jeudi 5 mars 2015

Citizenfour : espionnage, scandale politique, mensonges, poursuites : l'affaire Snowden "pour les nuls" dans un très bon documentaire !

Vous rappelez-vous l'affaire Snowden, ce scandale des écoutes, qui a éclaté en 2013? Vous n'y avez pas compris grand chose ou n'avez pas tout suivi ? Je vous rassure, moi non plus. Heureusement que la réalisatrice Laura Poitras a réalisé un très bon film documentaire retraçant cette affaire d'écoute pour tout nous expliquer !


Réalisatrice de deux premiers films documentaires visant à révéler les dérives de l'Amérique post 11/09/2001, My country, my country (2006) et The Oath (2011), Laura Poitras est alors placée sous surveillance et arrêtée plus de 40 fois à la frontière américaine ! Elle parvient quand même à s'envoler pour Berlin où elle poursuit ses recherches sur les programmes de surveillance de masse aux USA, en vue de réaliser un nouveau reportage. C'est alors qu'elle est contactée par un certain "Citizenfour" qui a des révélations à lui faire concernant la surveillance, à leur insu, de millions d'américains.

bande-annonce :

La réalisatrice part alors à Hong Kong rejoindre ce mystérieux correspondant. Elle fait ainsi la connaissance d'un jeune homme timide de 29 ans, Edward Snowden, technicien réseaux pour la NSA. Ce dernier, souhaite révéler que les services secrets américains ont un plein accès aux données personnelles de milliers de citoyens américains via leurs mails, comptes de réseaux sociaux, historiques de recherche Internet, etc. et peuvent également espionner des entreprises, voir des Etats, au prétexte d'une surveillance antiterroriste, mais dont le but véritable est économique. Il dénonce l'existence et l'usage abusif de programmes de surveillance de masse par les services de renseignement américain mais aussi britannique.
Il souhaite dénoncer ce qu'il considère comme une grave atteinte aux libertés individuelles et un abus de pouvoir d'une démocratie moderne. Les entretiens dureront une semaine, dans sa chambre d’hôtel.

Edward Snowden

A partir de cette rencontre, Laura Poitras va filmer en temps réel tout le déroulement de cette affaire. Grâce à l'enquête minutieuse et à la ténacité d'un journaliste de l'édition américaine du quotidien The Guardian, Glenn Greenwald, lui aussi contacté par Edward Snowden, ainsi que de quelques personnes dévouées à leur cause, ils finiront par rendre publique cette affaire d'espionnage qui va devenir une véritable affaire d'Etat.

Ed. Snowden et Glenn Greewald (The Guardian)

Après le montage, il en résulte un documentaire très bien construit, alternant de longs plans d'Edward Snowden, pensif, anxieux, coincé dans sa chambre d’hôtel de Hong Kong, de vues sur les sites d'écoute, d'extraits de discours de hauts fonctionnaires, d'experts, d'informaticiens et même du président Obama. On voit notamment les responsables de la CIA et de la NSA nier devant la Cour n'avoir jamais eu accès à des données personnelles de citoyens américains... avant que le contraire ne soit révélé.

On se croirait dans un film ou une série policière (Person of Interest) ou un roman d'espionnage de John Le Carré, comme le dit d'ailleurs le journaliste du Guardian. Mais c'est bien la vérité. Ça se passe aujourd'hui, aux Etats-Unis et en Europe. Et c'est toujours d'actualité (cf article du Monde du 05/03/2015 à propos des écoutes dans les îles Pacifiques).

Ce reportage met également l'accent sur le rôle important des médias dans ce genre d'affaire, la manière dont est traitée l'information et, surtout, comment elle est révélé. Car il y a des précautions à prendre. Par exemple, Edward Snowden n'a jamais souhaité rester anonyme et se dit dès le début prêt à assumer la responsabilité de ses révélations. Accusé de divulguer des informations classées "secret-défense", voir de trahison, il risque la prison à coup sûr. Mais révéler son identité trop tôt éclipserait le scandale en lui-même pour se concentrer sur sa personnalité. Par ailleurs, le film souligne les pressions faites par le pouvoir politique sur les médias pour détruire les documents de Snowden et pour étouffer l'affaire.

La dernière partie du reportage nous tient en haleine car dès que l'identité d' E. Snowden est révélée, celui-ci est menacé et doit se cacher. La parano s'installe. On suit alors les péripéties de sa fuite, organisée par les journalistes et Julian Assange de Wikileaks. L'affaire n'est pas terminée pour autant, puisque la fin du reportage ouvre la porte sur un autre scandale ! A suivre...


Citizenfour est avant-tout un film citoyen, que tout le monde devrait voir. Il s'agit d'un de ces reportages qui résulte d'un véritable travail journalistique servant une grande cause qui est celle des libertés individuelles, plus particulièrement de la liberté d'expression, et qui interroge sur le devenir de nos démocraties. C'est un film sur l'importance des "lanceurs d'alertes", ces personnes qui dénoncent les dérives d'un système et deviennent de ce fait des "parias".

Le film a remporté l'oscar du meilleur documentaire lors de la cérémonie de février 2015. Un comble pour une affaire qu'on a voulu étouffer !

La réalisatrice Laura Poitras entourée de son équipe lors de la remise 
de l'Oscar du meilleur film documentaire 2015


Merci à Rue89Strasbourg pour les invitations pour ce film que je ne serai peut-être pas allée voir naturellement.

Après la projection avait lieu un débat très intéressant avec des "lanceurs d'alertes" alsaciens, eux aussi victimes de pressions suite à leurs révélations. Il s'agissait de Serge Humpich, qui a dénoncé l’absence de cryptage des données des cartes bancaires, de Viviane Schaller, qui a dénoncé les déficiences d’un test sur la maladie de Lyme ainsi que d'un pharmacien dénonçant les pressions exercées par l'industrie pharmaceutique. Le professeur Christian Marescaux, qui a dénoncé l’utilisation des IRM par les pratiques privées dans les hôpitaux, a quant à lui été excusé.

Pour conclure : Restons informés, mobilisés et soyons vigilants!

Citizenfour / film documentaire réalisé par Laura Poitras avec la participation d'Edward Snowdenn, Glenn Greenwald, Kevin Bankson, William Bourdon, etc. Sortie nationale le 4 mars 2015.



mercredi 4 mars 2015

Birdman : un film remarquable sur la forme, mais décevant sur le fond

Film étrange et pour le moins original que ce Birdman, récompensé récemment par trois oscars. Le réalisateur mexicain Alejandro González Iñárritu dépeint ce qu'est le métier d'acteur, les nuances entre comédien au théâtre et acteur de cinéma et amène à une réflexion sur le besoin de reconnaissance, l'égocentrisme et le narcissisme.


L'histoire : Riggan Thomson (Michael Keaon) était l'acteur principal d'un blockbuster des années 1990 dans lequel il incarnait un super-héros, the "Birdman", ce qui l'a rendu célèbre. Or, 20 ans après, il a perdu de sa renommée et regrette ces années où il était adulé. La voix grave de "Birdman" sonne toujours dans sa tête comme un alter-égo pour lui rappeler sa popularité de jadis, jusqu'à le rendre schizophrène. Aujourd'hui metteur en scène à Broadway, il monte une pièce dans laquelle il joue également et avec laquelle il cherche à regagner en prestige. Il aimerait ainsi redorer son image, montrer que l'acteur de blockbuster peut être aussi un talentueux et respecté metteur en scène de Broadway. Aidé de sa fille, incarnée par une Emma Stone aux yeux de biche, à la fois désinvolte et fragile, et de son ami producteur et avocat, il embauche un acteur populaire (interprété superbement par Edward Norton) à forte personnalité pour incarner un rôle important dans sa pièce.

Bande-annonce :

La réalisation est parfaite de bout en bout, à la fois réfléchie, harmonieuse et poétique. Un soin particulier est apporté à la lumière, au cadrage, à la scénographie avec, par exemple, la juxtaposition d'images insolites et métaphoriques au début et à la fin du film.

Riggan Thomson et son alter-égo the Birdman

Par ailleurs, on peut souligner la juste interprétation des acteurs, Michael Keaton, Edward Norton, Emma Stone et Naomi Watts jouent à merveille leur double jeu. Pour un film sur le théâtre, le texte a été particulièrement travaillé. Les dialogues sont riches, littéraires, alignant une suite de brillantes citations.
De plus, le film est sans cesse rythmé par des percussions souvent entêtantes et l'on aperçoit d'ailleurs à plusieurs reprises les musiciens : un spectacle en pleine rue, un batteur isolé dans le studio, etc.

Birdman, c'est une critique du métier d'acteur, de la "critique" justement et du microcosme culturel qui est y est lié, de la célébrité. Le film montre un milieu où l’orgueil et l'ambition sont des moteurs mais peuvent également être des handicaps. Mais c'est aussi un film sur le besoin d'amour et d'admiration. La femme de Riggan lui dit d'ailleurs à un moment : " Tu as toujours confondu amour et admiration".

Riggan Thomson et Mike Shiner se battant

Malgré quelques difficultés le premier quart d'heure pour entrer dans l'histoire, on se laisse finalement prendre au jeu de cette histoire un brin loufoque où on ne sait jamais si les personnages sont eux-même ou jouent leur rôle, la limite étant de plus en plus floue au fur et à mesure que l'on avance dans le film. Mike, un des acteurs vedettes de la pièce, dira d'ailleurs qu'il n'est vraiment lui même que lorsqu'il joue dans une pièce, il interprète le personnage à fond alors que dans sa vie il est superficiel.

Sam la fille de Riggan Thomson

Rien à redire donc sur la réalisation et la scénographie. Cependant, j'ai trouvé ce film trop intellectualisé, exagérément métaphorique, notamment la fin qui se veut sûrement poétique mais m'a semblé tirée par les cheveux.

Dans l'ensemble, je trouve donc que la performance technique et le jeu d'acteur sont certes remarquables, mais que l'histoire reste assez banale, en tout cas elle ne m'a pas emballée. C'est un film sur le théâtre, le cinéma, l'égo, le besoin de reconnaissance, de célébrité, bref, des choses qui ont probablement touchées les membres du jury de cette cérémonie des oscars 2015 ! Le film a effectivement reçu l'oscar du meilleur réalisateur, celui de meilleur film et celui de meilleur scénario. 

lundi 16 février 2015

Une expo photo dans un ancien bunker ? un point fort !

Belle découverte que cette petite galerie d'art contemporain qui a ouvert ses portes il y a un an dans un ancien fort militaire, à 15 km au nord de Strasbourg !
Le Point Fort est un lieu atypique : ancien abri d’artillerie souterrain construit à la fin du XIXe siècle par les Allemands, il était depuis de nombreuses années à l'abandon. Récemment, deux jeunes étudiants en histoire de l'art ont décidé d'en faire une nouvelle galerie d'art contemporain sur Strasbourg. Le caractère historique du lieu a été préservé, l'intérieur repeint et ainsi mis en valeur. D'autres aménagements, notamment à l'extérieur avec des jardins, sont prévus.

Un lieu original, un projet ambitieux, des artistes prometteurs, un bel endroit à découvrir ! Seul bémol, ce n'est pas très bien indiqué si on ne sait pas où ça se trouve. Mais, bon à savoir pour les cyclistes, c'est sur la piste des forts, une bonne idée pour faire une petite pause !

photo personnelle

photo personnelle

Le lieu propose de faire découvrir au public chaque mois un autre artiste contemporain prometteur, local ou non. L'entrée est gratuite, il faut juste sonner à la porte du fort pour que quelqu'un vienne vous ouvrir! Dans notre cas ce fut un monsieur très accueillant, ravi de donner des explications sur le lieu à ses rares visiteurs du jour!

Nous sommes allés voir l'exposition de Charlotte Aleman, une artiste photographe, rencontrée il y a quelques mois (et embauchée d'ailleurs pour un événement privé dans quelques mois!)

© Jean-Marc Nigon/Galerie Le point Fort, 2015.

Charlotte exposait jusqu'au 15 février sa série Icônes et Projections dans ce lieu particulier. D'ailleurs, cette exposition lui a valu un bel article sur Rue89Strasbourg.
Parmi les photos exposées, se trouvaient celles issues de la série " Icônes", où une modèle a joué le jeu à la perfection de la mise en scène dans des postures insolites, avec costumes et maquillage à l'appui. Le rendu est plus que réussi, avec des couleurs vives, une belle lumière... Cela donne lieu à des photos étranges, ésotériques, qui interpellent et font penser à des peintures, à des icônes religieuses. Des oeuvres baroques et modernes à la fois.

Quelques photos des oeuvres que j'ai préférées, prises lors de ma visite de l'exposition (d'où certains reflets et ombres dans les oeuvres originales) :

oeuvre de Charlotte Aleman

oeuvre de Charlotte Aleman


oeuvre de Charlotte Aleman

oeuvre de Charlotte Aleman

Une autre série de photos est réalisée sous forme de montage photographique, pour un rendu tout aussi mystérieux. Il s'agit de la série "Projection". La photo ci-dessous m'a particulièrement interpellée, elle incite au rêve, à l'imagination.

oeuvre de Charlotte Aleman

D'autres photos font partie d'une série appelées "Narcose" : des photos en noir et blanc où les sujets se détachent sous formes de lignes blanches sur un noir abyssale. Des personnages étranges là encore,  à la fois fascinants et inquiétants.

photo personnelle des oeuvres de Charlotte Aleman

NARCOSE 2 bd
 photo issue du site Rue89Strasbourg

Une autre série de photos ainsi qu'une vidéo montre des portraits d'enfants, il s'agit de la série "Cendres". La vidéo présente ces clichés avec pour légende la phrase de Christian Boltanski : « nous avons tous un enfant mort en nous que nous transportons, qui est ce que nous étions, et ce que nous ne sommes plus».  Une série de photos mélancoliques, un rappel du temps qui passe, un clin d'oeil pour nous rappeler de conserver notre âme d'enfant.

Et enfin, à l'extérieur, deux oeuvres rappellent une série de photos réalisées par Charlotte Aleman l'année dernière : les "éphémères", des photos de plantes inspirées des aquarelles des botanistes, se détachant sur fond blanc, très lumineux. Ces photos avaient pris la place des publicités sur quelques panneaux publicitaires au centre-ville de Strasbourg en octobre dernier, sans inscription, invitant à renouer avec le végétal.


oeuvre de la série Ephémère, Charlotte Aleman

Si vous passez par Vendenheim au mois de mars, vous pourrez de nouveau apercevoir ces photos à la place des publicités !

C'était donc une belle petite exposition de photos originales empreintes de mystère et de rêve présentées dans un lieu insolite que j'ai été contente de découvrir! C'était le dernier jour de l'exposition ce 15 février, mais vous pourrez retrouver le travail de Charlotte Aleman dans d'autres lieux et d'autres artistes seront aussi à découvrir dans cette galerie prochainement.

Exposition "Icônes et Projections" de Charlotte Aleman à la galerie Le Point Fort,
Ancien Abri n°A28A
Rue de la Côte · RD 31
67206 MITTELHAUSBERGEN

>> Le site de la galerie Le Point Fort : http://www.lepointfort.eu
>> Le site de Charlotte Aleman : http://charlottealeman.com/


vendredi 13 février 2015

"Bons à rien", une sympathique comédie à l'italienne

J'ai eu la chance de gagner deux places pour assister à l'avant-première d'un petit film italien, en présence de l'acteur principal du film qui est aussi le réalisateur : Giani Di Gregorio. Ce fut l'occasion de découvrir Bons à rien, une comédie sympathique au scénario plutôt simple,  avec des personnages attachants. Un film attendrissant que je ne serai pas forcément aller voir sans invitation !


L'histoire : Gianni est plutôt timide et bienveillant et se laisse sans cesse marcher sur les pieds, que ce soit par ses proches, au travail, par sa voisine... Il ne sait pas dire non ! Alors qu'il se croyait à quelques semaines de la retraite, on lui annonce subitement qu'il lui faudra donner trois années de plus à son travail et, qu'en plus, il est muté dans une banlieue excentrée de Rome. Gianni tente comme d'habitude de se fondre dans le moule, mais non sans difficultés. Sa tension ne cesse de grimper et le nouvel amant de sa femme, un dentiste-un peu médecin-un peu psy, lui conseille vivement de se rebeller s'il veut préserver sa santé!

Bande-annonce :

C'est là une révélation pour Gianni qui va découvrir une facette de sa personnalité qu'il ignorait. Il va réaliser toute une série de petites vacheries qui vont finir par le  libérer d'un poids, lui faire gagner de l'assurance. Il va ensuite prendre sous son aile son collègue Marco qui se fait lui aussi complètement écraser par son entourage !


Bons à rien est un film sans prétention qui met l'accent sur les petits plaisirs de la vie, sur les limites de la bonté et de la bienveillance. Evidemment, ce n'est pas un film à voir absolument. Toutefois, c'est film touchant par sa simplicité, un bon moment de détente. Cette comédie est bien construite et pas si légère que ça car y sont abordés des sujets contemporains : la solitude, la timidité, la manipulation, le fait de se faire respecter...


Alors, je reconnais avoir souvent souri mais pas franchement rit durant cette comédie (mais je suis difficile) Les personnages sont caricaturaux, les traits ont été forcés, (une bonne pâte un peu béta, une cruche nympho, une vieille acariâtre...) mais il n'empêche qu'ils sont drôles de part leurs maladresses et leurs mimiques.
Ce qui fait l'attrait de ce petit film, à mon sens, c'est sa modestie, la tendresse qui émane du personnage de Gianni et la forte personnalité des autres personnages. De plus, bien que le scénario soit assez simple, le film ne manque pas de rythme : dans la première partie du film, c'est Gianni qui apparaît comme la victime, puis, dans la seconde partie du film, c'est son ami Marco qu'il tente d'aider.
Aussi, je trouve que ce petit film apporte une véritable bouffée d'optimisme !


Après la projection, avait lieu une rencontre avec le réalisateur et acteur principal du film, Gianni Di Gregorio, qui interprète son alter égo dans ce film. Ce moment d'échange avec le public a contribué à rendre le film  plus attachant et intéressant que si je l'avais vu seul. Gianni Di Gregorio est une personne très douce, calme, souriante et très bienveillante, tout comme le personnage du film. Il dit avoir voulu faire un film "sur les timides, pour les timides". C'est là son troisième film, après Le Déjeuner du 15 août (2008) et Gianni et les femmes (2010) où, à chaque fois, il était réalisateur et l'acteur principal.
Il explique être incapable de réaliser un film sans humour, sans en faire une comédie. Pour lui c'est essentiel.
J'ai été surprise aussi d'apprendre qu'il participé à l'écriture du film dramatique sur la mafia italienne Gomorra, sorti en 2008.

Photo prise lors de l'avant-première du film le 10 février 2015
Crédit photo : cinéma Star de Strasbourg

J'ai appris beaucoup aussi sur le contexte de la culture en général et du cinéma en particulier en Italie qui n'est pas très florissant. Comme l'expliquait Gianni Di Gregorio ainsi que sa distributrice française, le cinéma est en Italie une véritable industrie où les petits films d'auteurs sont noyés dans la masse et complètement méconnus. Il sous-entend même que ses films marchent mieux à l'étranger, notamment en France où le cinéma est privilégié, notamment grâce à un véritable réseau de cinéma d'art et d'essai.

Photo prise lors de l'avant-première du film le 10 février 2015
Crédit photo : cinéma Star de Strasbourg


Sortie en France le 18 février. Avant-Première à Strasbourg, cinéma Star-Saint-Exupéry le 10 février 2015.  

dimanche 25 janvier 2015

Plongée dans les ténèbres de la Louisiane avec "True Detective"

Après avoir entendu tellement d'éloges au sujet de cette série, j'ai enfin vu la saison 1 de True Detective. 

Alors, au risque de subir les foudres de certaines personnes, je dois quand même avouer que j'ai été un peu déçue... Sans doute, à force d'en avoir entendu tellement de bien, je m'attendais à une série vraiment exceptionnelle et, du coup, forcément, le résultat reste en deçà de mes attentes. Mais attention ! Je ne dis pas que je n'ai pas aimé! Il faut aussi que je reconnaisse ne pas être parvenue à finir un des cinq premiers épisodes sans m'endormir... En effet, dans True Detective, le rythme est (très) lent, les dialogues certes intelligents mais souvent longs et, justement, un peu trop "intellectualisés" pour être "true". Cependant, au bout de quelques épisodes, j'ai fini par être happée par l'histoire, le suspens vient progressivement et cette enquête angoissante nous plonge dans les recoins nauséabonds de l'humanité. Donc, après un démarrage laborieux, les deux derniers épisodes sont vraiment prenants et captivants.

Trailer :

L'histoire : Il s'agit d'une série policière se déroulant en Louisiane. Le récit se fait en partie sous forme de flash back : deux anciens flics témoignent aujourd'hui devant leurs "successeurs" de faits remontant  à l'époque où ils étaient coéquipiers et où ils enquêtaient sur une affaire, dans le milieu des années 1990. Une enquête qui semble les avoir beaucoup affectés : la traque d'un malade qui enlevait, séquestrait et torturait des jeunes filles sous couvert de pratiques vaudoues.


La série se joue sur deux époques : De nos jours, où ces deux ex policiers sont interrogés sur les dessous de l'affaire sordide. Et à chaque épisode, on est plongé dans le passé où on en apprend plus sur eux, on découvre la profondeur et la complexité de leur personnalité et de leurs relations. 
Entre leurs difficultés personnelles et une enquête compliquée et malsaine, tout semble avoir mal tourné pour ses deux ex-enquêteurs. L'un est devenu alcoolique après avoir démissionné de la police et l'autre a perdu sa famille. Mais les vieux démons sont toujours présents. De plus, cette affaire est-elle vraiment close?


True Detective est une série très esthétique qui tire toute sa force du superbe jeu d'acteur entre Matthew MacConaughey et Woody Harrelson. De plus, l'ambiance semie mystique, le rythme lent, les dialogues réfléchis et les beaux paysages de la Louisiane contribuent pour beaucoup à l'esthétisme de la série. Par ailleurs, le générique est remarquable, la musique Far From Any Road du groupe The Handsome Family est fabuleuse, à la fois mystérieuse et empreinte de mélancolie, à l'image de la série.


La réalisation est soignée, nous offrant de longs plans sur les grandes étendues de la Louisiane, une lumière magique, une scénographie réfléchie. Toutefois, je ne peux m'empêcher d'avoir un goût d'inachevé à la fin du dernier épisode. Beaucoup de questions sont soulevées tout au long de ces (longs) dialogues durant les 7 précédents épisodes et on obtient que très peu de réponses. Je comprend cette volonté de laisser planer le mystère, mais je trouve qu'il manque quand même des explications, la fin me parait presque trop simple. Peut-être aura t'on des explications dans la saison 2 ? Bien sûr, le final est magnifique, des plans très esthétiques, à l'image de toute la série, mais cela ne fait pas tout.

Pour résumer, c'est une série bien construite, joliment réalisée, superbement interprétée dont l'esthétisme et la mise en scène se rapproche de la superbe série Top of the Lake mais qui ne m'a pas autant transportée que cette dernière.
La saison 2 devrait sortir cet été mais d'autres acteurs interpréteront les rôles principaux, notamment Colin Farrel.

vendredi 16 janvier 2015

La musique comme un combat : impressionnant "Whiplash"

Voici un film étonnant, au scénario simple mais aux performances remarquables, réalisé par un jeune réalisateur américain mélomane, Damien Chazelle.


Whiplash c'est l'histoire d'Andrew, 19 ans, joueur de batterie qui rêve de devenir un musicien de jazz talentueux et reconnu. Il intègre une école de musique prestigieuse de New York où il va rencontrer le célèbre et respecté professeur Fletcher, grand chef d'orchestre. Ce dernier est un être ambigu : caractériel, colérique, perfectionniste, blasé et passionné à la fois, Fletcher est aussi fascinant qu'effrayant. Manipulateur, il souffle le chaud et le froid sur ses élèves, leur affligeant brimades, humiliations, violences verbales voire physiques.

Bande-annonce :

Lorsque Andrew se voit finalement proposer la place de batteur dans l'ensemble de jazz dirigé par Fletcher, il est bien sûr ravi, flatté et motivé. Le jeune homme déborde d'ambition, d'orgueil et de volonté mais il va rapidement se heurter aux méthodes d'enseignement très particulières de cet homme impitoyable. Il va devoir travailler encore et encore pour mériter sa place dans cet ensemble jusqu'à mettre sa vie personnelle de coté et s'éloigner de ses proches.

Andrew

A un moment du film, Fletcher, sous un masque un peu plus humain (mais n'est-ce là qu'une apparence?) avoue à Andrew que c'est dans la violence et la souffrance que sont révélés les véritables génies, que c'est pour cette raison qu'il fait régner la terreur dans ses cours et martyrise ainsi ses élèves. Selon lui, il faut être poussé dans ses retranchements pour sortir le meilleur de soi même. C'est sa pédagogie, très particulière qui fait de lui un professeur émérite...

Fletcher hurlant sur un élève

Whiplash est un film puissant, dur et intense où la tension est permanente. On a sans cesse peur de ce qui va arriver à Andrew et on est bluffé par les superbes performances d'acteur, notamment les efforts physiques qu'a dû fournir Miles Telle, l'acteur jouant Andrew pour jouer de la batterie tel un forcené. L'intrigue du film est construite sur l'opposition entre deux personnalités complexes  : le jeune musicien ambitieux face au professeur sadique, névrosé et manipulateur.

le professeur T. Fletcher

La musique apparaît ici comme un sport de compétition, un univers impitoyable où les musiciens doivent se dépasser pour donner le meilleur d'eux même, cela se faisant dans la sueur, les larmes et le sang.
Sans en révéler davantage, on peut juste dire que le film se clôt sur un concert incroyable où on reste bouche bée.

De manière générale, j'ai apprécié ce Whiplash (le titre vient du nom du morceau de jazz que doit sans cesse répéter Andrew). C'est un film bien construit autour d'un scénario pourtant très simple, mais qui doit tout à l'interprétation des personnages et à la tension que le réalisateur a su maintenir tout au long du film. Toutefois, j'avoue avoir été par moment mal à l'aise face aux bassesses sadiques qu'inflige ce professeur à ses élèves. De plus, le message délivré par le film, à savoir que la douleur est nécessaire à la révélation des talents, peut aussi gêner.
Quoi qu'il en soit, c'est un film qui, à mon sens, ne laisse pas indifférent.

Whiplash / film américain réalisé par Damien Chazelle, avec Miles Teller, J.K. Simmons, Paul Reiser, etc. Sortie en France le 24 décembre 2014.

jeudi 8 janvier 2015

une émouvante famille Bélier

Dès fois, ça fait du bien de voir un film sans violence, sans drame, sans tension. Un film français simple, sans artifice, sans effets spéciaux. Dès fois ça fait du bien de voir une comédie qui s'éloigne un peu des clichés habituels et qui parvint à nous faire rire avec un sujet pas vraiment drôle, le handicap. Mais pas n'importe quel handicap puisque celui-ci est invisible, il s'agit de la surdité.

Bande annonce :

La famille Bélier, c'est l'histoire de Paula, 16 ans, seule entendante dans une famille de sourds-muets. C'est aussi l'histoire de sa famille, de ses parents agriculteurs qui tiennent un élevage de vaches laitières et se montrent très protecteurs envers leurs enfants. La mère, jouée par Karin Viard est très classe en femme d'agriculteur, et François Damien joue un père à la fois rustre et attachant, courageux, qui n'hésite pas à s'opposer au maire de la commune pour faire valoir ses droits.


Paula est très dégourdie pour son âge : elle est le lien entre ses parents et le monde extérieur : elle sert d'intermédiaire avec la banque, les fournisseurs, le vétérinaire, le médecin... Elle est un pilier dans cette famille très unie, aimante qui communique par signes. Malgré toutes ces responsabilités, Paula n'en reste pas moins une adolescente qui veut s'émanciper, qui craque pour le nouveau venu de sa classe ce qui va l'amener à s'inscrire, un peu par hasard, au cours de chants. C'est là qu'entre en scène l’irrésistible Eric Elmosisno qui joue le rôle d'un prof blasé, aigri, fan de Michel Sardou, Monsieur Thomasson, qui va aider Paula à découvrir sa magnifique voix et même la préparer à passer un concours de la maîtrise de Radio France.

Paula

C'est un film sur l'adolescence, la famille, sur les choix de vie. Paula se retrouve face à un dilemme : suivre la voie qui lui est toute tracée à la ferme et aider les siens ou suivre sa voix nouvellement découverte et aller au bout de ses rêves, au risque de se mettre sa famille à dos.

Monsieur Thomasson

Ce film est souvent drôle grâce à la superbe interprétation des acteurs. Il est aussi très émouvant dans sa présentation des relations entre Paula et ses parents. A aucun moment, ces derniers sont présentés comme des personnes handicapées. Jamais Paula ne parle de ses parents pour dire qu'ils sont sourds et muets. Pour eux c'est juste un détail, qui peut certes être discriminant, mais ne les empêche nullement d'avancer dans la vie.

la famille Bélier

En effet, les Bélier ne se considèrent pas comme des personnes handicapées, et à juste titre : ils ont une vie normale, se sont créés une bulle où les intrus, justement, ce sont les "entendants". Ils ont leur propre langage, la langue des signes, et semblent très bien s'intégrer au monde des entendants. Mais les apparences sont souvent trompeuses, et le film met en évidence les efforts mis en place pour dissimuler leurs difficultés, comme cette scène très émouvante, lorsqu'ils assistent à un spectacle de chant de Paula, où tout le monde semble ému par la musique tandis qu'eux font semblant d'être ravis avant de commenter : "la lumière et les costumes étaient très beaux..." Pendant cette scène le son est coupé et on se met vraiment à la place des parents pendant 2 minutes.


Ce n'est pas une comédie bien pensante sur le handicap mais le film met en lumière les qualités et les défauts de cette famille particulière, leur immense amour pour leurs enfants, presque étouffant, l'adolescence et l'affirmation de Paula qui font voler cette bulle en éclat.

Alors bien sûr la fin n'a rien de surprenant, elle est très grand public et télévisuelle, naïve et sympathique. Cependant, j'ai été émue par le portrait qu'est fait de cette famille et reconnaissante qu'enfin un film présente un "handicap" comme une particularité, le tout avec beaucoup d'humour et d'émotion.

La famille Bélier / film français réalisé par Eric Lartigau, avec Louane Emera, Karin Viard, Karin Viard, François Damiens... - 2014