mardi 5 août 2014

Des formes et des couleurs

Je suis enfin allée voir l'exposition Buren au Musée d'Art Moderne et Contemporain de Strasbourg. Je dis "enfin" car j'en ai beaucoup entendu parlé, mais celle-ci dure jusqu'en janvier 2015, donc vous avez largement le temps d'aller y faire un tour!

Daniel Buren aime prendre en compte deux aspects dans ses œuvres : Premièrement, l'espace, l'endroit où elle vont être exposées, notamment la rue (d'où le terme "travail In Situ"). Ses plus célèbres créations étant les colonnes en marbre noires et blanches derrière le Palais Royal à Paris. Deuxièmement les spectateurs qui sont souvent amenés à déambuler autour des ses représentations.

Les colonnes de Buren à Paris

L'artiste aime construire des œuvres géométriques. De plus, ses "constructions" jouent sur les espaces, les couleurs, les points de vue, la luminosité et ont souvent un rôle décoratif habillant un lieu, un espace et prenant à partie les passants.
C'est un artiste reconnu sur la scène nationale et internationale depuis plus de 30 ans. On peut voir la liste de ses réalisations ici.

L'exposition actuellement présentée au Musée d'Art Moderne s'intitule "Comme un jeu d'enfant, travaux In situ"et se répartit en deux lieux : l'extérieur du musée et l'exposition temporaire dans le musée.


Si vous habitez Strasbourg, vous avez sûrement remarqué le nouvel habillage du musée d'art moderne depuis le mois de juin, constitué d'une multitude de carreaux colorés (rouges, jaunes, bleus, verts et blancs) sur les 1500 m² de la verrière. Avec la lumière et les reflets du soleil, c'est très joli. 

Photo : Rue89 Strasbourg Photo © Daniel Buren, ADAGP 2014 / Musées de Strasbourg, Mathieu Bertola / dr)

Depuis l'intérieur du musée, les couleurs de la verrière semblent plus vives, plus colorées.

Daniel Buren, ADAGP 2014 / Musées de Strasbourg

Daniel Buren, ADAGP 2014 / Musées de Strasbourg

L'exposition temporaire Comme un jeu d'enfant, travaux In situ tient dans une grande salle. Il s'agit en fait de constructions géométriques en bois de toutes formes. La partie au fond de la salle présentent des blocs géométriques blancs sur fonds blancs. Dans l'autre partie de la salle se trouvent des formes géométriques colorées.
Ces formes (cubes,cylindres, tours...)  rappellent des légos ou des jeux de construction pour enfants dont le but est de les emboîter, de construire et de déconstruire. Certaines constructions ressemblent à de petites maisons. 

 Les formes blanches et diverses perspectives :



Daniel Buren, ADAGP 2014 / Musées de Strasbourg

 
Daniel Buren, ADAGP 2014 / Musées de Strasbourg

Daniel Buren, ADAGP 2014 / Musées de Strasbourg

La limite entre les deux parties blanc / couleur :

Daniel Buren, ADAGP 2014 / Musées de Strasbourg

Le "monde des couleurs" :

Daniel Buren, ADAGP 2014 / Musées de Strasbourg





Dans l'ensemble, c'est une exposition très colorée et assez gaie dans laquelle on peut déambuler, mais j'ai trouvé le tout assez simpliste et enfantin, (certes c'est le nom et donc le but de l'oeuvre), mais à mon sens cela manque de message ou de performance artistique.

Exposition Buren, Musée d'Art Moderne et Contemporain de Strasbourg. Du 14 juin 2014 au 4 janvier 2015

mercredi 23 juillet 2014

Il ne fait pas bon danser dans l'Irlande des années 30... Superbe film de Ken Loach

Jimmy's Hall

Ken Loach, réalisateur engagé, défenseur des classes modestes, des travailleurs, de la liberté et de l'égalité aime peindre dans ses films la riche histoire politique et sociale du Royaume-Uni. Le voici de retour avec un  (dernier?) magnifique film engagé et  humaniste. L'histoire se base sur des faits réels, celle James Gralton qui ouvrit à deux reprises un lieu de vie, de culture et d'échange dans un village d'une campagne irlandaise, ce qui lui attira les foudres des conservateurs, de l'Etat, de l'Eglise car il bousculait ainsi l'ordre établit au point d'être condamné. (Plus d'infos sur la vie de James Gralton ici). Cela paraît tellement dingue comme histoire de nos jours qu'il fallait le talent de Ken Loach pour la raconter avec justesse.

L'histoire part d'un fait divers et se transforme en drame social reflétant les tensions et divergences entre classes sociales du pays.


Irlande, 1932. Jimmy revient de New York où il a passé 10 années loin de son pays natal. Il retrouve ses amis, sa mère, la femme qu'il a autrefois aimé. Tous ont été touché par les événements survenus en Irlande durant ces dix années, on le devine à mots couverts.
En 1922, il avait ouvert un "hall" dans son village, un lieu de vie pour danser, apprendre à chanter, à peindre, échanger. Mais les attroupements "libres" non autorisés par l'Eglise et l'Etat font peur car les gens découvrent d'autres façons de penser, d'autres cultures, s'épanouissent et peuvent être moins facilement influençables, voir manipulables. C'est ce que démontre avec justesse ce beau film.

Bande-annonce :



C'est un film très émouvant, pudique, sans mélo. Les personnages sont simples, authentiques, engagés. Et Jimmy (Barry Ward) est très charismatique.
L'histoire se déroule dans la verdoyante campagne irlandaise et offre de magnifiques vues. Les références à l'histoire du pays, à l'IRA, au début du syndicalisme, au puissant rôle de l'Eglise y sont très nombreuses.


L'Eglise, représentée ici par un vieux curé austère et moralisateur, heurté par le désir de vivre de ces habitants et le courage de Jimmy accuse ce dernier d'être un impie, un athée, pire : un communiste et fait tout pour le discréditer auprès de ses fidèles, jusqu'à employer des méthodes limites pour faire culpabiliser au maximum ces pauvres gens. Le personnage du prêtre est intéressant : il est fasciné par Jimmy, cet être libre qui respire la joie de vivre. Il considère le communisme comme une doctrine qui influence les gens qui ont besoin d'être "sauvés", que "croire en quelque chose" alors que l'Eglise fait finalement la même chose. Et Jimmy ne cesse de mettre le prêtre face à ses principes, ses peurs, de remettre en question sa "morale".


Il tente de démontrer que son projet, le "hall" est bon pour les habitants, pour le village, car il permet de les faire se rencontrer, échanger entre eux, se cultiver... Mais c'est véritablement ce qui fait peur à l'Eglise et aux groupes extrémistes et, malheureusement, Jimmy et ses acolytes se retrouveront bien démunis face à la bêtise  et l'obstination du pouvoir en place et auront bien des difficultés à faire changer les mentalités. Le curé est toutefois un personnage assez ambigu car, bien qu'opposant farouche à Jimmy, il finira par reconnaître son courage et sa foi dans ses idées, même si elles sont à l'opposé des siennes, lorsque ce dernier est malmené par une foule hargneuse. Il dira notamment : "cet homme a plus de courage que vous tous réunis!" en regardant partir son plus tenace adversaire.


Jimmy's hall c'est aussi une histoire d'amour impossible, de rendez-vous manqués à cause des tristes circonstances de la vie. Sans grandes démonstrations, Jimmy et Onaagh vous briseront le coeur.


C'est un film sur la joie de vivre, le courage, la volonté de se battre face à l'oppression, pour des convictions, d'aller au bout de ses rêves.


J'ai trouvé ce film sublime, bien construit, mais aussi assez épuré puisqu'il contient de nombreuses ellipses, de sous entendus et de silences qui en font toute la richesse. De plus, les textes sont riches, intelligents. Un vrai bonheur à voir et à écouter (ou à lire, si comme moi vous le voyez en VOST).

Jimmy's Hall / film britannique réalisé par Ken Loach, avec Barry Ward, Simone Kirby, Andrew Scott, Jim Norton, etc. . Sortie le 2 juillet 2014. 

mercredi 2 juillet 2014

La petite communiste qui ne souriait jamais

Après quelques lectures décourageantes, il était temps que je lise de nouveau un livre me redonnant le goût de la lecture. Enfin, après plusieurs mois d'attente (livre très réservé à la médiathèque), j'ai pu lire ce beau roman qui fut récompensé par plusieurs prix littéraires lors de sa sortie en janvier dernier.

La petite communiste qui ne souriait jamais c'est une sorte de biopic romancé de la célèbre gymnaste roumaine Nadia Comaneci qui pulvérisa les records lors des jeux olympiques de 1976, alors qu'elle n'avait même pas 14 ans. Mais ce sont aussi des échanges "imaginaires" entre l'auteur et son sujet d'écriture, le narrateur tentant de percer les secrets de la jeune gymnaste. A vrai dire, ce mélange de styles est un peu troublant car, apparemment, l'auteure n'a jamais eu de véritables échanges avec Nadia, la plupart de ces "conversations" -qui semblent pourtant très réalistes- seraient en fait tirées d'un livre autobiographique de Nadia Comaneci ! (De nombreuses sources documentaires sont citées à la fin du livre).
Mais, en plus d'être une histoire vraie, c'est également un roman d'aventures qui rend palpitante et énigmatique la vie de cette jeune championne. Enfin, il s'agit d'un roman historique puisqu'à partir du récit de la vie de Nadia C, Lola Lafon en fait une histoire de la Roumanie sous Ceausescu.


L'histoire :

Qui se cache derrière cette championne de gymnastique roumaine? Qui est cette adorable fillette qui fit "planter" les tableaux d'affichage de Montréal qui n'avaient jamais affichés la note 10.00 auparavant? (et affichèrent du coup 1.000!)
L'auteure décrit l'enfance de la jeune Nadia, repérée dans sa cour de son école par celui qui sera son entraîneur, Béla. Ce dernier est à la tête d'une école de gym, une véritable "fabrique" de championnes, qu'il entraîne sans relâche, sans pitié, malgré leurs blessures, les privations, pour en faire les meilleures, à la gloire de la Roumanie communiste. C'est ainsi que Nadia rafle toutes les médailles lors des JO de Montréal en 1976 et devient une idole dans son pays. Ceaucescu en fera une icône du pouvoir, un symbole de la force, du courage, de la ténacité et de la réussite communiste. Ainsi, elle deviendra un modèle pour toutes les petites filles roumaines mais aussi du monde entier.


De longs passages décrivent les entraînements drastiques, impitoyables qu'elle a pratiqué, la volonté de cette petite fille devenue championne du monde, son obsession de la réussite, le régime alimentaire drastique auquel elle doit se tenir, qui frise l'anorexie, pour rester la plus légère possible, puis, le traumatisme d'un corps qui change à l'adolescence, qu'elle appelle la "maladie". La puberté qui entraîne le rejet de ses paires et des médias face à une gymnaste un peu trop féminine, un modèle qui s'éloigne de l'adorable fillette, de "petit écureuil" (surnom que lui donne son entraîneur) qu'on a connu quelques années plus tôt.

Couverture du magazine Time en 1976 après l'épreuve des JO de Montréal

Ce roman dénonce l'instrumentalisation des sportifs par les politiques, en particulier sous le régime communiste. Il met aussi en évidence l'influence des médias sur la création d'un "star système" tellement fragile.

Pourquoi j'ai aimé ce livre :

J'ai beaucoup aimé ce roman car son sujet est intéressant et instructif : je suis trop jeune pour avoir connu les exploits de cette jeune gymnaste qui passionna les foules et qui fut instrumentalisée par le pouvoir communiste roumain. Ce livre montre bien à quel point les jeux olympiques et le sport de manière générale peuvent être utilisés par un régime, jusqu'à en faire une "arme" politique. Le roman est très bien documenté, ce qui fait qu'à plusieurs reprises j'ai été tenté de vérifier certains faits sur Internet. Même les plus tristes s'avèrent véridiques!
De plus, on est plongé dans la Roumanie de Ceaucescu, l'auteure détaillant le quotidien des habitants, l'espionnage, les lois absurdes, les privations, l'utilisation des femmes comme "machines à reproduire" et les horribles contrôles de fécondité, les échanges avec l'Occident... Là aussi j'ai appris énormément de choses.

Représentation officielle de Nicolae Ceaușescu, dans le style du réalisme socialiste. / Wikipédia

Puis vers la fin, lorsque Nadia fuit le régime communiste au dernier moment pour les Etats-Unis, alors qu'elle apparaît rondelette et hautaine, que son image est ternie par les médias, l'auteur met l'accent sur le contraste entre un pays capitaliste, libéral, soit disant "libre" qui apparaît tout aussi impitoyable que le régime communiste, dans un autre genre. D'ailleurs, Nadia dira qu'elle est dans un pays libre mais ne se sent pas "libre". On apprend aussi quelques informations sur sa fuite mystérieuse, ses mauvaises rencontres etc. Tout cela est passionnant.

Lola Lafon se démarque par son style, tantôt romanesque, tantôt épistolaire, où s'ajoutent de nombreuses notes en italiques décrivant les échanges souvent ambigüs entre l'"auteure" et la gymnaste. Les chapitres sont courts, l'écriture fluide et claire, le style agréable, ce qui est un véritable plaisir pour la lecture.
Vers la fin du roman, le rythme s'accélère en parallèle aux événements qui y sont relatés : la chute de Ceaucescu et la fuite de Nadia.

Lola Lafon est une auteure franco - russo - polonaise qui a vécu notamment à Bucarest. Elle est aussi passionnée de danse. C'est pourquoi ce livre a du lui tenir à coeur car il est vraiment bien documenté et construit.

Bref, tant sur la forme que sur le fond, j'ai beaucoup aimé ce livre alors que je ne suis pas passionnée de gymnastique!

La petite communiste qui ne souriait jamais / Lola Lafon . - Actes Sud, 2014

Quelques citations : 

- Elle est l'Enfant nouvelle du progrès, plus moderne encore que l'industrie pétrolière roumaine en pleine expansion. p. 106

- Je ne vais pas tourner le dos à ce qui me fait peur. Je fais face, parce que la seule façon d'échapper à ma peur c'est de la piétiner. p. 161

- Le pays, m'explique Radu P., un journaliste, était devenu une fiction à laquelle personne ne croyait, personne... Il fallait continuer à faire semblant. Les années 1980 étaient le cauchemar de l'absurde... p.218

- Décret : toutes les femmes de 18 à 40 ans devront se soumettre à des examens gynécologiques mensuels sur leurs lieux de travail pour détecter une éventuelle grossesse [...] p 231

- Avant, il n'y avait rien dans les magasins, aujourd'hui, il y a tout et on n'a pas les moyens d'acheter quoi que ce soit, alors quel système est le meilleur, ils posaient la question comme une équation amère. p 253
[...] "En 1989, ont-ils donné leur vie pour que nous ayons plus de Coca-Cola et de McDonald's? Ont-ils donné leur vie pour que nous devenions esclaves du FMI? Sont-ils morts pour que nous nous enfuyions toujours plus loin de cette Roumanie qui ne peut nous offrir une vie décente? [...] p 253

- Ils avaient constamment peur, c'est vrai, peur de dire des choses interdites, aujourd'hui, on peut tout dire, félicitations, seulement personne ne nous entend... Avant on avait pas l'autorisation de quitter la Roumanie, mais aujourd'hui personne n'a les moyens de quitter le pays. A la censure politique est terminée, mais pas de souci, elle a été remplacée par la censure économique. p 255

- C'était un lutin vierge qui, d'un adorable geste de la main à la fin des exercices nous faisait frisonner, ses cheveux brillaient comme ceux d'une poupée, rien chez elle, de chez adolescentes lascives et molles que Hollywook nous sert à la louche : c'est un angelot de fer, moralement inflexible. La petite communiste qui enseignait au monde entier l'équilibre sur les pointes de ses petons rayonnait sur nos vies, jusqu'au moment où  : elle nous piétine ! p. 276

- Les médias occidentaux managent le récit de la révolution roumaine, une histoire très semblable à celle de Nadia C. : des chiffres, des juges et du direct. La révolution, cet hiver 1989, fut le show mondial fascinant, le spectacle haletant d'une chute, détrônant celui des gamines implacables qui ne tombaient jamais. p.307



mercredi 4 juin 2014

Le bleu est une couleur chaude

Après des mois d'attente, cet album étant beaucoup réservé à la médiathèque, j'ai enfin eu l'occasion de lire la superbe bande-dessinée, Le bleu est une couleur chaude, écrite par Julie Maroh, talentueuse auteure de BD de 28 ans.


Vous n'avez jamais entendu parlé de cet album? Pourtant vous avez tous entendu parlé de La Vie d'Adèle le film réalisé par Abdellatif Kechcich qui a eu la palme d'or à Cannes l'an dernier ?! Et bien, le film est librement inspiré de cette BD. Je n'ai pas (encore) vu le film, le battage médiatique autour d'une oeuvre me décourageant plutôt que m'incitant à aller le voir. S'ajoute à cela la durée de 3 heures de ce chapitre 1... Toutefois, maintenant que j'ai lu la bande-dessinée, j'envisage de voir si film de Kechiche est fidèle à la BD ou non.

Le bleu est une couleur chaude raconte le passage à l'adolescence de Clémentine, qui, à 15 ans, "flache" sur Emma, une fille aux cheveux bleus, un peu plus âgée qu'elle. Cette brève rencontre la hantera pendant de longs mois, jusqu'à ce qu'elles se rencontrent à nouveau et se rapprochent petit à petit. Clémentine, qui se considère comme hétéro, s'interroge sur ses pensées, lutte contre ses désirs qu'elle trouve "contre-nature", d'autant plus qu'elle est rejetée par ses camarades après qu'ils l'ai aperçue avec son amie lesbienne. Heureusement, son ami homo Valentin est toujours là pour l'écouter et la soutenir. 

Dès les premières pages on sait que Clémentine est morte puisque Emma lit ses journaux intimes et les lettres d'amour qu'elle lui a adressé. On sait d'emblée qu'il s'agit d'une histoire triste. On découvre ensuite leur histoire, leur rencontre, leur amour compliqué. Les deux tiers de l'album retracent l'adolescence de Clémentine, puis, on fait un saut dans le futur (10 ans après) dans les dernières pages. J'ai d'ailleurs été un peu surprise par ce déséquilibre, cette accélération du temps dans les dernières pages par rapport au reste de l'album.

C'est une BD très émouvante qui montre les sentiments et la sensibilité d'une jeune fille en quête de son identité, de sa sexualité. Les textes sont bien écrits et touchants. C'est une BD à lire, contre les préjugés, pour l'amour, la tolérance, la vie.

Cette BD a reçu le prix du public au festival d'Angoulême en 2011.


Quelques citations :

"L'amour est quelque chose de trop abstrait et d'indiscernable. Il est dépendant de nous, perçu et vécu par nous. Si nous n'existions pas, il n'existerait pas. Et nous sommes tellement changeants ... Alors l'amour ne peut que l'être aussi.
L'amour s'enflamme, trépasse, se brise, nous brise, se ranime ... : nous ranime. L'amour n'est peut-être pas éternel mais nous, il nous rend éternels ...
Par-delà notre mort, l'amour que nous avons éveillé continue d'accomplir son chemin."

"et c'est peu à peu que j'ai compris que nos façons d'aimer étaient multiples. On ne choisit pas de qui on va tomber amoureux et notre conception du bonheur s'impose à nous-même selon notre vécu."

"Je me sens perdue, seule au fond d'un gouffre. Je ne sais pas quoi faire, j'ai l'impression que tout ce que je fais en ce moment est contre-nature... Contre ma nature. Mais pourquoi cette vie convient aux autres et pas à moi ?"

mardi 13 mai 2014

D'une vie à l'autre : quand les secrets politiques refont surface dans une famille norvégienne

D'une vie à l'autre

Voici un petit film allemand - norvégien qui mérite le détour. 1990, la chute du mur du Berlin, la réunification allemande, la fin de la Guerre Froide. Quel est le lien entre ces faits historiques et la famille norvégienne dans laquelle nous sommes immergés au début du film? La mère Kathrin travaille dans une agence de publicité, son mari est capitaine de navire, leur fille étudiante est déjà maman et la grand-mère vient à la rescousse de la famille débordée pour garder le bébé, tous forment ainsi une famille apparemment normale et bien occupée.


Or, le film commence par une scène où Kathrin arrive à l'aéroport, se rend dans les toilettes pour se changer et met une perruque avant d'embarquer incognito pour l'Allemagne. On sait d'ores et déjà qu'elle a des secrets.


Arrivée en ex-RDA, elle se rend dans un Lebensborn , un orphelinat abandonné, à la recherche d'une ancienne infirmière. On pense bien sûr qu'elle est à la recherche de son passé d'orpheline. Mais la suite du film nous réserve bien des surprises. Un avocat enquête sur le devenir des enfants nés de père allemand et arrachés à leur mère norvégienne pour être envoyés en Allemagne et s’intéresse de près à la famille de Kathrin, en vue d'un procès de réhabilitation à la Cour Européenne des Droits de l'Homme. Cela n'enchante pas du tout cette dernière et viendra compliquer la paisible existence qu'elle s'était construite.


Ce film met la lumière le passé de l'Allemagne. Tout d'abord le passé nazi avec le cas des "Lebensborn", ces orphelinats montés par lesSS en vue de renouveler la "race aryenne". Lors de l'occupation des pays voisins de l'Allemagne, les femmes ayant eu des relations avec des soldats allemands ont donné naissance à des bébés qui leur ont ensuite été arrachés et envoyés dans ces Lebensborn. C'est cet aspect qui est abordé ici. Le film aborde également la politique de la Stasi dans l'ex RDA, de 1950 à 1990.

Bande-annonce :


En effet, le réalisateur met en évidence les méthodes d'espionnage de la Stasi, le service de renseignement de la RDA, qui n'hésitait pas à endoctriner et former des enfants dès leur plus jeune âge pour en faire des agents de renseignement, à manipuler de nombreuses personnes et à éliminer les gêneurs.

D'une vie à l'autre s'inspire de faits réels et m'a permis de découvrir ce triste pan de l'histoire, c'est pourquoi j'ai trouvé ce film très intéressant.


Avec un petit coté rétro dans la réalisation, fidèle aux années 1990, ce film est assez réussi et j'ai été rapidement happée par l'histoire. Seul bémol, les "flach back" en version brouillée m'ont semblé des fois surfaits. 
Dans l'ensemble c'est un bon film, entre drame familial, film historique et film d’espionnage L'actrice interprétant Kathrin et celle jouant sa mère, toute en retenue, sont remarquables.
En bonus, quelques beaux panoramas des côtes sauvages de Norvège.

Petite remarque concernant l'affiche du film : il est écrit "le croisement réussi entre "La vie des autres" et "Borgen" mais franchement je n'ai pas vu le rapport! (surtout avec Borgen, ce n'est pas parce-qu’un film est scandinave qu'il faut forcément faire le rapprochement!)

samedi 10 mai 2014

Night Moves, un film noir sur l'activisme écologique

Night Moves est un film réalisé par l'américaine Kelly Reichardt qui raconte l'action clandestine de jeunes activistes écologiques au fin fond de l'Oregon, le tout de manière très réaliste. C'est à la fois un film d'auteur épuré, un drame social et un thriller psychologique.


L'histoire : Josch est un jeune homme taciturne qui travaille dans une ferme bio et vit dans une yourte sur l'exploitation. Il retrouve Dena, une jeune femme pâle travaillant dans un centre zen. Tous deux partagent des convictions écologiques et des pensées assez radicales. Il partent en virée pour rencontrer celui qui est apparemment l'instigateur d'un attentat. En cour de route, ils vont acheter un bateau baptisé "Night move" pour mener à bien leur action. 


Lors de la première demi-heure du film, on suit ces deux jeunes gens engagés contre l'exploitation des forêts et des rivières. Ils parlent peu, semblent désabusés et déterminés. Quelques minutes après le début du film, on sait déjà que la principale action du film sera l'explosion d'un barrage. On suit alors toute la préparation quasi minimaliste de cet attentat. 
Malgré un scénario assez simple, la réalisatrice parvint à maintenir une tension quasi permanente, notamment grâce à sa manière de filmer ses personnages au plus près et au choix d'une musique souvent angoissante.


Le rythme général du film est plutôt lent, de nombreuses scènes sont contemplatives, la réalisation soignée. On voit notamment de beaux plans de la rivière, de la forêt, des champs. On suit vraiment la progression de l'action "en temps réel", notamment lorsque les jeunes gens embarquent sur le lac la nuit, en silence, en direction du barrage.

Bande-annonce :

Cette action tant attendue ne sera pourtant pas montrée, la réalisatrice préférant filmer les jeunes gens au volant de leur voiture fuyant en silence. C'est là toute la force de ce film, davantage centrée sur la psychologique des personnages que sur les actions spectaculaires et les rebondissements. La plupart des sentiments des protagonistes sont d'ailleurs suggérés.


Après l'action principale au milieu du film, le rythme s'accélère et s'avoisine à celui d'un thriller, mais je ne peux pas en dire plus au risque d'en dévoiler trop. 
Dans l'ensemble, j'ai bien aimé ce film noir à la réalisation soignée. C'est assez rare de voir le militantisme écologique comme sujet principal d'un film, la question des risques de telles actions, des remords, de la culpabilité sont bien mises en avant également. Toutefois, j'ai trouvé quelques scènes un peu trop contemplatives et la fin... surprenante m'a laissé un peu dubitative (mais c'est sans doute là le but recherché!)


dimanche 4 mai 2014

Un tueur au bout du tunnel! Une série glaçante.

Voici une série franco-britannique pas trop mal faite, diffusée sur Canal + qui s'inspire d'une série danoise intitulée Bron datant de 2011.


Il s'agit d'une série policière assez noire. Elle débute par la découverte d'un corps au milieu du tunnel sous la Manche, juste à la frontière entra la France et l'Angleterre. Les équipes de polices française et britannique seront amenées à travailler ensemble sur cette enquête. Le mystère s'épaissit quand ils découvrent que le corps est en fait coupé en deux et qu'il s'agit du buste d'une femme politique française et des jambes d'une prostituée anglaise. Cet horrible meurtre est revendiqué par un terroriste qui annonce que ce n'est que la première de cinq vérités sur les inégalités sociales qui sévissent dans les deux pays.
L'équipe du policier anglais Karl (Stephen Dilliane), quinquagénaire attachant,  père de 4 enfants, doté un sens de l'humour typiquement British va devoir travailler avec celle d'Elise, trentenaire française froide, blasée, directe, asociale. (interprétée par Clémence Poesy)



Au fil des épisodes, le terroriste masqué s'en prend à différentes cibles afin de "dénoncer" certains faits de société, que ce soit les jeunes, les personnes âgées, etc. quitte  à prendre des dizaines de vie. Il joue au chat et à la souris avec les policiers et leur propose des intrigues. Si son message est de dénoncer les inégalités sociales, il s'apparente de plus en plus à une quête personnelle, une sorte de vengeance, au fur et à mesure qu'on avance dans la série. 
Chaque épisode nous en apprend un peu plus sur les deux personnages principaux Karl et Elise, les blessures de leur passé, leur vie privée.


Sans dévoiler la fin de la série, je peux juste dire que les deux derniers épisodes sont vraiment prenants !
Dans la réalisation et la mise en place de l'intrigue, cette série me fait penser à Braquo (Autre série noire de Canal +. De plus, le caractère d'Elise est similaire à celui de Roxane Deldago dans Braquo !)

Toutefois, j'ai trouvé les plans du tueur / terroriste assez tordus, manquants de cohérence entre eux, mais on peut se dire que c'est l'oeuvre d'un fou surdoué. De plus, le personnage d'Elise me semble un peu trop caricatural à mon goût (la fille froide, sans attache, frondeuse et déterminée).