Sur ce blog, vous trouverez des billets sur les livres que j'ai aimé, les films qui m'ont marqué, les musiques qui me font réver, mes séries préférées et autres actualités culturelles que je souhaite partager.
ARTE a diffusé récemment une nouvelle série scandinave très intéressante et vraiment bien construite. Il s'agit d' Occupied, un thriller politique écrit par l'écrivain norvégien Jo Nesbo.
Le synopsis :
En cette période de réchauffement climatique, Jesper Berg, le Premier Ministre de la Norvège issu du parti écologiste, annonce publiquement la fin de l'exploitation du pétrole par son pays pour se consacrer uniquement aux énergies propres. Mais l'Union Européenne et la Russie ne sont pas de cet avis, les enjeux économiques étant trop importants. La Russie s'immisce alors tout doucement dans les affaires de la Norvège en lui imposant d'abord un ultimatum pour continuer l'exploitation du pétrole, puis en exerçant diverses pressions.
Cela n'est bien sûr pas du goût de tout le monde et plusieurs individus s'opposent violemment à cette pression exercée par les russes. S'en suivent quelques actes malheureux qui vont mettre à mal les relations avec les russes et entraîner une véritable crise diplomatique.
Ensuite, à chaque fois qu'une crise est sur le point de se résoudre, un nouvel événement apparaît ne faisant qu'empirer la situation. Le Premier Ministre a alors plus en plus de mal à jongler entre ses relations diplomatiques envers la Russie, ses convictions, son parti et l'approbation de son peuple.
Trailer :
Cette série est intéressante car elle montre que nos démocraties d'apparence si solides peuvent vite se voir fragilisées lorsque d'énormes enjeux économiques sont en jeu et qu'elles n'ont plus le soutien des pays alliés.
Il est également justement démontré qu'il suffit souvent de pas grand chose pour mettre le feu aux poudres !
Au fil des épisodes, qui portent chacun le nom d'un mois, on suit bien sûr le quotidien du premier ministre norvégien qui doit mettre de coté ses convictions pour protéger son pays. On suit aussi les aventures de son garde du corps Hans-Martin qui, après avoir sauvé la vie de l'ambassadrice russe et fait ses preuves auprès du Premier Ministre, devient un atout pour les négociations avec les russes lors des crises successives.
L'ambassadrice Sidorova a d'ailleurs un rôle essentiel dans la série. En parallèle, on suit le parcours d'un journaliste d'un grand quotidien norvégien qui tente de connaitre les dessous de cette crise et des relations tendues avec les russes et celui de la femme de ce dernier qui tient un grand restaurant où aime se réunir les russes.
Certains tentent à tout prix d'arrondir les angles avec la Russie quitte à renier leurs convictions, d'autres s'en fichent du moment que leurs affaires continuent de tourner, d'autres encore s'opposent vivement à toute ingérence de la part des russes et décident d'entrer en résistance.
La série, très crédible et contemporaine, a le mérite de nous interroger sur ce que nous ferions si notre pays reniait ses promesses pour se soumettre aux volontés d'un autre pays, sans que notre quotidien n'en soit vraiment chamboulé. Tenterions-nous pas tous les moyens d'arrondir les angles? Subirions-nous sans broncher? Entrerions-nous en résistance?
Ce sont toutes ces questions que l'écrivain-scénariste Jo Nesbo a voulu soulever, comme il l'explique dans cette entrevue à lire sur la page qu'ARTE consacre à la série.
Avec son rythme modéré, un scénario bien ficelé et crédible, des sujets d'actualité, une réalisation sobre et efficace et de nombreux rebondissements qui nous tiennent en haleine tout du long, Occupied est une vraie réussite, à voir si ce n'est pas encore fait !
On nous parle constamment du réchauffement climatique, des catastrophes écologiques, des pays les plus pollueurs aux monde qui sont de toute façon dépendants de multinationales et de lobbies pourris par l'argent. On se sent tellement impuissants, comme si tout était déjà joué d'avance : de toute façon l'Humanité court à sa perte.
C'est d'ailleurs ce que semble montrer cette étude faite en 2012 par deux chercheurs américains qui démontre que les enjeux écologiques sont tels qu'une partie de l'humanité serait menacée d'ici 2100.
C'est cette même étude qui a fait réagir l'actrice et réalisatrice Mélanie Laurent, Cyril Dion (l'un des fondateurs du mouvement Colibris) et quatre de leurs amis.
Comme ils l'expliquent au début du film, ils se sentaient démunis face à tant de fatalisme et ont voulu faire quelque chose avec leurs moyens, à savoir le cinéma. C'est ainsi qu'est né ce documentaire qui a pu voir le jour grâce à la participation de plus de 10 000 kissbankers qui ont contribué à son financement.
L'équipe s'est rendue dans une dizaine de pays, en Europe, aux Etats-Unis en passant par l'Inde, pour décrypter les raisons de ce désastre écologique et surtout pour proposer des solutions. Saviez-vous que seuls 30 % de l'agriculture était issue des grands groupes et que plus de 70 % de l'agriculture dans le monde provient des petits exploitants? Aussi, si le changement venait d'en bas?
En interrogeant chercheurs, économistes, agriculteurs, associatifs, innovateurs, chefs de projets, architectes, Demain nous présente des alternatives, des idées pour polluer moins, des initiatives locales pour mobiliser les citoyens à l'écologie tout en créant du lien social, des nouvelles formes d'architectures urbaines, de nouveaux moyens de transports. Des initiatives réussies à Copenhague, Chicago, en Angleterre, en Normandie, dans une entreprise de Lille, en Islande, en Finlande... et qui devraient servir d'exemples. Le film montre qu'il suffit souvent de quelques citoyens, chefs d'entreprises ou dirigeants audacieux qui retroussent leurs manches et proposent des solutions novatrices et écologiques qui fonctionnent et servent ensuite d'exemple.
Bande-annonce :
Demainest un formidable documentaire qui doit probablement son succès à la manière à la fois dynamique, pédagogique et accessible de nous présenter les liens étroits entre écologie, agriculture, économie, politique et éducation, le tout avec un ton enjoué et un brin d'humour. Chose qui est rarement démontrée dans les médias traditionnels et qui est pourtant très intéressante à mettre en avant, voir essentielle ! Car tout est lié. C'est en revoyant en profondeur notre manière d'être, notre façon de vivre ensemble, notre système politique que nous pourrons réduire les émissions de CO2. Et de citer des exemples et initiatives locales pour illustrer cela. Surtout, c'est un film qui malgré tout est optimiste et loin du message pessimiste et culpabilisant habituel. Demain invite chacun à se retrousser les manches et à changer ses habitudes.
En alternant une narration simple, comme une discussion entre copains (Mélanie Laurent et Cyril Dion), des interviews, quelques schémas explicatifs, des vues de paysages et scènes d'abérrations écologiques avec quelques effets "cinéma" ainsi qu'une bande-son très bien choisie, la réalisation est à la fois dynamique, recherchée et efficace.
Demain est un film vraiment nécessaire, que tout le monde devrait voir, y compris nos dirigeants, un vrai message d'espoir, une mobilisation citoyenne. Et comme il est dit à la fin du film : "Parce qu'il n'est pas trop tard mais qu'il faut se bouger. Maintenant." voici 5 solutions simples à appliquer dès maintenant chez vous, proposées sur le site du film http://www.demain-lefilm.com/les-solutions
Durant l'hiver 1995, un convoi humanitaire part de Lyon pour la Bosnie, alors en pleine guerre. Les deux camions transportent des vivres, des médicaments et des vêtements pour aider la population en détresse. A bord, Maud, 21 ans, est la seule fille. Elle est accompagnée par deux ex militaires, Marc et Alex, un homme lunatique et renfermé nommé Vauthier et le discret Lionel qui trouve refuge dans la marie-juana. Chacun d'entre eux s'est engagé pour des raisons diverses, plus ou moins nobles et verra ses illusions se briser au cours du voyage.
Au cours de leur périple, au gré des longues heures passées dans le camion pour se rendre en Bosnie, la tension monte entre les cinq protagonistes, en raison de caractères et de motivations différent(e)s. Mais durant le voyage, des affinités se créent également, des carapaces se fendillent, des secrets sont révélés et la réalité du terrain se confronte à l'imaginaire que chacun se faisait de l'aide internationale. Ainsi, chacun va se retrouver confronté à des choix et verra sa vision de l'humanitaire remise en question.
La neutralité d'un convoi humanitaire peut-elle être préservée au coeur d'un conflit armé? Peut-on vraiment ne pas prendre parti, ne doit-on pas davantage s'engager? Toutes ces questions sont soulevées dans ce roman de Jean-Christophe Ruffin qui oscille entre roman d'aventure, nouvelle géo-politique et enquête psychologique.
Check-Point est un livre intéressant, très lucide, à l'écriture efficace. Il y a toutefois quelque chose de dur dans ce récit, une certaine froideur qui maintient le lecteur à distance. En effet, il est difficile de s'identifier à ces personnages plutôt antipathiques, le tout dans un contexte de guerre et de tension. Mais on peut dire que le style à la fois sobre, froid et distant colle parfaitement avec le climat glacial de l'histoire du coup !
A savoir également que l'auteur parle en connaissance de cause puisqu'il a travaillé plus de 20 ans au sein de plusieurs ONG dans de nombreux pays, notamment aux Balkans.
"Maud n'aimait pas les idées reçues. Elle avait toujours déplorée que la plupart des gens ne soient pas capables de comprendre la complexité des choses. Les paradoxes la séduisaient. Ils étaient comme l'aliment de l'intelligence" p. 88 "Pour Maud, ce n'était pas la moindre bizarrerie de cette guerre que d'opposer des gens qui parlaient la même langue, habitaient la même terre et adoptaient au quotidien les mêmes usages." p. 112 "La destruction, visible çà et là, paraissait être tombée du ciel, comme une foudre. Le malheur ressemblait à un décret divin qui ne devait rien aux hommes." p 172 "Encore une fois, la force ne suffit pas. Ce qu'il faut pour se protéger, c'est le mystère. On doit être impénétrable, imprévisible. L'amitié, c'est le contraire : on se dévoile, on laisse quelqu'un entrer dans votre pensée." p. 258
Cela faisait longtemps que je n'avais pas été à ce point plongé dans un roman ! "Toute la lumière que nous ne pouvons voir" est un livre d'une grande puissance qui nous transporte pendant la seconde guerre mondiale. Mais, contrairement à la plupart des romans abordant ce sujet, ce roman a le mérite d'épouser le point de vue français et allemand à travers deux personnages attachants, deux adolescents plongés dans la guerre malgré eux.
Coté allemand, le jeune Werner, 16 ans, vit dans un orphelinat avec sa petite soeur Juta. Il passe son temps à se poser des questions scientifiques et à réaliser des expériences techniques. Avec sa soeur, ils aiment écouter des émissions à la radio, notamment une émission de vulgarisation scientifique diffusée le soir.
Il devient un véritable petit génie de l'électronique et éveille la curiosité d'un officier allemand qui l'incite à s'inscrire dans une célèbre école. Mais les grands rêves de découvertes et d'études supérieurs de Werner se voient vite confrontés aux limites de cette école, véritable fabrique de nazillons où il n'y a pas de place pour les sentiments et le libre arbitre et où obéissance et brutalité semblent être les leitmotivs. Ainsi, Werner va se faire entraîner malgré lui dans la triste aventure de la guerre et il aura bien du mal à conserver ses rêves d'enfant.
Coté français, la jeune aveugle Marie-Laure vit à Paris avec son père, serrurier au musée d'histoire naturelle. Ce dernier lui a fabriqué une maquette du quartier où ils vivent afin qu'elle puisse plus facilement se repérer. Il aime passer du temps avec sa fille. Marie-Laure apprécie les promenades dans le jardin des plantes et passe beaucoup de temps à parcourir des doigts les gros volumes en braille relatant les aventures de Jules Verne. Lorsque la guerre éclate, alors que les allemands pillent les richesses de la France, son père ainsi que 3 autres employés du musée se voit confier une pierre précieuse et ses trois répliques, chacun ignorant s'il a la véritable pierre ou non. Les quatre employés doivent se disperser sur le territoire. Cette pierre, d'après la légende, à le pouvoir de rendre immortel et de protéger la personne qui la détient mais au détriment de ses proches. Forcément, elle risque de susciter quelques convoitises...
Lorsque Paris est attaqué, il décide de fuir la capitale avec Marie-Laure. Leur périple les mènera jusqu'à Saint-Malo où ils trouveront refuge dans la demeure d'un grand-oncle qui vit reclus dans sa maison depuis qu'il est revenu traumatisé de la Grande Guerre. C'est madame Manec, sa gouvernante qui les accueillera chaleureusement et prendra soin d'eux durant leur séjour. Progressivement, le vieil oncle taciturne va sortir de son antre pour se rapprocher tout doucement de Marie-Laure. Et lorsque les allemands réquisitionnent tous les postes de radios, ce sont une dizaine de postes dont doivent se séparer les habitants de la maison ! Cependant, un vieux poste de radio subsiste et sera caché dans le grenier. A partir de ce moment, les occupants de la maison peuvent à tout moment être arrêtes comme terroristes par les allemands.
Toute la lumière que vous ne pouvez voirn'est pas seulement un roman sur la guerre. C'est aussi un roman historique et géopolitique, un roman d'apprentissage
décrivant la perte des illusions de deux enfants français et allemand,
une peinture sociale pleine d'humanité, un roman d'aventure, le tout écrit avec une touche de poésie et
de mystère. Toutes ces caractéristiques en font un roman passionnant, superbement écrit, qui se dévore rapidement.
On
oublie presque que l'auteur est américain tant il décrit si bien
le vécu coté français et coté allemand tout au long de la guerre. L'auteur
dépeint ses personnages avec beaucoup de tendresse. Par ailleurs, on sent un véritable
attachement aux villes de Paris et de Saint Malo qui apparaissent
presque comme des personnages à part entière. A ce titre là, le roman me fait penser à L'Ombre du Vent de C.L. Zafon où est décrit avec beaucoup d'affection les aventures d'un garçon dans le Barcelone des années 30.
Enfin, ce roman est captivant grâce à son rythme d'écriture : des phrases courtes, percutantes, des chapitres courts alternant le récit des aventures de Marie-Laure et de Werner, de superbes passages descriptifs à la fois réalistes et poétiques... tout cela fait que le livre de plus de 600 pages se lit quasiment d'une traite.
Bref, c'est un livre magnifique qui mérite amplement le prix Pulitzer 2015 qui lui a été attribué !
"Des portes sont soufflées de leurs chambranles. Des briques, pulvérisées. De gros nuages joufflus de craie, de terre et de granit jaillissent vers le ciel. Les douze forteresses volantes ont déjà fait demi-tour, repris de l'altitude et retrouvé leur alignement au dessus de la Manche, que les ardoises des toits n'ont pas fini de pleuvoir dans les rues." p 121
"Le monde semble tanguer délicatement, comme si la ville partait légèrement à la dérive. Comme si, sur le rivage, le reste des Français n'avait plus qu'à se ronger les ongles, à s'enfuir, trébucher, pleurer et se réveiller dans une aube grise et engourdie, incapable de comprendre ce qui se passe. A qui appartiennent les routes à présent? Et les champs? Et les arbres?" p 147
"Pour sa part, les doutes reviennent régulièrement. Pureté raciale, pureté politique - Bastian exprime son horreur de toute corruption, mais la vie n'est-elle pas corruption? se demande-t-il au coeur de la nuit. Dès qu'un enfant est né, le monde se jette sur lui. Pour lui prendre des choses, lui en imposer d'autres. Chaque bouchée de nourriture, chaque particule de lumière qui entre dans son oeil- le corps ne peut jamais être pur." p 329-330
"On est très loin de comprendre ce que c'est d'être aveugle, quand on ferme les yeux. Sous notre monde des cieux, des visages et des édifices, il en existe un autre, plus brut et plus ancestral, un espace où les surfaces planes se désintègrent et où les sons forment une multitude de rubans dans les airs" p 452
"Difficile d'avoir grandit dans les années quarante en France sans que la guerre soit le centre à partir duquel le reste de votre existence gravitera toujours." p 589
Voici un billet un peu particulier puisqu'il ne s'agit pas d'un coup de coeur mais plutôt d'un coup de gueule. Il m'a fallu un peu de temps pour réagir aux tragiques événements survenus à Paris. Le temps de réaliser, de prendre un peu de distance, de réfléchir. Comme tout le monde j'ai été profondément attristée et choquée par ce qui s'est passé : tirer sur des gens paisiblement attablés ou qui écoutent joyeusement un concert, c'est vraiment inhumain. Toutes ces victimes innocentes, qui étaient juste sorties boire un verre, manger au resto, écouter de la musique, bref profiter de la vie. On pense très fort à leurs familles. Mais je pense aussi à tous ces blessés qui vont devoir se remettre tant physiquement que moralement de s'être pris une balle de kalash' alors qu'ils étaient juste à un concert... Je pense à toutes les personnes qui s'en sont sorties saines et sauves et qui ont été témoins de ces horreurs mais qui devront vivre avec ce traumatisme.
Ces attentats nous ont tous beaucoup bouleversés. Déjà parce que c'est la jeunesse qui a été touchée. Des gens qui sortent boire un verre, manger au resto, voir un match de foot ou vont à un concert. Des gens qui aiment le sport, la culture, la vie tout simplement. Ca aurait pu être n'importe qui : mes potes, mon frère, ou moi. Ca nous touche profondément. Bravo connards de terroristes, vous avez réussis votre coup, la France a peur... Ca nous touche aussi car c'est la culture, la vie nocturne, la fête, en gros, nos libertés qui étaient ciblées. Et ça, même si on ne s'en rendait pas compte jusqu'alors, on y est fortement attaché.
La France est touchée mais ne sombre pas, comme le dit la devise latine si bien reprise ces derniers jours "Fluctuat nec mergitur". Cette tragédie nous a fait prendre conscience de la chance d'avoir autant de libertés, une culture si riche, une vie si dense... On a dorénavant encore plus envie d'en profiter. Désormais, on en savoure chaque moment. Encore plus qu'en janvier, on se sent solidaires, unis et déterminés. Parait qu'on est en guerre. Alors battons nous. Mais avec nos armes : notre liberté, nos droits. Allons voter. Lisons des livres. Ecoutons de la musique. Continuons d'aller à des concerts, à des événements sportifs, à boire des coups en terrasse. Mais aussi à s'informer et à s'ouvrir au monde. Car ce qu'on a vécu la semaine dernière se passe aussi dans d'autres pays en Afrique, au Moyen Orient mais n'a pas forcément le même écho tragique dans nos journaux d'actualité. Oui on a peur. Mais on se bat. On ne se couchera pas face à la bétise, l'obscurantisme, la terreur. Je continuerai d'aller voir des expos, des films au cinéma, de la musique en live et d'aller boire des coups avec mes amis. Parce que ça nous ouvre sur le monde. Parce que ça nous fait réfléchir. Parce que ça nous détend. Parce que ça nous rassemble.
Alors, pour finir, montons le son et levons le poing sur I love Rock n Roll.
Prenez soin de vous. Et à bientôt pour de nouvelles découvertes !
Nous trois ou rien est le premier film plutôt réussi de l'humoriste Kheiron, découvert en 2006 dans le Jamel Comedy Club et surtout dans la mini-série Bref.
C'est un film tout particulier pour le jeune réalisateur puisqu'il retrace l'histoire de ses parents qui ont fuit l'oppression iranienne dans les années 1980. Kheiron a même la chance / l'audace / le mérite (au choix) de jouer le rôle de son père, ce qui a dû être particulièrement émouvant pour lui.
Bande-annonce :
L'histoire (vraie) : Dans les années 1970, durant la dictature du Sha, Hibat est un étudiant épris de liberté et plein d'idéaux qui fait parti d'un mouvement de contestation du régime. Malheureusement, comme beaucoup d'autres à cette époque, ces actes pourtant anodins à nos yeux finissent par le faire arrêter. Il sera alors condamné à 10 ans de prison ! Résistant jusqu'au bout, il connaîtra les geôles iraniennes, les menaces, la torture, l'isolement jusqu'à sa libération au bout de sept années.
A sa sortie, s'il est acclamé comme un héros par ses proches et les opposants au régime pour ses actes de résistance, il est toujours surveillé par le pouvoir et doit mener une vie de fugitif.
Il rencontre alors celle qui deviendra sa femme, Fereshteh (superbement interprétée par Leila Bekhti) et tous deux ont un enfant ensemble (Kheiron petit). Lorsque la rue parvint à faire tomber le Sha, l'espoir revient, mais pour une courte durée seulement. En effet, le successeur du Sha s'avère être un fanatique religieux qui donne le pouvoir aux Mollah. C'est pourquoi, en 1984, ils prennent la décision de fuir le pays dans des conditions évidement épiques. La deuxième partie du film raconte leur arrivée en France, leur intégration dans une banlieue parisienne décrépie, l'énorme place du milieu associatif dans lequel ils s'investissent beaucoup tous les deux, l'importance des rencontres, la volonté d'aller toujours de l'avant, de rester positif coûte que coûte, les liens avec les mouvements de résistance en Iran, etc.
Malgré une histoire plutôt triste et éprouvante, c'est un film assez positif, où on trouve beaucoup d'humour, comme pour mettre de la distance avec l'horreur de certaines situations. Ainsi le Sha est présenté comme un personnage burlesque, une sorte de Calife tout droit sorti de la bande-dessinée!
Tout au long du récit, on sent beaucoup de tendresse et d'humanité, c'est ce qui a donné probablement le courage et la force à ce couple de s'intégrer dans un pays qui leur était à l'origine totalement étranger.
C'est une histoire d'immigration émouvante qui a un écho vraiment pertinent avec l'actualité du moment. Un film plein de bonté et d'espoir que beaucoup devraient voir en ce moment.
Article mis à jour le 9 septembre 2016. Critique de la saison 2 en bas de page.
Depuis fin août, Netflix propose de découvrir la série Narcos créée par Chris Brancato, Eric Newman et Carlo Bernard qui retrace la lutte des agents américains de la DEA face au trafic de cocaïne en Colombie.
Inspirée de l'histoire vraie de Pablo Escobar, filmée avec un grand sens du réalisme et beaucoup de suspense, cette série dramatique est aussi palpitante qu'effrayante, surtout quand on sait qu'elle est inspirée de faits réels.
Teaser :
Au début de sa carrière à la DEA (le service de lutte anti-drogues aux Etats-Unis), Steve Murphy pourchassait les fumeurs de cannabis sur le port de Miami. Mais ça c'était avant. Avant que la cocaïne devienne la drogue préférée des américains dans les années 80, avant qu'on découvre que cette drogue provenait de Colombie et qu'il soit affecté à Bogota pour lutter contre le fléau à la source. C'est cet agent de la DEA qui est le narrateur de l'histoire. La série s'ouvre par une scène de fusillade se passant en 1989 puis Steve nous raconte ce qui s'est passé pour en arriver là et nous renvoie au début des années 1980, jusqu'à la fin de la saison.
Steve et sa femme Connie
Lorsqu'il arrive en Colombie, officieusement en tant que responsable de l'entretien de l'ambassade, il s'associe avec son homologue Javier Pena ainsi qu'avec un autre policier déjà habitué à traquer les narco-trafiquants. Il va vite constater qu'il est difficile de trouver des personnes de confiance en Colombie tant l'emprise des magnats de la drogue et la corruption sont importantes à tous les niveaux de la société.
le policier et les 2 agents de la DEA
En parallèle, un premier épisode raconte sur un ton badin et ironique comment la cocaïne est arrivée en Colombie par un cultivateur de coke chilien qui a fuit in-extremis la dictature de Pinochet. C'est lui qui propose à l'époque ses services au jeune mafieux de l'époque, un certain Pablo Escobar, en lui proposant d'être son "cuisinier" pendant qu' Escobar s'occupe d'écouler ensuite la marchandise. C'est d'abord en planquant la cocaïne sous les voitures qu' Escobar écoulera les stocks, puis, la demande ne cessant de croire, il utilisera des dizaines de camions pour passer les frontières, avant de recruter le pilote d'un petit avion lui assurant ainsi des liaisons régulières vers Miami !
Et là, la demande américaine ne cessa d'augmenter. C'est ainsi que commença un trafic de drogue énorme, où des millions puis des milliards de dollars sont brassés. De plus, Escobar fait alliance avec d'autres trafiquants colombiens pour créer ainsi le cartel de Medelin.
une partie du carte le de Medelin
Si ce trafic a pu se développer de manière si exponentielle, c'est en raison notamment de l'immense pouvoir d'intimidation qu'a Pablo Escobar sur la police, les politiques, les médias, dont il connait parfaitement les noms et habitudes. Il dispose de centaines d'hommes sous ses ordres et n'hésite pas à menacer et punir ceux qui ne respectent pas ses volontés.
Pablo Escobar entouré d'un stock de Cocaïne
Narcos est une série sur le trafic de cocaïne mais aussi sur la personnalité ambiguë de Pablo Escobar. Avide de pouvoir et de reconnaissance, ce dernier aime à se faire voir comme un "Robin des bois" des temps modernes distribuant des liasses de billets aux pauvres qui l'adorent. Cependant, il n'hésite pas à tuer quiconque se dresse au travers de son chemin. Tendre avec sa famille, il est intransigeant et dur en affaires, terrorisant tout le monde, n'hésitant pas à manipuler et tuer des centaines d'innocents pour gagner toujours plus d'argent, avoir plus de pouvoir et sauver son honneur. N'ayant peur de rien ni de personne, il intimide ou élimine ses adversaires les uns après les autres. Il rêve d'avoir encore plus de pouvoir et de gloire et pour cela il se présente même aux élections présidentielles ! Trafiquant ambitieux et manipulateur, criminel psychopathe, terroriste : il devint le criminel le plus redouté mais aussi le plus riche de l'histoire avec une fortune de 30 milliards de dollars à sa mort !!
Rares sont ceux qui persévèrent à le traquer malgré les intimidations. Les trois policiers doivent redoubler d'efforts et employer des moyens pas toujours très légaux pour retrouver la trace des narcotrafiquants.
Plus largement, la série raconte les débuts de la lutte anti-drogue aux Etats-Unis et en Colombie, avec notamment le développement des écoutes.
Tout cela est superbement raconté dans cette série et, d'après ce que j'ai lu, l'histoire est assez proche de la réalité. C'est d'ailleurs ce qui est le plus sidérant dans cette histoire, qu'elle est issue de faits réels. Pour le rappeler, le réalisateur insère souvent des images d'actualité de l'époque pour faire le parallèle ou appuyer certains des aspects les plus fous de l'histoire, lorsqu'on a du mal à y croire.
La réalisation est soignée, le rythme soutenu, alliant suspense et intérêt historique, ce qui nous tient en haleine tout du long. Les acteurs sont remarquables, mention spéciale à l'acteur brésilien Wagner Moura qui interprète avec brio Pablo Escobar
Enfin, le générique a lui seul est une petite pépite. Constitué d'images d'archives illustrant la lutte anti-drogue des années 80, défilant sur la musique latine douce et envoûtante de Rodrigo Amarante.
Bref, si vous aimez les histoires de mafia, les films policiers, les biopics et histoires vraies, les moustachus et les années 80, vous devriez aimez Narcos.
Saison 2 : Un an après avoir dévoilé la première saison de Narcos, Netflix diffuse la saison 2 depuis fin août 2016. On retrouve la voix off sobre du narrateur (l'agent de la DEA Steve Murphy) qui raconte, à posteriori, le récit de la traque du plus grand criminel de l’histoire de la Colombie. Le célèbre narcotrafiquant est toujours plein de ressources pour échapper à la police quitte à menacer les hommes politiques, les médias, ses rivaux et à terroriser la population par le biais de terribles attentats. En parallèle, la cellule chargée de le traquer connait quelques bouleversements et de nombreuses pressions, notamment de la part du gouvernement américain.
Cependant, malgré la terreur qu'il continue d'inspirer, Pablo Escobar n’est plus le roi de la coke qu’il était auparavant. En effet, le cartel de Cali avec qui il avait une alliance a désormais des souhaits de grandeur et les deux clans vont se disputer des territoires pour le trafic de drogue. S'en suivra une guerre sanglante entre les deux gangs.
Le rythme est ici plus lent que dans la saison 1, le récit se centrant davantage sur le cercle privé de Pablo Escobar : ses bras droits et son équipe qui tend à se restreindre, ses rapports avec sa famille qu'il adore... Le tout visant à dresser un portrait intéressant et ambigu de Pablo Escobar : un mégalo sans scrupules qui avait un besoin constant de reconnaissance, d’admiration et de gloire, que ce soit par rapport à ses proches, au gouvernement, à ses rivaux. Un homme amoureux aussi, un père attentionné, un homme loyal mais aussi impulsif et colérique, capricieux, intransigeant. Jusqu'au bout, alors qu'il n'est plus qu'une bête traquée, il se plait à croire à un avenir où il serait homme de pouvoir admiré et respecté... osant même la comparaison avec Nelson Mandela ! Pablo Escobar, un bandit à la fois admiré et détesté qui suscita les passions et fait désormais parti de l'histoire de la Colombie
Les images d’archives judicieusement insérées dans chaque épisode nous rappellent que tout ceci fut réel, que ce fut l'actualité de la Colombie dans les années 80 et 90 et cela parait assez fou avec le recul.
les deux agents de la DEA qui traquent Pablo Escobar
Alternant les points de vue avec, d'un coté Pablo Escobar et de sa famille, sans cesse traqués et se positionnant en victimes persécutées par le gouvernement, et, de l'autre, la police et le gouvernement qui redoublent d'efforts et d'ingéniosité pour resserrer l'étau autour de l’homme le plus recherché du monde, le récit monte en puissance, augmente le suspense et évite ainsi le parti pris du spectateur.
la femme et la mère de Pablo Escobar
Comme je l'avais déjà souligné pour la saison 1, cette série est remarquable en tout point de vue : que ce soit par le jeu subtil des acteurs, un bon sens du récit, le ton légèrement ironique de la narration, un scénario judicieusement écrit et réalisé avec l’insertion d’images d’archives et la réalité des faits retranscrits.