samedi 12 octobre 2013

Accabadoria, un beau roman sur les traditions sardes

La Sardaigne, sa mer turquoise, ses montagnes abruptes, ses campagnes sauvages... Si on connait le coté idyllique de la célèbre île de Méditerranée, on méconnaît les coutumes souvent ancestrales qui sont encore d'usage dans les villages et qui contribuent à renforcer l'âme de l'île.


Dans Accabadoria, Michela Murgia raconte l'histoire d'une fillette, Maria, dans les années 50. Enfant non désirée née après ses 3 soeurs et dont la mère, trop pauvre pour l'élever, la fit adopter par une femme du village. Elle sera  alors une fill'e anima élevée avec à la fois avec tendresse et sévérité par Tzia Bonaria, une vieille femme trop tôt veuve et sans enfant, qui l'encouragera à aller à l'école tout en lui apprenant le métier de couturière. Mais en grandissant, Maria se pose de plus en plus de questions : pourquoi dès fois, à la nuit tombée, Tzia Bonaria sort en douce enroulée dans son châle noir et ne lui dit jamais où elle va?
Lorsqu'elle découvre que sa mère adoptive est l'"Accabadoria", "la dernière mère" celle qui accompagne les malades dans leur dernier souffle, dans des circonstances qui contribuent à la bouleverser encore plus, elle lui en veut terriblement et décide de s'enfuir. Mais on n'oublie pas si facilement son passé et toutes deux seront amenées à se revoir...

Accabadoria c'est aussi l'histoire de deux frères du village, amis de Maria, dont l’aîné veut venger un affront fait à son père. Où les questions de traditions et d'honneur sont mises en avant.  C'est le récit d'un village ancré dans des coutumes ancestrales, où on parle sarde et non italien, où l'Italie d'ailleurs, et plus généralement le continent, semble être une lointaine civilisation. Dans ce village, il semble exister une sorte de de code moral, "il y a des choses qui se font et d'autres qui ne se font pas" et la mort est à la fois crainte et respectée.

Dans ce roman, l'atmosphère est souvent lourde : toutes ces existences sont parsemées de drames et tous les personnages cachent des secrets, des fois terribles. A demi mot, dans une écriture à la fois simple, fluide et poétique, l'auteure nous livre les secrets d'une Sardaigne méconnue. On suit l'histoire à travers les yeux de Maria qui perd peu à peu l’innocence de son enfance en découvrant ces secrets.
C'est un roman sur l'abandon, la mort, la volonté d'en finir... Difficile d'en dire plus sans révéler le dénouement de cette histoire. C'est surtout un livre plein de charme, de caractère et de mystères.

Accabadora / Michela Murgia . - Le Seuil, 2011

Quelques citations :

"Mais les veuves de maris en vie pullulaient dans le village, tout le monde le savait, les mauvaises langues autant que Bonaria Urrai qui, le matin, allait acheter du pain frais, la tête haute, sans s'arrêter et rentrait chez elle droite comme la rime d'une octave chantée" p. 14

"La demeure du défunt n'était pas très loin mais on entendait déjà à des centaines de mètres le chant sombre de l'attitu. Ces lamentations à la musicalité gouailleuse chantaient aux habitants de Soreni les chagrins présents et passés de chaque maison, car le deuil d'une famille réveillait les souvenirs des pleurs versés au fil des ans par tous les autres." p. 24

"<<Il faut aconnaître l'italien, car on ne sait jamais ce que la vie réserve. La Sardaigne fait partie de l'Italie>> - Ce n'est pas vrai. Nous sommes séparés! Je l'ai vu sur la carte. Entre nous il y a la mer.>> p. 38

Malgré sa préférence affichée pour le garçon, Bonaria ne lui manifestait aucune commisération: le regard dur, ses mains osseuses et nues entrelacées tel un écheveau, elle s'exprimait sur un ton aussi froid que la température extérieure, comme si elle s'était changé en courant d'air pour renouveler l'atmosphère malsaine de la pièce. p.88

Comme les yeux de la chouette, certaines pensées ne supportent pas la lumière du jour. Elles ne peuvent naître que la nuit, où, exerçant la même fonction que la lune, elles meuvent des marées de sens dans un invisible ailleurs de l'âme p.122

jeudi 3 octobre 2013

Blue Jasmine

J'avoue avoir été un peu déçue par le dernier film de Woody Allen, pourtant encensé par la critique. Après avoir fait le tour des villes européennes dans ses derniers films, il a reprit pour décors New-York et la Californie.



Blue Jasmine c'est l'histoire d'une princesse des temps modernes, jolie bourgeoise respectée et fortunée qui tombe de son pied d’estale lorsque son millionnaire de mari se fait arrêter pour escroquerie. Elle perd aussi son statut et la reconnaissance de ses paires. Elle décide alors d'aller vivre chez sa soeur adoptive en Californie, qu'elle n'a pas vu depuis des lustres car ce n'est qu'une simple prolétaire. Elle doit prendre sur elle-même pour supporter le nouveau compagnon de sa soeur, un beauf sexy, et ses deux enfants bruyants, dans leur petite maison de banlieue. Elle tombe de haut et doit se réhabituer à une vie beaucoup plus modeste, même si elle conserve ses goûts de luxe et ne peut s'empêcher d'avoir un regard très condescendant sur la vie que mène sa soeur qui est caissière.


Le film commence donc par l'arrivée de Jasmine chez sa soeur, après un voyage en avion où elle a déballé sa vie à sa voisine, elle découvre presque avec effroi le quartier populaire où vit sa soeur. On voit tout de suite qu'elle débarque d'un milieu préservé : avec sa panoplie de bagages L Vuiton, elle donne un pourboire excessif au chauffeur de taxi qui n'en revient pas, et observe ce nouvel environnement avec la condescendance des gens qui n'ont jamais eu jamais besoin de travailler.
On constate vite que Jasmine est très agitée, a tendance à parler toute seule, a besoin de respirer calmement, se shoote au xanax et aux vodkas martinis, parle beaucoup d'elle, de sa vie passée, de comment elle a rencontré son mari sur la chanson "Blue Moon"...

Bande-annonce :

Puis on passe aux flash-backs nous ramenant quelques mois en arrière lorsque Jasmine vivait avec son richissime époux. Le film est construit en alternant scènes du présent (sa cohabitation avec sa soeur, sa recherche de travail, ses errances tourmentées, etc.) avec scènes de passé qui nous en apprennent davantage sur sa vie d'avant : quelles étaient les relations avec son mari, pourquoi et comment ce dernier s'est fait coincé, ses relations avec sa soeur, son regard sur le monde depuis sa tour d'ivoire et enfin comment elle essaie de faire face à sa chute.
C'est donc le portrait d'une femme brisée par la fin d'un amour et sa chute dans l'échelle sociale. Une femme  de pacotille qui doute d'elle, qui se cherche mais a des rêves de grandeur et de reconnaissance.


On ne peut qu'admirer la performance de Cate Blanchett qui parvint à rendre cette femme névrosée et dépressive plus que crédible. Elle veut toujours sauver les apparences, faire semblant d'être une riche épouse, rêve d'avoir un métier prestigieux, ne veut pas montrer ses faiblesses. Aussi, on la voit souvent sourire tout en ayant les larmes aux yeux. On ne sait si on doit la plaindre ou la détester pour son coté précieux mais à la fois tellement désespérée.


C'est vraiment sa performance d'actrice qui fait tout le film. Et quelques scènes drôles par leur ridicule de situation, comme lorsque Jasmine raconte sa vie aux deux bambins de sa soeur dans un fast-food qui la regarde médusés ! D'ailleurs, j'aime beaucoup aussi le personnage de la soeur, Ginger, fille volontaire, à la fois fragile influençable et déterminée, toujours optimiste.


Sinon dans l'ensemble j'ai trouvé l'ensemble plutôt ennuyeux même si certains sujets ressortent du film : le besoin de reconnaissance suite à une enfance difficile, la fascination d'une soeur pour une autre, l'addiction aux médicaments, etc. Et comme souvent dans ses films, Woddy Allen dresse un portrait au vitriole d'une bourgeoisie cynique, hautaine et désinvolte.

Un film qui se regarde avec plaisir mais qui ne laissera surement pas une trace indélébile dans l'histoire du cinéma !

Blue Jasmine / Film réalisé par Woddy Allen avec Cate Blanchet, Alec Baldwin, Sally Hawkins, etc.

samedi 28 septembre 2013

Un peu de grammaire anglaise? Nouveaux accords dans la pop anglo-saxonne!

London Grammar

Voici ma dernière découverte musicale : London Grammar, un trio londonien composé de 2 jeunes hommes, Dot Major et Dan Rothman et d'une jolie blonde, Hannah Reid  tous âgés d'une petite vingtaine d'années. La chanteuse a une voix à la fois profonde, chaleureuse et aérienne qui révèle une grande maturité pour une jeune femme de 22 ans : elle est capable de passer d'un registre très grave à d'autres plus aigus où sa voix s'élève délicieusement! (bel exemple dans Nightcall)


Dans ce premier album intitulé If you wait, on découvre une musique aérienne, à la fois délicate et profonde.

On remarque rapidement les diverses influences du trio, notamment celle de The XX, très présente dès les premières notes et dans le morceau Hey Now :


Quant au morceau If you wait, qui a donné son nom à l'album, il me fait penser à la regrettée chanteuse Lhasa :

C'est la même chose avec le beau morceau Nightcall déjà cité plus haut, qui a une forte consonance onirique.

Tout au long de l'album se dégage une profonde mélancolie, je me vois bien l'écouter un jour d'hiver en regardant la neige tomber par exemple. Un de mes morceaux préférés est Darling are you gonna leave me?  à la fois envoûtant grâce à la voix de la chanteuse et à un refrain plus rythmé. Et toujours cette grande mélancolie.
  

Le featuring électro Help me loose my mind se démarque un peu dans cet album. Moins à mon goût c'est toutefois apparemment un véritable succès outre-manche. Sans doute un peu plus commercial également.


Metal and Dust : pour apprécier la voix de la chanteuse et se laisser bercer par ce beau refrain. J'aime beaucoup ce morceau.


Certaines musiques me rappellent aussi la chanteuse irlandaise Sinead O'Connor comme par exemple le morceau Strong.


Wasting my youg years est une chanson magnifique sur la détresse de la jeunesse, sans doute un de leur plus beaux titres. Voici un extrait du refrain : "I'm wasting my young years (Je gâche ma jeunesse) , It doesn't matter here (Peu importe), I'm chasing more ideas (Je traque les solutions), It doesn't matter here (Peu importe)".

En tout, ce sont 17 titres à découvrir pour découvrir les différentes facettes de ce nouveau groupe anglais !

Et peut être à découvrir en chair et en os à la laiterie à Strasbourg le 16 novembre ?! D'autres dates sont prévues partout en France cet automne.



lundi 23 septembre 2013

Un roman tendre et plein d'optimisme de Barbara Constantine

Et puis, Paulette....

Ma dernière lecture consiste en un roman frais, léger, une sorte de conte moderne écrit avec beaucoup de tendresse et de justesse. C'est Et puis, Paulette... de Barbara Constantine, auteur dont c'est déjà le cinquième roman mais que je ne connaissais pas!


C'est l'histoire de Ferdinand, vieil homme veuf vivant seul dans une immense ferme depuis que son fils et sa famille ont déménagé. Un jour, il trouve un chien au bord de la route et le ramène à sa propriétaire, une femme du village qu'il connait un peu, et la retrouve à moitié dans les vapes. Lui proposant son aide mais n'osant pas trop s'imposer il laisse Marcelline à sa solitude et à ses soucis. Mais lorsque le toit de la maison de celle-ci s'écroule, ce sont les deux intrépides petits-fils de Ferdinand, qu'il surnomme affectueusement ses lulus (Lucien et Ludovic), qui lui demandent : "mais pourquoi ne lui proposes-tu donc pas de venir vivre dans ta ferme puisque tu as plein de place?". Refusant au départ sous prétexte qu'ils ne se connaissent pas suffisamment pour faire une telle proposition, il finira par aller la voir, passant outre les barrières de la timidité, de la peur de l'autre et des  "trop bonnes manières occidentales", et lui propose de venir habiter dans une partie de sa ferme. Après quelques hésitations, mais n'ayant pas d'autre solution, elle accepte et débarque avec son chat et son âne! Fameuse jardinière et cuisinière elle donnera un nouveau souffle à la vie de Ferdinand. Et ce n'est que le début puisque ce sont ensuite deux vieilles dames octo et nonagénaires, les soeurs Lumière, qui manquent de se retrouver à la rue. Là aussi Ferdinand hésitera avant de leur proposer de vivre dans une partie de sa ferme. Puis, afin de s'occuper de Hortense, agée de 90 ans et malade, ils iront trouver une jeune étudiante infirmière, Muriel, à qui ils proposeront un deal : elle sera nourrie et logée à condition de qu'elle s'occupe de la vieille dame et de lui apporte les soins. Deal accepté. 
La maisonnée continue de s'étendre lorsqu'un vieil ami de Ferdinand et de Marcelline, Guy, se retrouve veuf et tombe dans le désespoir au point de se laisser complètement aller. Là aussi, la solution de venir cohabiter à la ferme finit par s'imposer... Et ça continue... Chacun apportera sa petite contribution à la vie en collectivité qui s'organise alors, redonnant vie à une ferme tombant à l'abandon et surtout redonnant le gout de vivre à tous les colocataires.

C'est un roman qui parle de la vieillesse, de la solitude, de la mort, des drames de la vie, de comment faire face au désespoir et aussi, surtout, de la solidarité entre jeunes et personnes âgées. Ici les vieux donnent un certain entrain à la jeunesse, un cadre familial, une douceur de vivre fort appréciable, et les plus jeunes apportent aide et soutien pour les travaux manuels, les soins, le jardinage, l'informatique... Ils finiront d'ailleurs par créer un site Internet appelé Solidarvioc.com pour raconter leur expérience de cohabitation intergénérationnelle.
Mais ce livre aborde plein d'autres sujets. En effet, Barbara Constantine alterne les points de vue dans sa narration. Dans un chapitre on percevra l'histoire vue depuis les "Lulus" la difficulté des rapports entre un petit garçon et son papa, la perception du divorce de ses parents, puis on passera au chapitre suivant au point de vue d'un des ailleux, la solitude de Ferdinand, le passé de Marcelline, les angoisses des soeurs Lumière, puis des jeunes avec les problèmes d'argent de Muriel, etc. Chaque fois avec un style correspondant au langage de chaque personnage (enfantin, soutenu, familier...)
Et tout à la fin, on sait enfin qui est Paulette !

J'ai trouvé ce roman plein de fraîcheur et d'optimisme, à la fois très facile à lire mais avec un style fluide, elliptique et très touchant.  Il se lit d'une traite !

Et puis, Paulette... / Barbara Constantine . Calman Levy, 2012.

Quelques citations : 

"Il n’a jamais bien su s’exprimer, encore moins parler de ses émotions. Il aurait l’impression de se mettre à poil au milieu de la grande place, un jour de marché. Très peu pour lui. Il préfère garder tout au fond, bien enfoui, c’est plus simple."

"Il a expliqué qu'en général, on ne partageait sa maison qu'avec des gens de sa famille, rarement avec des étrangers. Pourquoi ? Chez les autres, on ne se sentait jamais complètement bien, on n'avait pas les mêmes goûts ou les mêmes habitudes."

"Hortense est très excitée, elle veut apprendre a surfer sur le oueb ! cliquer sur le dos d une souris ! se mettre de profil sur fesse bouc ! Elle adore ses deux nouveaux amis, surtout le jeune homme, là, elle le trouve rigolo et beau ....ah lala ! Il lui appelle un peu Octave, son mari d un jour , hein , Simone ?"

"C'était tout simplement triste d'avoir perdu autant de temps. Pour lui, Ferdinand , de se rendre compte seulement maintenant que son fiston n'était pas juste un p'tit con. Et pour Roland, que son père n'était pas qu'un vieux naze."

"Il pensait que ce serait intéressant de faire connaitre à d’autres leur expérience, d’expliquer comment ils vivaient tous ensemble, les avantages, les inconvénients [...] et Guy a proposé d'appeler le site solidarvioc.com. Pas très joli, pas très poétique, mais, ça voulait bien dire ce que ça voulait dire"


mardi 10 septembre 2013

Un étonnant film canadien : Vic + Flo ont vu un ours

Belle surprise au cinéma, avec le film canadien Vic+ Flo ont vu un ours de Denis Coté. 


Je reconnais que je ne serai probablement pas allée voir ce film si je n'avais pas gagné des places ! Mais ce fut pour le coup une belle découverte. L'histoire est émouvante, les personnages attachants, la réalisation à la fois minimaliste et soignée, on rit mais on pleure (presque) également. Bref j'ai beaucoup aimé. Je ne m'attendais pas à cela : le résumé, les critiques de presse que j'ai lu sur ce film, ainsi que la bande-annonce ne sont pas du tout représentatives de ce long-métrage.

Bande annonce :


L'histoire, c'est celle de Victoria, jeune sexagénaire, qui débarque dans la forêt avec sa valise : elle vient s'installer dans une ancienne cabane à sucre où vit son vieil oncle paralysé et muet. On devine qu'elle a besoin d'espace et de solitude après avoir passé des années dans une cellule. Plus tard, elle est rejointe par son amie Flo, superbement interprétée par Romane Bohringer. On n'a jamais de grandes explications dans ce film, on passe par exemple d'une scène de profonde tristesse où Vic pleure, seule, à une autre scène de joie et d'amour où Flo est arrivée. Tout au long du film, on lit entre les lignes, on devine le passé des deux femmes, liées par une douleur qu'elles seules peuvent comprendre. 


Mais après la joie des retrouvailles, les nuages noirs pointent à l'horizon. Vic souhaite vivre loin de toute civilisation, dans la forêt, cultiver son jardin. Flo, plus jeune, souhaite se reconstruire, trouver un travail, avoir une vie sociale. L'agent de réinsertion de Victoria, Guillaume, l'encourage à s'ouvrir davantage sur le monde, demande de l'aide à Flo mais se fera sans cesse chambrer (c'est assez drôle d'ailleurs!). Vers la fin du film, ce personnage devient assez attachant.


Mais le dur passé de ces deux ex taulardes viendra refaire surface.  Difficile d'en dire plus.
Ce que je peux dire, c'est que le film passe d'une phase un peu contemplative et mélancolique vers la moitié à un final... surprenant, très noir, limite traumatisant. Une fin qui donne aussi un sens au nom du film ! 

La réalisation de ce film est étonnante car on passe d'un registre à l'autre : des fois drôle, décalé voir absurde, souvent mélancolique et même tragique. D'ailleurs, ces changements de tons se font souvent par  ellipses, beaucoup de choses sont suggérées. Et tout au long du film on est bercé par l'accent canadien,  avec quelques "tabarnak" bien placés, ce qui donne un charme supplémentaire au film !

Vic+ Flo ont vu un ours a été récompensé à la Berlinale de 2013 en recevant le prix Alfred Bauer.




jeudi 5 septembre 2013

Le film osé d'Ozon

Jeune et Jolie

Après en avoir entendu beaucoup parlé, et aussi par curiosité, je suis allée voir le dernier film de François Ozon : Jeune et Jolie. Le sujet m'intriguait : une jeune fille de 17 ans issue d'une bonne famille et sans problème particulier décide de se prostituer. Cela me paraissait tellement improbable et sordide que je voulais voir le film pour essayer de comprendre pourquoi.


Le film débute par une scène où Isabelle, la veille de ses 17 ans, bronze seins nus sur une plage déserte, épié par son petit frère. Durant cet été passé en famille, elle rencontre un jeune allemand qui sera son premier amant. Elle découvre alors sa sensualité et sa sexualité. Elle semble s'ennuyer, est toujours en retrait, ne sourie que rarement, est détachée de tout. Elle veut semble t'il tester ses limites et décide pour cela de se faire payer par des hommes ayant le double, voir le triple de son âge, en passant par un site de rencontres. Elle ment sur son âge, change d'apparence et les rejoins dans des chambres d'hôtels où elle devient Léa, la prostituée. Cela l’indiffère au début, puis, petit à petit, elle semble y prendre un certain plaisir et devient plus sûre d'elle.

Bande annonce du film :


J'ai trouvé le thème osé et quelque peu malsain : voir une ado vendre son corps à de vieux pervers, c'est troublant, les scènes érotiques dérangent. Quand à savoir pourquoi elle fait cela, le film ouvre quelques pistes, mais cela reste flou. Mal dans sa peau, la jeune fille semble vouloir tester ses limites, s'invente un rôle de prostituée, une sorte d'expérience extrême pour se sentir vivre... On cherche à la comprendre tout au long du film, mais elle reste un mystère, pour son entourage dans le film comme pour le spectateur. C'est ce qui fait d'ailleurs le succès de ce film : la part d’insaisissable, d'incompréhension que parvient à maintenir le réalisateur.

La construction du film mérite d'ailleurs qu'on s'y attarde un peu. François Ozon a réalisé le film en quatre parties : l'été, l'automne, le printemps et l'hiver. Chaque chapitre se clôt par une chanson de Françoise Hardy collant parfaitement à l'action du film. La manière de filmer d'Ozon est particulière, quelques fois attachante. Par exemple, lors de ses premiers ébats, Isabelle se dédouble pour se regarder, une manière d'insister sur son détachement lors de cet acte. 

C'est un film sur l'adolescence, la difficulté de grandir, de s'assumer, illustré notamment par une superbe scène où les élèves de la classe d'Isabelle récitent le fameux poème d'Arthur Rimbaud "On n'est pas sérieux quand on a 17 ans" et débattent ensuite sur le sujet.

Les acteurs sont remarquables. Marine Vacth est une jeune actrice prometteuse au joli minois qui interprète majestueusement bien le rôle ambigu d' Isabelle / Léa.


Les seconds rôles sont également attachants, comme le personnage du petit frère ou de la mère, interprétée par Géraldine Pailhas.



Dans l'ensemble, Jeune et Jolie est un film dérangeant et mélancolique mais filmé à la fois avec distance et affection, qui ne porte aucun jugement.

Jeune et Jolie /  Réalisé par François Ozon, avec Marine Vacth, Géraldine Pailhas, Frédéric Pierrot. Sorti le 21 août 2013.

vendredi 2 août 2013

Des lectures rafraîchissantes !

C'est l'été, il fait (très) chaud, on se repose à l'ombre avec un bon bouquin... En ce qui me concerne, et sans le faire exprès, j'ai lu deux ouvrages dont l'action se déroule dans un hiver sans fin. De quoi se rafraîchir !


Il faut s'accrocher pour entrer dans l'univers dur et glacial de Mélanie Wallace. Les phrases sont longues,  la prose à la fois dense et poétique, le récit est dès fois décousu et on ne sait pas toujours où l'auteur veut en venir, surtout au début (une histoire de barrage et de village englouti ou encore un facteur bienveillant qui n'apparaissent plus ensuite.). L'ambiance générale de ce roman est triste et glaciale, limite gothique.

C'est l'histoire de Jamie, ado  de 17 ans d'une grande maturité livrée à elle même et toujours accompagnée de son fidèle chien. Un jour, elle aperçoit une sorte d'enfant sauvage attaché à une arbre et prend l'initiative de le détacher. Elle ignore que ce geste va entraîner toute une série de catastrophes. C'est aussi l'histoire d'un jeune homme, Galen, qui vit en autarcie dans la forêt et se lie progressivement d'amitié avec la jeune fille. Celle-ci va se réfugier au milieu de la forêt enneigée dans la maison de son amie Margaret, une vieille dame avec qui elle était proche.
Elle ne sait pas que le père du garçon qu'elle a détaché est fou de rage et a demandé l'aide d'un personnage marginal et violent pour récupérer à tout prix sa progéniture, qu'il traite comme un esclave.



Les personnages ont tous un  passé lourd, triste et mystérieux mais semblent ne pas parvenir à y faire face,  ils sont poursuivis par leurs vieux démons. Les chemins de ces êtres en détresse sont amenés à se croiser de manière tragique. L'histoire se déroule quelque part dans l'Amérique reculée, dans une atmosphère de fin du monde : la neige ne cesse de tomber, il fait de plus en plus froid, les protagonistes semblent vivre dans une misère sociale épouvantable, ces êtres sont terriblement seuls et d'autres d'une grande méchanceté. 

L'écriture de cette auteure américaine est puissante et magnifique mais il est un peu difficile de rentrer dans l'histoire. Et, tout au long du livre, on se demande quand va finir enfin cette quête pleine de désespoir au milieu de la neige ! De plus, au début du livre il est souvent fait allusion aux souvenirs de la grand-mère de Jamie dont le village a été inondé par un barrage, mais il n'en ai plus vraiment question ensuite. C'est un peu dommage car on s'attend à une sorte d'intrigue en rapport avec le passé de la grand-mère, or ce n'est pas du tout le cas.
Toutefois, le style littéraire de cette auteure est vraiment remarquable comme l'illustre quelques citations ci-dessous. Elle y livre également, à travers le personnage de Margareth, des réflexions sur l'Amérique, la société capitaliste et individualiste, que je trouve très justes (un aperçu dans les citations).
C'est un roman à la fois fort, émouvant mais trop froid, trop dur, et que j'ai eu beaucoup de mal à finir...

Quelques citations :

"Non que Margaret méprisât le passé, non qu'elle ait pu ou même voulu s'en affranchir, car elle savait que le passé est synonyme de mémoire et que celui qui est sans mémoire n'est littéralement personne." p.80

"Le temps n'avait nulle consistance, le garçon traversait le temps tout comme celui-ci le traversait, sans coup férir. Il ne connaissait pas le nom des jours, ni aucun nombre supérieur à un, si bien qu'il ignorait le jour où il les avait suivis, elle et le chien, jusqu'à la maison située derrière le mur bordé de sumac [...]" p. 89


"Le ciel restait uniformément couvert, la neige qui emmaillotait la terre figeait toutes choses hormis les faucons aux larges ailes qui décrivaient des cercles paresseux sous le plafond nuageux et scrutaient de leurs yeux à paupières la surface ondoyante et immobile du verger, où rien ne bougeait sinon le chien et un peu plus loin, à l'insu de Jamie, le garçon."


"Elle pensait que partout les gens ressembleraient beaucoup à ceux qu'elle laissait derrière elle, des gens qui tenaient mordicus à ignorer combien ils étaient misérables, ou qui étaient trop sots pour s'en douter, le plus souvent hébétés par l'indigence triviale de la vie quotidienne ; des gens qui chaque jour se retrouvaient confrontés à une myriade de choix dépourvus de sens [...]. p. 168


"Margaret dit seulement à Jamie que Galen était un homme qui, pour des raisons qu'elle ne divulguerait pas, était bien décidé à vivre seul et en autarcie, comme si il n'avait jamais entendu dire que les hommes ne sont pas des îles, comme s'il ne se doutait pas une seconde que ce qui rend les humains vraiment humains et pas seulement en partie, c'est leur sociabilité, leur conception du bien public et la foi qui l'accompagne. L'autarcie est une idée vraiment ridicule [...]." p. 187-188


"Le problème de ce pays [...] c'est son arrière-pays, ou plutôt non, le problème de cet arrière-pays c'est le pays, et toute la grandeur vient du fait que chacun de nous jusqu'au dernier jouit d'une liberté unique. Sauf qu'il est difficile d'accorder la liberté des individus avec un pays qui n'a jamais voulu supporter les différences ni ouvrir les bras à des formes de patriotisme qui n'ont rien à voir avec le fait de payer l'échéance du crédit ou du loyer, et de posséder des biens matériels, et de vouloir en posséder encore plus. Tu vois, dit Margaret à Jamie, la vérité de l'Amérique c'est que l'individualisme y est à peine toléré, à moins qu'il ne soit synonyme de conformisme ou qu'il ne se déguise en autarcie. Un pour tous et tous pour un, mais surtout chacun pour soi." p. 188-189


La Vigilante / Mélanie Wallace . Ed. Grasset, 2008



Depuis longtemps j'apprécie la littérature scandinave. Il se dégage de ces romans une atmosphère particulière qu'on ne retrouve pas ailleurs. Le froid, les longs hivers, les grandes étendues, la solitude ... Tous ces éléments font des romans policiers à part. C'est le cas bien sûr des romans d' Henning Mankell (auteur de polar suédois à l'écriture emprunte d'une certaine poésie et d'une grande humanité), d'Arnaldur Indriðason (auteur de polars islandais), de John Riel, Jo Nesbo ou des plus médiatiques Camilla Läckberg et Stieg Larson ou encore la plus pétillante Katarina Mazetti dont j'ai déjà parlé sur ce blog (et j'en oublie beaucoup d'autres!)

J'ai découvert récemment un nouvel auteur suédois, Mons Kallentoft, journaliste de profession. Il a écrit une série de quatre volumes portant le nom des quatre saisons (et un cinquième tome sorti au mois d'avril intitulé "La cinquième saison" vient d'ailleurs cloturer cette saga). Il s'agit d'une série de romans policiers mettant en scène une jeune inspectrice suédoise nommée Malin Fors, mère célibataire d'une ado de 14 ans, débordée par son travail.
J'ai dévoré le premier tome de cette saga "Hiver".


Le livre s'ouvre sur un crime étrange : un homme obèse est retrouvé pendu à un arbre alors qu'il fait - 30°C dehors, il est donc entièrement gelé ! L'enquête commence alors pour Malin Fors. Pourquoi a t'il été pendu? s'agit t'il de croyances ancestrales? d'une vengeance? Des ados qui tuent l'ennuie en persécutant les plus démunis? Des histoires familiales? Qui était donc cet homme surnommé Bent le Ballon que personne ne semblait connaitre vraiment?

L'écriture est fluide, précise et détaillée (Quand on sait que l'auteur est journaliste on comprend mieux!). La construction du roman est quelque peu originale notamment ces passages où l'auteur nous livre les pensées du mort dont l'âme survole le monde des vivants qui s'active pour connaitre les détails de sa mort. C'est peut-être le seul bémol à cet ouvrage, mais si c'est un peu dérangeant au début, on s'y fait vite et cela n'altère en rien la qualité de la retransmission de cette enquête minutieuse. Les personnages sont tous hauts en couleurs, notamment cette famille de marginaux dont la mère tient les ficelles et qui semble cacher tellement de terribles secrets.

L'auteur parvient à maintenir un suspens tout au long du livre tout en évoquant le contexte social de la Suède, les préjugés, l'influence du passé sur le présent. Le tout dans le contexte d'un hiver glacial (à plusieurs reprises il est mentionné qu'il s'agit de l'hiver le plus froid depuis des décennies!) où les inspecteurs rêvent de l'été et s'imaginent les paysages verdoyants alors qu'ils n'osent même pas retirer leurs gants !

Un bon polar qui révèle qu'à travers la paisible Suède sommeillent encore de vieux démons, entretenus par la peur, les préjugés et la misère.
Tout n'est pourtant pas résolu à la fin de ce tome et j'attend de lire le second tome "Printemps" avec impatience!

Hiver / Mons Kallentoft . - Le Serpent à plume, 2009