dimanche 27 avril 2014

Une histoire vraie, belle et émouvante relatée dans une jolie BD

Annie Sullivan & Hélène Keller

Ce n'est pas souvent que j'ai un coup de coeur pour une bande-dessinée, tout simplement car j'en lis très peu. Toutefois, je viens de finir la superbe BD de Joseph Lambert qui retrace avec émotion l' histoire vraie d'Helen Keler, une petite fille sourde et aveugle, et de Annie Sullivan, jeune fille diplômée de l'école pour aveugles de Perkings engagée comme perceptrice par les parents de la petite fille afin de l'aider à communiquer avec son entourage.

L'histoire 
Il s'agit d'une histoire vraie qui s'est déroulée à la fin des années 1880 en Alabama, dans le sud des Etats-Unis. Ce livre, m'a permis de découvrir l'histoire touchante de cette petite fille brusquement coupée du monde et incomprise par ses proches et de celle de sa perceptrice, elle aussi malvoyante, seule, triste et incomprise, engagée à 20 ans pour s'occuper de cette petite fille. 
(Plus d'informations sur la biographie d'Hélène ici et sur celle d'Anne Sullivan ici).
Ce sera le début d'un long apprentissage semé d’embûches pour toutes les deux. Quand on sait qu'Helen et Annie resteront amies toutes leurs vies et qu' Helen deviendra la première personne handicapée à obtenir un diplôme, sera écrivain et une féministe engagée, on ne peut qu'admirer le travail effectué par la professeure et son élève. 

La BD 
Joseph Lambert est un auteur dessinateur de bande-dessinées américain. L'histoire d'Annie et d'Helen est son deuxième livre.
Les trois premières pages du livre montrent une silhouette grise sur fond noir qui cherche attraper une brioche mais est sans cesse reprise par un bras bleu qui essaye de la faire tenir en place sur sa chaise. 
On entre ainsi dans le monde d'Helen, qui ne voit rien ni n'entend rien et ne ressent les choses que par le toucher. Puis on passe au point de vue d'Annie qui semble épuisée par la tâche qui l'attend dès le début de l'histoire.
A travers 90 planches, l'auteur parvient à raconter avec beaucoup de justesse et d'émotion les différentes étapes de l'apprentissage d'Helen. L'intérêt du livre c'est qu'il n'est pas uniquement focalisé sur les progrès de la petite fille mais alterne passages relatant les progrès d'Helen avec d'autres rappellant l'enfance d'Annie, créant ainsi un lien entre les deux filles, toutes deux se sentant incomprises et isolées dans leur tristesse et leur colère. 

D'abord très récalcitrante à tout contact et enseignement, Helen s'habitue progressivement à la présence d'Annie et à son enseignement. Annie lui "épèle" des mots en les signant dans sa main. C'est lorsqu'elle découvre l'eau et parvient à associer le mot aux différentes formes que peut prendre l'eau, que se fait le déclic. 


Ensuite, elle ne cesse de solliciter Annie pour connaitre le nom de tous les objets qu'elle touche. Sa soif de connaissance est sans fin. Certaines planches illustrent à merveille cet apprentissage, notamment pages 40 et 41 où chaque objet (on ne voit que des formes) est marqué avec son nom dessus.


L'institut pour aveugles dont dépend Annie, avec à sa tête  le Dr Anagnos, à la fois bienveillant envers Annie mais ambitieux, voudra s'attribuer le mérite de tous ces progrès, ce qui ne sera pas sans conséquence pour Helen et Annie, qui préfèrent rester en retrait de toute attention.

Non seulement l'auteur parvient  à raconter de manière très juste cette histoire, mais il réussi aussi très bien à la dessiner, les planches sur fond noir représentant l'univers d'Helen, celui coloré correspondant à la perception d'Annie.
Cette BD met également en évidence les moeurs de l'époque : sexisme, machisme, difficulté pour les femmes de se faire une place dans la société face aux nombreux préjugés...

J'ai beaucoup aimé aussi les textes, très bien écrits. Quelques citations : 

 - " Elle a vite appris à écrire, et y prend beaucoup de plaisir. Elle absorbe l'information telle une petite éponge, sans préjugé ni cynisme. Et elle semble insatiable." (Annie à propos d'Helen)
 - " Il y aura toujours des gens pour nous insulter, volontairement ou pas. Nous n'avons aucun contrôle sur ces gens-là. Seulement sur nous même" (Dr Michael Agnanos, directeur de l'Institut des aveugles)

D'un point de vue général, c'est donc une superbe BD, attachante, passionnante,  instructive et bien faite que j'ai dévoré d'une traite! Cette BD faisait d'ailleurs partie de la sélection officielle du célèbre festival de bandes-dessinées d'Angoulème il y a quelques mois. A juste titre.

jeudi 10 avril 2014

H.Cartier-Bresson, témoin d'un siècle


Le centre Pompidou propose une rétrospective des oeuvres d'Henri Cartier Bresson depuis ses débuts, lorsqu'il s'essayait au dessin, jusqu'à ses derniers clichés dans les années 70-80, après qu'il ait pris sa "retraite". Bien sûr, la plupart des œuvres exposées sont des photographies, mais on peut voir aussi des exquises, des dessins, et même quelques films qu'il a réalisé, ce qui permet de découvrir une part de son travail que j'ignorais totalement. Au total, ce sont plus de 500 documents qui sont exposés et qui montrent les différentes facettes du photographe.

L'exposition a démarré en février et se terminera le 9 juin avant d'être ensuite mise en place à Madrid, Rome et Mexico.
Henri Cartier Bresson

Infos pratiques : L'expo ayant été pas mal médiatisée, je me doutais que je ne serai pas seule dans la salle. Toutefois, j'étais quand même étonnée de devoir attendre près d'une heure un lundi en début d'après-midi pour pouvoir y rentrer ! Si vous comptez vous y rendre, je vous conseille donc de vous armer de patience ou alors d'y aller le matin ou le soir (l'expo est ouverte jusqu'à 23h!). Cependant, l'attente n'est pas trop longue puisqu'on peut lire la biographie du photographe qui s'étale sur une longue frise pendant ce temps. Toutes les infos pratiques sur le site du centre Pompidou.


Présentation de l'expo :
La rétrospective se répartie en plusieurs parties intitulées "Signes ascendants" - "L'attraction surréaliste" - "L'engagement militant" - "Le cinéma et la guerre" - "Le choix du photoreportage" - "anthropologie visuelle" - "Après la photographie".
Un petit dépliant permet de mieux s'y retrouver et apporte de nombreuses informations, que l'on retrouve également sur les murs des salles d'expo. Il n'y a pas trop de texte, le contenu est intéressant et permet de contextualiser les photos exposées.

La première salle montre des clichés réalisés au tout début de son travail de photographe de 1936 à 1935, période durant laquelle il effectue ses premier voyage, notamment son voyage en Afrique en 1937 qui l'a beaucoup marqué. J'ai apprécié également les photos prises en Espagne, comme ce cliché montrant des enfants devant un mur dévasté.

Henri Cartier Bresson

HCB avait la capacité de prendre de photos parfaites, de choisir le bon moment pour capter de beaux clichés. Cela est dû notamment à la composition des photos, souvent bien réfléchie. Il accordait beaucoup d'importance aux formes, à la géométrie et aux nombreux jeux de lumière, d'ombre et de reflets. Les photos sont ainsi très structurées.

Henri Cartier Bresson

De plus, nombreuses sont les photos qui montrent des personnes en mouvement qui sont du coup figées dans de beaux clichés en noir et blanc. Ses photos sont à la fois poétiques et révélatrices d'une époque.

Cartier Bresson s'est rapproché du mouvement surréaliste et cela se ressent dans toute une série de photos.
J'aime beaucoup les photos de "magie circonstancielle" comme par exemple cette photo amusante d'un homme lisant un journal qui est caché par son foulard sous un coup de vent.

Henri Cartier Bresson

Une autre série de photos montre des personnages aux yeux clos, rêveurs, endormis.

Henri Cartier Bresson

Une autre partie de l'expo montre Cartier Bresson comme un militant communiste engagé. Il a notamment photographié beaucoup de mendiants, aussi bien en France, en Espagne qu'au Mexique.

Il fut engagé par de grands magazines comme Life, Paris Match et devint célèbre pour ses photos reportages. A titre d'exemple, une série de photos montrant le peuple anglais regardant le couronnement du roi Georges en 1937 à travers des miroirs, cela donne des photos assez étranges.

Henri Cartier Bresson

Il fut témoin des premiers congés payés en 1936, comme l'illustre ce cliché montrant des gens en train de pique-niquer au bord de l'eau. Une atmosphère de quiétude et de bonne humeur s'en dégage.

Henri Cartier Bresson

J'ai découvert d'HCB avait une passion pour le cinéma depuis son plus jeune âge et malgré de nombreuses tentatives pour travailler auprès de grands réalisateurs, il s'est tourné vers le dessin puis vers la photo. Toutefois, il eu l'occasion de travailler aux cotés de Renoir en tant qu'assistant et réalisa même un film documentaire sur la guerre d'Espagne en 1937. On peut voir quelques films qu'il a réalisé.

Henri Cartier Bresson a vécu également l'arrivée du nazisme, l'occupasion nazie, il s'engage alors dans la résistance et est envoyé dans un camps dont il parvint à s'échapper en 1943. Il pris ensuite de nombreux clichés de la libération de Paris et de Strasbourg.

Henri Cartier Bresson

Il fut également mandaté pour filmer et photographier le retour des prisonniers de guerre et leur désinfection au DTD. Il y a aussi une série de photo d'Oradour-sur-Glane peu de temps après le drame.

On peut voir aussi d'autres de ses photosreportages comme d'impressionnantes photos des funérailles de Ghandi alors qu'il l'avait rencontré quelques heures avant. Un autre photo reportage montre des photos de chinois face à la forte dévaluation.

Il a également réalisé quelques portaits, même si il trouvait cela plus difficile. Parmi la série de portraits exposé, j'ai particulièrement aimé un portait de Sartre sur le pont des arts à Paris.et un autre de Matisse chez lui avec ses oiseaux.

Henri Cartier Bresson

Une autre partie de l'exposition est plus axée sur ses photoreportages pour la coopérative Magnum Photos et de nombreux magazines. Ses photos seront alors diffusées dans le monde entier.
Par exemple, une série de photos consacrée à la Russie après la mort de Staline en 1954 avec notamment la construction du métro. Ou encore des clichés de Cuba juste après la crise des missiles en 1962 où se mêle dans ses clichés politique et sensualité des femmes, ou une photo montrant des militaires regardant passer une jolie fille dans la rue.

Un autre photo-reportage sur la France après mai 1968 est intitulée "Vive la France" (à retrouver dans le livre du même nom, qu'on a aussi la possibilité de feuilleter au cours de l'expo)


Dans les années 60 les journaux pour lesquels ils travaillent lui demandent de prendre des clichés en couleur. Il accepte par nécessité mais pour lui la couleur dénature le travail du photographe et il préfère les clichés en noir et blanc.
D'autres photos montrent les icônes du pouvoir, avec notamment cette photo montrant une immense statue de Staline, à coté de laquelle les passants semblent minuscules.

Cartier Bresson est aussi le témoin de l'évolution de son temps, il a photographié les débuts de l'industrialisation, avec l'arrivée des machines.

Henri Cartier Bresson

De même, quelques clichés témoignent du développement de la société de consommation et des grands magasins.

Par ailleurs, Cartier Bresson était fasciné par la foule et les grands rassemblements, on peut ainsi voir quelques clichés impressionnants de grandes manifestations.

Henri Cartier Bresson

Il fut véritablement le témoin de tout un siècle, il immortalisa les grands bouleversements (congés payés, montée du nazisme, guerre, libération, actualités en France et à l'étranger, la guerre froide, les funérailles de Ghandi, début de l'industrialisation, développement de la société de consommation...) avec des clichés à la fois réalistes et poétiques. Cette exposition lui rend un bel hommage et est très instructive.

Expostion Henri Cartier-Bresson au Centre Georges Pompidou, Paris. Du 12 février au 9 juin 2014. 
Horaires d'ouverture : 11h - 23h
Plein tarif : 13 €

jeudi 27 mars 2014

Crime et suspicion au bord des falaises anglaises

Peut-être avez-vous suivi Broadchurch, la dernière série diffusée par France 2 il y a quelques semaines ? Dans le sillon des bonnes séries proposées par ARTE ces derniers mois, il s'agit d'une série britannique différente des séries policières habituelles, que ce soit par le rythme, le décors, les personnages...


L'enquête se passe en Angleterre, dans une petite ville plutôt paisible en bord de mer où tout le monde semble se connaitre. Un décors sauvage, de beaux paysages bordés de falaises, la mer... Un cadre déjà propice au mystère.
Lorsque le sergent Ellie Miller revient de congé maternité, elle s'attend à être promue inspectrice. Quelle n'est pas sa surprise quand elle apprend que ce poste a été donné à un flic étranger à la région, Alec Hardy (interprété par David Tennant), au caractère plutôt asocial et antipathique.

Les deux enquêteurs

C'est alors qu'un petit garçon disparaît, on suit l'inquiétude grandissante de la famille. Son corps est ensuite retrouvé quelques heures plus tard sur la plage et on adopte alors le point de vue de la police. Les deux enquêteurs doivent apprendre à travailler ensemble pour résoudre cette enquête. La vie de la famille Latimer, qui semblait jusque là paisible et heureuse, vole en éclats, ainsi que celle de tous les habitants de cette petite ville où la suspiçion est grandissante. Ellie se sent très concernée par ce drame car le garçon disparu est un copain de son fils et elle connait très bien sa famille. Si elle a beaucoup de mal à soupçonner les proches du garçon défunt qui sont aussi ses amis, l'inspecteur Alec va lui apprendre à rester objective et méfiante en toute circonstance.

Teaser :

Au cours des épisodes de la saison 1, on suit plusieurs personnages de l'entourage du garçon : ses parents, sa soeur, le vieux marchand de journaux pour qui il travaillait de temps en temps, un collègue de travail du papa un peu borderline, une femme étrange qui vit dans un mobile-home, etc. On découvre au fur et à mesure que tous ont un secret bien gardé.

Le sergent Ellie Miller et sa famille

A l'enquête de police se mèle rapidement la presse locale avec un jeune journaliste ambitieux -qui s'avère aussi  être le neveux de l'enquêtrice- et une journaliste venue de la ville, qui semble connaitre une partie  du passé de l'inspecteur Alec.

Les deux journalistes

L'ambiance de la série nous rappelle celle de la superbe série australienne diffusée il y a quelques mois, Top of the Lake : atmosphère très sombre, beaucoup de secrets, un rythme plutôt lent, un cadre à la fois sauvage et intimiste, une communauté perturbée par un crime horrible, une enquêtrice impliquée...

Les personnages sont entiers, présentés avec leurs qualités et leurs failles et deviennent de plus en plus ambigus au fil des épisodes. Certains sont assez attachants d'autres plutôt effrayants. L'enquêtrice Ellie est pleine d'empathie pour la famille de la victime, elle est aussi une mère et une épouse, loin d'être une top modèle, elle ressemble à madame tout le monde. La maman du garçon décédé est une figure fragile à laquelle on ne peut que s'identifier, on partage son stress lors de la disparition de son fils et sa douleur lorsqu'elle apprend sa mort.


L'inspecteur Harry, avec sa part de mystère et son caractère étrange apparaît comme un être déchiré "en pénitence" comme il le dit lui même vers l'épisode 4. On apprend assez vite qu'il fuit quelque chose de son passé en venant se terrer dans cette petite ville.


Toutefois, contrairement à Top of the Lake, je trouve que les soupçons passent un peu trop rapidement d'une personne à l'autre et qu'il y a beaucoup de rebondissements, au point d'en perdre en crédibilité. Les ficelles sont des fois un peu grosses et les traits de caractères des personnages légèrement exagérés.

Parmi les suspects, un vieil homme au passé trouble, Suzan, une dame renfermée qui peut se montrer menaçante, une réceptionniste d’hôtel sexy, un jeune prêtre qui a des insomnies... autant de personnages secondaires qui attirent les soupçons des deux enquêteurs, en plus de ceux portés sur l'entourage proche du garçon. On est témoin du pouvoir des médias, de la suspicion ambiante qui gagne la ville.

Suzan

Le prêtre

Jack le vendeur de journaux

La réalisation et les cadrages impeccables contribuent à rendre cette série captivante avec, par exemple, des ralentis qui suivent l'un ou l'autre personnage, la caméra passant lentement sur leurs visages, ou encore des effets floutés lors de scènes riches en émotion. La musique est bien choisie : oppressante par moment, mystérieuse à d'autres. 

Dans l'ensemble, c'est une série touchante et prenante, même si certains épisodes m'ont semblé un peu tirés en longueur (A chaque épisode un nouveau suspect, un autre secret découvert, une nouvelle fausse piste...). 

Initialement, la série ne devait se contenter que d'une seule saison, mais face au succès qu'elle a rencontré sur les écrans britanniques puis français, une saison 2 est en préparation.

dimanche 9 mars 2014

Péripéties burlesques au Grand Budapest Hotel

Wes Anderson nous offre une nouvelle plongée dans son monde burlesque et poétique, après le superbe Moonrise Kingdom sorti en 2012.
The Grand Budapest Hotel, c'est l'histoire d'un grand hôtel situé dans une montagne du "Zubrowka" (pays imaginaire de langue germanique situé plutôt à l'Est) et de son personnel atypique.


Le film commence par une fille lisant un livre dans un parc, livre écrit par un vieil homme, qui fut client de l’hôtel quelques années plus tôt et rencontra le propriétaire des lieux qui lui raconta comment il en arriva là. Dans les années 80, l’hôtel à la décoration kitche héberge quelques rares clients aux allures fantomatiques et semble sur le déclin. Mais le récit du propriétaire des lieux fait revivre l’hôtel à ses heures de gloire, entre les deux-guerres.

Après 15 minutes d'introduction quelques peu difficiles à suivre en raison de cette narration "gigogne" mélangeant narrateurs et époques ainsi que des nombreux flasch-back, on finit par se laisser entraîner au cœur de l'histoire de cet établissement, lorsque c'était un lieu plein de vie durant les années 1930.

Bande-annonce :

Résumé :

C'est l'histoire de Gustave (interprété par Ralph Fiennes), concierge de l'établissement et de son lobby boy, Zéro Mustapha, qu'il prendra sous son aile, prémices d'une longue relation de confiance et d'amitié ainsi que d'une grande aventure. Gustave est un dandy aux bonnes manières qui prend très à coeur son rôle de gardien de cette institution.



Gustave, le concierge

Il apprécie la compagnie des femmes mûres, voir âgées qui le lui rendent bien. Lorsqu'une de ses fidèles clientes et amantes décède brutalement, il décide d'aller lui rendre un dernier hommage et se retrouve mêlé à des histoires d'héritage aux conséquences imprévues, entraînant méprise judiciaire, prison, course-poursuite avec un psychopathe, etc. Le tout sur fond de montée du fascisme. C'est ainsi que Zéro, son fidèle serviteur, se retrouve au milieu de toute cette aventure et tombera amoureux d'une jeune pâtissière.

Mustapha Zéro, le lobby-boy

Madame D.

Mais le scénario ne serait rien sans la parfaite réalisation de Wes Anderson qui, comme d'habitude, parvint à teinter son film d'un voile de poésie, d'un décalage burlesque, grâce notamment à ses personnages exceptionnels. On retrouve ainsi son univers si particulier, qui se situe quelque part entre film, théâtre et conte. Il a l'art de parvenir à mettre judicieusement en avant des scénarios alambiqués, d'aborder des sujets graves de manière décalée, voire drôle (l'immigration, les meurtres, le nazisme...)

M. Gustave, Zéro, Madame D et le garçon d'ascenseur.

C'est un film très esthétique, un soin particulier ayant été apporté aux décors, souvent somptueux. De plus, dans les films de Wes Anderson, chaque détail a sa place et une signification particulière. Tout est stylisé, avec souvent un coté rétro. Les personnages sont tous atypiques, hauts en couleurs, mais sans être stéréotypés, ils ont vraiment des tronches particulières! Il faut souligner les jeux d'acteurs exceptionnels et  les nombreux seconds rôles remarquables (Jude Law, Mathieu Almaric et quelques uns de ses acteurs fétiches comme Bill Muray , Adrien Brody et William Dafoe...)

Mustapha Zero et Agatha sa fiancée

Il est assez difficile de résumer ou de parler de ce film tellement il est original, de par sa construction et par l'ambiance générale qui s'en dégage.
Malgré quelques difficultés à entrer dans le film au début, on finit par être entraîné dans cette course-poursuite à la fois burlesque et dramatique et on ne peut qu'être admiratif du soin apporté à la réalisation.

The Grand Budapest Hotel / réalisé par Wes Anderson, avec Ralph Fiennes, Tony Revolori, F. Murray Abraham, Mathieu Amalric, Adrien Brody, Willem Dafoe. Sortie le 26 février 2014

samedi 22 février 2014

Quand un cow -boy antipathique finit par devenir le porte parole des malades du Sida : superbe Dallas Buyers Club

Le dernier film de Jean-Marc Vallée (Le réalisateur de CRAZY, un de mes films préférés!) se situe entre le film d'auteur, le documentaire et  le bioptic. Dans Dallas Buyers Club il s’intéresse à l'épidémie du Sida qui fit des ravages au début des années 1980 et aux traitements expérimentés. Pour cela, il se base sur l'histoire vraie de Ron Woodroof qui s'est engagé contre les règles établies pour rendre accessibles des traitements contre les symptômes de la maladie.


Le film se passe à Dallas, au Texas en 1985. Ron est un vrai cow-boy texan : vulgaire, misogyne, homophobe. Sa vie c'est sexe, drogue et rodéo. Il aime parier, boire, se shooter et faire venir des strip-teaseuse dans son bungalow. Bref, une vraie vie de débauche. A la suite d'un accident et d'un passage à l'hôpital, il apprend qu'il est atteint du Sida. Le médecin lui annonce qu'il lui reste 30 jours à vivre. Ron passe d'abord par une phase de déni, de colère, refusant d'avoir cette "maladie d'homosexuels" qu'il juge indigne de lui. Puis, face au rejet de ses camarades, désigné comme le "mouton noir" dans son entourage, il tombe dans le désespoir. Avant de décider de se battre.

Bande-annonce :


Il se tourne dans un premier temps vers l'hôpital afin d'apaiser les effets indésirables de sa maladie, mais les médecins sont un peu démunis et l'orientent vers un centre d'écoute. Il apprend qu'un médicament est testé sur certains patients, c'est le seul traitement approuvé contre le SIDA aux Etats-Unis, malgré les multiples effets secondaires. Du coup, il trouve un moyen de se procurer ce traitement. C'est aussi le médicament le plus cher ayant jamais existé ! Forcément, les mourants étant prêts à tout pour se soigner, c'est une manne financière pour les laboratoires pharmaceutiques, peu soucieux des effets indésirables de leur produit sur des personnes déjà condamnées.


Lorsqu'il ne parvient plus à se procurer ces cachets, Ron cherche des solutions alternatives pour atténuer ses symptômes et se rend au Mexique où il va découvrir des traitements alternatifs mais non autorisés aux Etats-Unis. Il décide de faire passer ces produits en Amérique et de les vendre aux personnes séropositives. Il créé ainsi sa société, le Dallas Buyers Club. Si son but initial est surtout l'appât du gain, il se sent de plus en plus concerné et s'engage alors dans la recherche du meilleur traitement pour les personnes malades du SIDA, jusqu'à devenir leur porte parole. 


Au fur et à mesure de l'avancée de la maladie, Ron va changer. Lui, l'homophobe, va se rapprocher d'un travesti atteint de la même maladie de lui. Il s'agit de Rayon, interprété par Jared Letto pour qui la transformation est vraiment très impressionnante : considérablement amaigri (il a perdu 25 kg pour le film!), pâle, travesti, on ne le reconnait pas du tout !


Lui, le misogyne, va aussi se lier à une jeune médecin qui épousera sa cause. (Jennifer Garner, un peu énervante en sainte-nitouche par moment). Lui, le fêtard désinvolte va s'engager dans une bataille judiciaire en faveur des malades du Sida.


C'est un film remarquable par plusieurs aspects. Tout d'abord par son sujet, le réalisateur parvint à montrer avec justesse le dénuement des malades et des médecins face à cette nouvelle maladie. Il filme les personnes atteintes sans mélo et n'hésite pas à montrer des corps frêles et amaigris. Il témoigne de la souffrance des malades, de la transformation des corps et des esprits, de l'impuissance des proches, du sentiment d'abandon et de solitude des victimes. Ensuite, il faut souligner le jeu des acteurs qui ont du suivre un régime drastique pour se métamorphoser ainsi pour ces rôles ! 
De plus, par moment la réalisation a quelque chose de poétique, comme lorsque Ron semble voir pendant un malaise un clown dans un tonneau au milieu de l'arène, ou lorsqu'il entre dans une serre aux papillons.


J'ai bien aimé aussi l'aspect documentaire et informatif du film, c'est un beau témoignage et un hommage à Ron Woodroof et à tous les malades du Sida.

Dans l'ensemble, il se dégage de ce film beaucoup d'émotion, notamment par le personnage de Rayon (Jared Letto) sorte de poupée frêle au bord de la chute. De plus, malgré un sujet grave et triste, ce film envoie une grande bouffée d'optimisme à travers le personnage de Ron qui a décidé de tout tenter pour sauver sa vie, quitte à défier les institutions américaines. L'histoire d'un looser qui devient trafiquant puis porte parole pour la cause des malades du Sida.

Le film a déjà reçu deux Golden globes : Matthew McConaughey  comme meilleur acteur dans un drame et Jared Leto comme meilleur second rôle. Ces deux acteurs sont également nominés pour les Oscars 2014 et le film est nominé en tant que meilleur film et meilleur scénario original.

dimanche 16 février 2014

Quand le "rêve américain" tourne au cauchemar... Très beau roman de Julie Otsuka

Très belle découverte littéraire avec Certaines n'avaient jamais vu la mer de Julie Otsuka, sorti lors de la rentrée littéraire de 2012 (oui j'ai un an de retard) et récompensé par le prix Fémina étranger 2012. Petite fille d'immigrés japonais, l'auteure américaine dévoile dans ce roman un pan souvent ignoré de l'histoire : début du vingtième siècle, l'arrivée de jeunes japonaises promises à certains de leurs compatriotes ayant réussi aux Etats-Unis. Le rêve d'une vie idéale qui tourne au cauchemar.


"Certaines descendaient des montagnes et n'avaient jamais vu la mer, sauf en image, certaines étaient filles de pêcheurs et elles avaient toujours vécu sur le rivage. Parfois l'océan nous avait pris un frère, un père, ou un fiancé, parfois une personne que nous aimions s'était jetée à l'eau par un triste matin pour nager vers le large, et il était temps pour nous, à présent de partir à notre tour."

Ainsi commence le roman : des dizaines de femmes embarquent sur un bateau pour traverser l'océan Pacifique. Certaines ne sont encore que des enfants. Toutes ont choisit un mari par correspondance dans l'espoir d'avoir une vie meilleure aux Etats-Unis. A travers plusieurs voix (l'auteure utilise la première personne du pluriel tout au long du roman) sont racontés l'exode en bateau de ces jeunes japonaises, leurs rêves, leurs regrets, leur arrivée aux Etats-Unis et le choc des cultures. Puis leurs rapides désillusions, suivies d'une dure vie de labeur aux champs ou comme domestiques, si ce n'est comme prostituées,  l'arrivée de leurs enfants,  enfin de leur vie entière dévouée aux américains.

L'auteure met l'accent sur les préjugés, le racisme ordinaire auquel ces japonaises doivent faire face, les inégalités, l'exclusion, le rejet des américains qui les poussent à se regrouper dans des quartiers japonais de villes de l'ouest des Etats-Unis. Le portrait d'un peuple bon à être exploité mais jamais assimilé à ses pairs.
Lorsque la Seconde Guerre Mondiale éclate et que le Japon entre en guerre, la méfiance anti-nippon s'intensifie et entraînera brimades, persécutions jusqu'aux déportations.

Une vie coupée de leurs racines, de leurs coutumes, de leurs proches, de leurs rêves. Une vie d'esclave pour une société capitaliste qui considère les japonai(e)s comme "les ouvrier(e)s les plus dociles qu'il soit" puisqu'ils / elles ne se rebellent jamais.
Ou comment un rêve de jeune fille se transforme en cauchemar pour toute une vie. Un rêve américain bien noir.

C'est effectivement un triste exemple d'immigration : l'appel d'une main d'oeuvre bon marché puis le bannissement de cette même population vingt ans après sa venue. Quelque chose dans la description des déportations que fait l'auteure dans le dernier chapitre du livre, avec les multiples énumérations de départs précipités, de tous ces destins croisés,  rappelle tristement la déportation des juifs en Europe.

L'écriture est multiple et chorale avec l'utilisation de ce "nous". Cela lui confère davantage de force, de poids, pour raconter la dure vie de ces femmes exploitées et humiliées tout au long de leur triste existence. Otsuka relate des épisodes très durs avec une écriture souvent poétique, emprise de forte modestie. Les mots sont toujours bien choisis, les phrases courtes mais percutantes, constituées de nombreuses énumérations, avec des exemples de destins croisés, un "nous" qui englobe toute une communauté.  
Tout cela créé un bon rythme de lecture qui fait qu'une fois commencé ce livre, vous avez beaucoup de mal à vous arrêter !

Vraiment une belle découverte : un récit poignant et bien documenté. Un plaisir à lire et un livre bouleversant et très intéressant.

Quelques citations pour se faire une idée de son écriture  : 

"Ils admiraient nos dos robustes et nos mains agiles. Notre endurance. Notre discipline. Nos dispositions dociles. Notre capacité peu commune à supporter la chaleur, qui l'été dans les champs de melons de Brawley pouvait frôler les cinquante degrés. Ils disaient que notre petite taille était idéale pour les travaux nécessitant de se courber jusqu'à terre.[...] Nous étions la meilleure race de travailleurs qu'ils aient jamais employée au cours de leur vie." (p. 39)

"L'une des nôtres les rendait responsable de tout et souhaitait qu'ils meurent. L'une des nôtres les rendait responsables de tout et souhaitait mourir. D'autres apprenaient à vivre sans penser à eux. Nous nous jetons à corps perdu dans le travail, obsédées par l'idée d'arracher une mauvaise herbe de plus. [...] Nous étions glacées à l'intérieur, et notre coeur n'a toujours pas dégelé [...]" (p. 47)

"La plupart d'entre elles faisaient à peine attention à nous. Nous étions là quand elles avaient besoin de nous et quand elles n'avaient plus besoin, pouf, nous disparaissions. Nous restions en retrait, nettoyons sans bruit leurs sols, cirions leurs meubles, donnions le bain à leur progéniture, récurions des parties de la maison que personne d'autre ne voyait. Nous ne parlions guère. Mangions peu. Nous étions douces. Nous étions bonnes. Nous ne causions jamais de problèmes et les laissions faire de nous ce qu'elles voulaient." (p.54-55)

"Mais en attendant nous resterions en Amérique un peu plus longtemps à travailler pour eux, car sans nous, que feraient-t'ils? Qui ramasserait les fraises dans leurs champs? Qui laverait leurs carottes? Qui récurerait leurs toilettes? Qui raccommoderait leurs vêtements? Qui repasserait leurs chemises? Qui redonnerait du moelleux à leurs oreillers? Qui changerait leurs draps? Qui leur préparerait leur petit déjeuner? Qui débarrasserait leur table? Qui consolerait leurs enfants? Qui baignerait leurs anciens? Qui écouterait leurs histoires? Qui préserverait leurs  secrets? Qui chanterait pour eux? Qui tendrait l'autre joue, et puis, un jour -parce que nous en serions capables - , leur pardonnerait? Un imbécile, forcément. Alors nous repliions nos kimonos pour les ranger dans nos malles, et ne plus les ressortir pendant de longues années."  (p 64)

Certaines n'avaient jamais vu la mer /  Julie Otsuka . - Ed. Phébus, 2012.

lundi 3 février 2014

Depeche Mode en Live !

Concert de Depeche Mode, le 2 février 2014 au Zénith de Strasbourg,

Cela fait presque un an que j'avais ma place bien rangée au fond d'un tiroir. Mais le temps passe vite, et le jour pour voir Dave Gahan, Martin L Gore et Andrew Fletcher en live, c'était hier!
Un concert qui s'est avéré complet en deux jours, puisque sur cette tournée DM n'a fait que 3 dates en France pour ce Delta Machine Tour 2014: 2 à Paris et une à Strasbourg avant de poursuivre vers l'Allemagne et les pays de l'Est.

Mon hésitation face au prix de la place (plus de 60 € quand même) fut récompensée par un show incroyable d'1 heure 45, le plaisir de voir un trio mythique qui n'a pas pris une ride et pour qui  l'expérience de près de 30 ans de scène est gage de qualité et de maturité. (Le groupe a quand même été formé en 1979.  Je n'étais même pas encore née !)


En première partie, j'ai découvert The Soft Moon (et non Feather comme c'était le cas à Paris et qui est annoncé sur le site du zénith de Strasbourg) , groupe américain que je ne connaissais pas. On retrouve des influences new wave comme chez DM, mais en plus brouillon, les voix sont plus crillardes.

20h, les lumières s'éteignent, une musique électro se met à résonner, le public s'échauffe et tape dans les mains. Les écrans géants s'allument, il est 20h15 lorsque les trois membres du groupe entrent sur scène, Dave Gahan en tournant sur lui même comme une toupie. D'emblée, il magnétise la salle, je suis surprise de voir qu'il a l'allure d'un jeune homme, mince, musclé et tatoué, les yeux maquillés, dans un débardeur en cuir pailleté, il a toujours la même classe que dans les années 80! Et surtout une énergie incroyable, communicative.


Le concert s'ouvre par le tube issu de leur dernier album : Welcome to my world. S'en suivent plusieurs titres de Delta Machine, (Retrouvez ma critique de cet album ici ) dont un de mes morceaux préférés : Should be highter. Mais ils interprètent aussi d'autres titres, beaucoup plus vieux : Walking in my shoes (1993), Black Celebration (1986), d'autres un peu plus récents comme le morceau Precious (2005) accompagné pour support visuel de plein d'images de chiens de toutes races !  (ci dessous un extrait du live de Tel Aviv pour ce même morceau)


Avec Policy of Truth, DM met la foule en liesse, les vieux tubes ça fait toujours son effet! De plus, Dave Gahan s'amuse à faire chanter le public, à faire durer la chanson.


Alors que le concert monte en puissance, que le public est chaud, au bout de 45 min environ de cette première partie du concert, le trio anglais quitte la scène quelques instants. Martin L Gore revient alors seul pour une superbe interprétation de deux morceaux calmes, en acoustique, Slow et But not tonight que je ne connaissais pas. Il dévoile ainsi sa très belle voix suave sur les notes de piano de Peter Gordeno, le tout est très délicat.

Après cet interlude, Dave Gahan revient, avec toujours la même énergie. Lorsque les premières notes des A Pain that I'm used to se font entendre, le public des gradins se lève, la foule s'électrise, on en a des frissons ! S'en suivent plusieurs tubes : A Question of Time, Enjoy the Silence (ils font durer le plaisir de ce tube en faisant reprendre le refrain en choeur par le public pendant plusieurs minutes). Puis, sur Personal Jesus, la foule saute et tape dans les mains, là aussi le refrain est repris en chœur. Et les tubes continuent avec Just can get enough...

L'ensemble du concert mêle donc des morceaux rock pure new wave et d'autres plus électro, plus récents. Les trois décennies Depeche Mode sont représentées. Le tout toujours supplanté de la voix grave, sombre et fascinante du chanteur - crooner qu'est Dave Gahan. Malgré ce coté sombre, limite gothique par moment, les morceaux sont souvent entraînants et magnétisent la foule au plus haut point. On garde les refrains en tête longtemps après.

De plus, la mise en scène est à souligner également, ce show est savamment mis en avant par trois écrans géants diffusant clips, vidéos, images, ou zoom sur le trio, selon les morceaux. Bref, un concert à la fois rassurant et surprenant, empreint de gravité et de dynamisme. Peu de "vieux" groupes arrivent ainsi à doser ces contrastes avec autant de brio !

La Set list (récupérée sur le site des Inrock'!) :
Welcome To My World  (Delta Machine, 2013)
Angel (Delta Machine, 2013)
Walking In My Shoes (Songs of Faith and Devotion, 1993)
Precious (Playing the Angel, 2005)
Black Celebration (Black Celebration, 1986)
Should Be Higher  (Delta Machine, 2013)
Policy Of Truth (Violator, 1990)
Slow (acoustique)
But Not Tonight (acoustique)
Heaven (Delta Machine, 2013)
Behind The Wheel (Music for the masses, 1987)
A Pain That I’m Used To (Playing the angel, 2005)
A Question Of Time (Black Celebration, 1986)
Enjoy  The Silence (Violator, 1990)
Personal Jesus (Violator, 1990)
Shake The Disease (acoustique) (single, 1985)
Halo(Violator, 1990)
Just Can’t Get Enough (Speak and Spell, 1981)
I Feel You (Songs of faith and devotion, 1993)
Never Let Me Down Again(Music for the masses, 1987)

A lire aussi cet article du Monde décrivant très justement le concert donné à Paris le 31 janvier, le même qu'à Strasbourg 2 jours après !

La tournée de Depeche Mode en Europe : http://www.depechemode.com/tour/