jeudi 29 octobre 2015

Wahrol Underground

Voici, avec beaucoup de retard, un petit topo sur une exposition vue en début de mois au centre Pompidou de Metz : il s'agit de la rétrospective Andy Warhol Underground qui permet de (re)découvrir l'oeuvre méconnue du maître du Pop Art, en mettant en lumière l’influence de la scène musicale et de l’avant-garde chorégraphique new-yorkaises dans l’oeuvre de l'artiste. C'est également l’occasion de célébrer les cinquante ans de la rencontre de Warhol avec le groupe de rock new-yorkais The Velvet Underground, dont il fut le producteur.
On connait tous Andy Warhol pour sa série d’icônes de la célébrité comme celui de Marylin Monroe ou ses sérigraphies détournant des objets publicitaire.


Mais pour ma part, j’ignorais que Warhol s'était créé tout un univers appelé la Silver Factory. La "Fabrique", c'était un atelier immense où il créait à la chaîne ses oeuvres, exposait des photos, faisait des performances et servait aussi de scène au groupe de musique le Velvet Underground. Ca deviendra aussi un lieu à la mode fréquenté par de nombreuses stars. En témoigne tout une série de photos souvent décalées, dès fois ahurissantes, de stars de l'époque exposées dans la première salle. L'esprit de la Silver Factory est bien représenté ici, avec les murs tapissés de papier alu comme c'était le cas à l'époque, le célèbre canapé rouge, la diffusion de chansons du Velvet Underground... (cf  photo ci-dessous)


Un organigramme (photo ci-dessous) montre ce qu'était la Silver Factory avec ses nombreuses ramifications : une branche "Cinéma Underground", une branche "Musique" avec le Velvet Underground et la chanteuse Nico, une branche "Mode", une branche "Harvard" (là je ne sais pas à quoi ça correspond), une branche "Poésie", une branche "Théâtre"... Et dans chaque "branche", une floppée d'artistes travaillant avec Warhol. C'est donc toute une nébuleuse que chapeaute Andy Warhol !


On peut visionner ainsi des extraits de films underground sur des petites télés ou carrément dans une salle de cinéma installée pour l'occasion. Est-ce utile de préciser que ces films sont très contemplatifs voir bizarres ?
Par exemple, cet extrait de film où Warhol se filme le nombril. Ne craignant pas la critique, il affirmait lui même être attiré par la beauté et la célébrité d'où ce nombrilisme au sens propre comme au sens figuré.

Voici un extrait des explications concernant le cinéma underground recopié lors de ma visite :
"Underground à New-York désigne un ensemble de publications engagées, notamment contre la guerre du Vietnam avant de définir le cinéma indépendant porté par Jonas Mekas dans son "appel pour une nouvelle génération de cinéastes" en 1959. [...] Warhol se lance dans la réalisation, développe des rapports obliques à la peinture et traite des sujets interdits et des scènes de la vie moderne. Jusqu'en 1972, la fabrication et la diffusion de plus de 500 films transforment la Factory en un studio de cinéma permanent et participatif avec les superstars."
La Silver Factory, c'était donc un véritable studio de cinéma !

En poursuivant l'exposition, on arrive dans une salle où sont exposés quelques célèbres séries de portraits. Andy Warhol a en effet réalisé dans les années 60 toute une série de portraits de célébrités. Concernant la série consacrée à Liz Taylor, voici quelques explications données lors de cette exposition :
"Les stars qu'il (Andy Warhol) choisit de représenter ont toutes un rapport explicite ou implicite avec les thèmes de l'exploitation visuelle massive et de la mort. Liz Taylor, l'un des plus grands symboles du glamour hollywoodien est représentée par l'artiste alors qu'elle est gravement malade et que les médias guettent sa mort éventuelle. La sérialité des images est une réponse à la surreprésentation médiatique sordide qui accompagna ce moment charnière, entre gloire, beauté et chute supposée."

sérigraphie Ten Lizes. - encre sérigraphique et peinture à la bombe sur toile / Andy Warhol, 1963

Est exposée aussi quelques éléments de la série Electric Chair qu'il a débutée en 1963 alors que le débat sur la peine de mort battait son plein (désolée, on ne voit pas grand chose sur la photo ci-dessous). Cette oeuvre entre dans le corpus intitulé Death and Disaster, "qui reflète la juxtaposition d'images mortifères dans les médias de masse. L'image source est répétée, édulcorée, aux couleurs pop, conditionnée pour la consommation. La frivolité est ici moins un signe d'indifférence que le reflet pop détaché d'une réalité sociale." 

Electric Chair. - encre sérigraphique sur papier / Andy Warhol,1971

Andy Warhol en tant que grand amateur de musique pop et de producteur du Velvet Undergound fut sollicité par plusieurs groupes pour réaliser des pochettes de disques. On apprend qu'il a ainsi réalisé 46 pochettes de disques pendant sa carrière, aussi bien pour de l'opéra, que pour des joueurs de jazz et bien sûr, pour le Velvet Underground avec la célèbre banane.

 Velvet Underground / Andy Warhol

ou pour les Rolling Stones, la pochette avec le jeans :

Rolling Stones / Andy Warhol

En tant qu'ancien illustrateur publicitaire, Warhol reste fasciné par les représentations de la société de consommation. Il décide donc d'élever la culture de masse au rang d'art. En atteste plusieurs sérigraphies avec des objets de consommation.

Les boites de soupe Campbells :

L'exposition se poursuit avec une présentation toujours très pop, dynamique, colorée, très représentative de l'esprit Warhol comme le montre cette présentation de photos en noir et blanc sur une sérigraphie de vaches.


On peut voir aussi quelques auto-portraits de l'artiste :


Ensuite, j'apprend encore une autre facette du maître du Pop Art. Il avait lancé une revue culturelle novatrice intitulée Inter/View. Le principe était que des artistes interrogent d'autres artistes. Initialement consacré au cinéma underground, ce mensuel s'ouvre ensuite à la poésie puis à la mode et aux célébrités. La revue devient alors un outil permettant à Andy Warhol d'asseoir sa notoriété. 
Enfin, la dernière salle est consacrée à la musique avec diffusion de clips dans une scénographie toujours très pop.


Enfin, pour terminer, l'exposition montre les forts liens entre Andy Warhol et le groupe Velvet Underground dont il deviendra le producteur. Ce groupe emblématique des années 70 sera précurseur de la nouvelle scène rock et punck américaine.
On entre dans une grande salle où sont projetés sur les trois murs des images de scène du Velvet Underground avec choré déjantées, danses sado-masochiste, extraits de clips et diffusion de morceaux du Velvet à fond la caisse! De quoi être totalement  immergé dans l'ambiance Warhol / Velvet Underground à en avoir le tournis !


Dans l'ensemble, j'ai trouvé que c'est une exposition très dynamique, interactive et  fidèle à l'esprit pop de Warhol. Elle permet de découvrir les nombreuses facettes de cet artiste qui fut et est toujours très controversé. En ressortant, on se dit qu'Andy Warhol aurait été vraiment étonné de savoir qu'il a droit à une expo dans un musée !
Vous pouvez visiter l'exposition jusqu'au 23 novembre.


Pour info, une autre exposition consacrée à Andy Warhol est à voir au musée d'art moderne Paris jusqu'en février 2016. Elle s'intitule "Warhol Unlimited"


mardi 6 octobre 2015

Lamb : magnifique chronique initiatique au coeur de l'Afrique

Le film aurait pu s'appeler "L'enfant au mouton", à l'image d'une fable ou d'un conte moderne. Lamb (agneau en anglais) est un beau très film initiatique sur l’Afrique qui retrace la vie d'un petit éthiopien et de son mouton adoré. Dès les premières images, on est captivé par les superbes prises de vues de magnifiques paysages éthiopiens, très lumineux et verdoyants.


L'histoire : Ephraïm est un garçon de 9 ans qui vit dans petit village pauvre d'Ethiopie avec son père. Cette famille d’agriculteurs a vu ses conditions de vie se durcir en raison de la sécheresse. On comprend vite que la mère est décédée récemment des suites d’une famine. Ephraïm se console en passant tout son temps avec sa brebis Chuni, un animal de compagnie avec lequel il entretient un lien très fort, qui lui rappelle sa maman. Mais l'animal étant stérile, elle est menacée de finir en boulettes bien qu’ Ephraïm s’y refuse corps et âmes. Afin de subvenir à leurs besoins son père décide de partir à la capitale chercher du travail et de déposer Ephraïm chez des cousins dans une petite maison isolée au milieu des champs, en attendant son retour. 

Bande annonce :

Seul au milieu de cette famille éloignée qu'il ne connait pas, Ephraïm se sent encore plus abandonné, d'autant plus que son oncle est loin d'être sympathique à son égard... Heureusement les femmes de la maison lui montrent un peu plus de respect et d'affection. Ephraïm aime faire la cuisine. Mais dans la société africaine, un garçon, ça ne cuisine pas. Cela est un travail de femme. Aussi Ephraïm devra exercer son art en cachette. Il va se rapprocher tout doucement de Tsion, ado rebelle de la maison, qui se refuse au mariage et à la vie toute tracée de femme d'intérieur qu'on lui destine.Tous deux rêvent de liberté et d'émancipation.


Tsion

A l'approche des fêtes, Chuni le mouton risque chaque jour un peu plus d'être sacrifié. Aussi Ephraïm élabore divers stratagèmes et fait preuve d'ingéniosité pour trouver un moyen de s'enfuir avec son mouton et retourner dans son village natal. Mais il n'est pas au bout de ses peines ... 

Ephraim et Chuni la brebis

Le réalisateur éthiopien signe là un film doté d'une grande sensibilité, où l'on se prend d'affection dès les premières minutes pour ce garçon mélancolique et courageux. De plus, on est subjugué par la beauté de ces paysages qui confèrent au film une forte dimension poétique et spirituelle.


A travers cette belle histoire, c'est une peinture de la vie quotidienne en Ethiopie, des modes de vies, des traditions bien ancrées où les rôles des hommes et des femmes semblent immuables, où la religion et les croyances ont une place énorme. Mais c'est aussi une vision un peu plus gaie de l'Afrique que ce que l'on a l'habitude de voir dans les médias : des gens souriants, chaleureux, généreux, qui ont le sens de la famille, qui respectent les traditions mais savent aussi s'amuser lors des fêtes. Des gens qui se débrouillent pour survivre et ne se plaignent presque pas de leurs conditions de vie difficiles.



J'ai trouvé que Lamb est un magnifique film, émouvant et lumineux. De plus, les films africains sont encore bien trop rares aussi il est important de mettre ce cinéma en valeur. C'est donc un premier film réussi pour ce jeune réalisateur éthiopien ! D'autant plus que film a été présenté dans la catégorie "Un certain Regard" au festival de Cannes cette année et a reçu 9 récompenses notamment le prix du jury, prix le Premier Regard et le prix de la mise en scène.

mercredi 30 septembre 2015

Fargo, une belle série sombre et prenante qui va vous faire frissonner !

Fargo est une belle série sombre et esthétique en 10 épisodes, adaptée du film des frères Coen du même nom (que je n'ai pas vu, soit dit en passant). Bien qu'au début de chaque épisode, la mention "Cette histoire est inspirée de faits réels" apparaît, il n'en est rien, comme l'explique cet article. Et heureusement d'ailleurs car ce serait vraiment tordu! En tout cas, c'est sûrement un moyen d'attirer davantage l'attention du téléspectateur. Les frères Coen sont producteurs exécutifs pour cette série réalisée par Noah Hawley.


L'histoire se passe en 2006 dans le Minnesota. Un tueur à gage d'apparence sympathique, calme et solitaire qui se fait appelé Lorne Malvo croise par hasard un certain Lester lors d'un passage à l’hôpital. Ce dernier est un timide employé d'assurance mal dans sa peau, victime de harcèlement et de violence gratuite. A l'issue d'une brève conversation avec Malvo, sa vie va complètement changer.

Lester et Lorne Malvo

Le tueur poursuit ensuite sa route semant des cadavres sur son passage. Se cachant à peine, rusé, discret, manipulateur, il est déterminé et n'a peur de rien ni de personne. Au fur et à mesure des épisode,  il devient de plus en plus un psychopathe que rien ne semble pouvoir arrêter !

Trailer saison 1 en français :


Fargo, saison 1 :

La shérif adjointe Molly de la police de Duluth enquête sur ces morts violentes qui ont lieu soudainement dans sa petite ville habituellement calme et tout l'amène à s'interroger sur le discret Lester que tout le monde considère comme inoffensif. Face aux réticences de son nouveau supérieur, elle devra se montrer persuasive et déterminée pour faire valoir ses opinions. Dans le cadre de son enquête, elle va se rapprocher d'un jeune officier de police d'une ville voisine, qui détient lui aussi des informations sur le fameux tueur psychopathe. Quel est le lien entre ce tueur sans scrupule et le discret agent d'assurance? Quelles sont les motivations du tueur? Obéit-il a des ordres ou a des pulsions?

le shérif adjoint Molly

C'est l'hiver, il neige, il fait froid à l'image de l'ambiance générale de la série et de la personnalité du tueur Lorne Malvo. La série est très bien réalisée et on observe souvent de magnifiques plans larges sur la ville ou la nature ou serrés sur les personnages. Le réalisateur s'est aussi essayé à quelques "fondus" et autres effets cinématographiques pour un rendu très esthétique. A noter étalement une petite touche de poésie, d'humour noir, quelques ellipses et une part d'imaginaire. (Par exemple, on aperçoit à quelques reprises un loup qui surgit subitement comme annonciateur d'un événement important. D'où vient t'il ? que signifie t'il ? au spectateur de s'en faire sa propre idée.)


La série a un bon rythme, les scènes se succèdent plutôt rapidement et de manière équilibrée, mettant les différents personnages de façon équitable, nous éloignant quelques fois du coeur de l'intrigue pour mieux y revenir ensuite. Chaque épisode est prenant, les dialogues sont intelligents sans être pompeux comme c'était le cas trop souvent dans True Détective à mon goût.
En suivant la route du tueur, on découvre plusieurs personnages secondaires, généralement ses victimes. A un moment il va être amené à croiser la route de la mafia locale, appelée Fargo... ce qui donne finalement le nom à la série !

Lorne Malvo

Seul bémol concernant un épisode qui fait un saut dans le temps en présentant les personnages "un an après" mais où l'on a plutôt l'impression que 5 à 10 années se sont passées... Malgré ces quelques incohérences et ce saut dans le futur rapide et mal maîtrisé, on est vite captivé par les nouveaux rebondissements.

Mais Fargo ne serait pas ce qu'elle est sans le formidable jeu des acteurs. Martin Freeman (déjà connu pour son rôle de Bilbot le Hobbit) joue ici un employé soumis et réservé qui, après avoir accompli un acte dramatique, va changer progressivement de personnalité au point de devenir une autre personne. Comme si le mal qui sommeillait en lui avait besoin d'être réveillé...

Lester

Superbe interprétation aussi de Billy Bob Thornston qui joue parfaitement le psychopathe Lorne Malvo, calme, froid, déterminé, non dénué d'un certain humour noir.
Ensuite Colin Hanks (le fils de Tom Hanks!) déjà repéré dans Mad Men et Dexter interprète ici un flic de province un peu paumé mais très consciencieux et Fargo permet surtout de découvrir les talents de l'actrice Allison Tolman qui interprète la policière héroïne du film avec beaucoup de justesse et de sobriété.

Il parait qu'un épisode présentant un flash back se passant en 1987 fait clairement référence à la fin du film Fargo des frères Coen, présentant ainsi la série comme une sorte de suite au film culte.

Dans l'ensemble je trouve que c'est vraiment une bonne série,  captivante, bien réalisée et superbement interprétée.

Fargo / série américaine créée par Noah Hawley, produite par Ethan et Joel Coen, avec Billy Bob Thornston, Martin Freeman, Colin Hanks, Allison Tolman, etc.
(10 épisodes de 52 min.), 2014


Fargo, saison 2

Dans la saison 2, même décor : l'action se passe entre le Minnesota et le nord Dakota, région dans laquelle il fait toujours aussi froid. Par contre, on est 30 ans avant les événements de la saison 1, en 1979 plus précisément, au moment où le gouverneur Reagan est en pleine campagne pour les élections présidentielles. On retrouve ainsi d'autres personnages,  puisqu'on suit les aventures du père de Molly (l'inspectrice de la saison 1) alors qu'il est un jeune père de famille avec une épouse malade et une petite fille de 6 ans  (Molly). Il travaille avec son beau père, lui aussi shérif.



L'histoire :

Tout commence par une tuerie qui a lieu dans un diner isolé, meurtres perpétrés par un bandit un peu benêt. Ce dernier va croiser la route d'un jeune couple de la ville d'à coté, Peggy, une jolie coiffeuse peu épanouie dans son couple qui rêve de s'accomplir personnellement et professionnellement (interprétée majestueusement par Kristen Dunst) et son mari, Ed, le boucher du village qui lui espère mener une vie de famille paisible. Et c'est de là que part toute l'histoire. Car le jeune couple, au lieu de prévenir la police, va réagir de manière totalement inattendue.

Afficher l'image d'origine
Peggy et Ed

Or, ils ignorent que ce criminel fait partie de la famille Gerardt, un célèbre clan qui vit de magouilles et petits crimes dans la région, prêt à tout pour sauver l'honneur de la famille. Et lorsque les Gerardt se mettent à la recherche du jeune frère disparu, en envoyant notamment leu fidèle homme de main, un indien, ils sèmeront pagaille et cadavres sur leur route.

Les Gerardt (la mère et un fils) 

En parallèle, une mafia concurrente souhaite racheter les affaires des Gerardt et une guerre des gangs se prépare... S'ajoute à cela les luttes de pouvoirs internes à chaque clan... C'est au milieu de ce chaos que les deux inspecteurs de la police tenteront d'arrêter les tueurs et de sauver des vies innocentes.

trailer :

J'ai trouvé cette saison 2 encore plus réussie que la première. La réalisation est parfaitement soignée, les acteurs impeccables, l'ambiance glaçante à souhait, les rebondissements multiples...
On y trouve de longs plans sur de magnifiques paysages enneigés, des prises de vue d'"en haut" comme pour donner une autre dimension à ce qui se passe, la juxtaposition de plans sur le même écran, montrant ainsi l'action des différents personnages au même moment, une narration aux allures de contes...


Alors oui, il y a beaucoup de fusillades et de sang dans cette saison, à l'image d'un chaos grandissant. Mais on y trouve aussi pas mal de discussions philosophiques, notamment par l'intermédiaire de Peggy qui veut "être la meilleure Peggy possible" et se pose de nombreuses questions sur "comment exister vraiment".
Vers la fin, plusieurs épisodes abordent la même scène mais vue selon différents angles, différents points de vue. Et, lors des dernières scènes d'action, les réalisateurs se sont fait plaisir avec quelques effets de style, comme des arrêts sur image. Mais sans en faire trop, juste suffisamment pour que l'ensemble reste parfaitement esthétique.
Les épisodes sont aussi truffés de références, que ce soit à la politique de Reagan ou à d'autres films.
Par contre, j'ai été assez perplexe par un passage d'un épisode vers la fin qui parait totalement surréaliste ! (mais je n'en dit pas plus!)

Hanzee l'homme de main de Gerardt

Bref, cette saison 2 est superbe, pleine de rebondissements, de surprises avec des personnages hauts en couleur. La musique a également une place de choix dans cette saison 2 puisqu'elle est alternativement sombre, comique, entêtante voire planante et colle parfaitement à la réalisation et contribue beaucoup à l'ambiance sombre de cette série.

Fargo, saison 2 (10 épisodes) / Série américaine créée par Noah Hawley, produite par Joe et Ethan Coen, avec Patrick Wilson, Ted Danson, Kristen Dunts, Jessy Plemons, Rachel Keller, etc. 
Série disponible sur Netflix.






vendredi 11 septembre 2015

Dans les décombres d'Haiti, reste l'espoir... Encore un très beau roman de Laurent Gaudé

Danser les ombres

Je vous avais déjà parlé ici d'un auteur français que j'aime beaucoup qui s'appelle Laurent Gaudé. J'avais adoré ses romans Le soleil des Scorta et Ouragan, récit très touchant sur les survivants de l'ouragan Katrina. Cet auteur aime décrire des pays et peuples méconnus et dépeint avec beaucoup de pudeur et d'humanité les déboires d'une population victime d'un drame ou d'une catastrophe.
Dans son nouveau roman Danser les ombres, c'est Haïti qui est à l'honneur. Comme dans Ouragan, l'auteur rend un vibrant hommage aux victimes de cette catastrophe naturelle dans un roman profondément touchant et humaniste.


Est raconté ici le quotidien de plusieurs personnages qui vont se croiser dans la capitale d'Haiti. Il y a Lucine, jeune fille partie pour Jacmel il y a quelques années pour protéger sa soeur fragile et les deux jeunes enfants de celle-ci, qui revient à la capitale pour annoncer le décès de sa soeur adorée au père d'un des enfants. Elle redécouvre l'effervescence de la capitale, les lieux de son enfance, la vie qu'elle a dû fuir.
Il y a Lily, une fillette blanche de bonne famille originaire de Miami, qui,  gravement malade, a voulu revoir Haiti avant de mourir.
Et Saul, le fils "bâtard" d'une riche propriétaire, Dame Viviane, femme rigide au coeur tendre, dont la jeune soeur Emeline, étudiante et militante du droit des femmes a été cruellement assassinée. Il y a la calme et discrète Dame Petite, la gouvernante de Viviane, toute dévouée à cette famille.
On suit aussi le quotidien de Firmin, chauffeur de taxi solitaire la journée, amateur de combats de coq le soir. Mais qui cache aussi un terrible passé.
De vieux amis qui se retrouvent régulièrement "chez Fessou", un ancien bordel (appelé auparavant Fessou Verte !) devenu maintenant café, pour parler de leur souvenirs, jouer aux cartes, parler de politique. En ce lieu atypique se croisent le vieux Tess, maître des lieux, le facteur Sénèque, Jasmin, Domitien, et de jeunes élèves infirmières Ti Sourire et Lagrace....
Tous rêvent de rencontres, d'échanges, de projets à concrétiser. Bref, d'un avenir meilleur. Leur vie semble à la fois simple et paisible, mais voilà qu'un jour, la terre tremble. Deux fois et très fort. Et la vie de tous bascule.
"Hommes, ce qui est sous vos pieds vit, se réveille, se tord, souffre peut-être ou s'ébroue. La terre tremble d'un long silence retenu, d'un cri jamais poussé."( p 129)

C'est alors que commence la vie dans le chaos. Les premiers secours qui s'organisent un peu à la va-vite, l'entre-aide, la survie, la recherche de survivants. L'espoir, l'attente...

"Demain n'a pas de visage. Demain dont on ne sait pas comment faire pour qu'il ne vous affame pas, demain méchant, violent, qui vous tient éveillé la nuit est là [...]" (p. 185)

Laurent Gaudé raconte Haïti à travers le vaudou, qui occupe une part très importante dans la culture haïtienne, en faisant par exemple allusion à l'esprit Ravage annonciateur de catastrophe. Ainsi, au début du roman, un esprit revenu de l'au-delà vient terroriser les habitants de Jacmel. C'est comme un signe annonciateur d'une catastrophe à venir. 

"Lucine vit ses deux yeux noirs comme des éclats de quartz et elle sut qu'elle avait devant elle l'esprit Ravage, celui qui renverse la vie des hommes, écroule les existences, celui qui casse les vies et fait pleurer les femmes."( p 15)

Tout au long du roman, et surtout vers la fin, les esprits des morts sont très présents, tellement présents qu'à la fin on ne sait plus qui est mort et qui est vivant. Après la catastrophe, au cours d'une longue procession, les vivants vont tenter de semer les morts, les ombres, pour qu'ils retournent dans les entrailles de la terre qui viennent de s'ouvrir.

"Adieu les ombres, il faut laisser partir tout ce qui est mort, tout ce qui a été éventré, retourné, ces vies englouties que l'on a aimées" [...] (p 241)

Laurent Gaudé raconte Haiti à travers les souvenirs d'une histoire dramatique, avec notamment la dictature des Duvalier père et fils, encore très présente dans les esprits.

"Toutes ces années de combats, des Duvalier père et fils à Aristide, jusqu'à l'opération Bagdad, toutes ces années où il a fallut s'arc-bouter contre la tyrannie et l'ignorance et tout cela pour quoi?.. Pour arriver à ce jour? ... Les efforts lents d'un peuple vers la liberté, un peuple qui se secoue le dos pour faire tomber les sangsues du pouvoir, qui se bat pour que ses fils fassent des études et vivent mieux que ses aînés [...]" (p 167-168)

C'est un magnifique roman, beau, émouvant, à la fois triste et plein d'espoir, qui montre que la force d'un peuple se trouve dans la bonté humaine, dans la capacité à se relever après chaque traumatisme, à vouloir reconstruire, aller de l'avant.

Vous l'aurez compris, c'est un très beau roman et Laurent Gaudé me passionne toujours autant par son écriture à la fois simple, fluide mais tellement belle et poétique et pleine d'humanité.

Quelques citations supplémentaires :

"Dans une société de la survie permanente et de l'exploitation éhontée, la recherche du bonheur est un acte politique" (Emeline) p. 63

Il la regarde, Lucine, et sur son visage à elle aussi, il y a la profondeur de la défaite, mais des yeux joyeux encore. Elle porte la tête droite. Les épreuves de la vie l'ont forcée, l'ont enlevée à l'existence qu'elle avait espérée, mais elles ne lui on pas fait baisser les yeux. p 73

Saul à Lucine : "Et toi, te lasseras-tu de mes jours boiteux, des insultes que je me lance à moi-même? Non je les traverserai avec toi." p 113


dimanche 30 août 2015

Une enfance, un beau film social, triste et lumineux qui sortira fin septembre

Cela fait bien longtemps que je n'ai pas écrit sur un film qui m'a plu. Et pour cause, l'été je vais toujours moins au cinéma, la faute au beau temps, aux apéros, aux vacances... et je préfère me plonger dans un bon bouquin au fonds d'un transat plutôt que de m'enfermer dans une salle sombre :-)
Mais j'ai eu la chance de gagner des places pour découvrir en avant-première le dernier film de Philippe Claudel qui sortira le 23 septembre prochain.

J'ai d'abord découvert Philippe Claudel en tant qu'écrivain en 2003 avec le superbe roman Les âmes grises (qui lui a d'ailleurs valu un prix Renaudot) puis en lisant la Petite fille de monsieur Linh, un roman très touchant que j'avais adoré. Bien plus tard, en 2008, j'ai découvert son travail de réalisateur avec le film Il y a longtemps que je t'aime mais qui ne m'avait pas particulièrement marqué.
Une enfance est son septième film et probablement un des plus aboutit.


L'histoire : Jimmy, 12 ans, vit dans un pavillon de la banlieue de Nancy. Il passe la plupart de son temps à s'occuper de son petit frère pendant que sa mère, une junkie un peu perdue, récemment libérée de prison, et son beau père, un imbécile désabusé et violent, passent leur temps à se prélasser, faire la fête, boire et se droguer. Jimmy a dû rapidement apprendre à se débrouiller tout seul, sans l'aide de ses parents. Par exemple, c'est lui qui réveille son petit frère le matin, le lave, lui fait son petit déjeuner, et l'emmène à l'école pendant que sa mère et son compagnon récupèrent de leur nuit agitée. C'est lui qui fait les courses et prépare à manger pour son frère au retour de l'école. C'est aussi Jimmy que ses parents envoie chercher des bières pour poursuivre une soirée déjà bien arrosée, à qui on demande de mentir sur la situation familiale et même qu'on envoie récupérer de la drogue à l'autre bout de la ville ! 

Bande-annonce  :

Le soir ou la nuit, il supporte les disputes souvent violentes de sa mère et de son beau père ou leurs fêtes de débauches. Et du coup, pendant la classe, il dort...
Il est témoin de scènes vraiment très dures qu'aucun enfant ne devrait être amené à connaitre. Des scènes qui brisent une enfance. C'est pourquoi Jimmy est aussi renfermé, ne sourit jamais, n'a pas d'amis. Il y a bien cette jolie fille dans sa classe qui est gentille avec lui, mais issue d'un milieu tellement différent du sien.
Finalement, dans cette famille décomposée, déglinguée, c'est Jimmy le plus responsable. C'est lui qui prend soin de sa maman quand ses excès la pousse au bord du gouffre.


Mais dès fois, lorsque la soupape est pleine, Jimmy et son frère vont dans un entrepôt désaffecté et sortent tout ce désespoir et cette violence qu'ils gardent en eux.
Et quand l'été arrive, alors que tous les enfants se réjouissent des grandes vacances, Jimmy les appréhendent presque. Encore plus livré à lui même que d'habitude, il ère dans les rues de sa petite ville, seul. D'autant plus que Kévin, son petit frère est parti avec la grand-mère.


Heureusement, il y a quelques figures bienveillantes dans la vie du garçon, comme son instituteur ou sa grand-mère, chez qui il aimerait bien retourner vivre d'ailleurs.

Philippe Claudel signe là un beau film social même s'il n'a rien inventé (bien évidemment l'anglais Ken Loach a tracé un tel sillon dans ce domaine qu'il est difficile de faire mieux). De manière plutôt subtile, sans forcir le trait, il filme sans parti pris cette famille à la dérive en montrant le décalage d'une classe sociale avec le reste de la société.


De plus, Une enfance est un film très lumineux, avec de beaux plans sur la nature, la ville, les gens. Malgré un sujet triste et difficile, le film est aussi porteur d'espoir, grâce à des présences bienveillantes, et toujours, cette lumière. La narration du film est particulière, il s'agit d'une succession de scènes du quotidien de Jimmy, une sorte de chronique de la vie non ordinaire d'un garçon de 12 ans. Ce film  m'a fait pensé aussi à Billy Eliott...
Enfin, j'ai été bluffée par les performances d'acteur des deux enfants qui jouent admirablement bien. 

mardi 25 août 2015

"Temps Glaciaires", un polar à forte dimension historique avec une petite touche de surréalisme

Si vous avez déjà lu des romans de Fred Vargas, vous connaissez son goût pour les histoires alambiquées, qui, de prime abord peuvent sembler absurdes mais débouchent généralement sur une enquête bien compliquée. Ainsi, j'avais été marquée il a plusieurs années par son roman Un peu plus loin sur la droite qui commence par une simple crotte de chien ! Pour la dixième fois ici, nous retrouvons le commissaire Adamsberg et son lieutenant Danglard ainsi que les autres membres de la brigade parisienne.

Ici, c'est une vielle dame, qui, en allant poster une lettre à la Poste, fait un malaise avant de parvenir à la boite aux lettres. Elle n'y survivra pas, mais une jeune femme venue la secourir se chargera alors de poster le courrier. Lorsque la destinataire de la lettre mystère meurt soudainement, les policiers s'interrogent sur le contenu de ce courrier et la personnalité des deux victimes, que pourtant tout semble opposer. D'autant plus qu'un signe mystérieux a été dessiné à coté du corps de la victime. Ce qui pousse la police locale à contacter le commissaire Adamsberg et le commandant Danglard, réputés pour leur capacité à résoudre des affaires bien compliquées. 

Avec Temps Glaciaires, Fred Vargas nous dévoile des secrets de famille, nous entraîne sur la piste d'un drame islandais et nous emmène sur les traces de Robespierre et de la Révolution Française. Des pistes aussi éclectiques que passionnantes puisque toutes ces recherches sont alimentées par des faits véridiques.


J'avoue avoir été un peu perdue et avoir failli décrocher lorsque l'enquête se concentre sur un groupe de passionnés de Robespierre, qui se prennent littéralement pour les personnages de l'époque, au point de nous plonger complètement dans les mystères de la Révolution Française. Mais c'est sans doute le but de l'auteur. Nous perdre pour mieux nous retrouver ensuite. En parallèle, elle nous emmène dans l'Islande, terre de légende, où il s'est déroulé un drame il y a quelques années de cela.
Ainsi, Temps Glaciaires fait aussi bien référence à la froideur de Robespierre qu'au climat de l'Islande !

Ce qui fait la force de ce roman, c'est cette écriture pleine de poésie et d'humour, un peu décalée, propre à Fred Vargas. Par exemple, quand le commissaire cherche la résolution d'une énigme, il dit que "ça le gratte", en référence à son voisin Lucio qui a perdu un bras alors qu'il n'avait pas finit de se gratter. Résoudre son enquête c'est pour lui parvenir à démêler une"pelote d'algues", etc.

De plus, l'auteur porte sur ses personnages un regard plein d'empathie et de bienveillance. On y rencontre par exemple Céleste, forte tête pleine de douceur qui a pour animal de compagnie un sanglier protecteur nommé Marc, la lieutenant Retancourt, femme à la forte carapace mais au coeur tendre, Amédée, un être blessé dès sa plus tendre enfance, etc.

L'auteur sème aussi dans son roman une petite touche de surréalisme et de fantastique, que ce soit dans les légendes d'Islande ou les secrets de la Révolution Française. Elle aime brouiller les pistes avec des cheminements d'abord improbables, qui finissent pourtant par se recouper.
Bref, malgré la parenthèse "robespierriste" un peu longue à mon goût, Temps Glaciaires reste un très bon roman, original et bien écrit !

Temps Glaciaires / Fred Vargas . - Flammarion, 2015

mardi 28 juillet 2015

"Ma mémoire assassine" : excellent polar psychologique coréen

Ma mémoire assassine est un roman coréen dans lequel l'auteur, Kim Young-ha raconte l'histoire bien particulière de ce que l'on peut qualifier un anti-héros.
En effet, le narrateur et personnage principal de ce livre est un ancien vétérinaire âgé de 70 ans qui aimerait bien passer sa retraite tranquillement en suivant des cours de poésie. Petit détail aussi, c'est un ancien tueur à gage qui a commis un certain nombre d'atrocités par le passé, il y a plus de vingt-cinq ans. Mais voilà que la maladie d’Alzheimer s'invite dans sa retraite paisible et que son esprit devient de plus en plus brouillé. Afin de parvenir à garder la tête froide et de garder certains repères, il écrit chaque jour ses pensées et le défilement de sa journée dans un journal.


Il ne sait plus si le chien qui rôde chez lui est le sien ou non. Il oublie de plus en plus de choses. Il voit sa fille adoptive s'éloigner de lui et s'amouracher d'un homme étrange. Dans un contexte ou des meurtres en série sont commis dans la région, cet homme lui semble de plus en plus suspect et dangereux. Pour protéger sa fille adorée, il va devoir reprendre du service, avant qu'il ne soit trop tard, qu'il ne se rappelle plus des dangers qui la menace elle et d'autres femmes, et pire, qu'il ne se rappelle plus qui il est.

C'est le récit d'un homme prisonnier du temps, coincé dans le présent, où le passé devient de plus en plus flou et l'avenir inexistant. Va t'il réussir la dernière mission qu'il s'est donné?

L'écriture est à la fois incisive et métaphorique et le ton emprunt de beaucoup d'humour noir. Les phrases et les paragraphes sont très courts, quelques fois désorganisés, afin de refléter au mieux les pensées de ce cerveau malade, ce qui donne au roman un rythme soutenu. Ce petit livre de 150 pages se lit donc très facilement. 
Et surtout, le suspens est de plus en plus présent dans les derniers chapitres. L'auteur maîtrise tous les codes du polar psychologique et parvint très bien à brouiller les cartes pour le lecteur. Le moins qu'on puisse dire, c'est que le dénouement est des plus surprenants ! Une fois terminé, j'avais envie de relire ce livre afin de voir les détails qui m'ont échappé et d'avoir un nouveau regard sur l'histoire.
Bref, c'est un roman très original par son "héros", son sujet et sa forme !


Quelques citations : 

" Soixante-dix ans de vie. Quand je regarde en arrière, j'ai l'impression de me tenir debout devant la gueule grande ouverte d'une grotte obscure. Et quand je pense à ma mort prochaine, je ne ressens pas grand chose. Mais dès que je ressase mon passé, mon coeur s'assombrit. Comme s'il n'était plus qu'un désert où rien ne pousse, où ne subsiste pas une goutte d'eau." p. 34

" Vivre avec la maladie d'Alzheimer, c'est comme être un voyageur qui arrive perpétuellement un jour trop tôt à l'aéroport parce ce qu'il s'est trompé de date"

"Les gens veulent comprendre ce qu'est le mal. C'est un souhait vain car le mal est comme un arc-en-ciel , plus on s'en approche pour le saisir, plus il se dérobe" p. 117