vendredi 11 septembre 2015

Dans les décombres d'Haiti, reste l'espoir... Encore un très beau roman de Laurent Gaudé

Danser les ombres

Je vous avais déjà parlé ici d'un auteur français que j'aime beaucoup qui s'appelle Laurent Gaudé. J'avais adoré ses romans Le soleil des Scorta et Ouragan, récit très touchant sur les survivants de l'ouragan Katrina. Cet auteur aime décrire des pays et peuples méconnus et dépeint avec beaucoup de pudeur et d'humanité les déboires d'une population victime d'un drame ou d'une catastrophe.
Dans son nouveau roman Danser les ombres, c'est Haïti qui est à l'honneur. Comme dans Ouragan, l'auteur rend un vibrant hommage aux victimes de cette catastrophe naturelle dans un roman profondément touchant et humaniste.


Est raconté ici le quotidien de plusieurs personnages qui vont se croiser dans la capitale d'Haiti. Il y a Lucine, jeune fille partie pour Jacmel il y a quelques années pour protéger sa soeur fragile et les deux jeunes enfants de celle-ci, qui revient à la capitale pour annoncer le décès de sa soeur adorée au père d'un des enfants. Elle redécouvre l'effervescence de la capitale, les lieux de son enfance, la vie qu'elle a dû fuir.
Il y a Lily, une fillette blanche de bonne famille originaire de Miami, qui,  gravement malade, a voulu revoir Haiti avant de mourir.
Et Saul, le fils "bâtard" d'une riche propriétaire, Dame Viviane, femme rigide au coeur tendre, dont la jeune soeur Emeline, étudiante et militante du droit des femmes a été cruellement assassinée. Il y a la calme et discrète Dame Petite, la gouvernante de Viviane, toute dévouée à cette famille.
On suit aussi le quotidien de Firmin, chauffeur de taxi solitaire la journée, amateur de combats de coq le soir. Mais qui cache aussi un terrible passé.
De vieux amis qui se retrouvent régulièrement "chez Fessou", un ancien bordel (appelé auparavant Fessou Verte !) devenu maintenant café, pour parler de leur souvenirs, jouer aux cartes, parler de politique. En ce lieu atypique se croisent le vieux Tess, maître des lieux, le facteur Sénèque, Jasmin, Domitien, et de jeunes élèves infirmières Ti Sourire et Lagrace....
Tous rêvent de rencontres, d'échanges, de projets à concrétiser. Bref, d'un avenir meilleur. Leur vie semble à la fois simple et paisible, mais voilà qu'un jour, la terre tremble. Deux fois et très fort. Et la vie de tous bascule.
"Hommes, ce qui est sous vos pieds vit, se réveille, se tord, souffre peut-être ou s'ébroue. La terre tremble d'un long silence retenu, d'un cri jamais poussé."( p 129)

C'est alors que commence la vie dans le chaos. Les premiers secours qui s'organisent un peu à la va-vite, l'entre-aide, la survie, la recherche de survivants. L'espoir, l'attente...

"Demain n'a pas de visage. Demain dont on ne sait pas comment faire pour qu'il ne vous affame pas, demain méchant, violent, qui vous tient éveillé la nuit est là [...]" (p. 185)

Laurent Gaudé raconte Haïti à travers le vaudou, qui occupe une part très importante dans la culture haïtienne, en faisant par exemple allusion à l'esprit Ravage annonciateur de catastrophe. Ainsi, au début du roman, un esprit revenu de l'au-delà vient terroriser les habitants de Jacmel. C'est comme un signe annonciateur d'une catastrophe à venir. 

"Lucine vit ses deux yeux noirs comme des éclats de quartz et elle sut qu'elle avait devant elle l'esprit Ravage, celui qui renverse la vie des hommes, écroule les existences, celui qui casse les vies et fait pleurer les femmes."( p 15)

Tout au long du roman, et surtout vers la fin, les esprits des morts sont très présents, tellement présents qu'à la fin on ne sait plus qui est mort et qui est vivant. Après la catastrophe, au cours d'une longue procession, les vivants vont tenter de semer les morts, les ombres, pour qu'ils retournent dans les entrailles de la terre qui viennent de s'ouvrir.

"Adieu les ombres, il faut laisser partir tout ce qui est mort, tout ce qui a été éventré, retourné, ces vies englouties que l'on a aimées" [...] (p 241)

Laurent Gaudé raconte Haiti à travers les souvenirs d'une histoire dramatique, avec notamment la dictature des Duvalier père et fils, encore très présente dans les esprits.

"Toutes ces années de combats, des Duvalier père et fils à Aristide, jusqu'à l'opération Bagdad, toutes ces années où il a fallut s'arc-bouter contre la tyrannie et l'ignorance et tout cela pour quoi?.. Pour arriver à ce jour? ... Les efforts lents d'un peuple vers la liberté, un peuple qui se secoue le dos pour faire tomber les sangsues du pouvoir, qui se bat pour que ses fils fassent des études et vivent mieux que ses aînés [...]" (p 167-168)

C'est un magnifique roman, beau, émouvant, à la fois triste et plein d'espoir, qui montre que la force d'un peuple se trouve dans la bonté humaine, dans la capacité à se relever après chaque traumatisme, à vouloir reconstruire, aller de l'avant.

Vous l'aurez compris, c'est un très beau roman et Laurent Gaudé me passionne toujours autant par son écriture à la fois simple, fluide mais tellement belle et poétique et pleine d'humanité.

Quelques citations supplémentaires :

"Dans une société de la survie permanente et de l'exploitation éhontée, la recherche du bonheur est un acte politique" (Emeline) p. 63

Il la regarde, Lucine, et sur son visage à elle aussi, il y a la profondeur de la défaite, mais des yeux joyeux encore. Elle porte la tête droite. Les épreuves de la vie l'ont forcée, l'ont enlevée à l'existence qu'elle avait espérée, mais elles ne lui on pas fait baisser les yeux. p 73

Saul à Lucine : "Et toi, te lasseras-tu de mes jours boiteux, des insultes que je me lance à moi-même? Non je les traverserai avec toi." p 113


dimanche 30 août 2015

Une enfance, un beau film social, triste et lumineux qui sortira fin septembre

Cela fait bien longtemps que je n'ai pas écrit sur un film qui m'a plu. Et pour cause, l'été je vais toujours moins au cinéma, la faute au beau temps, aux apéros, aux vacances... et je préfère me plonger dans un bon bouquin au fonds d'un transat plutôt que de m'enfermer dans une salle sombre :-)
Mais j'ai eu la chance de gagner des places pour découvrir en avant-première le dernier film de Philippe Claudel qui sortira le 23 septembre prochain.

J'ai d'abord découvert Philippe Claudel en tant qu'écrivain en 2003 avec le superbe roman Les âmes grises (qui lui a d'ailleurs valu un prix Renaudot) puis en lisant la Petite fille de monsieur Linh, un roman très touchant que j'avais adoré. Bien plus tard, en 2008, j'ai découvert son travail de réalisateur avec le film Il y a longtemps que je t'aime mais qui ne m'avait pas particulièrement marqué.
Une enfance est son septième film et probablement un des plus aboutit.


L'histoire : Jimmy, 12 ans, vit dans un pavillon de la banlieue de Nancy. Il passe la plupart de son temps à s'occuper de son petit frère pendant que sa mère, une junkie un peu perdue, récemment libérée de prison, et son beau père, un imbécile désabusé et violent, passent leur temps à se prélasser, faire la fête, boire et se droguer. Jimmy a dû rapidement apprendre à se débrouiller tout seul, sans l'aide de ses parents. Par exemple, c'est lui qui réveille son petit frère le matin, le lave, lui fait son petit déjeuner, et l'emmène à l'école pendant que sa mère et son compagnon récupèrent de leur nuit agitée. C'est lui qui fait les courses et prépare à manger pour son frère au retour de l'école. C'est aussi Jimmy que ses parents envoie chercher des bières pour poursuivre une soirée déjà bien arrosée, à qui on demande de mentir sur la situation familiale et même qu'on envoie récupérer de la drogue à l'autre bout de la ville ! 

Bande-annonce  :

Le soir ou la nuit, il supporte les disputes souvent violentes de sa mère et de son beau père ou leurs fêtes de débauches. Et du coup, pendant la classe, il dort...
Il est témoin de scènes vraiment très dures qu'aucun enfant ne devrait être amené à connaitre. Des scènes qui brisent une enfance. C'est pourquoi Jimmy est aussi renfermé, ne sourit jamais, n'a pas d'amis. Il y a bien cette jolie fille dans sa classe qui est gentille avec lui, mais issue d'un milieu tellement différent du sien.
Finalement, dans cette famille décomposée, déglinguée, c'est Jimmy le plus responsable. C'est lui qui prend soin de sa maman quand ses excès la pousse au bord du gouffre.


Mais dès fois, lorsque la soupape est pleine, Jimmy et son frère vont dans un entrepôt désaffecté et sortent tout ce désespoir et cette violence qu'ils gardent en eux.
Et quand l'été arrive, alors que tous les enfants se réjouissent des grandes vacances, Jimmy les appréhendent presque. Encore plus livré à lui même que d'habitude, il ère dans les rues de sa petite ville, seul. D'autant plus que Kévin, son petit frère est parti avec la grand-mère.


Heureusement, il y a quelques figures bienveillantes dans la vie du garçon, comme son instituteur ou sa grand-mère, chez qui il aimerait bien retourner vivre d'ailleurs.

Philippe Claudel signe là un beau film social même s'il n'a rien inventé (bien évidemment l'anglais Ken Loach a tracé un tel sillon dans ce domaine qu'il est difficile de faire mieux). De manière plutôt subtile, sans forcir le trait, il filme sans parti pris cette famille à la dérive en montrant le décalage d'une classe sociale avec le reste de la société.


De plus, Une enfance est un film très lumineux, avec de beaux plans sur la nature, la ville, les gens. Malgré un sujet triste et difficile, le film est aussi porteur d'espoir, grâce à des présences bienveillantes, et toujours, cette lumière. La narration du film est particulière, il s'agit d'une succession de scènes du quotidien de Jimmy, une sorte de chronique de la vie non ordinaire d'un garçon de 12 ans. Ce film  m'a fait pensé aussi à Billy Eliott...
Enfin, j'ai été bluffée par les performances d'acteur des deux enfants qui jouent admirablement bien. 

mardi 25 août 2015

"Temps Glaciaires", un polar à forte dimension historique avec une petite touche de surréalisme

Si vous avez déjà lu des romans de Fred Vargas, vous connaissez son goût pour les histoires alambiquées, qui, de prime abord peuvent sembler absurdes mais débouchent généralement sur une enquête bien compliquée. Ainsi, j'avais été marquée il a plusieurs années par son roman Un peu plus loin sur la droite qui commence par une simple crotte de chien ! Pour la dixième fois ici, nous retrouvons le commissaire Adamsberg et son lieutenant Danglard ainsi que les autres membres de la brigade parisienne.

Ici, c'est une vielle dame, qui, en allant poster une lettre à la Poste, fait un malaise avant de parvenir à la boite aux lettres. Elle n'y survivra pas, mais une jeune femme venue la secourir se chargera alors de poster le courrier. Lorsque la destinataire de la lettre mystère meurt soudainement, les policiers s'interrogent sur le contenu de ce courrier et la personnalité des deux victimes, que pourtant tout semble opposer. D'autant plus qu'un signe mystérieux a été dessiné à coté du corps de la victime. Ce qui pousse la police locale à contacter le commissaire Adamsberg et le commandant Danglard, réputés pour leur capacité à résoudre des affaires bien compliquées. 

Avec Temps Glaciaires, Fred Vargas nous dévoile des secrets de famille, nous entraîne sur la piste d'un drame islandais et nous emmène sur les traces de Robespierre et de la Révolution Française. Des pistes aussi éclectiques que passionnantes puisque toutes ces recherches sont alimentées par des faits véridiques.


J'avoue avoir été un peu perdue et avoir failli décrocher lorsque l'enquête se concentre sur un groupe de passionnés de Robespierre, qui se prennent littéralement pour les personnages de l'époque, au point de nous plonger complètement dans les mystères de la Révolution Française. Mais c'est sans doute le but de l'auteur. Nous perdre pour mieux nous retrouver ensuite. En parallèle, elle nous emmène dans l'Islande, terre de légende, où il s'est déroulé un drame il y a quelques années de cela.
Ainsi, Temps Glaciaires fait aussi bien référence à la froideur de Robespierre qu'au climat de l'Islande !

Ce qui fait la force de ce roman, c'est cette écriture pleine de poésie et d'humour, un peu décalée, propre à Fred Vargas. Par exemple, quand le commissaire cherche la résolution d'une énigme, il dit que "ça le gratte", en référence à son voisin Lucio qui a perdu un bras alors qu'il n'avait pas finit de se gratter. Résoudre son enquête c'est pour lui parvenir à démêler une"pelote d'algues", etc.

De plus, l'auteur porte sur ses personnages un regard plein d'empathie et de bienveillance. On y rencontre par exemple Céleste, forte tête pleine de douceur qui a pour animal de compagnie un sanglier protecteur nommé Marc, la lieutenant Retancourt, femme à la forte carapace mais au coeur tendre, Amédée, un être blessé dès sa plus tendre enfance, etc.

L'auteur sème aussi dans son roman une petite touche de surréalisme et de fantastique, que ce soit dans les légendes d'Islande ou les secrets de la Révolution Française. Elle aime brouiller les pistes avec des cheminements d'abord improbables, qui finissent pourtant par se recouper.
Bref, malgré la parenthèse "robespierriste" un peu longue à mon goût, Temps Glaciaires reste un très bon roman, original et bien écrit !

Temps Glaciaires / Fred Vargas . - Flammarion, 2015

mardi 28 juillet 2015

"Ma mémoire assassine" : excellent polar psychologique coréen

Ma mémoire assassine est un roman coréen dans lequel l'auteur, Kim Young-ha raconte l'histoire bien particulière de ce que l'on peut qualifier un anti-héros.
En effet, le narrateur et personnage principal de ce livre est un ancien vétérinaire âgé de 70 ans qui aimerait bien passer sa retraite tranquillement en suivant des cours de poésie. Petit détail aussi, c'est un ancien tueur à gage qui a commis un certain nombre d'atrocités par le passé, il y a plus de vingt-cinq ans. Mais voilà que la maladie d’Alzheimer s'invite dans sa retraite paisible et que son esprit devient de plus en plus brouillé. Afin de parvenir à garder la tête froide et de garder certains repères, il écrit chaque jour ses pensées et le défilement de sa journée dans un journal.


Il ne sait plus si le chien qui rôde chez lui est le sien ou non. Il oublie de plus en plus de choses. Il voit sa fille adoptive s'éloigner de lui et s'amouracher d'un homme étrange. Dans un contexte ou des meurtres en série sont commis dans la région, cet homme lui semble de plus en plus suspect et dangereux. Pour protéger sa fille adorée, il va devoir reprendre du service, avant qu'il ne soit trop tard, qu'il ne se rappelle plus des dangers qui la menace elle et d'autres femmes, et pire, qu'il ne se rappelle plus qui il est.

C'est le récit d'un homme prisonnier du temps, coincé dans le présent, où le passé devient de plus en plus flou et l'avenir inexistant. Va t'il réussir la dernière mission qu'il s'est donné?

L'écriture est à la fois incisive et métaphorique et le ton emprunt de beaucoup d'humour noir. Les phrases et les paragraphes sont très courts, quelques fois désorganisés, afin de refléter au mieux les pensées de ce cerveau malade, ce qui donne au roman un rythme soutenu. Ce petit livre de 150 pages se lit donc très facilement. 
Et surtout, le suspens est de plus en plus présent dans les derniers chapitres. L'auteur maîtrise tous les codes du polar psychologique et parvint très bien à brouiller les cartes pour le lecteur. Le moins qu'on puisse dire, c'est que le dénouement est des plus surprenants ! Une fois terminé, j'avais envie de relire ce livre afin de voir les détails qui m'ont échappé et d'avoir un nouveau regard sur l'histoire.
Bref, c'est un roman très original par son "héros", son sujet et sa forme !


Quelques citations : 

" Soixante-dix ans de vie. Quand je regarde en arrière, j'ai l'impression de me tenir debout devant la gueule grande ouverte d'une grotte obscure. Et quand je pense à ma mort prochaine, je ne ressens pas grand chose. Mais dès que je ressase mon passé, mon coeur s'assombrit. Comme s'il n'était plus qu'un désert où rien ne pousse, où ne subsiste pas une goutte d'eau." p. 34

" Vivre avec la maladie d'Alzheimer, c'est comme être un voyageur qui arrive perpétuellement un jour trop tôt à l'aéroport parce ce qu'il s'est trompé de date"

"Les gens veulent comprendre ce qu'est le mal. C'est un souhait vain car le mal est comme un arc-en-ciel , plus on s'en approche pour le saisir, plus il se dérobe" p. 117


samedi 25 juillet 2015

"The Americans" : Bienvenue dans le monde des agents dormants pendant la Guerre Froide

Nous voici à nouveau plongés dans les années 80, les changements de décors et d'époque inspirant décidemment les scénaristes de séries. The Americans est une série sur des américains comme son nom l'indique, mais des américains peu ordinaires. En pleine Guerre Froide, au début des années 1980, Phillip et Elizabeth Jennings semblent vivre une vie parfaite dans une banlieue chic de Washington, avec leur deux enfants. Mais tous deux sont en fait deux russes "infiltrés", des "agents dormants" du KGB envoyés il y a plus de 15 ans aux Etats-Unis afin d'espionner les américains et de rendre des comptes à Moscou.


Fondus dans la masse, parfaitement intégrés, sous couverture d'une profession d'agent de tourisme, ils sont des espions professionnels la journée, prêts à tout pour accomplir la mission qui leur a été confiée, tuant presque sans scrupules qui se trouvera sur leur route. Mais le soir, en rentrant au domicile familial, ils reprennent leurs rôles de parents aimants et d'américains moyens.

La famille Jennings au complet

Grâce à quelques flaschback on en apprend plus sur le passé du couple, leur rencontre et mariage arrangé, leur arrivée aux Etats-Unis, leur mission, etc. On est sidéré par ce qu'ils sont capables d'endurer pour satisfaire les demandes du Kremlin et accomplir les ordres. Toute sensibilité est mise de coté, de même que toute espèce de scrupule ou de remord. C'est très déstabilisant. Même au sein de ce faux couple, le doute subsiste et le travail, la mission confiée, la loyauté envers la mère-patrie passe avant tout. Cependant, plus on avance dans la série, plus les missions qui leurs sont confiées se compliquent et la carapace qu'ils se sont créées se fissure très légèrement.
D'une relation formatée, purement professionnelle, peut-il découler une véritable relation amoureuse? La relation complexe entre les deux personnages est au cœur de cette série. C'est presque une intrigue dans l'intrigue principale.

Trailer saison 1

Lorsque les deux équipiers découvrent que leur nouveau voisin fort sympathique est en fait un agent du FBI qui a justement pour mission de traquer les espions du KGB, ils doivent redoubler de vigilance. Le FBI a justement décidé de redoubler d'efforts pour arrêter les agents dormants russes. Et Phillip et Elizabeth sentent l'étau se resserrer de plus en plus autour d'eux. Parviendront t'ils à passer entre les mailles du filet? A qui peuvent t'ils faire réellement confiance? 

Elizabeth et Phillip avec leur agent de liaison

Au fur et à mesure des épisodes, on en apprend davantage sur la belle Elizabeth, le mystérieux Phillip, le voisin et agent du FBI Stan Beeman, son indic' russe et maîtresse l'énigmatique Nina, etc.
Agents secrets, agents doubles, agents triples, attention, il faut suivre, mais la série reste captivante de part la complexité des personnages. En effet, au vue des différentes situations, leurs sentiments évoluent beaucoup. Rien n'est jamais gravé dans le marbre.

l'agent du FBI Stan Beeman

Nina, l'employée du KGB

De plus, le scénario est vraiment bien construit, cohérent, intriguant, avec son lot de rebondissements. A plusieurs reprises, on est surpris du dénouement de telle ou telle situation car, lorsque l'on pense avoir saisi enfin la clé d'un mystère : suspens, rebondissement, on repart pour une nouvelle intrigue !
La série interroge également sur les différents idéaux politiques. Qui est du bon coté, qui est du mauvais? Y-a-t'il vraiment un idéal meilleur que l'autre? Jusqu'où peut-on aller pour servir une cause à laquelle on croit?

Juste un petit bémol à mon avis: on peut reprocher le coté quelque peu trop "glamour" des personnages, avec notamment des héroïnes légèrement trop sexy pour être vraies.
Mais The Americans reste une très bonne série qui a le mérite, pour une série américaine, de faire passer ceux qu'on qualifierait habituellement de "méchants" pour les héros et le FBI, si souvent adulé dans le cinéma américain, pour l'ennemi.

Pour la petite anecdote, le scénario a été écrit par un ancien agent de la CIA, Joe Weisberg, qui a puisé dans sa propre expérience pour décrire au mieux le milieu de l'espionnage américain.(à lire, l'interview du scénariste dans Télérama) Et c'est probablement la clé du succès de cette bonne série !
Personnellement je trouve la saison 2 encore plus captivante que la première. Que nous réserve la troisième ?

The Americans / série américaine réalisée par Joe Weisberg, avec Keri Russel, Matthew Rhys, Noah Emmerich, etc. Saison 1 et 2. 2013-2014. Saison 3, 2015.

mercredi 10 juin 2015

Plongez dans les années 80 et suivez la réalisation du premier PC dans "Halt and catch Fire" !

"Halt and catch Fire" fait référence à une instruction en informatique qui ferait surchauffer les composants jusqu'à ce qu'ils prennent feu. Le titre est donc plutôt bien trouvé pour cette série qui se déroule au début des années 1980, au Texas, et dépeint les prémices de la révolution informatique et du développement des premiers ordinateurs personnels, les fameux PC.


L'histoire : Joe MacMillan est un ancien employé d' IBM qui arrive chez Cardiff Electric, une petite entreprise d'électronique, bien décidé à concurrencer son ex-employeur sur le marché des ordinateurs en proposant un nouveau modèle de PC. Ambitieux et déterminé, il convainc le directeur de lancer une nouveau projet qui révolutionnera le domaine informatique. Pour cela, il s'associe à un ingénieur, Gordon Clarck et recrute une jeune geekette tête brûlée, Cameron, pour construire l'OS.

Bande-annonce de la saison 1 :



L'histoire tourne évidement beaucoup autour de la construction de ce nouvel ordinateur et les connaisseurs apprécieront la précision des termes techniques employés et le sens du détail qui est apporté au scénario. Oui, vous entendrez beaucoup parler d'OS, de processeur, de software, de hardware et j'en passe. Mais n'ayez pas peur si vous êtes des novices comme moi, car, bien que les premiers épisodes semblent un peu longs, on finit par être absorbé par l'intrigue. Au delà des enjeux informatiques, l'intérêt de la série tient beaucoup aux relations entre les personnages et, notamment, à la complexité du personnage central, Joe, interprété avec beaucoup de justesse par Lee Pace (Le Hobbit, Lincoln...). En effet, ce dernier est un personnage ambigu et mystérieux, à la fois bellâtre carriériste, égocentrique et manipulateur et visionnaire prodige. Mais qui est réellement Joe ? Pourquoi est-il parti d' IBM ? Pourquoi est-il si renfermé ?

Joe

Quant à Gordon, il a déjà donné beaucoup d'énergie il y a quelques années pour développer un ordinateur, sans le succès escompté. Alors qu'il mène désormais une vie bien rangée, il voit tout son quotidien bouleversé lorsque Joe lui demande de relancer un projet révolutionnaire. Cela va lui demander beaucoup de temps et d'énergie au risque de fragiliser sa santé et sa vie de famille. Heureusement qu'il peut compter sur sa formidable épouse Donna.

Gordon, Cameron et Joe

Cette série est très instructive même pour les novices en informatique comme moi. Elle nous plonge dans l'histoire de la Silicon Prairie, au Texas, le bassin d'innovation qui précéda la Silicon Valley en Californie. Y est dépeint avec brio ce qu'a dû être l'invention du premier P.C., à travers fonctionnement de cette société fictive, "Cardiff Electric". On oublie souvent les heures de travail, de recherches et d'études sur un marché très concurrentiel qui furent nécessaires à la création d'un ordinateur. Alors oui, on sourit devant leurs supers machines modernes pour l'époque et qui ressemblent à un vieux minitel old school faisant des bruits bizarres. Mais on prend conscience aussi que toutes les évolutions technologiques de ces dernières années sont le fruit d'années de travail pour des ingénieurs, des chercheurs/ses et des informaticien-ne-s. Et que les prémices de ces bouleversements informatiques datent tout juste d'il y a vingt ans !

Cameron en train de travailler

Les femmes sont également à l'honneur dans cette série : que ce soit la très douée Cameron, garçon manqué, geek asociale et génie de l'informatique ou la femme de Gordon, Donna, brillante informaticienne qui a mis sa carrière entre parenthèse pour pouvoir élever leurs enfants mais qui sort progressivement de l'ombre. Non seulement elle est canon, discrète, super cool mais en plus elle est super douée.
Bref, les filles dans cette série sont des pros et ont un rôle déterminant dans cette révolution informatique. Mais difficile de se faire une place dans un monde d'hommes!

Donna et Gordon Clark

Halt and catch fire est une série à  l'ambiance très policée. On est entièrement plongé dans les années 80, un grand soin a été apporté aux décors et aux détails pour créer un univers un peu vintage. S'ajoute à cela une bande son sympa des années 80 avec des morceaux de The Clasch, XTC, The Ruts, Elton Johns, Big Boys, ... ce qui contribue beaucoup à l'ambiance grunge de la série !

Bien que l'intrigue soit assez simple finalement, chaque épisode est plein de rebondissements et nous maintient en haleine (vont-ils enfin réussir à sortir ce fameux ordinateur?), et ce, qu'on soit familier ou non du le milieu de l'informatique.
Par moment, la série me fait penser à Mad Men, de part l'ambiance générale qui s'en dégage, la description de la vie d'entreprise et l’ambiguïté du personnage central. Mais un Mad Men version eighties, geek et grunge ! On peut aussi songer à Master of Sex pour le coté sombre et la personnalité complexe du personnage central, égocentrique et manipulateur.


Bref, Halt and catch Fire c'est de superbes acteurs jouant des personnages ambigus, un sujet intéressant, une ambiance so eighties, des bonnes musiques...
La suite bientôt dans la saison 2 !

Halt and catch fire, saison 1. Série américaine réalisée par Christopher Cantwell et Christopher C. Rogers (2014) avec Lee Pace, Scoot McNairy, Mackenzie Davis ... 10 épisodes de 42 minutes.


Note de janvier 2016 (attention possible spoil pour ceux qui n'ont pas vu la saison 1 ! ) :

Dans la saison 2, les femmes prennent le pouvoir ! Cameron et Donna ont créé Mutiny, leur boite de création de jeux en ligne basé sur la participation de chacun.

L'équipe de Mutiny

Une bande de jeunes geeks inventent et créent des jeux vidéos tout en essayant de proposer de nouveaux concepts. Mais pour se faire connaitre et garder la tête hors de l'eau, les deux jeunes femmes vont devoir se battre, trouver des partenaires notamment pour obtenir un réseau.

Cameron et Donna

Gordon, quant à lui, a touché une grosse enveloppe suite à son licenciement de Cardiff Electric et cherche une idée lumineuse dans son garage. En attendant, il s'occupe de ses filles mais le couple qu'il forme avec Donna semble battre de l'aile.

Gordon

Enfin, Joe est toujours aussi déterminé, arriviste et lunatique. Il est à la recherche de l'idée lumineuse qui le fera devenir le héros de l'informatique. Il se fait embaucher par l'entreprise pétrolière de son nouveau beau-père après s'être fait grillé dans le milieu de l'informatique. Toujours plein d'idées, dégourdi et manipulateur, va t-il réussir à sortir du lot? Que va t'il se passer lorsqu'il va revoir son ex copine Cameron?

Joe

Cette saison 2 est tout aussi autant réussie que la première, voir plus. L'ambiance eighties est toujours aussi bien retranscrite, les précurseurs de l'informatique, héros de cette série, sont des sortes de punks anarchistes très cool qui veulent oeuvrer pour la communauté.
A l'heure où émerge un certain concurrent japonais nommé Nintendo ainsi que diverses entreprises américaines dans le domaine des logiciels ou des moniteurs, à l'heure où l'appel de la Californie comme berceau des innovations se fait de plus en plus sentir, nos geeks préférés doivent se battre sur plusieurs fronts pour faire émerger leurs idées ! Et tout doucement, en toile de fond, née l'idée de'un grand réseau et les prémices d'Internet.

Au gré des épisodes, cette saison s'attarde davantage sur les relations entre les personnages, notamment les relations de couples entre Gordon et Donna. Au centre également, le caractère déterminé et impulsif de Cameron et surtout la personnalité ambigüe de Joe, l'éternel électron libre qui semble incontrôlable.

Joe

Grâce à son coté rétro, son ambiance cool et punk, des personnages ambigüs mais attachants et une aventure informatique qui parvint à captiver même les novices, cette série reste absolument passionnante, qu'on soit geeks ou non !

Par contre, c'est déjà fini ! J'ai été déçue d'apprendre que cette saison 2 était la dernière, déjà...

Halt and Catch Fire, saison 2 Série américaine réalisée par Christopher Cantwell et Christopher C. Rogers (2015) avec Lee Pace, Scoot McNairy, Mackenzie Davis. 10 épisodes.

dimanche 7 juin 2015

Ibeyi, un duo à part, entre soul, pop et musique du monde

Article mis à jour le 06/10/2017.
>>Voir plus bas mon avis sur le nouvel album (et le nouveau concert)

Billet de juin 2015

Cela fait longtemps que je n'ai plus parlé de musique sur ce blog. Déjà, parce que j'en écoute moins qu'avant mais aussi, et surtout, parce que j'ai beaucoup plus de mal à dire pourquoi j'aime bien un groupe ou une musique contrairement à un film ou un livre où les mots me viennent beaucoup plus facilement.
Je vais essayer de remédier à cela en vous parlant aujourd'hui d'un duo musical que je connaissais déjà un peu mais que j'ai pu vraiment découvrir et apprécier en concert.
Il s'agit d'Ibeyi, un duo formé par deux jumelles franco-cubaines âgées d'à peine vingt ans, Lisa et Naomie. Nées d'un papa cubain et d'une maman vénézuélienne, elles ont baigné dès leur plus jeune âge dans la musique (leur papa était un percussionniste renommé qui a joué notamment dans le Buenos Vista Social Club) et leurs influences musicales sont variées, allant de la soul, au jazz, en passant par le hip-hop et la musique traditionnelle Yoruba.


En effet, les jumelles affirment haut et fort leur héritage Yoruba, cette langue et culture provenant des anciens esclaves du Nigéria et du Bénin envoyés à Cuba.
Elles expliquent cet héritage en début de concert en précisant que le mot I-Bey-I signifie "jumeaux" en yoruba. Elles allument ensuite deux petites bougies en hommage sans doute à leur père et leur grande soeur récemment disparus. Leur père qui leur a transmis tout un héritage musical puisque l'instrument privilégié de Naomie est le cajon, une percussion sud-américaine en forme de boite perçée. 
Après cette introduction touchante, elles entament directement un chant à capella et on est d'emblée scotché par leurs voix chaudes et puissantes. Leur musique oscille entre soul, musique du monde et pop.
S'en suit une heure de concert où l'on ne s'ennuie pas un seul instant.

mama says

Les deux jeunes femmes chantent la plupart du temps d'une même voix, souvent à cappella pour commencer, puis se rajoutent les instruments, piano (joué par Lisa) puis percussions (jouées par Naomie).

chant yoruba a cappella :


Pour résumer, Ibeyi c'est un duo entre tradition et modernité, qui revendique un fort héritage familial et culturel avec les chants yoruba mais n'hésite pas à exploiter des sons plus modernes, à la fois pop, électro et hip hop.

Ghost :

Ibeyi c'est aussi un duo entre grâce et puissance, grâce par la simplicité et gentillesse qui émanent des deux jeunes femmes, puissance par la force de leur voix et des chants à cappella à vous donner des frissons, même par un temps caniculaire. Âgées d'à peine vingt ans, elle ont une maturité et une maîtrise de la scène assez bluffante.

Enfin, Ibeyi c'est un duo en toute sobriété, puisque les deux soeurs font tout elles mêmes : les chants, les percus, le lancement des sons... Et ça fait plaisir de voir un groupe jouer de manière sobre, sans artifice, avec le sourire et une joie de vivre vraiment communicative. En effet, Lisa et Naomie sont adorables, toutes souriantes, contente d'être là et de partager leur musique avec le public. Un enthousiasme et une énergie communicative.

River (live)

L'écoute du disque et différente, plus posée, plus musicale contrairement au concert où les voix ressortent davantage. Mais dans les deux cas, j'adore.



Ibeyi / Ibeyi, 2014
http://www.ibeyi.fr/


Concert du 5 octobre 2017


Revoir Ibeyi sur scène deux ans après et toujours autant apprécier cet attachant duo, c'est prometteur !
Âgées seulement de 22 ans, les jumelles reviennent présenter leur second album intitulé Ash (cendres). Un nouvel album où se font toujours sentir de multiples influences, allant de la musique africaine et latine à l'électro et à la pop. Un joyeux mélange métissé pour un résultat tout aussi riche et foisonnant que le premier album.
La couverture de l'album Ash  a été réalisée par l’artiste JR.


Deathless est un des morceaux phares de ce nouvel album. Une musique assez joyeuse qui raconte en fait une altercation raciste dont a été victime Lisa quand elle avait 16 ans, à Paris.
Chaque morceau est un témoignage sur le monde actuel : le racisme, la féminité, etc. Les deux soeurs chantent souvent en anglais, mais aussi en espagnol et en Yoruba ce qui contribue à l'esprit métissé de ce bel album.

I wanna be like you est un morceau écrit par Lisa pour dire son admiration pour sa soeur Naomi.



L'album est à découvrir sur Deezer.



Sur scène, c'est toujours un plaisir de voir ces deux soeurs si complices et pleines de joie de vivre, d'une simplicité attachante. Vêtues de leurs combis rouges, elles dégagent plein de bonnes vibes et une énergie communicative. Leurs chants a cappella sont toujours aussi magnifiques : leurs voix chaudes nous envoûtent littéralement et on est comme fascinés par leur présence sur scène ! De plus, Naomi excelle en percussionniste ! Elles utilisent également la technique du looper, comme le fait Jain, pour faire des "boucles". Une musique réfléchie, bien construite, envoûtante, dès fois mélancolique d'autres fois festive.

Le concert fut vraiment agréable, mais 1h15 de live, ça passe super vite quand on est dans de bonnes dispositions !