'est vraiment impressionnant, Hagen montre  toutes sortes d'expressions et souvent on est plongé dans le regard de ces chiens chargés d'émotion et qui semblent ne pas comprendre ce qui leur arrive. Au total, ce sont plus de 250 chiens qui ont été acteurs de ce film pour en constituer la meute ! (Après quelques recherches, j'ai pu lire que le chien Hagen a été interprété par deux animaux différents, car il était difficile de demander au même chien d’être à la fois doux et agressif)

Sans trop d'effets spéciaux, avec un scénario plutôt simple, c'est vraiment la manière de filmer et le rythme qui en font de White God un thriller haletant, passionnant et émouvant et le font rentrer dans la catégorie "film fantastique". Malgré quelques incohérences et longueurs (notamment une scène où Lili se rend à une fête qui m'a semblé excessivement longue et n'apporte rien de spécial au film ), ça reste un film très réussi, avec une forte charge émotionnelle (difficile de ne pas avoir les larmes aux yeux vers la fin du film !)

Petite anecdote sur le film : Suite à la présentation du film au Festival de Cannes, Buddy, le chien qui interprète Hagen, a reçu la Palm Dog. Un prix remis par des journalistes anglais depuis 2001, qui récompense le meilleur acteur canin des films de la sélection officielle (source AlloCiné). Et c'est amplement mérité !


Récompense : prix Un certain regard, Festival de Cannes, 2014

Film projeté dans le cadre du Festival Européen du Film Fantastique de Strasbourg, du 12 au 21 septembre 2014 dans diverses salles à Strasbourg.

mardi 2 septembre 2014

"Les combattants" : l'amour comme une force en milieu hostile. Un beau film entre comédie, romance et aventure

Les combattants est un film français réalisé par Thomas Cailley, un réalisateur méconnu, avec de jeunes acteurs pas très connus non plus mais très prometteurs.


L'histoire :

Arnaud a 20 ans, une gueule d'ange et est plutôt timide. Il vient de perdre son père et reprend l'entreprise familiale de menuiserie avec son grand frère. Ils ont tous deux beaucoup de travail. Mais Arnaud aime aussi traîner avec ses copains. Un jour, à la plage, ses amis l'inscrivent à son insu à une initiation de self défense. Il se retrouve face à Madeleine, une fille renfermée et musclée aux allures de garçon manqué qui n'hésitera pas à lui flanquer une raclée. Quelques jours plus tard, dans le cadre de son travail, il revoit la jeune femme. Celle-ci est toujours sur la défensive, ne sourit jamais et semble suivre un entrainement intensif pour apprendre à faire face à la fin du monde.

Bande-annonce :


Madeleine a un master en macro économie. Elle est super calée sur la politique agricole et économique et n'a plus d'espoir dans l'avenir. C'est sûr, selon elle, l'humanité est sur le déclin et la fin est proche. Elle souhaite donc se préparer au pire et intégrer l'armée pour faire un stage commando.
Arnaud et ses copains aussi sont plutôt pessimistes face au chômage et à la crise économique. Mais ils continuent à s'amuser. C'est le portrait d'une jeunesse un peu perdue qui tente de faire face à un avenir incertain.

Arnaud est de plus en plus intrigué par cette fille si différente au regard déterminé et aux yeux humides, qui semble en vouloir à la terre entière, ne rien apprécier et est toujours prête à se battre. Il devient tellement fasciné par cette fille que, lui qui raillait l'armée quelques jours plus tôt, finit par s'inscrire lui aussi au stage de survie en forêt auquel elle va participer ! C'est le début d'une aventure où ils vont apprendre à se connaitre et à s'ouvrir petit à petit l'un à l'autre.


Pourquoi ce film vaut le détour :

Les acteurs sont filmés de près, souvent par des longs plans, qui mettent en avant leurs émotions.
C'est un film d'une grande sensibilité sur la difficulté d'entrer dans le monde adulte, la peur d'affronter la vie et un avenir très incertain, la difficulté d'exprimer les sentiments amoureux. En effet, Arnaud a du mal à exprimer le fond de sa pensée, parle d'une voix chevrotante de "trucs" qu'il voit ou qu'il ressent alors que Madeleine est renfermée et semble constamment blasée, fataliste et à fleur de peau. C'est aussi un film qui aborde des sujets beaucoup plus sérieux comme la destruction de l'environnement, l'individualisme, le chômage, la crise, etc.

Souvent, on sourit des maladresses des deux jeunes gens ou de certaines scènes insolites filmées avec grande attention, comme les attitudes et expériences "extrêmes" de Madeleine. A mes yeux, c'est cet humour décalé, burlesque qui fait toute la force du film. S'ajoute à cela la superbe interprétation des deux personnages principaux. Tout au long du film, on sent une tension contenue entre eux, tension qui se transforme petit à petit en désir mais on ne sait jamais quand elle va exploser. S'ajoute à cela une belle et dynamique bande-originale réalisée par le groupe Hit'n Run qui accompagne en rythme un scénario superbement ficelé. (A écouter ici)


Par ailleurs, le film surprend car il ne prend pas vraiment la direction attendue. Je m'attendais à avoir quelques explications sur le caractère renfrogné et le tempérament extrême de Madeleine mais le mystère reste entier. On ne saura pas ce qui l'a rendue si dure. Le réalisateur s’attelle davantage à nous démontrer l'évolution des émotions et des relations entre les personnages.

Entre comédie, romance, film d'apprentissage, d'aventure et film catastrophe, Les combattants se distingue dans le paysage du cinéma français et a d'ailleurs été remarqué lors de la Quinzaine des réalisateurs, au festival de Cannes 2014.

Les Combattants. - film réalisé par Thomas Cailley, avec Adèle Haenel, Kevin Azaïs, William Lebghil... . - Distribué par Haut et Court et Nord Ouest production.

jeudi 28 août 2014

Entre fiction et documentaire, Mauvais genre, une BD remarquable

Mauvais genre est une bande-dessinée touchante, écrite par Chloé Cruchaudet, auteure de la trilogie Ida (qui raconte les aventures d'une "vieille fille" trentenaire à la fin des années 1880 qui se découvre une passion pour les voyages) et de Joséphine Baker. Dans son nouvel album Mauvais genre sorti en 2013, elle aborde là encore des faits historiques en s'inspirant d'histoire vraie qui s'est déroulée pendant la Première Guerre Mondiale.


L'album est très beau, les dessins sont pour la plupart en noir, blanc ou couleurs sombres avec juste quelques touches de  rouge qui font ressortir du sang et des vêtements.

Les premières planches de la BD relatent un procès. On se doute donc déjà que l'histoire s'est mal terminée. On est ensuite plongé dans l'histoire de deux jeunes gens, Paul et Louise. Ils sont très jeunes lorsqu'ils se marient, juste avant qu'éclate la Première Guerre mondiale. Paul part alors à l'armée et est envoyé au front. Naïf et insouciant, il voit la guerre comme une sorte d'étape, presque un jeu, et espère retrouver très vite sa bien aimée. Mais la guerre dure plus longtemps que prévu et il connaîtra  alors l'horreur des tranchées qui ne finit pas. Les premières planches illustrent très justement et durement toute l'atrocité de la guerre. Paul souhaite quitter cet enfer à tout prix et finira par déserter, retrouvera sa femme et devra vivre caché car les déserteurs sont menacés de mort. Mais difficile de rester planquer à ne rien faire ! Louise a alors une idée : si Paul se transforme en femme, il pourra de nouveau sortir. Ce dernier se prend vraiment au jeu, jusqu'à modifier sa façon d'être, sa personnalité, sa sexualité et à devenir une star du bois de Boulogne...

Mais les fantômes de la Grande Guerre reviendront hanter Paul, jusqu'à mettre en péril son couple, son équilibre mental, sa vie.

Exemple de planche avec beaucoup de rouge 

Mauvais Genre est une histoire triste tirée de faits réels. En effet, l'auteure s'est inspirée de l'histoire d'un couple qui a été relatée dans un essai intitulé La garçonne et l'assassin paru en 2011Toutefois, elle emploie un ton relativement léger, l'écriture est moderne, vivante, les personnages attachants, présentés avec leurs défauts leurs espoirs et leurs peurs.

Cet album aborde toute l'horreur de la guerre, en cette année de commémoration du centenaire du début de la Première Guerre Mondiale, et met en lumière le sort des déserteurs qui étaient considérés comme des lâches et menacés de mort pendant des années, même après la fin de la guerre. Mais c'est aussi un album sur le genre, sujet tellement d'actualité ces dernier mois! Y sont abordées les questions suivantes : qu'est-ce-que c'est être une femme, un homme?

Mauvais Genre est une bande-dessinée entre documentaire et fiction, touchante, intéressante, très bien illustrée et facile à lire. Elle a été récompensée par le prix du public Cultura  au festival d’Angoulême cette année.

Mauvais Genre / Chloé Cruchaudet . - Ed. Delcourt (Mirages), 2013

lundi 25 août 2014

Mystères au bord du barrage : Les Revenants, superbe et énigmatique série française

Les Revenants est une superbe série française à l'ambiance particulière où règne une tension permanente et réalisée sans effets spéciaux. La saison 1 a été diffusée sur Canal + en 2012.


Un village isolé dans la montagne quelque part en France, un énorme barrage, des familles brisées, endeuillées, une association d'aide aux personnes en détresse, une vie qui malgré tout semble suivre son cours.... Mais voilà qu'un jour, un étrange petit garçon surgit de nulle part et s'attache à une femme célibataire. Au même moment Camille, une ado de 15 ans morte il y a 4 ans revient chez elle comme si de rien n'était. Puis un homme saute du haut du barrage après avoir revu sa femme décédée il y a 30 ans. Et aussi Adèle, veuve très jeune a refait sa vie avec le capitaine de la gendarmerie, mais c'est alors que surgit son ex mari, Simon, qui n'a pas pris une ride. Et comme si ça ne suffisait pas, voilà qu'un assassin ressuscite également...

Léna et Camille, deux jumelles qui se retrouvent 4 ans après le décès de Camille

Victor, à mes yeux le personnage le plus flippant de la série !

Tous ces revenants ignorent que des années se sont écoulées depuis leurs disparitions. Ils ignorent même qu'ils sont morts et revenus. Ils veulent juste reprendre leur place d'avant auprès de leurs proches mais cela va entraîner forcément quelques bouleversements. De plus, après leur retour au village a lieu toute une série d’événements étranges : des pannes de courant, des blessures qui apparaissent sur leurs corps, des visions, des animaux noyés...

Trailer saison 1 :

Les Revenants est une série fantastique un peu particulière puisqu'elle est profondément ancrée dans le réel et qu'il n'y a pas d'effets spéciaux. Ici pas de zombies ou de fantômes. Les "revenants" sont tels qu''ils étaient lorsqu'ils sont partis. S'ils ont du mal à se réadapter à la vie qu'ils ont quitté quelques années plus tôt, on dirait qu'ils ont tout de même changé et gagné en maturité. De plus, ils semblent dès fois lire dans les pensées ou avoir des sortes de pouvoirs...
Simon

Chaque détail de la série est travaillé, rien n'est laissé au hasard, aussi bien dans le scénario que dans la construction des personnages. Aucune parole en trop, pas de mélo, rien n'y est superficiel. Le rythme est plutôt lent mais la tension permanente. Rien que le générique de la série est un petit bijou que je ne me lasse pas de regarder, entre étrangeté, poésie et fantastique. De plus, la musique de Mogwai contribue beaucoup à l'ambiance si mystérieuse de la série.

Le générique :


A la fin des 8 épisodes de cette première saison, il reste encore beaucoup de questions en suspens et de mystères à éclaircir. Que vont devenir ces revenants? Pourquoi sont-ils revenus? La suite dans la saison 2 prévue diffusée bientôt sur Canal Plus!

Bref, vous l'aurez compris, j'ai beaucoup aimé cette série. Attention toutefois, Les Revenants peut déranger, car la série soulève des questions sur la mort et l'au-delà, le tout sans éléments fantastiques qui permettent habituellement de mettre une certaine distance.

samedi 23 août 2014

Le Chardonneret : émotion et réflexion dans ce roman fleuve lauréat du prix Pullizer

Il m'aura fallut du temps pour finir ce pavé de presque 800 pages écrit par l'auteur du Maître des Illusions, Donna Tartt ! Le Chardonneret est un roman fleuve dont une grande partie s'apparente à roman d'apprentissage à la J.D. Salinger, puis une partie, notamment vers la fin, tient du roman policier, avant de se termines par des réflexions philosophiques. L'ensemble est superbement écrit avec force de détails sur ces personnages et leurs épopées, il s'en dégage beaucoup d'émotion. Ce roman a suscité des critiques dithyrambiques dans toute la presse littéraire et des commentaires enjoués de nombreux lecteurs. L'auteure a été récompensée en recevant le prix Pullizer 2014 pour son Chardonneret.


L'histoire 

Théo a douze ans lorsqu'il visite une exposition au MOMA de New York avec sa maman passionnée d'art. C'est alors qu'a lieu une violente explosion. Dès lors, l'auteure nous bluffe par le réalisme de la description du chaos qui règne ensuite, les péripéties du garçon pour s'en sortir et la foule d'émotions qui le traversent. On pense alors que cette explosion est le début d'une enquête criminelle, on se demande qui en est à l'origine et pour quelle raison. Mais nous n'en saurons rien. Cette explosion est en fait le point de départ d'une nouvelle vie pour Théo, une vie sans sa maman, et d'une suite de péripéties.
Tout d'abords, lors de sa visite au musée, il est fasciné par une jeune fille accompagnant un vieil homme. Après l'explosion, il va rencontrer ce vieux monsieur mystérieux, dans de tristes circonstances. Ce dernier va lui transmettre une bague et l'inciter à cacher un précieux tableau intitulé Le Chardonneret. On pense que cela va conduire à un trésor caché, une enquête policière, des secrets enfuis... Mais en fait, pas du tout. C'est juste que cette explosion va être un énorme chamboulement pour Théo qui va l'amener à faire des rencontres déterminantes : Hobbie, un vieil antiquaire qui va le prendre sous son aile, Pippa, la jeune fille dont il va tomber amoureux, son ami Andy et sa famille d'accueil, etc.

C'est un roman d'apprentissage sur la vie, ses déceptions, ses douleurs, la difficulté de tisser des relations de confiance, la limite des fois floue entre le bien et le mal, les tentations...
Ce récit nous plonge aussi dans le monde de l'art et des antiquités, nous montre le pouvoir que peuvent avoir certains objets et oeuvres d'art et l'attachement qu'ils peuvent susciter. Et si le précieux tableau est au coeur du roman, c'est seulement dans les dernières pages qu'une magnifique description en est faite.

Un roman documenté qui fait référence à des faits réels

Après quelques recherches sur le net, j'ai constaté que le tableau intitulé "Le Chardonneret" existe effectivement, il a été peint par un élève de Rembrandt, Carel Fabritius, qui est d'ailleurs décédé dans l'explosion d'une poudrière en 1654!

Le Chardonneret, Carel Fabritius, 1654. (source Wikipédia)

Le travail de ce peintre a été redécouvert au 19ème siècle par Théophile Thoré-Burger. L'auteure semble donc s'être inspirée de la véritable histoire de ce tableau pour écrire son roman, dont le narrateur s'appelle justement Théo...

Mon avis

Je ne vais rien révéler de l'intrigue mais j'avoue avoir été surprise (et un peu déçue je l'avoue) à la fin. Pendant 800 pages on se demande quelle était la cause de cette explosion, mais finalement, on ne saura jamais, ce n'est pas ce qui importe à l'auteure. Cette catastrophe est en fait le déclencheur de multiples étapes dans la vie de Théo : le décès de sa mère, son passage dans la famille d'un de ces copains" Les Barbours, une famille bourgeoise quelque peu fantasque qui prendra malgré tout soin de lui. Ensuite, les retrouvailles avec son père qui l'avait abandonné quelques années plus tôt et sa copine excentrique, son déménagement à Las Vegas, sa rencontre avec son ami Boris, lui aussi enfant solitaire et téméraire livré à lui même. Puis la plongée dans l'alcool et les drogues à même pas 14 ans...

Pour résumé, c'est l'histoire d'un garçon qui quitte brutalement le monde de l'enfance pour basculer dans une vie d'adulte très sombre. L'auteure décrit toujours avec justesse et précision les émotions de Théo, cela m'a semblé dès fois un peu long, notamment la description de son séjour à Las Vegas. D'un autre coté, j'ai eu l'impression que certains passages étaient éclipsés, passés sous silence, comme si le narrateur (Théo) vivait les bouleversements de sa vie avec fatalisme, sans chercher à se battre, à se faire une place dans la société. Tout au long de son adolescence et de sa vie de jeune adulte, il garde le secret de ce tableau qu'il a planqué, sans savoir vraiment quoi en faire.
Ce secret finira par le rattraper bien des années après qu'il ait essayé de se ranger. Il ne sera jamais vraiment heureux, toujours nostalgique, amère, triste.

De manière générale, j'ai trouvé que Le Chardonneret est un beau roman, dense et émouvant, très bien écrit, avec précision, tendresse et justesse. Toutefois, j'ai été quelque peu surprise par le rythme d'écriture (certains passages longuets, d'autres passés trop rapidement) et un peu déçue par le déroulement de l'intrigue. Finalement, il ne faut pas voir ce roman comme un livre policier (il est souvent présenté comme tel) mais plutôt comme un roman d'apprentissage, d'introspection, de réflexion philosophiques.

Le Chardonneret / Donna Tartt .- Plon ; Feux Croisés : 2014

Quelques citations :

>> A propos de son ami Hobbie:
"J'ai senti à un niveau viscéral un profond changement d'allégeance, une conviction soudaine, humiliante à faire pleurer, que cet endroit était bon, cette personne était sûre, je pouvais lui faire confiance, personne ici ne me ferai du mal." p.163-164

>> A propos de sa mère :
"Sauf que parfois elle resurgissait brutalement à des moments inattendus, en éclats si rebelles que je m’arrêtais sur le trottoir, soufflé. En un sens, le présent avait rétraci pour devenir un endroit plus petit et bien moins intéressant." p 421-422

>> A propos de son mal être :
"Mon champs visuel s'était rétréci : j'étais dans un tunnel. Toutes ces années où j'avais erré, trop lisse et isolé pour qu'une quelconque réalité se fraie un chemin : un délire qui m'avait fait tourbillonner sur sa vague lente et douce depuis l'enfance, dévoncé et allongé sur la moquette à longues mèches de Vegas, riant à l'adresse du ventilateur du plafond, sauf que je ne riais plus, Belle au bois dormant grimaçant de douleur avec environ un siècle de retard." p 570-571

>> Extrait d'une longue description d'Amsterdam :
"[...] j'ai senti l'étrangeté de la ville m'assaillir, les odeurs de tabac, de malt et de muscade, les murs de café du même brun mélancolique qu'un vieux livre relié en cuir puis au-delà, des passages sombres et des clapotements de l'eau saumâtre, des cieux bas et de vieux bâtiments penchés les uns contre les autres avec un sentiment sombre et poétique teinté d'une vague sensation de destruction, la solitude pavée d'une ville qui donnait l'impression, à moi en tout cas, d'un endroit où l'on pourrait laisser l'eau se refermer sur ma tête." p. 661

>> Réflexion de Théo sur sa vie:
"Et tandis que des raies de lumières vacillante le zébraient, j'avais en parallèle le sentiment écœurant de ma propre vie, pareille à une explosion d'énergie non structurée et éphémère, un pétillement d'énergie biologique statique tout aussi aléatoire que les lampadaires que nous dépassions en un éclair." p.686

"Je voyais à peine comment j'arrivais encore à bouger, à ne pas tomber, comment j'avançais tout court, une sorte d'inconscience infondée et insaisissable qui me transportait bien au-dessus de moi même dans des hauteurs et des creux impersonnels où j'avais l'impression de me regarder d'en haut ...] p 728

>> Questionnement de Théo sur le bien fondé de ses actes:
"Le message de ce livre est très sombre. "Pourquoi être bon." Mais c'est ce qui m'a submergé la nuit dernière dans la voiture. Et si... et si c'était plus compliqué que ça? Et si peut-être contraire vrai aussi? Parce que, si le mal donne parfois des bonnes actions...? Où est-ce qu'il est dit, où que ce soit, que seul le mal résulte des mauvaises actions? Peut-être parfois, la mauvaise manière est la bonne? Tu peux prendre le mauvais chemin et aboutir quand même là où tu veux? Ou bien, vois-le sous un autre angle, parfois tu peux faire tout de travers et malgré tout ça se finit bien?" p. 760

jeudi 7 août 2014

Collages photographiques étranges et poétiques

Exposition Patrick Bailly-Maitre-Grand.

Lors de mon passage au MAMCS, après avoir parcouru finalement assez rapidement l'exposition de Buren, j'en ai profité pour aller voir une autre exposition temporaire, celle de Patrick Bailly-Maître-Grand. Je ne connaissais pas du tout cet artiste qui est pourtant strasbourgeois. Ce dernier fait partie du courant des photographes expérimentaux.
Cette exposition intitulée Colles et Chimères se répartit dans 8 salles et sur deux niveaux, chaque salle présentant une autre série de photos correspondant à une autre facette du travail de l'artiste.
La plupart des oeuvres proviennent d'une donation de l'artiste et l'exposition est présentée en parallèle d'une autre exposition au musée Nicéphore Niepce de Chalon-sur-Saône.


Le travail de l'artiste se base sur une "interprétation des secrets des origines de la photographie – daguerréotypes, rayogrammes, chronophotographies de Marey … - et sur l’exploration de techniques complexes" (cf site du musée). Ses photos ou collages ont souvent quelque chose d'insolite, de drôle ou de dérangeant. On voit qu'il réfléchit sans cesse à de nouveaux modes de construction, de mises en scène et de compréhension de l’image photographique. 

Une partie de ses oeuvres a pour objet le corps humain : des gros plans d'une empreinte digitale en noir et blanc, des photos en mode "radio" de visages ou de parties du corps humain...

Patrick Bailli-Maître-Grand. Source : www.lemonde.fr


Patrick Bailli-Maître-Grand. Source : www.lemonde.fr

Une autre salle montre des photos de "scènes de crimes", comme un matelas ensanglanté, c'est assez glauque et  je n'ai pas trop aimé.
Une de ses oeuvres rend hommage à l'artiste alsacien Jean Arp mais ces photos de lettres A R P flottant dans une soupe ne révèlent pas grand chose et je n'ai pas adhéré.

Certaines séries ont un coté surnaturel, onirique et poétique, comme les photos de ces animaux intitulée "Formol's Band" réalisées avec la technique de la périphotographie qui lui value un grand succès dans les années 1980.  

Les grenouilles : 
Patrick Bailli-Maître-Grand.
La pieuvre :
Patrick Bailli-Maître-Grand.

Mais ma série de photos préférée est celle intitulée "Gouttes de Niepce"montrant des détails de Strasbourg se reflétant dans des gouttes d'eau. Je trouve ces "collages" très poétiques, originaux et recherchés.

Patrick Bailli-Maître-Grand.

Patrick Bailli-Maître-Grand.

La série "Poussières d'eau" a pour sujet les éclaboussures et chutes d'objets (eau' bjets?) et on y voit de superbes photos d'éclaboussures.

Patrick Bailli-Maître-Grand.

Une autre salle montre des photos de vanités. Ou encore des photos d'insectes millimétrés : mouches, fourmis. C'est simple mais fascinant en même temps ! 

Les fourmis :
Patrick Bailli-Maître-Grand.

Ou encore, une série de photos montre une grue devenant de plus en plus floue se reflétant dans l'eau. Il y a une grande diversité dans le travail de l'artiste qui est présenté ici !

Et pour finir, si vous avez le temps, un film explique les techniques employées pour réaliser ces différents montages et collages photographiques.

Dans l'ensemble, c'est une exposition intéressante, de part les techniques employées mais aussi par l'originalité de la plupart des œuvres. Même si je n'ai pas tout aimé, certaines oeuvres valent quand même le détour et je suis contente d'avoir découvert cet artiste local.

Toute la présentation de l'exposition est accessible en ligne sur le dossier de presse de l'exposition dans un document pdf édité par le musée.  où sont notamment expliquées les techniques photographiques utilisées.