mercredi 27 juillet 2016

"L'aigle et l'enfant" : belle fable naturaliste

Il y a quelques temps je suis allée voir L'aigle et l'enfant, un film pour lequel j'avais gagné des places grâce à la LPO. Entre fiction familiale et documentaire animalier, c'est une fable naturaliste aux superbes paysages, un film plutôt apaisant.


L'histoire : Lukas est un enfant d'une dizaine d'années qui vit avec son père taciturne dans les montagnes autrichiennes. Renfermé sur lui même depuis la mort de sa mère, il ne parle pas, n'a pas d'ami et ne se sent bien qu'au contact de la nature. Un jour, il trouve un jeune aigle tombé du nid. Il décide de s'en occuper, de l'abriter, de le nourrir, de lui apprendre à voler... Tout ça, en cachette de son père qui n'affectionne pas particulièrement les animaux qu'il préfère chasser, mais sous le regard bienveillant du forestier du coin, interprété par Jean Reno. C'est d'ailleurs ce garde forestier qui est le narrateur de l'histoire.

Bande-annonce :


Le film s'ouvre sur un oeuf qui se fendille et un oisillon qui en sort. Dès lors, on suit le périple de cet aiglion et sa lutte pour survivre. Né en deuxième dans la couvée, il  va être délaissé par son frère et sa mère avant de se retrouver livré à lui même. Jusqu'à ce que le jeune garçon lui vienne en aide.


Les images sont grandioses : grâce à des techniques de tournages incroyables, on suit l'aigle lorsqu'il apprend à voler au dessus des montagnes, lorsqu'il chasse ses premières proies, etc.



Outre les superbes vues sur les Alpes, on est plongé dans la dure vie de ces animaux sauvages qui doivent lutter au quotidien pour leur survie. La juxtaposition d'images dignes d'un documentaire de la BBC nous place en témoin privilégié de cette nature si belle et si sauvage.



La manière de filmer l'aigle et les animaux en général est vraiment impressionnante (certaines scènes où l'aigle chasse et tombe en piqué semblent tout simplement incroyables !) et je me suis demandée comment ces scènes avaient pu être tournées ! La collaboration avec le réalisateur de films animaliers Otmar Penker y est sans doute pour quelque chose. Ce photographe animalier a en effet juxtaposé des scènes de vie des aigles qu'il a filmé ces dernières années pour en faire une histoire continue ici dans ce film. Le résultat est tout simplement bluffant !




Par contre, les personnages sont caricaturaux et jeu des acteurs est plutôt médiocre : le rôle du père bourru voir effrayant par moment est très mal joué. Jean Reno est bon conteur mais manque d'expression. Heureusement, ils ont une place secondaire dans le film. Le jeune acteur Manuel Camacho s'en sort lui plutôt bien. Il est maintenant un habitué des films animaliers puisqu'il avait déjà joué dans un film réalisé par le même réalisateur intitulé L'Enfant-loup.

Pour conclure je dirai que malgré un scénario un peu simpliste et un jeu d'acteur limité, on se laisse embarquer dans ce conte plein de tendresse et de poésie qui sublime la nature et on apprend plein de choses sur le mode de vie de ce rapace des alpages qu'est l'aigle royal.

L'aigle et l'enfant / film autrichien - espagnol de Gerardo Olivares et Otma Penker, avec Jean Reno, Tobias Moretti, Manuel Camacho. Sortie le 6 juillet 2016.

vendredi 22 juillet 2016

"Irréprochable" : beau drame psychologique

Premier long métrage de l'écrivain et scénariste Sébastien Marnier, Irréprochable est un drame psychologique aux airs de thriller et le portrait d'une femme instable psychologiquement, très justement interprétée par Marina Foïs.



L'histoire : Constance, la quarantaine, vient de perdre son travail dans l'immobilier à Paris. Elle se retrouve au chômage, sans logement et sans revenu. Elle décide alors de revenir dans sa petite ville d'origine en Charentes-Maritimes, et de vivre dans la maison de sa mère qui est hospitalisée en attendant de retrouver du travail. Dans le train qui l'emmène en province, elle rencontre un homme d'affaire mystérieux, interprété par Benjamin Biolay. Elle va alors entretenir une relation sexuelle décomplexée avec cet homme dont elle tombe progressivement amoureuse.


Déterminée à récupérer son ancien poste dans l'agence immobilière de cette petite ville où elle travaillait il y a quelques années, elle ne se laisse pas abattre lorsqu'elle apprend que c'est une jeune femme d'une vingtaine d'années qui obtient le poste. Elle devient vite obsédée par cette fille jeune et jolie, Audrey et semble partagée entre jalousie, envie et rivalité. Prête à tout pour récupérer sa place, elle se met à jouer un jeu de plus en plus dangereux.


En parallèle, elle se rapproche aussi de son ex petit-ami qui a refait sa vie mais semble toujours troublé par cette ex un peu bizarre.

Bande-annonce :


Au fur et à mesure qu'on avance dans le film, des aspects du passé de Constance refont surface et nous éclairent davantage sur sa personnalité ambiguë. Au début, on pense que c'est une femme en proie aux difficultés sociales (au chômage, victime de licenciement, de harcèlement...), puis on découvre progressivement que sous son front buté et son regard clair, se cache une personne instable victime de ses propres obsessions.


C'est en effet une mythomane, obsédée, obsessive, manipulatrice, froide et inquiétante. Mais c'est aussi une femme fragile en quête perpétuelle de reconnaissance et d'affection. Elle a un besoin constant (sans mauvais jeu de mot) de se défouler en faisant du sport ou de se calmer en se couchant sur le carrelage froid. Comme un moyen de modérer ses pulsions...
Une personnalité aux multiples facette qui font du personnage de Constance un rôle très riche pour Marina Foïs qui réussit superbement son interprétation, avec sobriété et justesse.


Si j'ai eu un peu du mal à rentrer dans l'histoire en trouvant quelques longueurs dans la première moitié du film, je me suis ensuite laisser captiver par la personnalité complexe de cette femme fêlée (c'est le cas de le dire), qui semble toujours sur le point de se briser mais qui, plutôt que de s'écrouler décide de s'imposer partout où elle va.
La manière de filmer les actrices, les surprises du scénario et la musique font monter la tension, et on s'attend à tout moment à une catastrophe.

Irréprochable / film français réalisé par Sébastien Marnier, avec Marina Foïs, Jérémie Elkaïm, Joséphine Jappy . - sortie 6 juillet 2016

vendredi 15 juillet 2016

"Un goût de cannelle et d'espoir" : un double récit captivant qui nous plonge dans l'Allemagne nazie et l'Amérique contemporaine

Un goût de cannelle et d'espoir est un roman passionnant, entre fresque historique et roman contemporain, c'est un livre sur la guerre, sur la liberté, sur la vie. Les chapitres s'alternent en proposant un double récit : on suit d'un coté les aventures d'Elsie, une adolescente allemande qui vit en Bavière pendant la Seconde Guerre Mondiale et, en parallèle, on est projeté en 2007-2008, où on suit le récit de Reba, jeune journaliste américaine qui ne sait plus trop où elle en est dans sa vie, hantée par des souvenirs du passé, elle a du mal à aller vers l'avant.


Elsie sort à peine de l'enfance lorsque la guerre éclate. Jusque là, elle a vécu de manière plutôt passive la montée du nazisme, ses parents patriotes étant fiers d'appartenir à la "grande nation allemande" mais elle a toutefois refusé de participer aux Jeunesses hitlériennes, contrairement à sa sœur aînée, préférant aider son père à la boulangerie. Les Schmidt tiennent en effet une des meilleures boulangerie-pâtisserie de la ville qui continue de fonctionner au début de la guerre grâce à un accord passé avec les SS. Elsie grandit dans cet environnement sans trop se poser de questions. Elle est même demandée en mariage par un officier nazi qu'elle connait à peine, elle qui n'a que 16 ans. Mais, un jour, elle est témoin de la barbarie nazie et rencontre un petit garçon juif en fuite. Elle va devoir alors faire un choix : lui venir en aide ou lui claquer la porte au nez... 

Hazel, sa grande soeur, lui écrit régulièrement depuis le Lebensborn où elle est allée avec son petit garçon après la mort de son petit ami de 19 ans, Petter. Ce centre de naissance est en fait un endroit où les femmes de type aryens sont "utilisées" pour procréer avec des officiers afin de donner naissance à de parfaits bébés aryens, et d'en faire futurs petits soldats nazis. Les bébés sont dès leur naissance éduqués dans la culture nazie et les mères privées de quasiment tout contact avec eux, le régime nazi considérant que la mère de chaque enfant est avant tout "la Patrie"...
Les extraits de correspondances entre Elsie et sa soeur Hazel décrivent effroyablement bien le contexte nazi dans lequel elles grandissent. D'ailleurs, toutes leurs lettres se terminent par "Heil Hitler". Mais, au fur-et-à mesure de leur correspondance, leur patriotisme va s'étioler face aux injustices.

C'est un récit sur des destins brisés par la guerre, des familles éclatées, des personnages tiraillés entre leurs sentiments personnels, leur devoir patriotique et leur devoir moral ... Parmi les personnages : un officier nazi torturé par sa mauvaise conscience, une jeune allemande courageuse pleine de bon sens, une vieille dame peu commode qui n'est pas celle qu'on pense, un petit garçon juif humble et courageux, un autre garçon de 7 ans complètement embrigadé par l'idéologie nazie, des bourreaux, des victimes et beaucoup de gens tiraillés entre les deux... Chaque personnage semble au début plutôt indifférent au régime nazi jusqu'à ce qu'un proche soit directement menacé, blessé ou tué par les nazis. 
En toile de fond c'est le récit d'événements historiques, l'évolution de la guerre vue du coté allemand, le rationnement, la faim, les camps de concentration, puis l'arrivée des américains, considérés comme des sauveurs par certains, comme des envahisseurs pour d'autres... Un peuple divisé, une nation fracturée et blessée à l'issue de la guerre.

En parallèle, coté américain, Reba vit à El Paso près de la frontière mexicaine et entretient une relation incertaine avec Riki, garde frontière américain d'origine mexicaine. Ce dernier est tiraillé entre sa conscience professionnelle et ses sentiments personnels envers les immigrés clandestins, emprunt de compassion. Là aussi se pose la question du devoir d'obéissance et de la conscience morale... C'est un parallèle intéressant entre les deux histoires. Cet aspect est également abordé dans des références au passé du père de Reba...
Dans le cadre de son travail, cette dernière va interviewer une boulangère d'origine allemande. C'est alors qu'elle fait la connaissance de Jane et de sa mère Elsie, deux personnes très attachantes avec qui elle va se lier d'amitié et apprendre à s'épanouir.

J'ai davantage été happée par l'histoire d'Elsie que par les déambulations de Reba qui ne sait plus où elle en est dans sa vie personnelle. Cette fresque historique se lit d'une traite. On est tenu en haleine par l'intrigue, des personnages attachants et par le lien qu'on devine entre ces deux histoires dès le début. Et toujours, en toile de fond, cette bonne odeur de pâtisserie qu'on devine! (à la fin de livre on peut d'ailleurs lire les bonnes recettes des pains et pâtisseries qui nous font saliver durant la lecture !)
De plus, l'alternance des chapitres et l'écriture rythmée en font un roman captivant. Cela faisait d'ailleurs longtemps que je n'avais pas été plongée par un roman à ce point.

La construction du livre (alternance de deux histoires) ainsi que sa thématique (les destins brisés par la Seconde Guerre mondiale) rappelle beaucoup le beau livre d'Antony Doers Toute la lumière que nous ne pouvons voir lu il y a quelques mois, que j'avais adoré, dévoré et que je recommande.

Un goût de cannelle et d'espoir / Sarah McCoy . - Les escales, 2014

Quelques citations :

Extrait d'une conversation entre Reba et Elsie :
"-Vous étiez une nazie?
- J'étais allemande.
- Et donc, vous souteniez les nazis?
- J'étais allemande, répéta Elsie. Etre nazi est un positionnement politique, pas une ethnie. Le fait que je sois allemande ne fait pas de moi une nazie." p. 84

Extrait d'une lettre de Hazel à Elsie :
"Je n'ai pas ressenti autant de bonheur depuis des mois. Julius avait l'air de bien se porter. Il a dit qu'il aimait beaucoup ses cours et qu'il sait claquer ses talons comme il faut. Il est vraiment doué pour ça et rit en entenant le frottement du cuir. Ensuite il lève le bras et crie "Heil Hitler !" Je n'en reviens pas del a vitesse à laquelle il devient un petit soldat" P. 112.

Extraits d'une lettre de Hazel à Elsie :
       "Les médecins se font du souci pour le garçon. Même si je sais qu'il n'est pas à moi, mais est un            enfant de la patrie, je ne peux m'empêcher de vouloir le protéger" p 127

        "Lauréate de la croix d'argent l'année dernière pour sa grande fertilité, elle est une des favorites         de beaucoup d'officiers SS admirés. Elle a donné naissance à sept enfants parfaits et elle les                appelle par un numéro plutôt que par leur nom." p 127

       "Comme vous le savez, l'objectif de l'association est de produire de bons Allemands pour notre             nation. Je suis venue ici pour faire mon devoir et honorer à la fois notre famille et la mémoire de         Peter, et j'ai la conviction que j'ai apporté ma contribution à la patrie. Il y a quelques mois, je             vous ai annoncé la naissance des jumeaux dans l'association. La fille est parfaite. Son frère en             revanche, est sans cesse malade et faible. Les dirigeants de l'association ont décidé que , malgré          nos efforts, il ne sera jamais de bonne qualité." p 159

Les pensées de Riki, USA, 2008 :
"Riki se souvint du visage sévère de la femme quelques semaines plus tôt, son petit garçon sur son tricycle : "au revoir!" Elle était aussi d'origine mexicaine. Peut-être qu'elle pensait comme lui, que les règles existaient pour de bonnes raisons, même si elles n'étaient pas évidentes. Mieux valait être de ce coté là de la barrière. Pourtant, quand les ambulanciers arrivèrent et pointèrent leurs lampes dans ses yeux, Riki ne put s'empêcher de penser qu'il devait y avoir une meilleure solution - souffrance inutile, pertes gratuites. Il devait trouver un moyen de rester fidèle à son pays sans trahir ses convictions personnelles." p 201

La mère d'Elsie :
     " N'oublie jamais ta place. Nous sommes des femmes, déclara-t-elle en fixant Elsie. Nous devons         nous montrer sages dans nos paroles et nos actions. Tu comprends?" p 218

"La lumière du jour était aussi pâle que l'infusion de pissenlit que préparait Mutti avec les bourgeons prématurés qu'elle aviat cueillis dans la matinée. Dans la nuit, un orage leur avait fait courber la tête, tels des écoliers punis. A présent, la brise, mordante et humide, charriait l'odeur des vers de terre qui se tortillaient sous les fraisiers en hibernation." p 235

"-Il y a encore des gens pour se rappeler que les lois de Dieu prévalent sur celles des hommes. Ces énergumènes ne nous entraîneront pas dans la voie de la destruction. J'ai appris très jeune que les morts ne peuvent sauver les vivants. Nous seuls pouvons le faire. Tant qu'il y a de la vie, il reste de l'espoir." p 244

Pensées d'Elsie : 
"Je prie pour son pardon et sa bénédiction. Il me manque et j'espère qu'il finira par comprendre que le monde a changé et l'Allemagne avec lui. Personne n'est mauvais ou bon par naissance, nationalité ou religion. !au fond de nous, nous sommes tous maîtres et esclaves, riches et pauvres, parfaits et imparfaits. Je sais que je le suis et lui aussi, il l'est. Nous tombons amoureux malgré nous. Nos coeurs trahissent nos esprits." p 360

Reba, Etats-Unis, 2008 :
"Elle avait appris que le passé était une mosaïque floue faite de bon et de mauvais. Il fallait admettre sa part dans les deux et s'en souvenir. Si on essayer d'oublier, de fuir ses peurs, ses regrets et ses fautes, ils finissaient par vous retrouver et vous consumer comme le loup de son père l'avait fait pour lui." p 400

lundi 4 juillet 2016

L'effet aquatique : un film drôle, frais et à moitié islandais !

L'effet aquatique est une petite comédie romantique franco-islandaise, réalisée par Solveig Anspach, la réalisatrice de Lulu femme nue. Cette dernière n'aura pu malheureusement assister à la sortie en salle de son film car elle est décédée d'un cancer en août 2015, juste après avoir terminé ce film. :-(
Quand je parle ici de comédie romantique, on oublie le style hollywoodien avec étalage de bons sentiments, larmes et réconciliations sur l'oreiller. Ici on est plus dans la comédie romantique douce-amère, délicate et sobre. Mais surtout, L'effet aquatique est un film décalé et drôle.

Bande-annonce:


L'histoire : Samir grand quadra naïf, timide et généreux tombe sous le charme d'une impétueuse jeune femme dans un bar. Lorsqu'il apprend que celle-ci est maître-nageuse à la piscine municipale, il décide de s'inscrire à des cours de natation bien qu'il sache déjà nager. Timide et mal dans sa peau, il se retrouve dans des situations qui frisent le ridicule pour séduire la belle Agathe.

Agathe et Samir

Mais lorsque cette dernière se rend compte de son mensonge, elle est furax. Et quand Samir apprend qu'elle est partie au congrès des maîtres-nageurs en Islande, où les islandais "adorent les petites françaises" dixit le collègue d'Agathe, il décide d'aller la retrouver dans le grand Nord.

Reboute, le responsable de la piscine, et Samir

La première partie du film se passe essentiellement à la piscine de Montreuil et c'est la partie la plus drôle. Les personnages sont certes caricaturaux mais tellement hilarants ! Une maitre-nageuse au franc-parler obsédée par tous "ces petits culs" autour d'elle, un maître-nageur trentenaire aux cheveux gras un peu simplet, un directeur de la piscine moustachu et ringard... Et Samir qui affiche toujours ce sourire béat... Tous ces personnages ont véritablement une "gueule", c'est leur attitude et leurs expressions qui font rire. (Et ceux qui me connaissent bien savent que je ne ris pas facilement au cinéma...)

Agathe

La seconde partie du film se déroule en Islande où a lieu le congrès international des maîtres nageurs. On découvre là-bas de nouveaux personnages. Cette partie est moins drôle mais plus romancée avec des rebondissements assez improbables et, surtout, plus romantique. Par ailleurs, on a de nombreuses vues de l'Islande et ce, pour mon plus grand plaisir. (J'ai ainsi revu plusieurs endroits que j'ai foulé de mes pieds il y a un peu moins d'un an) J'ai aussi souri en voyant les règles très strictes d'entrée dans les bains (véridique) ainsi que notre coté très pudique par rapport aux islandais ! (vécu également)


L'effet aquatique est un film dynamique, plein de surprises, porté par de talentueux acteurs. C'est une comédie drôle empreinte de nostalgie et d'une certaine gravité. On y retrouve aussi des métaphores, comme le fait de se jeter à l'eau par amour, (ici au sens figuré comme au sens propre), le parallèle entre apprendre à nager, se laisser porter par l'eau et apprendre à faire confiance, à se laisser porter par le cours de la vie...

Pour conclure, je dirai que c'est un film énergique, romantique, drôle et rafraîchissant : c'est ça l'effet aquatique !

Le film a été récompensé lors de la Quinzaine des réalisateurs du festival de Cannes en mai dernier

mardi 28 juin 2016

Introspection nocturne et innovation littéraire dans ces trois nouvelles écrites en miroir

Trois fois dès l'aube est le treizième roman de l'écrivain et homme de théâtre italien Alessandro Baricco.
Ce petit roman est constitué en fait de trois nouvelles où deux personnages d'âges à chaque fois différents, un homme et une femme, se rencontrent dans un contexte à chaque fois différent, mais toujours la nuit. Entre ces trois histoires, il y a un lien, comme un fil conducteur en arrière plan, un jeu de miroir déformant que l'on comprend seulement à la fin du livre...


Première histoire : Tard dans la nuit (ou tôt le matin, c'est selon) un homme croise une jolie jeune femme en robe de soirée dans le hall d'un hôtel. D'abord pressé de partir, celui-ci va finalement être retenu par cette mystérieuse femme impertinente qui lui pose beaucoup de questions sur lui même et qui l'intrigue...
La fin de cette première histoire m'a surprise car le dénouement est inattendu et on reste avec des questions sans réponses.

Deuxième histoire : Toujours dans le hall d'un hôtel, un concierge proche de la retraite remarque qu'une adolescente semble effrayée par son petit ami, plus âgé. S'en suit une conversation où il essaiera de la dissuader de rejoindre cet homme et où tous deux iront de confidence en confidence...

Troisième histoire : Une femme policière vient en aide à un garçon de treize ans ayant survécu à un incendie dans lequel ont péri ses parents.

J'ai beaucoup aimé la première nouvelle, y ai trouvé un écho et des réponses dans la deuxième nouvelle, mais ai été un peu déçue par la dernière histoire, avec l'impression de rester sur ma faim / fin.
Je ne vais pas en dire plus car il y a un lien entre ces trois histoires, ces personnages esseulés qui semblent "enfermés" dans leur vie. On remarque à la fin comme un effet de miroir entre les personnages de ces trois nouvelles à travers les âges et les lieux.

A chaque fois, l'histoire se termine le matin, à l'aube. Des histoires nocturnes donc, où des êtres énigmatiques que tout semble opposer se rapprochent et se confient durant la nuit. Puis arrive l'aube, ce moment où l'âme est à nu et où des vies peuvent changer avec la naissance d'une nouvelle journée...

Les dialogues sont incisifs, énergiques, comme un échange de balles ping-pong et s'insèrent de manière très fluide dans la narration globale. Le style littéraire est original mais la lecture de ce petit livre reste facile. En effet, ce roman se lit rapidement avec beaucoup de plaisir. 
A la fin du livre, j'ai eu envie de le relire pour que les détails du début qui semblent insignifiants lors d'une première lecture prennent toute leur place et trouvent un écho à l'issue de ces trois histoires. Comme un puzzle qu'on réaliserait après coup !
C'est un livre qui fait réfléchir, par les histoires qu'il raconte mais aussi par ce qui n'est pas dit mais qu'on devine, et aussi grâce à sa construction originale.


Citations :

"Vous avez un visage méchant.
Chouette!
Mais...
Je suis méchante.
Cela semble vous réjouir.
Oui, je m'en réjouis, j'aime bien être méchante, comme ça je me protège du monde, je n 'ai peur de rien. Qu'est-ce-qui vous gêne dans la méchanceté?
L'homme réfléchit un peu. Puis il dit qu'il faut faire attention quand on est jeune parce que la lumière dans laquelle on vit, jeune, est la lumière qui nous suivra toujours, et ce pour une raison qu'il n'avait jamais comprise[...]. p 65

"Elle regardait cette maison, devant elle, et pensait à la mystérieuse permanence des choses dans le tourbillon incessant de la vie. Elle pensait que chaque fois, en vivant avec elles, on finissait par laisser sur ces choses comme une légère couche de peinture, la couleur de certaines émotions destinées à s'estomper, sous le soleil, en souvenirs." p 120

samedi 18 juin 2016

"Jordskott" une nouvelle série nordique sous forme de thriller mystique

Encore une série nordique ! Décidément les réalisateurs scandinaves ont su s'immiscer avec succès dans la brèche des séries originales loin du "bling bling" américain, des images trop colorées, des scènes d'action incroyables et des intrigues prévisibles. Après les danois (Borgen, The Killing, Bron...), les norvégiens (Occupied), les islandais (Trapped, Meurtre au pied du volcan...) , c'est au tour des suédois de présenter une nouvelle série, diffusée récemment sur ARTE.  Jordskott est une sorte de thriller fantastique plutôt réussi.


On est plongé encore une fois dans la grisaille du grand Nord mais plus précisément ici dans une forêt mystérieuse. Ambiance poisseuse, mystique, inquiétante et frissons garantis.

Pour voir la bande annonce, c'est par ici :  http://www.allocine.fr/video/player_gen_cmedia=19562530&cserie=19051.html

L'histoire débute par la disparition d'un enfant. Les circonstances du drame rappelle à Eva, médiatrice de crise dans la police, la disparition brutale de sa propre fille, Joséphine, sept ans plus tôt. C'est d'autant plus troublant que la disparition a lieu dans la même forêt de Silverhöjd, où elle a vu sa fille pour la dernière fois! Le père d'Eva, avec qui elle semblait avoir coupé les ponts depuis des années, vient de mourir des suites d'une longue maladie. Il habitait justement près de cette fameuse forêt. C'est donc l'occasion pour Eva de se rendre sur les lieux au prétexte de l'enterrement de son père et de mener ainsi sa propre enquête. Elle apprend alors que le père du garçon disparu travaille dans la même entreprise que celle que dirigeait son père avant d'être malade. Coïncidence? Eva est déterminé à trouver le coupable et à trouver ce qui est arrivé à sa fille.

Eva

Une fois sur place, elle rencontre deux policiers chargés de l'enquête sur la disparition du garçon : Göran et Tom. Göran est un policier d'une cinquantaine d'années, calme et très professionnel, il n'en reste pas moins mystérieux. Il va rapidement prendre Eva sous son aile, allant jusqu'à l'engager en tant que conseillère sur cette affaire. Tom est plus réticent à voir Eva s’immiscer dans son enquête. Il craint en effet que le passé de la jeune femme et ses émotions n'altèrent son jugement et ses actes.

les deux policiers : Göran et Tom

Il y a pas mal de personnages dans cette série : un vieux fou retranché dans ses livres, une vielle femme sans- abri un peu "sorcière", une ado marginale, un tueur en série - mercenaire, une mère de famille dépassée par son grand fils attardé, une petite fille mutique, etc. Et en toile de fond, une grande entreprise qui entreprend la destruction de la forêt...
Tous ces personnages que l'ont croit secondaires dans les premiers épisodes prennent de plus en plus d'importance au fur et à mesure qu'on avance dans la série. On sent dès le début que tous ont un secret, et on se demande de quel coté ils sont, du bon ou du mauvais? Et au fur et à mesure, on se rend compte que tous sont plus ou moins liés par une intrigue bien étrange... Difficile d'en dire plus sans spoiler !

Esméralda, une mystérieuse jeune fille

Jordskott est une série bien rythmée, alternant larges plans contemplatifs (de très belles images de la forêt mystérieuse), dialogues et quelques scènes d'action mais, surtout, beaucoup de suspens. Il y a de nombreux rebondissements et on est vite captivé par le mystère qui entoure beaucoup de personnages.


Petit bémol toutefois : J'ai trouvé quelques scènes caricaturales ou improbables (par exemple : Eva qui ne semble pas vraiment dévastée suite à des révélations étonnantes concernant la disparition de son enfant) mais peut-être est-ce c'est parce-que dès fois on oublie qu'il s'agit d'une série fantastique ! 

Jordskott c'est d'abord un polar bien ficelé, avec juste quelques touches de fantastique qui lui donne un coté mystérieux. Cela en fait une sorte de conte moderne revisité (l'histoire me fait penser à un conte de Grimm), avec des références à la mythologie scandinave. Pour en savoir plus sur ces légendes nordiques faisant référence à des esprits, trolls et autres êtres étranges qui ont inspiré les réalisateurs, consultez cette page sur le site d'ARTE. (Cependant il est préférable de lire ces explications après avoir vu la série pour que le mystère reste entier.)


Enfin, Jordskott, c'est également une fable moderne sur les forces de la Nature qui se vengent du capitalisme, de la convoitise et de la bêtise humaine.
Une série étrange, intéressante et captivante.

Jordskott : la forêt des disparus / série suédoise réalisée par Henrik Björn et Anders Engström, avec Moa Gammel,Göran Ragnerstam,Richard Forsgren,Peter Andersson, etc. 10 épisodes de 60 minutes. Diffusée sur ARTE en mai - juin 2016.

mercredi 1 juin 2016

"Money Monster" : quand un show TV dégénère en télé-réalité extrême. Critique du libéralisme et de la télé spectacle signée Jodie Foster.

Jodie Foster (re)passe derrière la caméra pour réaliser Money Monster, un film urbain et très contemporain. Elle réalise ici son troisième long métrage mais contrairement à ses deux précédents films, elle ne joue pas dedans. Cependant, elle a engagé de sacrées stars pour tenir le haut de l'affiche : Georges Clooney et Julia Roberts, rien que ça !



L'histoire :

Lee est un célèbre présentateur de talk show : chaque jour il anime avec passion le "Money Monster", un show télévisuel de vulgarisation économique (très vulgaire d'ailleurs) où, à force de mises en scène super kitches, de gimmicks et paré de costumes ridicules, il analyse les cours de la bourse et fait des spéculations financières. Sûr de lui dans son rôle de guignol de la bourse, son arrogance en prend un coup le jour où il se fait prendre en otage en plein direct ! Le ravisseur, un jeune homme désemparé qui a tout perdu après avoir suivi les conseils de Lee concernant les actions d'une grande entreprise, est déterminé à obtenir des réponses sur ce fiasco financier.

Bande-annonce : 

D'abord effrayé et pris au dépourvu, le présentateur vedette tente de sauver sa peau en se dédouanant, affirmant qu'il n'a fait que suivre les résultats boursiers, que c'est la faute de l'entreprise en question qui a "perdu" les 800 millions de dollars. Puis, petit à petit, en vue de répondre aux attentes du preneur d'otage, Lee et son équipe vont tenter de comprendre ce qui s'est réellement passé pour que le cours de cette action s'effondre subitement... Il prend alors conscience que les tuyaux financiers qu'il déballe avec tant de légèreté et de second degré peuvent influencer la vie de ses téléspectateurs.


Ainsi, l'animateur, sa chargée de production (Julia Roberts) et sa fidèle équipe de tournage vont sortir de leurs rôles d'amuseurs publics pour mener une véritable enquête en lien avec la responsable des relations publiques de l'entreprise incriminée. Une quête de la vérité qui s'avère aussi être une quête d'audience puisque la caméra suit constamment son animateurs vedette et que cette prise d'otage façon "télé réalité" attire des millions de spectateurs dans le monde entier.


Le preneur d'otage, d'abord vu comme une terroriste ou un déséquilibré fait progressivement figure de lanceur d'alerte aux moyens extrêmes. Ensuite, rien ne se passe comme prévu ou comme on s'y attend, et les rôles vont même être amenés à être inversés ! Il y a un coté burlesque, très théâtral dans la réalisation de ce film, qui relate pourtant des événements dramatiques, inspirés de faits divers bien réels.


La scène d'ouverture du film nous  plonge d'emblée dans le lancement du talk-show avec une succession de scènes très rapides, kitches et, à mon sens, assez énervantes. J'avoue avoir été un peu sceptique par ce début de film assez laid et superficiel. Mais on peut rire de la mise en scène exubérante de ce show, même si c'est malheureusement très américain, dans l'air du temps et du coup très crédible ! Ce début de film grotesque et caricatural amorce la critique du "tout spectacle" devenue la mode ces dernières années à la télévision.


Money Monster est un film très urbain et moderne qui porte un regard cynique sur le monde de la finance, des grandes entreprises et le rôle de la télévision. C'est également une critique de la société du spectacle, où tout est déballé en public. Jusqu'à quel point la télévision peut-elle filmer en direct des situations critiques? Où est la limite entre journalisme et voyeurisme ?

Loin d'être un beau film et reprenant des ficelles déjà connues (la prise d'otage, l'enquête financière sous forme de thriller, le monde des médias...) Jodie Foster parvient tout de même à éviter les clichés grâce aux revirements de situations, à une touche de second degré tout au long du film et à la prestance des acteurs. Georges Clooney est parfaitement à l'aise dans le rôle du présentateur arrogant, prétentieux et puéril. D'ailleurs, son personnage évolue au cours de l'histoire... Julia Roberts interprète elle avec beaucoup de classe une chargée de production très professionnelle, déterminée à sortir son animateur vedette du pétrin dans lequel il se trouve.

Money Monster  est un thriller bien rythmé, une critique intéressante du libéralisme et de la société des écrans, avec un gros casting.. Pas indispensable, mais distrayant.

Le film était présenté hors compétition au festival de Cannes 2016.

Money Monster / film américain réalisé par Jody Foster, avec Georges Clooney, Julia Roberts, Jack O'Connell, etc. Sortie française le 12 mai 2016