mercredi 11 décembre 2013

"Le reste est silence", un roman émouvant sur la solitude d'un petit garçon

Le reste est silence

Voici un roman choisi un peu au hasard chez l'éditeur Actes Sud, un de mes éditeurs préférés en matière de livres étrangers.

C'est ici l'histoire de Tommy, un garçon de 12 ans qui en paraît 8. Atteint d'une malformation cardiaque, il est surprotégé par son père, devenu d'ailleurs chirurgien cardiaque, et par sa belle-mère, Alma. Se sentant exclu par ses camarades (il reçoit d'ailleurs régulièrement des mails d'insultes et de menaces), il se réfugie dans son monde imaginaire et se plait à enregistrer en cachette les conversations des adultes sur son MP3. C'est ainsi qu'il apprend de lourds secrets sur sa famille, notamment sur le décès de sa mère. Il est aussi le témoin de l'éloignement entre Alma et son père et cela l'attriste énormément. Son père, Juan, homme distant et respectable, ne se rend pas compte de la détresse de son petit garçon.
Pendant que Tommy mène son enquête sur l'histoire de sa famille, les adultes se déchirent et se retrouvent face à leurs peurs, leurs souvenirs et leur solitude. 

Dans ce livre à l'écriture délicate, on suit à tour de rôle les pensées de Tommy, garçon chétif qui observe le monde d'un point déjà très mature pour son âge, celles d'Alma, hantée par des souvenirs d'enfance et qui renoue avec son amour de jeunesse et  les pensées de Juan qui a du mal à montrer ses sentiments et s'enferme dans son mutisme. Tous trois n'arrivent plus à communiquer et il ne reste que des silences entre eux. Des silences, puis des mensonges qui les font s'éloigner, et ce, plus en plus chaque jour.


J'ai bien aimé l'écriture fluide et sensible de cette auteure chilienne que je ne connaissais pas. L'émotion est palpable à chaque page, que ce soit la tristesse, la solitude, l'angoisse (surtout vers la fin du livre!) et on est touché par l'histoire de ce garçon surprotégé et exclu qui tente de trouver sa place dans sa famille, à l'école et dans la société en général. Ne la trouvant pas, il se réfugie dans le souvenir de sa mère défunte. Au risque de s'y perdre.

Le reste est silence / Carla Guelfenbein . - Ed. Actes Sud : 2010.

Quelques citations :

"Une jeune fille de dix-huit ans est morte dans un accident et un enfant a un coeur tout neuf. Avant de me sentir trop satisfait de ma large part de responsabilité dans cette histoire, je fouille dans ma mémoire à la recherche d'un proverbe d'un grand bouddhiste sur l'absence de permanence de la vie et de l'inutilité de nos efforts à vouloir la retenir." p.62

"Troisième découverte . Comme le frêne, maman avait un dragon dans ses racines et, en dépit de ses efforts pour le vaincre, c'est le dragon qui a finit par remporter la bataille" p.278

"Il y a un espace, un espace infime, qui nous appartient. C'est là que réside notre essence. C'est lui qui fait ce que nous sommes, qui nous permet de changer le court de notre route. Comme les voiles des frégates. Parfois, il suffit d'un mouvement imperceptible pour changer les choses." p. 295

vendredi 29 novembre 2013

Mystères au bord du lac

Top of the Lake est la dernière mini-série diffusée récemment par ARTE, chaîne décidément innovante en matière de séries. Dans cette série de six épisodes réalisée par Jane Campion, l'atmosphère est à la fois sombre, étrange et poétique. L'histoire se passe en Nouvelle-Zélande, dans un lieu plutôt désertique entre lac et montagnes où la nature a une place à part entière. Les personnages ont tous des fêlures et semblent être arrivés dans ce coin pour fuir un monde dans lequel ils ne trouvaient pas leur place. Le temps semble s'y être arrêté et l'ambiance est assez mystérieuse.


Lors du premier épisode, on ne comprend pas grand chose, les plans, très beaux et poétiques, se succèdent sans qu'il n'y ait vraiment de liens entre eux et c'est au fur et à mesure, avec de nombreuses ellipses, que l'on se familiarise avec les personnages, le tout avec beaucoup de sobriété et de pudeur.

Trailer :


Top of the Lake a un coté mystique, très nature, où la part sombre et sauvage de chacun finit par ressurgir. 

L'histoire :
Une jeune policière, Robin, (interprétée par l'actrice de MadMen, Elisabeth Moss) visage pâle, voix grave, regard triste, retourne dans son village natal voir sa mère gravement malade.


Lors de son séjour, une jeune fille de 12 ans, Tui, est retrouvée dans l'eau du lac à moitié immergée. Il s'avère qu'elle est enceinte... Robin, dont la spécialité est d'enquêter sur les crimes impliquant des enfants, se voit chargée de l'enquête sous la direction d'un supérieur qui se montre plus qu'amical et aux méthodes douteuses.


Tout se complique quand la fillette en question disparaît sans avoir révélé le moindre indice sur l'identité du père de l'enfant qu'elle porte. Les soupçons se portent dès le début sur l'entourage de la fillette, une famille quelque peu marginale : Le père, Matt Mitcham est un trafiquant un brin sauvage, ses frères des abrutis...

En même temps, Robin renoue avec Johno, son amour de jeunesse, et ne sait plus trop où elle en est sentimentalement. Ce jeune homme apparaît au début comme un garçon introverti et isolé qu'on a du mal à cerner.


En parallèle à cette enquête, un groupe de femmes hippies s'est installé sur un terrain ayant appartenu à Matt Mitcham, un lieu nommé "Paradise" et vivent dans des contenairs. Leur meneuse, GJ, est une sorte de "gourou" qui leur apprend à revivre loin de leurs addictions de leur vie d'avant, de la violence d'un ex mari ou petit-ami. Cette femme censée les guider est complètement désabusée et cynique envers ces ouailles. C'est probablement le seul élément un peu déroutant : à quoi sert vraiment cette parodie de secte féministe? un refuge dans ce monde de violence? Une oasis au milieu du désert? Dans la série en tout cas c'est une note un peu légère qui permet de détendre l'atmosphère.


Au fur et à mesure de son avancée dans l'enquête sur la disparition de la fillette, Robin apparaît de plus en plus fragilisée, touchée personnellement par cette histoire. Surgissent alors de vieux démons, les drames qu'elle a vécu dans sa jeunesse.A chaque épisode, on en apprend davantage sur son passé. Cette enquête, c'est aussi une quête au fond d'elle même.


C'est une série captivante et originale avec une histoire très glauque, des personnages ambigus et de beaux paysages. De plus la réalisation est vraiment soignée et épurée.

Top of the Lake / série américano-australo-britannique créée et écrite par Jane Campion et Gerard Lee. - avec Elisabeth Moss, Holly Hunter, Peter Mullan

jeudi 21 novembre 2013

1h30 d'angoisse au coeur de l'espace !

Gravity

Décollage dans 5,4,3,2,1 .... c'est parti pour une immersion d'1h30 dans l'espace !!
Après en avoir beaucoup entendu parler, je me suis finalement lancée dans l'aventure spatiale du film d'Alfonso Cuarón. Attention, si vous allez voir Gravity, ne mangez pas trop avant, ça va secouer !


Le film est en 3D et pour une fois cela rend plutôt bien, on est vraiment immergé dans l'espace, les effets spéciaux sont spectaculaires, on se croirait réellement à des milliers de kilomètres de la Terre !
Le scénario est assez simple : le docteur Ryan Stone (Sandra Bullock) effectue sa première mission à bord d'une navette spatiale. Elle est accompagnée d'un groupe d'astronautes chevronnés dont Matt (Georges Clooney) qui  effectue lui sa dernière sortie dans l'espace et rêve de battre le record de l'homme resté le plus longtemps en apesanteur.
Le film commence par une magnifique vue de la Terre depuis l'espace, on entend des voix lointaines brisant le silence qui se rapprochent tout doucement. On voit alors Ryan en train de réparer un composant de la station spatiale. L'ambiance est détendue, un astronaute tente même d'effectuer la danse de la macarena dans l'espace et Matt fait des blagues... Tous sont accrochés à un câble à l'extérieur de la station.


Et puis soudain, la voix de la base de contrôle les alerte sur l'arrivée imminente de débris provenant de la destruction d'un satellite qui menace de rentrer en collision avec leur navette. On sent venir le drame. C'est alors que le câble de Ryan craque et qu'elle est expulsée dans l'Univers... S'en suit toute une série de catastrophes qui amèneront le docteur Ryan à se débrouiller seule face au néant, tout en voyant ses capacités en oxygène diminuer progressivement...


Bande-annonce :

C'est probablement un des films les plus angoissants que j'ai vu au cinéma : on s'identifie facilement à ces êtres seuls dans l'espace qui tentent de survivre face au vide de l'univers, voyant la Terre mais n'ayant plus aucun contact avec elle ! La 3D contribue certainement au sentiment d'angoisse qui nous envahit lorsque Ryan est balotée dans tous les sens au milieu de l'immensité de l'espace, lorsque les projectiles foncent droit sur elle (et donc sur nous aussi spectateurs!) et face aux scènes d'explosions très spectaculaires! J'étais agrippée à mon siège quasiment tout au long du film !


Ce film parvient à être captivant avec seulement deux personnages, peu de dialogues, un environnement à la fois vaste mais limité puisque peu de perspectives d'évolution. Pourtant on est tenu en haleine presque tout le temps.

Gravity est un film vraiment original, à la fois film d'auteur et blockbuster. Le film aborde aussi quelques questions métaphysiques : pourquoi Ryan se réfugie t'elle dans l'espace? C'est finalement à des milliers de kilomètres de sa planète qu'elle parviendra à faire la paix avec elle-même.

Dans l'ensemble, j'ai été bluffée malgré la fin quelque peu hollywoodienne.

Gravity / Réalisé par Alfonso Cuaron, avec Sandra Bullock et Georges Clooney. - Warner Bros, 2013

Et un petit Bonus : le fils du réalisateur de Gravity, Jonás Cuarón, a réalisé un court-métrage de 7 minutes sur Aningaaq, le correspondant mystère de Ryan vers la fin du film. Un très beau petit film, plein de poésie!
A visionner ici :



mardi 19 novembre 2013

Musique folk et mélancolie dans le dernier film des frères Coen

Ça devient une habitude, chaque année on attend le film des frères Coen ! Cette fois, pas de thriller ou de film noir. Inside Llewyn Davis n'est pas vraiment un film à rebondissements.


C'est un film d'introspection sur un musicien maudit en quête de reconnaissance. La réalisation est à la fois sobre et soignée, les personnages attachants et énervants, comme savent si bien les dépeindre les deux réalisateurs américains.

Bande-annonce :

L'histoire :
A New-York en 1961, Llewyn Davis est un guitariste et chanteur folk qui joue dans des bars pour gagner sa vie. Il n'a pas de logement et dort sur le canapé de connaissances qui veulent bien l'héberger. Parmi ses amis, un couple, Jim (interprété par Justin Timberlake) et Jean, eux aussi musiciens folk. Et Jean lui en veut à mort tout en lui prêtant son canapé. On comprendra plus tard pourquoi.


Le rythme du film est très lent, on découvre au fur et à mesure le passé et les blessures de Llewyn : un ami perdu, des amours déchues, les rapports compliqués avec sa famille. Et surtout sa vision élitiste et idéale du métier de musicien. En effet, on lui propose de l'argent s'il accepte de se plier aux volontés d'un producteur et de se mettre en retrait au sein d'un groupe. Il refuse de se soumettre à toute déformation de son oeuvre au point de se retrouver dans la misère la plus totale. Un musicien intègre et exigeant, déçu et blasé, qui ne se voit pas d'avenir sans reconnaissance de sa musique. A un moment dans le film, il dit d'ailleurs à sa soeur qu'il ne veut pas se contenter d'"exister" comme son père. Il ne vit que pour la musique, n'arrive pas à s'imaginer un futur autrement.


Mais rien ne semble lui réussir, chaque lueur d'espoir finit par s'éteindre. Comme lorsqu'il entreprend un périple en voiture pour Chicago sous la neige en compagnie d'un marginal quasi muet et d'un vieil obèse méprisant et malade (mais tout de même très drôle) afin de se rendre dans une célèbre maison de disques.


Ce périple en voiture est d'ailleurs assez long, on croit vraiment à un changement à venir mais tout cela se soldera là aussi par un échec.
Bref, il tourne en rond, comme le démontre assez bien la construction du film (que l'on comprend à la fin), soigneusement réalisée par les frères Coen pour coller parfaitement à l'histoire.


C'est un film sur l'histoire de la musique folk des années 60 où transperce une grande poésie et beaucoup de sensibilité. Le film s'ouvre sur Llewyn en train de jouer dans un café concert : une voix magnifique, une musique émouvante. Il dira de la sa musique : "pas toute jeune et pas une ride, c'est ça la folk!"
Certaines scènes sont drôles, notamment celles avec le chat que Llewyn se sent obligé de trimbaler partout avec lui dans la première partie du film, ou celles avec des personnages secondaires atypiques.


Toutefois, il ressent de ce film une grande mélancolie. Tous les personnages ont comme un voile de tristesse dans le regard, comme s'ils avaient tous renoncé à leurs rêves.

D'un point de vue général, j'ai trouvé que ce film manquait d'élan, on s'attend toujours à un rebondissement, qui au final n'arrive pas. Il en ressort un certain ennui, une lassitude. Mais je pense que c'est l'effet escompté puisque face à ce portrait d'une vie gâchée je suis sortie moi aussi pleine de mélancolie. Et on ne peut nier la parfaite réalisation des frères Coen et le formidable jeu d'acteur d'Oscar Isaac et des interprètes tous les personnages secondaires !

Ce film a reçu le Grand Prix lors du festival de Canne 2013.

Inside Llewyn Davis / réalisé par Ethan et Joel Coen, avec Oscar Isaac, Carey Mulligan, Justin Timberlake... 2013

vendredi 15 novembre 2013

Un drôle de roman au style particulier : La première chose qu'on regarde

La première chose qu'on regarde / Grégoire Delacourt

Ecrit par l'auteur de la Liste de mes envies (édition JC Lattlès en 2012), ce nouveau roman de Grégoire Delacourt paru en 2013 raconte l'histoire d'une jeune femme, Jeanine, que l'on confond systématiquement avec Scarlett Johannson au point que cela gâche sa vie. Elle débarque un jour chez un jeune garagiste de 20 ans, Arthur, qui vit à Long, petite ville de la Somme. Ce dernier n'en revient pas, lui qui n'a jamais eu vraiment de copine et pour qui les femmes semblent encore inaccessibles.
A partir d'un quiproquo, tous deux vont apprendre à se connaitre, à s'aimer, à faire des projets ensemble. Mais Arthur est-il amoureux de Jeanine ou de Scarlett Johannson ?


Ce livre est un peu étrange, il est écrit comme un conte de fée moderne, avec sa part de clichés (le prénom Jeanine, le jeune garagiste fauché et un peu plouc, d'autres personnages assez caricaturaux), mais contrairement aux contes de fée, n'a pas de happy end, et ceci est annoncé dès les premières pages du livre. C'est ce qui entretient l'intrigue également, on se demande ce qui va bien pouvoir se passer.

J'avoue avoir hésité à continuer après les premières pages. Le livre commence d'ailleurs avec cette phrase : "Arthur Dreyfus aimait les gros seins" et s'en suit tout un chapitre sur les fantasmes liées aux poitrines féminines qu'a eut Arthur dans son adolescence... Le ton se veut décalé, comme si l'auteur racontait ici une fable. Même les évènements dramatiques sont racontés sur un ton léger, comme lorsqu'il évoque le décès tragique de la petite soeur d'Arthur... C'est assez déroutant.
Mais au fur et à mesure que l'on avance dans le récit, lorsque Scarlett devient Jeanine aux yeux d'Arthur, on sent que celui-ci grandit et prend conscience des drames de sa vie. C'est l'histoire de deux jeunes gens qui peinent à grandir, à se faire une place dans la société, à réaliser leurs rêves, pourtant simples. Tous deux ont des blessures qui ont du mal à cicatriser, et c'est ce qui va les rapprocher. C'est un livre sur les apparences, souvent trompeuses, mais qui ont une place déterminante dans notre société moderne. C'est une belle histoire d'amour aussi.

L'écriture est fluide, les phrases par moment très courtes, percutantes et d'autres très longues, descriptives. Les dialogues des deux protagonistes se mêlent à la narration, sans distinction de forme. Le ton est par moment léger mais beaucoup plus grave vers la fin. L'auteur se permet régulièrement des digressions documentaires nous livrant des informations précises sur la vie de Scarlett Johansson ou sur la petite ville de Long, dans la Somme, et nous décrit avec grande précision certaines scènes ! C'est d'ailleurs dès fois un peu lourd...

C'est donc un roman à prendre au second (voir au troisième) degré. L'auteur en fait un peu trop avec son style d'écriture qui se veut original, mais qui est souvent pesant. J'ai tout de même bien aimé le petit coté poétique et la grande sensibilité qui  ressort des deux personnages principaux.
Quelques citations:

"C'était un marivaudage adolescent, charmant, patient ; ce moment d'avant où tout est possible ; ces mots posés là, dans le désordre, avant l'écriture" p. 107

"En ce dernier jour de leur vie ensemble, qui fut aussi véritablement le premier, Arthur Dreyfuss découvrit l'une des formes les plus simples et les plus pures du bonheur : être profondément et sans explication heureux en compagnie de quelqu'un d'autre." p.184

"L'amour est le seul moyen de ne pas devenir assassin". p192


samedi 26 octobre 2013

La Gifle, intéressante série australienne

Après les séries nordiques plébiscitées par ARTE, c'est un nouveau continent qui est mis à l'honneur sur la chaîne franco-allemande : l'Australie. La Gifle est une série plutôt bien faite et assez attachante diffusée en septembre dernier.


Cela commence comme une sitcom française : Hector fête son anniversaire en famille et avec quelques amis, le barbecue se déroule dans la bonne humeur dans le jardin d'un pavillon de la banlieue de Melbourne. Toutefois, on perçoit déjà quelques tensions et  non-dits. Et puis, un petit enfant très turbulent en fait voir de toutes les couleurs aux autres enfants et casse les oreilles aux adultes. A bout de nerfs, l'un des invités (le cousin d'Hector) lui administre une gifle monumentale. Suite à cet incident, c'est la crise : les parents du garçonnet sont choqués et s'en vont.


Dans les épisodes suivants, on épousera  le point de vue des différents participants à cette fête et c'est ce qui fait la force de cette série : chaque personnage est interprété avec une grande finesse, on voit comme les points de vue peuvent différer selon le vécu de chacun.
Aussi on commence par Hector qui fête son anniversaire un peu contre son gré et ne reste pas indifférent aux charmes de la jeune baby-sitter de ses enfants.

Hector

Puis c'est au tour d'Anouk, femme moderne à la fois indépendante et fragile qui entre dans la quarantaine. Un  portrait vraiment touchant, sans doute mon préféré!
Ensuite Harry, le cousin d'Hector, issu de la même fratrie grecque, il a un tempérament impulsif et violent mais est également très protecteur. C'est lui l'auteur de la gifle qui sera ensuite la cible des parents du garçonnet.
On épousera aussi le point de vue d'Aicha la femme d'Hector, ou encore celui la jeune baby-sitter...

Rosie et son petit garçon turbulent, ainsi que son papa juste derrière, après la scène de la gifle

A travers chaque portrait se jouent de petits drames personnels plus ou moins liés à cet après-midi où a lieu la fameuse gifle. Certains défendent avec ferveur les parents du petit garçon turbulent, sortes de baba-cools un peu loufoques, d'autres prennent la défense d'Harry l'auteur de la gifle, et cela met à mal l'amitié des trois copines : Rosie (la maman du garçon) Aicha et Anouk...


Partant d'un geste presque anodin, cette série devient vraiment prenante et on s'attache vite aux différents personnages. En effet, ils sont tous interprétés avec justesse, tous sont un peu ambigus, sont présentés avec leurs qualités et leurs défauts. On aperçoit vite les fêlures dans la vie de couple d'Hector et d'Aicha, les pensées racistes refoulées du cousin Harry envers Aicha, la détresse amoureuse d'une adolescente, le difficile passage à la quarantaine (Anouck), la difficulté de se faire entendre au sein d'une famille étouffante (Aicha)...


Et bien sur, le coeur du sujet c'est aussi l'éducation des enfants, les limites à poser ou non, les libertés qui leurs sont accordées, le rôle des parents... et la perception que chacun en a.

Une série intéressante, déjà sortie en DVD et diponible en VOD sur le site d'ARTE

La Gifle (The Slap). - série australienne réalisée par Tony Ayres

dimanche 20 octobre 2013

Omar : un très beau film palestinien

Il est des fois difficile de sélectionner le film à voir, mais la recherche d'un horaire précis peut être un facteur déterminant. :-) Après avoir hésité entre le très (trop?) médiatisé La Vie d'Adèle d'Abdelatiff Kechiche mais qui dure 3 heures, le décalé 9 mois ferme d'Albert Dupontel (un peu trop loufoque?) ou La vie domestique (film bien français au risque d'être décevant?) c'est finalement vers un film étranger, palestinien plus précisément, et très peu médiatisé que je me suis tournée. Et j'ai bien fait. 

Omar  est un film réalisé par Hany Abu-Assad, le réalisateur de Paradise Now. Ce film est une véritable pépite, à la réalisation à la fois sobre et réfléchie, sans musique, sans fioriture. C'est une histoire à la fois dure et émouvante, sur fond de réalisme géopolitique.


Voici l''histoire : Dans la Cisjordanie occupée, Omar franchit quotidiennement, et au risque de se faire tirer dessus, le haut mur qui le sépare de ses amis et de la fille qu'il aime en secret, Nadia, soeur de son copain Tarek. Face aux brimades et sévices de la police et pour lutter contre l'occupation des territoires palestiniens, Omar et ses deux copains, Tarek et Amjad, mettent en place un attentat, un acte de résistance face à l'occupant. Mais la police finit par retrouver leur trace. Il semble qu'ils aient été dénoncés. Omar se fait prendre et va passer de terribles moments en prison. Pour sortir il doit accepter de collaborer avec la police. Du moins c'est ce qu'il essaie de leur faire croire.

Bande-annonce :

Omar, c'est le portrait d'un jeune homme perdu entre ses idéaux, la cause qu'il défend et l'amour qu'il porte à la jolie Nadia. Il veut sauver sa peau tout en gardant son honneur mais il découvre la trahison, la manipulation, la prison... On ne sait jamais de quel coté la balance va pencher : va-t'il trahir ses amis et ses idéaux pour sauver sa peau? Va t'il réussir à se sortir de la terrible main-mise qu'a sur lui le chef de la police?


Le film est bien rythmé, entre les courses poursuites avec la police et les moments de solitude et de réflexion d'Omar, il en ressort une tension permanente. A cette histoire s'ajoutent les péripéties de sa relation avec Nadia, qui s’avéreront en fait être liées à la première intrigue...Omar voit toute sa vie chamboulée à cause de ce fait géopolitique qu'est l'occupation de son territoire : ses relations amicales, amoureuse, etc


De plus, ce jeune acteur qui interprète Omar joue admirablement bien et a une gueule a rendre jalouses les stars d'Hollywood! S'ajoute à tout ça de vraiment belles scènes : celle où les trois copains sont assis dans des fauteuils d'avion au milieu des cactus et où Amjad joue de la guitare, ou lorsque Omar est enfermé en prison avec pour seule compagnie une fourmi dans sa cellule... De beaux moments qui sont filmés de manière assez sobre et esthétique, ce qui contribue à l'émotion véhiculée par ce film.


En plus d'être un beau film, c'est un film qui interpelle sur la situation de ces territoires occupés, sur la vie de ces populations séparées par un mur, sans pour autant porter de jugement. Bref, on ne cesse d'être surpris tout au long du film. Une très belle découverte, à voir !

Omar.  Sorti le 16 octobre 2013, (1h 37min) 
Réalisé par Hany Abu-Assad. Avec Adam Bakri, Waleed Zuaiter, Leem Lubany, Samer Bisharat, Eyad Hourani.

Prix spécial du jury "Un certain regard" lors du festival de Cannes 2013