mercredi 13 mars 2013

Le prix Goncourt

Le Sermon sur la chute de Rome

Le dernier livre dont j'avais parlé ici était Balco Atlantico de Jérome Ferrari, et j'avais dit que je lirai et donnerai mon impression sur son dernier ouvrage qui a remporté le prix Goncourt en 2012. J'ai donc terminé de lire Le sermon sur la chute de Rome. Et j'avoue avoir été quelque peu déçue.


Si dans Balco Atlantico, l'histoire était prenante et les personnages attachants, je n'ai pas retrouvé la même dynamique dans ce roman.
L'auteur fait quand même un petit clin d'oeil à Balco Atlantico avec les personnages de Hayet, présente  au début de l'histoire, ainsi qu'avec celui de la jeune Virginie, fille naïve et dévergondée de la patronne du bar Marie-Angèle. Mais elles ne font que de brèves apparitions dans ce roman.

Ici, c'est l'histoire d'une famille d'origine corse, exilée à Paris. D'abord l'histoire du grand-père, Marcel. Né dans une famille modeste, il n'y a jamais trouvé sa place et a vu ses rêves s'effondrer. Il a traversé des guerres, perdu ses proches, travaillé pour l'empire colonial qu'il vit tomber et sa vie personnelle fut un désastre. Il est à la fois cynique et déçu et a l'impression de ne pas avoir vécu. 
En parallèle à son histoire, c'est le récit de la vie de son petit-fils, Mathieu, qui lui aussi tente de se faire une place dans le monde, entre idéalisme et nombrilisme. Il décide d’arrêter ses études de Lettres et de reprendre un bar de village en Corse avec son ami d'enfance Libéro, qui lui fait une thèse sur Augustin, afin de redonner vie au village et retrouver une vie plus authentique, une sorte de retour aux sources en quelque sorte. Or, là aussi, l'espoir du jeune homme sera vite entaché par les désillusions. Il y a aussi l'histoire d'Aurélie, sa soeur, qui ne parvient pas à vivre son histoire d'amour... 
Bon, autant le dire tout de suite, cette histoire de famille déçue ne m'a pas emballé.

Mais tout au long de ce roman, c'est vraiment la qualité de l'écriture qui prime. Jérôme Ferrari manie les mots avec brio, il est le roi des phrases-fleuves qui peuvent facilement faire une page. De plus, ce livre est écrit dans un style à la fois poétique et réaliste. Il multiplie également les références à l'antiquité, créant ainsi un parallèle entre l'histoire de cette famille au bord du gouffre et semble aller vers sa "chute" et l'histoire de la chute de Rome... D'ailleurs, c'est justement par le très moralisateur "Sermon sur la chute de Rome" prononcé par Augustin en 410 que se clôt le livre. J'ai toutefois trouvé cette comparaison vraiment exagérée et un peu prétentieuse, même si l'exercice de style est intéressant. 

Quelques citations pour se faire une idée du style de l'auteur

"[...]comme si après avoir payé le prix de la chair et du sang, il fallait maintenant offrir à un monde disparu le tribut de symboles qu'il réclamait pour s'effacer définitivement et laisser enfin sa place au monde nouveau." p.17

"Non, rien ne s'était passé, les années coulaient comme du sable, et rien ne se passait encore et ce rien étendait sur toute chose la puissance de son règne aveugle, un règne mortel et sans partage dont nul ne pouvait plus dire quand il avait commencé" p.19.

" Il ne voyait plus en lui qu'un barbare inculte, qui se réjouissait de la fin de l'Empire parce qu'elle marquait l'avènement du monde des médiocres et des esclaves triomphants dont il faisait partie, ses sermons suintaient d'une délectation revancharde et pervèrse, le monde ancien des dieux et des poètes disparaissait sous ses eux, submergé par le christianisme avec sa cohorte répugna,te d'ascètes et de martyrs, et Augustin dissimulait sa jubilation sous des accents hypocrites de sagesse et de compassion, comme il est de mise avec les curés." p.61

" Sans elle, l'amertume de sa réussite sociale lui aurait été intolérable et il aurait mille fois préféré être le dixième ou le vingtième à Rome plutôt que de gouverner ainsi  un royaume de désolation barbare des confins de l'Empire, mais personne ne lui offrirait jamais une telle alternative, Rome n'existait plus, elle avait été détruite depuis bien longtemps, ne demeuraient plus que des royaumes plus barbares les uns que les autres, auxquels il était impossible d'échapper,et celui qui fuyait sa misère ne pouvait rien esperer d'autre que d'exercer son pouvoir inutile sur des hommes plus misérables que lui, comme le faisait maintenant Marc [...]" p.136

" Mais il lui était devenu impossible de se sentir supérieur et invincible, les fondations du monde étaient ébranlées, les fissures devenaient des failles [...]" p.172

"Nous ne savons pas, en vérité, ce que sont les mondes. Mais nous pouvons guetter les signes de leur fin. Le déclenchement d'un obturateur dans la lumière de l'été, la main fine d'une jeune femme fatiguée, posée sur celle de son grand-père, ou la voile carrée d'un navire qui entre dans le port d'Hippone portant avec lui, depuis l'Italie, la nouvelle inconcevable que Rome est tombée"

lundi 11 mars 2013

Asaf Avidan

A la première écoute, on pense tout de suite que cette voix puissante et déchirante appartient à une femme. On se trompe. Asaf Avidan est bien un chanteur Israélien de 33 ans.



Initialement passionné par le cinéma (Il a étudié le cinéma d'animation à Jérusalem et un de ses courts-métrages a d'ailleurs été récompensé dans un festival.) Asaf s'est mis plus tard à la chanson avec son groupe The Mojos et a sorti son premier album en 2006. Ce sont une rupture amoureuse, une maladie grave et des soucis personnels qui seront sa source d'inspiration. Après son premier album il a alors déjà une belle renommée en Israël et aux Etats-Unis. Il continue ensuite sa carrière en solo et forme un label avec son frère qui est aussi son manager. En 2008, sort l'album Reckoning qui raflera un disque d'Or et un disque de Platine et sera élu album de l'année par plusieurs magazine dont Time. Un second album sort en 2009, là aussi l'album remporte un vrai succès et plusieurs récompenses. S'en suivent des tournées en Europe et en Israël.
En 2012, il prépare son nouvel album, Different Pulses, qui est sorti fin janvier 2013 et a suscité des critiques enjouées en France.


Sa musique oscille entre soul et folk et rock, un style difficilement définissable, mais dès la première écoute c'est sa voix qui nous surprend et fait écho à des textes sombres et tristes, comme en témoigne un extrait de  la chanson Cyclamen : "I, I know I'm dying, Still I gonna go trying, I'll make it better".

Pourtant, si les paroles sont souvent tristes, ses musiques dégagent un certain entrain, une envie d'aller toujours vers l'avant. Comme pour son premier album, l'inspiration lui vient de ses blessures, notamment d'un cancer auquel il a survécu il y a 10 ans.

Quelques extraits:


Different Pulses, une chanson empreinte d'émotion où Asaf monte dans les aigus, sur fonds d'orchestre avec claviers et trompette, une instru toujours impeccable:


Setting Scalpels Free, ma chanson préférée, qui débute comme le début d'une histoire, une jolie balade et s'en suit d'un refrain entraînant " Is it going to last?" n'étant pas sans rappeler par moments Portishead.


 613 shades of sade au rythme électro et décousu, sans doute une des chansons les plus rock de l'album avec Turn, où le refrain me fait penser à une chanson de Sinead O Connor.


D'autres chansons sont toutes aussi poignantes comme Is This It ou Conspiratory visions of Gomorrah où sa voix semble sur le point de se briser. 12 titres sont à découvrir sur cet album. Et les précédents à écouter également!

Asaf Avidan est en tournée en France dans les mois qui viennent, il sera à Strasbourg le 12 avril, malheureusement le concert est déjà complet, comme la plupart des dates prévues !

http://www.asafavidanmusic.com/


vendredi 1 mars 2013

Un policier suisse qui aimait tirait le portrait


Plus que quelques jours pour voir les photos d'Arnold Odermatt exposées à Strasbourg ! Bon j'avoue que je n'avais jamais entendu parler de ce monsieur avant de me rendre à La Chambre.

Arnold Odermatt est né en Suisse en 1925 et s'est passionné pour la photo dès l'âge de 10 ans lorsqu'il gagna son premier appareil suite à un concours. Dès lors, c'est en autodidacte qu'il photographie ses proches, les paysages de sa région (le canton de Nidwald en Suisse) et plus tard ses collègues policiers. (Il entre dans la police en 1948 après avoir abandonné sa formation de pâtissier suite à des allergies). 
Il s'adonne alors à la photographie mais sans se prendre pour un grand photographe. Pendant 50 ans, il a photographié des scènes plus ou moins insolites dans le cadre de son travail de policier mais aussi de ses loisirs. C'est son fils, Urs, réalisateur et metteur en scène, qui, en 1990 alors que son père venait juste de partir à la retraite, découvrit une boîte au grenier contenant ses photos, toutes bien classées et archivées. Il décide alors de les montrer à des professionnels et Arnold Odermatt, après une première exposition à Frankfort, sera ensuite reconnu et exposé à la Biénnale de Venise en 2001 et gagnera ainsi une reconnaissance internationale!

Voici donc pour l'histoire de ce papi photographe qui n'avait pourtant aucune ambition d'exceller dans cet art. Et c'est probablement ce qui rend ces photos intéressantes 30 ou 40 ans après leurs prises de vue. Ce sont des instants figés, des scènes un peu insolites immortalisées dans un quotidien ordinaire.

Ses photos se divisent en deux séries : des images d'accidents de la route photographiées souvent en noir et blanc, prises dans le cadre de son travail et des photos couleurs qui témoignent des scènes de vie des policiers et de l'administration en suisse dans les années 50 à 70.

Jusqu'au 3 mars on peut voir quelques unes de ces photos en couleurs les plus connues à galerie photo La Chambre à Strasbourg. Un tour sur le web permet de voir la grande diversité de photos d'Arnold Odermatt et la poésie qui ressort de certaines photos en noir et blanc, qui pourtant retracent souvent des faits tragiques (des accidents de la circulation).

Dès l'entrée dans la salle d'exposition, on est surpris par une étrange série de photos de phares fondus, des photos très colorées, un peu absurdes prises par Arnold Odermatt lors d'une intervention après un incendie dans un garage qui a fait fondre les voitures. Des photos à la limite du surréalisme!


Suivent quelques photos illustrant des accidents de la route, comme celle de ce policier qui, depuis le toit de la camionnette volks wagen de la police, prend en photo la scène de l'accident entre une moto et une traban. Ou comment le photographe professionnel est pris en photo à son tour...


Autre photo insolite : celle d'un avion se faisant remorquer sur une route, juste à coté d'une église suisse. Et une autre où l'on voit un avion atterrir sur une route au milieu des montagnes enneigées.


De nombreuses photos témoignent du travail des policiers dans les années 60. Par exemple, des policiers s'entraînant au tir.

Ou ce policier sur un étrange vélo à moteur complètement disproportionné, qu'on dirait tout droit sorti d'un film de Charlie Chaplin !


A voir encore une photo montrant des policiers moustachus posant en maillots de corps blancs avec la lettre P dessus, marquant leur appartenance à la police, devant un ballon de foot. Des sortes de "super héros" au repos.

Une des photos les plus connues est celle de ces deux policiers conduisant un bateau sur un lac au milieu des montagnes et semblant plongés dans une discussion animée. Dans le rétroviseur du bateau, on aperçoit le visage des deux policiers mais aussi celui du photographe situé à l'arrière du bateau.


D'autres photos illustrent l'administration des années 50 - 60, avant l'ère de l'informatique. Une époque rétro, comme le montre la photo de cette secrétaire au look surprenant et tellement sixties!


On peut voir d'autres photos de fonctionnaires à leur bureau, entourés de vieilles machines à écrire, d'anciens  téléphones et cherchant des fiches dans un grand tiroir, avant l'ère des fichiers informatiques!

A voir aussi toute une série de portrait du même homme mais dans différentes situations (en cuisinier, en skieur, dans son salon, etc). 

Arnold Odermatt n'a pas fait du photojournalisme ni vraiment de l'art mais des photos-témoignages où l'on retrouve toujours une petite touche d'incongru. 

Il était moins une pour aller voir cette expo qui se termine dimanche soir!
Seul petit bémol, j'ai trouvé dommage qu'il n'y ait pas de légende expliquant le contexte dans lequel ont été prises les photos. Par exemple, pour les phares fondus, je n'aurai jamais compris si je n'avais pas fait quelques recherches sur Internet. Et pour la série de portraits, on ignore qui est l'homme pris si souvent en photo... Seuls le lieu et l'année sont mentionnés sous les photos. Mais bon, c'est probablement pour laisser aller son imagination!

Pour avoir plus d'infos sur Arnold Odermatt, vous pouvez consulter ce dossier que lui a consacré la célèbre revue Etudes Photographique en 2011.

Exposition jusqu'au 3 mars à La Chambre, 4 place d'Austerlitz. Entrée gratuite du mercredi au dimanche de 14h à 19h

lundi 18 février 2013

Foxygen

Voici une belle découverte rock que ce duo composé de deux jeunes californiens multi instrumentistes, Sam France et Jonathan Radoen, qui vient de sortir son deuxième album (l'occasion du coup de découvrir aussi  le premier!)



Ce nouvel opus intitulé We are the 21st century ambassadors of peace & magic illustre rien que par son titre l'humour et l'état d'esprit des deux auteurs-compositeurs-interprètes qui s'amusent volontiers à entretenir l'image de hippies nostalgiques de l'époque seventies en posant fleurs dans les cheveux... 
Mais loin d'une éventuelle mièvrerie, leur musique rend un bel hommage au rock 'n roll des années 70. Leurs références étant Elvis, les Kinks, les Beatles, les Stones, les Velvet ou encore Bob Dylan, cela se ressent tout au long de l'album où les sonorités et les genres se côtoient très justement et aboutissent à un résultat  fort appréciable, loin de la soupe rock pour ado à la Green Day produite généralement par la côte Ouest....


Voici quelques morceaux étonnants pour découvrir le groupe :

Une voix à la fois douce et rockailleuse dans la très belle chanson No Destruction, qui nous fait à la fois penser aux Strokes et à Lou Red.


Une jolie ballade folk rock avec San Fransisco:


ainsi que dans le superbe morceau Shuggie qui mélange une sorte de blues, de folk et de rock:


Une joie de vivre communicative dans Take the Kids off Broadway  qui est aussi le titre de leur premier album dont ce morceau est extrait:


ou encore un rock puissant à la Elvis et un refrain original et entêtant avec Make it Knownmon morceau préféré, issu de leur premier album Take the Kids off Broadway.


Le deuxième album contient 9 morceaux tous plus originaux les uns que les autres, une vraie bouffée de foxygène! (oui elle était facile) A découvrir et écouter par exemple ici.

Take the Kids Off Broadway / Foxygen, 2012
We are the 21st century ambassadors of peace & magic/ Foxygen, 2013

lundi 11 février 2013

L'Afrique insolite en photos

Une petite exposition vraiment sympa a voir à Strasbourg en ce moment se trouve à la galerie Simultania. Intitulée This Must Be The Place, cette exposition présente le travail du photographe sud-africain Pieter Hugo
L'occasion de découvrir les photos de ce trentenaire engagé qui a sillonné une bonne partie de l'Afrique. Sa première exposition réalisée en 2004 portait sur le génocide rwandais. En 2006, il gagne le premier prix dans la catégorie "Portrait du concours" Word Press Photo qui récompense chaque année les meilleurs photojournalistes. La rétrospective de ses photos intitulée This Must Be The Place fut exposée en 2012 au fotomuseum de La Haye puis à Lausanne avant d'être présentée à Strasbourg. 

Les photos présentées sont vraiment extraordinaires. Elles sont réparties en 5 séries. 

1/ La hyène et le vieil homme, une série de photos prises au Nigéria entre 2005 et 2007 présentant des dresseurs de hyènes. Le photographe a passé une semaine au milieu d'une communauté de dresseurs d'animaux. 

On verra par exemple une photo d'un homme tenant la hyène qui est muselée et enchaînée à son pied mais celle ci pose sa tête sur l'enfant qui se trouve à coté d'elle. Une photo à la fois dure et tendre.
D'autres photos de cette série sont spectaculaires : celles prises avec des singes domestiqués, comme cette photo où deux jeunes hommes et un singe sont sur un scooter, le singe apparaît vraiment comme une troisième personne! Ou alors, cette superbe photo d'un enfant assis sur un banc, les yeux dans le vague, avec à coté de lui un singe vêtu d'un T-shirt et d'un short qui lui pose la main sur la cuisse. L'histoire d'une belle amitié entre l'enfant et l'animal. Une photo très tendre.


Ou encore la photo d'un homme et sa petite fille qui portent un énorme python autour de leurs cous, la tête du python reposant sur la tête de la petite fille! 

2/ La série intitulée "Permanent error" présente des photos prises en 2009 et 2010 au Ghana. Pieter Hugo a photographié des enfants et adolescents fouillant une immense décharge à ciel ouvert spécialisée dans les anciens appareils électriques en provenance de l'occident (ordinateurs, téléphones portables etc.) afin de récupérer des matériaux précieux. Un paysage de désolation d'où émane des fumées toxiques et émanations gazeuses mortelles. 

Les enfants pris en photo ont un regard vide et triste. Une série de photos vraiment fortes qui nous font prendre conscience des conséquences qu'a notre société capitaliste sur les pays en voie de développement... Affligeant.

3/ Quelques photos de la série "les chasseurs de miel" ("wild honey collectors) prises au Ghana en 2005 où on voit des hommes revêtus de branchages au milieu de la forêt.


4 / Une série de photos prises en Afrique du Sud en 2006 intitulée "Messina", nom d'une ville au nord du pays où le photographe démontre l'appauvrissement de la classe ouvrière blanche et les relations entre blancs et noirs. Par exemple, cette très belle photo d'un couple de retraités blancs pauvres qui pose avec un petit garçon noir qu'ils ont recueilli.



5/ Enfin pour finir, la série de photos intitulée "Nollywood" où on apprend que le Nigéria est la deuxième industrie du film au monde après Bollywood et avant Hollywood! Plus de 1000 films à petit budget y sont  en effet tournés chaque année.
Dans ces photos, Pieter Hugo a capté des scènes vraiment insolites, entre fiction et réalité, et on ne peut que sourire face aux étranges scènes qui nous sont présentées!
Cela donne un résultat vraiment étonnant, comme la photo de cet homme déguisé et maquillé en une sorte de Hulk assis sur un banc à coté d'une femme comme s'ils attendaient un bus.

Ou la photo de cet homme qui pleure des larmes de sang et se tient sur la dépouille d'un boeuf mort dont il sort les tripes! (la photo la plus étrange je trouve!)
Ou encore cet homme avec un masque de cochon tenant une hache à la main qui se trouve au milieu d'une route!

Bref, ce photographe a vraiment l'art de montrer une Afrique méconnue, et, mieux qu'un long discours ou qu'un documentaire, ces photos nous interpellent et nous marquent. Je vous invite vivement à découvrir son travail, la visite de l'exposition dure 15 - 20 minutes environ et en plus c'est gratuit!

Plus d'infos sur le site de Rue89Strasbourg grâce auquel j'ai découvert l'exposition.

This Must Be The Place, rétrospective de photographies de Pieter Hugo à la galerie Simultania à Strasbourg. A voir jusqu'au 17 mars. Entrée libre et gratuite du mercredi au dimanche de 14h à 18h30.

dimanche 10 février 2013

dans l'ombre de l'IRA

Shadow Dancer

Vous voulez voir une comédie? Ce film n'est pas pour vous. Vous cherchez un film d'action ou un film politique? Passez votre chemin.Vous voulez voir un film optimiste et glamour? Encore désolée mais ça ne va pas le faire. Mais quel genre de film est donc Shadow Dancer, réalisé par l'anglais James Marsh ?


En regardant la bande-annonce, on s'attend à un film d'espionnage en Irlande du Nord avec en toile de fonds le conflit entre l'IRA et l'Angleterre. Or, le film est un peu différent. Comme souvent, il ne faut pas trop se fier aux bandes annonces.

Bande-annonce:

Le film s'ouvre sur une scène tragique de l'enfance de Collette à Belfast en 1973, un épisode qui la marquera à jamais. Puis on la retrouve 20 ans plus tard, en 1993, le visage pâle et fermé, une beauté simple et froide, déambulant dans le métro londonien avec un sac suspect...
Les plans sont longs, la tension palpable, que ce soit lors de la scène de l'enfance ou dans l'épisode du métro, on sent le danger arriver, on est dans l'attente. D'ailleurs, durant les 20 premières minutes du film il n'y a aucun dialogue, juste des longs plans et des zooms sur le visage de Collette.
Celle-ci est activiste pour l'IRA mais se fera prendre. Mac, l'agent du MI5 qui la coincera lui propose alors un deal : soit passer sa vie en prison loin de son fils et de sa famille, soit retourner chez les siens et lui servir d'indic.


On est plongé dans une Irlande grise, morne et triste, les motivations des membres de l'IRA décrits dans le film ne semblent plus avoir grand chose à voir avec la politique mais tiennent davantage de la vengeance personnelle. Le conflit s'étend sur plusieurs générations et les comptes à rendre entre les deux camps ne cessent jamais. D'ailleurs, aucune allusion aux revendications de l'IRA ne sont vraiment mentionnées dans le film. L'histoire est centrée sur les relations entre les personnages et leur désir de revanche.


C'est l'histoire de femmes prêtes à tout pour protéger leur famille, d'une mère et d'une fille soudées par la tristesse et la désolation. C'est l'histoire d'une famille de Belfast lancée dans une lutte dont elle n'est plus sûre de connaitre les véritables motivations.


C'est l'histoire d'un agent des services de renseignements qui veut protéger son indic alors qu'il s'est fait lâcher par sa hiérarchie.


On est immergé dans les années 90, on ne peut que sourire devant les premiers ordinateurs et la technologie avant-gardiste de l'époque. On sourit aussi lorsque l'agent Mac donne le boitier d'urgence à Colette, aujourd'hui ce serait une micro puce à peine repérable, ici c'est un boitier de la taille d'un CD qu'elle doit cacher dans un endroit discret.

Pourquoi donc aller voir ce film?
D'emblée on est fasciné par le visage si pâle de Collette qui semble refléter toute la misère du monde, elle qui a été si jeune engouffrée dans un conflit qui la dépasse, elle a perdu trop tôt ses illusions et semble rongée par la culpabilité.


Shadow Dancer est un film esthétique prenant, bien que le rythme soit assez lent, une sorte de thriller psychologique où les personnages ont chacun une part de mystère que le réalisateur parvint à préserver. Collette apparaît à la fois comme une victime et une femme coupable, une femme manipulée et une bonne manipulatrice. Il n'y a ni bons ni méchants, que ce soit du coté des militants de l'IRA ou du coté de la police et des services de renseignements qui ne voient en leurs indics qu'un moyen d'arriver à leurs fins.
Un film au style très sobre, sans dialogues inutiles ou scènes superflues. Il y a d'ailleurs de nombreuses ellipses dans le film qui nous laissent imaginer ce qui a pu se passer entre deux scènes. Et la fin est plus surprenante qu'on ne pourrait l'imaginer!

Un film qui permet aussi de faire un lien avec l'actualité en Irlande du Nord et la reprise des hostilités de ces dernières semaines suite au retrait du drapeau britannique de la mairie de Belfast en janvier. Des explications ici.

Shadow Dancer / de James Marsh, avec Clive Owen, Andrea Riseborough. Sortie le 6 février.

dimanche 3 février 2013

Dans les coulisses du pouvoir

La vie politique d'un pays fut source d'inspiration pour plusieurs séries : on connaissait la série américaine A la maison blanche ou encore la série française Les hommes de l'ombre diffusée quelques temps avant les présidentielles qui abordait le rôle des spin doctors dans la vie politique française. Mais aucune série n'avait encore abordé autant d'aspects de la prise de pouvoir, la vie privée comme la vie politique et médiatique.


Borgen, une femme au pouvoir se différencie des autres séries par son origine, c'est en effet une série danoise, les acteurs nous sont donc inconnus et le décors nous permet de découvrir la ville de Copenhague. La série nous éclaire sur la vie politique du Danemark, le fonctionnement du Parlement, et nous plonge dans les méandres du fonctionnement d'une démocratie moderne. Mais on peut très bien imaginer que les coulisses soient les mêmes dans les autres gouvernements européens.


L'héroïne est une femme, Brigite Nyborg, la quarantaine, à la fois femme engagée et maman moderne, devenue Premier Ministre elle doit maintenant faire ses preuves, parvenir à concilier sa vie de famille harmonieuse (elle vit dans une maison en banlieue avec un mari aimant et des enfants adorables) et sa vie politique tourmentée. Son engagement politique lui demande beaucoup d'énergie et de sacrifices.C'est une femme normale qui incarne le renouveau en politique : elle vient avec des idées neuves, change les habitudes de ces prédécesseurs, vient au "château" en vélo... Si elle est toujours à l'écoute de ses proches et du peuple, elle n'en reste pas moins fidèle à ses principes. Une femme décidée, voire têtue, qui devra apprendre à être intransigeante et à bluffer face à ses adversaires.

Parmi les thèmes abordés au cours de la première saison : les détournements de fonds, les scandales politiques, l'avidité des médias, véritable quatrième pouvoir, les relations avec le Groenland, état autonome souvent mal considéré et délaissé qui appartient au royaume du Danemark, les relations diplomatiques avec les USA... Certains sujets nous font penser à l'actualité dans la politique française ces dernières années : la parité hommes-femmes en politique et dans les grandes entreprises, le port du voile, etc.

Il y a foule de personnages importants dans cette série. Notamment Catherine, une jeune journaliste présentatrice du JT qui doit vivre avec ses secrets et ses regrets, elle se bat pour révéler ce qui se passe dans les coulisses du pouvoir.

Son ex' est  le spin doctor de la première ministre, il a un rôle essentiel en tant que communicant, conseiller et analyste politique.

Brigitte côtoie aussi les représentants politiques des différents bords politiques (le nationaliste raciste, le libéral décomplexé, les écologistes mal considérés...), des chefs d'entreprises et autres personnages médiatiques, des politiciens qui sont prêts à tous les coups bas pour évincer leurs adversaires. Les copinages et les compromis sont courants même entre membres des bords politiques opposés. Et en coulisse, des secrets doivent être gardés à tout prix...

Deux des principaux protagonistes de cette série sont des femmes qui tentent de se faire respecter dans des environnements très masculins et machistes : la politique et le journalisme politique. D'ailleurs, elles sont régulièrement l'objet de railleries de leurs homologues masculins et doivent sans cesse montrer de quoi elles sont capables.

Une série novatrice, un exemple à suivre pour nos gouvernants? En tout cas, les actrices et acteurs jouent superbement bien. L'ensemble pourrait être ennuyeux, mais dès le premier épisode on est pris par le rythme dynamique de Borgen, une sorte de suspens en continu, chaque épisode est constitué d'une nouvelle intrigue ce qui tient le spectateur en haleine et la musique contribue à son succès. Par ailleurs, les références historiques sont nombreuses, et chaque épisode commence par une situation d'un grand dirigeant.

Une série intelligente et passionnante à voir sans hésiter! La saison 2 de la série est actuellement diffusée sur ARTE.