vendredi 17 janvier 2014

Dans la tête de Ben Stiller

Après les films d'auteurs asiatiques aux sujets plutôt graves, un peu de légèreté avec une comédie américaine de et avec Ben Stiller. La vie rêvée de Walter Mitty est une sorte de conte moderne, une comédie d'aventure avec un petit coté burlesque. Loin d'être un grand film, The secret Life of Walter Mitty (titre original qui est quand même bien trouvé vu l'endroit où travail le héros !) est toutefois un bon divertissement.


L'histoire : Walter Mitty est chef du service des négatifs du célèbre magazine de photos Life. Il a une vie assez monotone, rêve de sortir avec sa nouvelle collègue de la comptabilité mais n'ose pas trop l'aborder. Du coup, il s'imagine plein d'aventures extraordinaires dans lesquels il est une sorte de super héros irrésistible aux yeux des femmes. Et lorsqu'il s'inscrit sur un site de rencontres, le manager du site le contacte pour lui demander de compléter son profil, notamment les lieux où il a été car celui-ci est vide. Il ne peut que répondre Phoenix, ce qui traduit le vide dans son existence.


Le jour où le célèbre magazine est racheté pour passer en version online, c'est la révolution au sein de la rédaction. Un célèbre photographe a envoyé à Walter LA photo à mettre en Une du dernier numéro, mais, manque de pot, ce dernier n'arrive pas à mettre la main dessus ! S'il ne veut pas être viré, et surtout par conscience professionnelle, il doit absolument la retrouver. Lorsqu'il apprend que le photographe qui a pris ce fameux cliché est au bout du monde, il prend son courage à deux mains et saute dans le premier avion pour ... le Groenland. S'en suit tout une série de péripéties à la recherche du célèbre photographe qui semble se déplacer plus vite que son ombre.

Bande-annonce :

C'est une comédie douce-amère et, si je n'ai pas vraiment rit pendant le film, (les ficelles sont tellement grosses), on sourit souvent. Le scénario est prévisible, on est rarement surpris. Ce film a un grand coté naïf, on peut le prendre comme un joli conte ou alors trouver cela carrément niais.  



Toutefois, le jeu d'acteur de Ben Stiller en mec perdu dans sa vie vaut le détour. De plus, on est ébloui par les superbes paysages du grand Nord, les scènes du film que j'ai préféré se passent d'ailleurs lors de son voyage groenlandais - islandais où il fait des rencontres étonnantes. 
Ce périple aura pour effet de le désinhiber, de lui donner le goût de l'aventure, et surtout d'avoir confiance en lui. Une sorte de voyage initiatique en quelque sorte.


En terme de réalisation, les scènes qui se passent dans la tête de Walter se succèdent aux scènes réelles. On a droit à plusieurs parenthèses de ce genre, surtout au début de ce film. Si l'idée est bonne, Ben Stiller exploite un peu trop cette idée pour en faire une sorte de clip de super héros à l'intérieur de son film.

Par ailleurs, il a le mérite de mettre en évidence une réalité sociale dans le milieu de la presse écrite ces dix dernières années : la chute des ventes, le passage au numérique, les restructurations, licenciements etc. La fin d'un monde en quelque sorte. Face à ce monde où tout va trop vite, il subsiste quand même quelques repères, comme ce photographe, Sean, (interprété par Sean Penn) réfractaire à toute évolution technologique, qui accorde un rôle primordial à la dimension humaine du métier de photographe.


Dans l'ensemble, on passe quand même un bon moment dans cette vie rêvée de Walter Mitty, notamment grâce aux belles images, à l'interprétation de Ben Stiller et au bon rythme du film. De plus, la bande-son est plutôt sympa avec des titres de José Gonzales, Junip, David Bowie, etc.

mercredi 8 janvier 2014

Emouvant film japonais sur le thème de la filiation

Tel père tel fils est un beau film japonais à la fois tendre et subtil de Hirokazu Kore-Eda qui aborde la cellule familiale, plus précisément la filiation et les relations père - fils. C'est le neuvième film de ce réalisateur que je ne connaissais pas jusque là, et le quatrième qui aborde le thème de l'enfance.

L'histoire : Ryoata est un architecte plutôt aisé et ambitieux qui vit tranquillement avec sa femme et son fils de six ans, Keita.  Il souhaite d'ailleurs que celui-ci s'affirme davantage et devienne brillant dans tout ce qu'il fait, comme lui. Aussi, il est très important qu'il fasse ses 15 minutes de piano tous les jours s'il veut devenir un grand pianiste ! Toutefois, il est assez distant avec lui et c'est surtout sa femme qui s'en occupe et lui apporte de la tendresse. 


Mais cette vie bien rangée bascule le jour où l’hôpital dans lequel est né Keita les convoque pour leur apprendre que leur fils a été échangé à la naissance avec un autre bébé. 
Viennent alors la culpabilité et les phrases blessantes : "Pourquoi n'ai-je rien vu, je suis sa mère quand même" et ce "Tout s'explique donc..." du père qui voit dans cette annonce une explication au fait que son fils ne lui ressemble pas, qu'il n'est pas aussi brillant que lui.

Bande-annonce :

Le couple décide alors de rencontrer son fils biologique et sa famille, d'origine plus modeste : le papa est un petit commerçant et la maman une serveuse dans un snack. Les parents de Keita les prennent d'ailleurs de haut. Or, si ce sont des gens beaucoup plus simples et décontractés, ils sont aussi beaucoup plus proches de leurs enfants. En effet, le papa passe beaucoup de temps à jouer avec eux, leur donne le bain, les couche etc.


C'est la rencontre de deux familles que tout oppose, deux classes sociales, deux pères totalement différents, l'un très présent, l'autre quasi absent, tous deux marqués par leurs propres relations avec leurs parents.


Après quelques entrevues, les deux familles décident d'échanger leurs enfants le temps d'un week-end afin de faire la connaissance de cet enfant biologique, avant d'envisager ensuite un échange permanent, quitte à gommer six années de vie passées avec celui qu'ils considéraient jusqu'à peu comme leur véritable enfant.
Se posent alors les questions de la filiation : faut-il prendre en compte les liens du sang plutôt que les liens affectifs ? Peut-on se séparer de celui que l'on a élevé pendant six ans ? Qu'est-ce-qui fait qu'on est véritablement un parent ?

C'est un beau film réalisé avec beaucoup de pudeur. La plupart des scènes sont très belles, souvent touchantes, toujours subtiles et délicates, et révèlent la fragilité de chaque personnage. Pas de grandes effusions ni de dialogue à rallonge ici, beaucoup de sentiments sont suggérés et c'est cela qui fait la beauté du film. De plus, les petits acteurs jouent très bien et sont vraiment émouvants.


Comme souvent, après avoir lu des critiques dithyrambiques sur un film, j'avoue avoir été quelque peu déçue, probablement par l'aspect assez contemplatif de certaines scènes. Mais en fin de compte, c'est dans ces non-dits, ces pensées suggérées et ces moments de silence que se fait toute la force de ce film.

Autre intérêt de ce long-métrage : une immersion dans les traditions et mode de vie japonais, très sobres, sans épanchement, dont se dégage une certaine philosophie de la vie fort différente de ce qu'on retrouve généralement dans les films américains et occidentaux.

Le film a reçu le Prix du Jury au festival de Cannes 2013 et a tellement plu à Spielberg qu'il en a racheté les droits... pour en faire un remake américain !

Tel père tel fils / film réalisé par Hirokazu Koreeda avec Masaharu Fukuyama, Machiko Ono, Lily Franky. Sorti le 25 décembre 2013

samedi 4 janvier 2014

China Western ou les photos mélancoliques d'un photographe engagé

Voici trois bonnes raisons d'aller voir la belle expo photo de Carlos Spottorno à La Chambre : C'est une petite exposition dont on fait vite le tour mais qui nous fait voyager, c'est gratuit et très intéressant.
J'ai ainsi découvert Carlos Spottorno, un photographe franco-espagnol, publicitaire de métier, qui aime témoigner par l'image du développement exponentiel de certaines régions du monde et du déclin des continents.
De plus, grâce à cette exposition, je sais maintenant où se trouve la province de Winjiang en Chine. En effet, le photographe s'est rendu dans cette région tout à l'ouest de la Chine, limitrophe à la Mongolie, la Russie, le Kazakhstan et plusieurs autres pays d'Asie comme on peut le voir sur cette carte, en orange.  


Un peu de géographie... pour mieux comprendre les photos.

C'est une des cinq provinces autonomes de la Chine, la plus grande, et elle a un statut particulier tout comme la Mongolie ou le Tibet. D'ailleurs les habitants autochtones de cette province, les Ouïghurs, réclament leur indépendance auprès de la Chine, ce qui a donné lieu à des tensions avec la grande puissance. Cette région est très prisée en raison de ces nombreuses richesses et cela ne va pas sans modifier les paysages et les traditions de la province. C'est en quelque sorte le nouvel Eldorado chinois. C'est ce que veut démontrer et dénoncer le photographe avec cette exposition appelée China Western.

Ses photos, très belles, montrent une province en pleine évolution, partagée entre tradition et industrialisation, culture communiste et religion musulmane, paysages désertiques et urbanisation. Il fait aussi le portrait de ses habitants, les Ouïghurs, qui tentent de préserver leur culture face à celle, grandissante, de l’ethnie Han, majoritaire en Chine.

Un photographe témoin de l'industrialisation

Par exemple, au premier plan de cette photo se trouve un temple ancien, un décor naturel assez bucolique alors qu'au second plan on aperçoit une grande roue et des immeubles assez laids. Un étonnant contraste entre tradition et modernité devant lequel avance un jeune Ouïghur. Il ressort de cette photo une grande mélancolie.

photo de Carlos Spottorno

Une autre photo montre le même contraste entre des bâtiments délabrés, notamment une mosquée, accolés à des bâtiments plus modernes, et devant lesquels passe un homme à bicyclette. La ville moderne ronge la ville traditionnelle.... 

Plusieurs clichés montrent d'ailleurs le développement de l'industrie, comme celui-ci, où le cycliste semble minuscule face à l'immensité du mur et de l'usine derrière lui.


photo de Carlos Spottorno

Une photo vraiment étonnante est celle montrant cette statue de dinosaure dans un parc enneigé devant une belle mosquée : une photo magnifique, lumineuse, avec de beaux contrastes de couleurs et de lumières, à la fois étrange et poétique. Un contraste entre culture traditionnelle musulmane et imaginaire cinématographique américain.

photo de Carlos Spottorno

L'exposition mérite son nom Western China, certaines photos montrant des paysages de far-west, abandonnés, désertiques, vides. Comme la photo de ce petit garçon dans un parc devant des sortes de champignons en béton.

photo de Carlos Spottorno

Cette région regorge de richesses en pétrole et en gaz et est convoitée par les pays aux alentours. C'est aussi dans cette province que se trouve un des plus grands déserts du monde, le désert de Takamaklan. Et un autre désert, le plus inaccessible au monde. Le photographe a pris des vue de gazoducs et puits de pétrole au milieu du désert.

photo de Carlos Spottorno

Une autre photo montre un tractopelle creusant dans le désert, dégageant une puissante fumée noire. L'industrie s'installe au milieu du néant.
Ou encore ce cliché montrant des caravanes qui semblent abandonnées au milieu du désert. Ce sont en fait les logements des ouvriers du gazoduc le plus proche. Là aussi la lumière est très belle, les couleurs pâles dégagent une atmosphère triste, comme figée.

photo de Carlos Spottorno

Un témoin des clivages culturels 

D'autres photos témoignent d'un clivage idéologique. Les habitants de la province de Xinjiang pratiquent pour la plupart la religion musulmane, contrairement aux autres provinces de la Chine. 
J'ai beaucoup aimé cette photo montrant quatre hommes habillés en noir en face d'un ensemble de drapeaux. Ils sont en fait en train de se recueillir devant une tombe. Cette image dégage de beaux contrastes entre la couleur du désert au premier plan, le ciel bleu, les hommes en noir et les couleurs des cerfs-volants...

photo de Carlos Spottorno

Une autre photo que je n'ai pas retrouvée sur Internet montre un homme en train de prier, tournant le dos à une immense statue de Mao. Un contraste étonnant entre l'idéologie communiste qui s'oppose fermement aux religions et la religion musulmane pratiquée les Ouïghur. Ou comment un peuple doit s'adapter entre sa culture religieuse et l'idéologie de son pays.

On trouve aussi une série de portraits d'hommes Ouïghur. Mais aucune femme...

photo de Carlos Spottorno

Et pour finir l'exposition, un livre permet de voir l'ensemble des photos prises lors de son séjour en province Winjiang, celle de l'exposition ne constituant en fait qu'un échantillon. On peut y voir beaucoup d'autres magnifiques clichés. A voir aussi sur le site du photographe

Et pour découvrir l'univers du photographe...

Sur son site, on peut voir d'autres séries de photos, comme par exemple celles de Escape from Libya prises en 2011 pendant le printemps arabe, montrant des camps de réfugiés en Lybie et les déplacements de populations. Ou encore la série The Pigs avec des photos de la crise en Espagne, au Portugal, en Italie et en Grèce. 
A voir aussi la série de clichés en noir et blanc nommée Indignados, pris pendant les manifestations des indignés à Madrid en mai 2011. Et la série de photos Golden Mile sur la démolition d'un très vieux quartier de Shangai pour en faire des logements de luxe. Des photos très tristes qui illustrent là aussi le choc de l'industrialisation sur les populations autochtones.

Bref, un photographe à la fois confirmé et prometteur !

Exposition China Western de Carlos Spottorno, à La Chambre, place d'Austerlitz, jusqu'au 2 février 2014


lundi 30 décembre 2013

Les garçons et Guillaume... : une comédie originale mais un peu caricaturale

Les garçons et Guillaume, à table !

Après en avoir beaucoup entendu parlé, je suis finalement allée voir le film de Guillaume Gallienne, Les garçons et Guillaume, à table! sorti il y a plus d'un mois déjà.
Guillaume Gallienne, réalise ici son premier film, après une carrière de comédien à la Comédie Française, il a aussi joué dans pas mal de films français et a même fait une apparition dans le Marie-Antoinette de Sofia Coppola. Il raconte dans ce premier film son adolescence, son manque de confiance en soi, la recherche de son identité sexuelle face à la personnalité écrasante de sa mère. Il se rappelle une phrase prononcée par sa mère durant son enfance : "Les garçons et Guillaume, à table!", phrase révélatrice de sa place dans sa famille qui l'a beaucoup marqué au point d'en faire un film.


Il exorcise par ce film sa jeunesse douloureuse où, faute d'avoir une stature et des goûts de garçon, son entourage est venu à le considérer comme une fille, au point où lui même finit par se prendre pour une fille ! En effet, selon les codes de sa famille bourgeoise, les garçons jouent au foot, vont à la chasse, aiment chahuter, alors que Guillaume, lui, aime discuter avec les dames de sa famille, se déguiser en princesse Sisi et se plonger dans ses pensées et déteste toute activité physique.

Bande-annonce :

Guillaume est fasciné par sa mère, bourgeoise désabusée sans cesse contrariée mais qui parvint toujours à faire bonne figure. Il passe son enfance et son adolescence en subissant les brimades de son entourage, sur sa soit-disant homosexualité, ou sa personnalité de "fille".


Le film sort de l'ordinaire premièrement par sa construction et un scénario original. Il commence par Guillaume se préparant à aller sur scène présenter son spectacle autobiographique. La narration se poursuit en faisant une rétrospective sur son enfance, sa jeunesse. Puis, par moment, on revient à des extraits de son spectacle. Sur scène, il raconte donc sa vie, qui est ensuite illustrée par le film en lui même. Des moments forts de son adolescence sont ainsi présentés de manière souvent très drôle, malgré la tristesse des situations. Par exemple, son envoi en pension de garçons où il subit brimades et humiliations. Durant tous ces moments forts de sa vie, sa mère, tellement présente dans son esprit, vient faire son apparition à tout bout de champ dans des cadres plus ou moins insolites!


L'autre particularité de ce film c'est que le réalisateur, en plus de jouer son propre personnage, interprète aussi celui de sa mère!  Cela peut paraître fou mais le résultat est bluffant et assez peu troublant finalement. De plus, cela contribue au message qu'il veut faire passer, à savoir la forte influence que peut avoir une mère sur son enfant, une sorte de fascination pour ce dernier qui veut tellement lui ressembler. Ou comment se détacher de l'emprise de sa mère, de sa famille, avoir confiance en soi, construire sa propre identité.


Dans l'ensemble, on a des scènes assez drôles, une mise en scène remarquable, un bon jeu d'acteur surtout pour l'interprétation de la mère, des dialogues intelligents, une narration fluide. 

Toutefois, j'ai eu un peu de mal à rentrer dans l'histoire au début, les extraits de spectacles m'ont par moment dérangés au milieu du film. De plus, le personnage de Guillaume au début est vraiment trop caricatural, que ce soit dans les attitudes ou dans la voix, et c'est un peu dommage. Enfin, bien que le sujet de l'identité sexuelle et du développement de la personnalité soient très justement abordés ici, le film a un petit coté impudique qui me dérange.
Dans l'ensemble, c'est un film plaisant, une comédie pour le moins originale, même si je trouve l'engouement des médias pour ce film un peu exagéré.


dimanche 29 décembre 2013

"La liste de mes envies" Et vous, que feriez vous avec 18 millions?

Et voici un autre livre de Grégoire Delacourt lu récemment. La liste de mes envies, paru en 2012, connut un grand succès en librairie et en bibliothèque et fut plébiscité par les médias. On retrouve la même écriture fluide, le souci du détail, la description des modestes gens déjà perçue dans La première chose qu'on regarde, bien que j'ai ressenti par moment une légère condescendance dans son écriture vis à vis du mode de vie des personnes de modeste condition.


L'histoire, c'est celle de Jocelyne qui tient une mercerie à Arras et rédige un blog sur la couture. Sa vie est simple, constituée de petits bonheurs qu'elle partage avec son mari Jocelyn. Toutefois, par moment, elle se sent un peu seule et nostalgique et pense à ses rêves d'enfant. 
Lorsque deux copines habituées du loto l'influence pour qu'elle gratte son premier ticket, elle se laisse tenter, sans y croire un instant. Et lorsqu'elle se rend compte qu'elle est l'heureuse gagnante de plus de dix-huit millions d'euros, elle ne saute pas de joie, ne réalise pas vraiment. Au contraire, cela l'effraie. Après des zones de turbulence dans sa vie, son couple a retrouvé une certaine stabilité, sa boutique marche bien et son blog sur la couture cartonne et lui apporte une notoriété dans toute la région du Nord.  Elle sait que l'argent peut tout faire exploser. Alors elle planque le chèque. Elle cache la vérité à son mari, ses amis, tout son entourage. Elle profite des petites joies et de l'amour simple de son mari. 
Elle se met à rêver à tout ce qu'elle pourrait faire avec cet argent et rédige la liste de ses besoins et de ses envies. Pas de palace, de voiture classe, de bijoux hors de prix, mais des envies très concrètes et accessibles comme s'acheter un nouveau fer à repasser, manger dans un bon restaurant, acheter l'intégrale des James Bond pour son mari, etc. Comme si elle ne réalisait pas tout ce qu'on pouvait faire avec dix-huit millions d'euros ou ne voulait pas y croire. Car Jocelyne sait que l'argent peut tout gâcher, que l'argent peut écraser l'amour, l'amitié, la bonté. Mais pourra t'elle le cacher éternellement?

Comme dans La première chose qu'on regarde, l'auteur raconte ici un conte moderne sur l'amour, le bonheur. L'histoire est touchante et on imagine facilement les craintes qu'on peut avoir face à un chèque de dix-huit millions, peur de voir sa vie chamboulée et le regard de ses proches changer. L'écriture est à la fois réaliste, légère mais aussi poétique. L'auteur porte un regard juste et lucide sur les relations humaines en mettant l'accent sur les défauts que sont les mensonges et la cupidité. Un conte pour lequel la morale serait : l'argent ne rend pas heureux contrairement à l'amour. Rien de vraiment nouveau, mais ce roman se lit facilement et c'est plutôt bien écrit.


Quelques citations :


"Je comprend aujourd'hui que je fus riche de sa confiance, ce qui est la plus grande richesse" p. 85

"Oui, le succès est dangereux quand on commence à ne plus douter de soi" p. 95

"Etre riche, c’est voir tout ce qui est laid puisquon a l’arrogance de penser qu’on peut changer les choses. Qu’il suffit de payer pour ça. Mais je ne suis pas riche. Je possède juste un chèque de dix-huit millions cinq cent quarante-sept mille trois cent un euros et vingt-huit centimes, plié en huit, caché au fond d’une chaussure. Je possède juste la tentation. Une autre vie possible. Une nouvelle maison. Une nouvelle télévision. Plein de choses nouvelles. Mais rien de différent."

"Je possédais ce que l'argent ne pouvait pas acheter mais juste détruire. Le bonheur. Mon bonheur, en tout cas. le mien. Avec ses défauts. Ses banalités. Ses petitesses. Mais le mien."

La liste de mes envies / Grégoire Delacourt . - Ed. JC Lattès, 2012

vendredi 13 décembre 2013

A Touch of Sin : la Chine, dans toute sa douleur

Encore un film découvert un peu par hasard : j'ai en effet gagné deux places pour assister à l'avant-première de A touch of Sin en début de semaine. C'est un film chinois réalisé par Jia Zhang Ke auteur de plusieurs documentaires sur l'industrialisation de son pays. Dans ce film, on sent d'ailleurs sa forte expérience du documentaire dans sa manière très réaliste et intime de filmer ses personnages.


Le film est découpé en quatre parties, quatre portraits de chinois usés par la vie, leur travail, leur place dans la société, écrasés par le libéralisme, les inégalités et la misère.

Bande-annonce :

Dans la première partie, un employé d'une mine se bat pour faire valoir ses droits et ceux de ses collègues après le rachat de sa mine par une société privé. Il se retrouve seul contre tous et, face au cynisme et à l’indifférence de sa hiérarchie et de ses paires, finira par péter les plombs. On a ainsi droit à des scènes à la Kill Bill, à la différence que ce vengeur solitaire n'a pas le charisme d'Uma Thurman et qu'on n'éprouve assez peu d'empathie pour lui !


Le seconde partie c'est l'histoire d'un homme solitaire qui va de ville en ville et qui se découvre une passion pour les armes à feu. S'il tire dans un premier temps pour se défendre, il n'hésitera pas à s'en servir ensuite pour tuer sauvagement d'innocentes personnes.


Le troisième portrait est celui d'une femme qui retrouve son amant dans un restaurant sur une aire d'autoroute. Ce dernier est marié et semble avoir du mal à quitter sa femme. En attendant sa décision, elle retourne à son travail de réceptionniste dans un "sauna" dans une ville proche. Face au harcèlement d'un client, elle finit par craquer également.


Enfin, la quatrième partie est consacrée à un ado qui enchaîne les petits boulots à la recherche de l'emploi qui lui permettrait de gagner suffisamment d'argent pour subvenir à ses besoins. Il trouvera un travail de serveur dans une sorte de club à hôtesses pour VIP où il rencontrera une jeune prostituée avec qui il espérera avoir une relation. Mais la réalité est différente et l'avenir semble bien compromis.


Dans l'ensemble c'est une description glauque et violente de la Chine actuelle que nous dresse le réalisateur. Les paysages sont tristes, soit laissés à l'abandon, soit en construction. Il décrit un pays en pleine industrialisation : on voit sans cesse des chantiers, des grues, des usines, on entend des bruits de moteurs et de machines. Les transports sont omniprésents : train, voiture, avion, vélo. D'ailleurs, tous ces personnages sont constamment en mouvement, à la recherche d'un avenir meilleur.
Ils ne montrent jamais leurs sentiments : pas d'embrassades lors des retrouvailles, pas de pleurs, de larmes ou d'effusion quelconque. Jusqu'à ce que la carapace de politesse se fissure pour faire exploser toute la violence et tout le désespoir qui est en eux.

La réalisation est très juste, quasi documentaire, assez brute par moment. Le rythme est lent (des fois un peu trop). Le résultat est réaliste, des fois émouvant et angoissant et on est oppressé face à cette Chine qui dévore ces citoyens. 

C'est un film très bien construit, alternant de beaux plans contemplatifs et scènes d'action subites mais l'ensemble reste assez déprimant et donne une image bien triste de la Chine.

mercredi 11 décembre 2013

"Le reste est silence", un roman émouvant sur la solitude d'un petit garçon

Le reste est silence

Voici un roman choisi un peu au hasard chez l'éditeur Actes Sud, un de mes éditeurs préférés en matière de livres étrangers.

C'est ici l'histoire de Tommy, un garçon de 12 ans qui en paraît 8. Atteint d'une malformation cardiaque, il est surprotégé par son père, devenu d'ailleurs chirurgien cardiaque, et par sa belle-mère, Alma. Se sentant exclu par ses camarades (il reçoit d'ailleurs régulièrement des mails d'insultes et de menaces), il se réfugie dans son monde imaginaire et se plait à enregistrer en cachette les conversations des adultes sur son MP3. C'est ainsi qu'il apprend de lourds secrets sur sa famille, notamment sur le décès de sa mère. Il est aussi le témoin de l'éloignement entre Alma et son père et cela l'attriste énormément. Son père, Juan, homme distant et respectable, ne se rend pas compte de la détresse de son petit garçon.
Pendant que Tommy mène son enquête sur l'histoire de sa famille, les adultes se déchirent et se retrouvent face à leurs peurs, leurs souvenirs et leur solitude. 

Dans ce livre à l'écriture délicate, on suit à tour de rôle les pensées de Tommy, garçon chétif qui observe le monde d'un point déjà très mature pour son âge, celles d'Alma, hantée par des souvenirs d'enfance et qui renoue avec son amour de jeunesse et  les pensées de Juan qui a du mal à montrer ses sentiments et s'enferme dans son mutisme. Tous trois n'arrivent plus à communiquer et il ne reste que des silences entre eux. Des silences, puis des mensonges qui les font s'éloigner, et ce, plus en plus chaque jour.


J'ai bien aimé l'écriture fluide et sensible de cette auteure chilienne que je ne connaissais pas. L'émotion est palpable à chaque page, que ce soit la tristesse, la solitude, l'angoisse (surtout vers la fin du livre!) et on est touché par l'histoire de ce garçon surprotégé et exclu qui tente de trouver sa place dans sa famille, à l'école et dans la société en général. Ne la trouvant pas, il se réfugie dans le souvenir de sa mère défunte. Au risque de s'y perdre.

Le reste est silence / Carla Guelfenbein . - Ed. Actes Sud : 2010.

Quelques citations :

"Une jeune fille de dix-huit ans est morte dans un accident et un enfant a un coeur tout neuf. Avant de me sentir trop satisfait de ma large part de responsabilité dans cette histoire, je fouille dans ma mémoire à la recherche d'un proverbe d'un grand bouddhiste sur l'absence de permanence de la vie et de l'inutilité de nos efforts à vouloir la retenir." p.62

"Troisième découverte . Comme le frêne, maman avait un dragon dans ses racines et, en dépit de ses efforts pour le vaincre, c'est le dragon qui a finit par remporter la bataille" p.278

"Il y a un espace, un espace infime, qui nous appartient. C'est là que réside notre essence. C'est lui qui fait ce que nous sommes, qui nous permet de changer le court de notre route. Comme les voiles des frégates. Parfois, il suffit d'un mouvement imperceptible pour changer les choses." p. 295