dimanche 9 juin 2013

Le Passé, film d'introspection

Le Passé est un film réalisé par l'iranien Asghar Farhadi, (le réalisateur d'Une Séparation), tourné entre Paris et Sevran. J'avais beaucoup entendu parlé de ce film, salué par les médias et en lice au festival de Cannes. Comme j'aime les films étrangers et que la bande-annonce semblait prometteuse, je me suis donc laissée tentée par Le Passé.


Les acteurs jouent très bien : très juste interprétation d'Ali Mosaffa dans le rôle du sage médiateur, Bérénice Béjo (The Artist) est sublime en incarnant à la fois une femme forte et fragile (elle a d'ailleurs été récompensée à Cannes en recevant le prix d'interprétation féminine) et Tahar Rahim (Un Prophète) est plein de justesse dans son rôle de père un peu dépassé par les événements.

Bande-annonce :

L'histoire : Ahmar (Ali Mosaffa), la quarantaine, la barbe en friche et un doux accent iranien, débarque d'Iran pour retrouver Marie, son ex femme, en région parisienne afin de signer les papiers du divorce, 4 ans après leur séparation. Ils se retrouvent comme s'ils ne s'étaient jamais quittés en parlant de la pluie et du beau temps. Arrivé dans la maison où ils ont vécu autrefois, Amar fait la connaissance de Fouad, un adorable mais turbulent petit garçon de 6 ans, avant de découvrir qu'il est le fils de Samir, le nouveau conjoint de sa future ex-épouse.
On découvre en même temps que lui la nouvelle vie que mène son ex compagne avec ses deux filles auxquelles il s'est également attaché par le passé. Et Marie se retrouve entre son ex mari et son futur mari,  elle doit faire face à ses sentiments partagés. Bérénice Béjo interprète majestueusement bien cette femme en proie au doute.


Le réalisateur filme très bien la vie quotidienne des différents protagonistes, en toute simplicité. On s'imagine facilement dans la maison de Marie en plein travaux et peine de capharnaüm, n'ayant pas le temps de réparer un évier ou de faire le ménage !

J'ai trouvé la première partie du film un peu longuette et assez contemplative, le réalisateur cerne d'abords les personnages en les filmant de près, les silences en disent autant que les paroles. Il fait ensuite monter une certaine tension afin que chaque protagoniste se retrouve enfin face à ses sentiments, sa culpabilité, ses doutes et ses espoirs.

Amar, le petit Fouad et Léa (la fille de Marie) :


Asghar Farhadi parvient également à semer le doute. Malgré cette vie apparemment normale et simple, un drame s'est produit, et celui-ci finit par toucher chaque personnage. Qui est responsable du drame ? Pourquoi Lucie, la fille adolescente de Marie, se tient à ce point éloignée du foyer? Qu'est-il arrivée à l'ex femme de Samir? Les doutes vont d'une personne à l'autre, le réalisateur explore les relations de causes à effets, les douleurs, les doutes et les frustrations de chacun.

Lucie :
Samir :

Le Passé c'est à la fois un film sobre mais profond, lent mais intense, triste mais plein d'espoir avec de très bon interprètes. Un beau film dans l'ensemble, un peu lent par moment, le scénario est plutôt simple mais le réalisateur s'en sort bien puisqu'il met l'accent sur les sentiments des personnages et parvient à en faire un film d'introspection.

Le Passé / film réalisé par Asghar Farhadi, avec Bérénice Bejo, Tahar Rahim, Ali Mosaffa..(sortie 17 mai 2013)

samedi 1 juin 2013

C'est le week-end, écoutons les vampires !

Vampire Weekend

Encore un groupe qui arrive au sommet de son succès avec son troisième album Modern Vampire of the City sorti le 14 mai et très médiatisé. Le quatuor new-yorkais poursuit sa musique dans la continuité de ses albums précédents sortis en 2008 et 2010 et clôt ainsi une trilogie, comme l'a dit le chanteur Ezra Koenig lors d'une interview aux inrock'.
La particularité de Vampire Weekend ce sont les voix douces et légères qui chantent des paroles poétiques  sur des arrangements musicaux originaux et variés.


Ce nouvel album est illustré par une photo en noir et blanc de New-York sous la brume, une vue mélancolique à l'image des morceaux qu'il contient, des paroles pleines de regrets et de désillusions.
Si dans les deux premiers albums on entendait régulièrement un mélange de sonorités ethniques, dont des rythmes africains, ce nouveau disque est plus sobre, un pure album new-yorkais comme le rappelle les membres du groupe.

Dès le premier morceau Unbelievers on est happé par la mélancolie du groupe : "Got a little soul
The world is a cold, cold place to be. Want a little warmth ; But who's gonna save a little warmth for me?"


Avec Ya Hey on retrouve la pop entraînante propre au groupe, un refrain choral, un clip "mousseux" (un peu débile)...
Diane Young est un morceau plus rock mais toujours aussi entraînant :
 

Step est une jolie mélodie simple et gaie pour commencer, suivie des voix suaves des chanteurs et d'un mélange instrumental, le tout donnant un morceau très aboutit qui rend hommage à la ville de New York. Une de mes chansons préférées.


Don't Lie, une musique orchestrale qui fait des fois penser à Arcade Fire, avec toujours la belle voix douce de Ezra Koenig.
    

Hannah Hunt est une jolie berceuse toute douce en hommage à une certaine Hannah.

Dans l'ensemble c'est donc un album assez aboutit, à la fois différents et proche des précédents, qui s'écoute et se réécoute avec plaisir.

Modern Vampires of the City / Vampires Weekend . - XL Recordings, 2013

et à réécouter :
 Contra / Vampire Weekend . - XL Recordings, 2010
Vampire Weekend / Vampire Weekend . - XL Recordings , 2008

mardi 21 mai 2013

Daft Punk is back !

Cela n'a rien d'une découverte, mais là aussi plutôt la redécouverte d'un grand groupe électro : Daft Punk revient avec un nouvel album, sorti ce 21 mai,  RAM soit Ramdom Access Memory. Le retour des deux robots français était très attendu. Ce quatrième album électro est plus pop, plus réfléchit, plus calme. Il a été enregistré à l'ancienne, dans de véritables studios à travers le monde, sans tous les gadgets numériques actuels. Thomas et Guy Manuel, les deux membres du groupe ont financé eux même la sortie du disque afin de n'avoir à répondre d'aucune maison de disque. Ils auront mis près de 5 ans à le réaliser et ont changé de label début 2013, juste avant la sortie du disque.


Tout au long des 13 morceaux qui composent l'album, on ressent les influences rock, pop, funk (Fragments of time), et même classique (début du morceau Beyond ) Un hommage aussi aux sons électro et funk des années 80. Le duo n'a pas souhaité réaliser de clips afin que chacun s’imprègne à sa manière de leur musique. Daft Punk résiste à sa manière à l'industrie de la musique!


Quelques extraits:

Within : une pop mélodieuse et robotique, un refrain entêtant, une certaine douceur électrique.



Instant crush : là encore on retrouve une mélodie électro et des voix douces et aigues avec notamment la participation de Julian Cassablanca des Strokes !

 

Lose yourself in dance : pour vous faire bouger sur un rythme digne des anciens tubes de Daft Punk.



Touch : des sons étranges, des voix grésillantes, l'univers des Daft Punk est bien là, le son vient progressivement, on se laisse bercer par cette douce musique pop répétitive jusqu'à vous faire perdre la tête pour revenir doucement sur une mélodie plus rock.


Get lucky : probablement le tube qu'on va entendre sur toutes les radios prochainement! Celui qui va vous faire danser cet été. Du pur Daft Punk, funk et électro qui nous met de bonne humeur!


Doin'it right : ce sont vraiment les robots qui chantent!

Contact : un morceau qui réveille et qui va vous rendre dingue pour finir cet album, une sorte d'explosion de sons qui termine cet album en folie! L'apothéose finale en quelque sorte.

L'album est sorti aujourd'hui, le 21 mai mais il est déjà disponible sur le net depuis plusieurs jours. A écouter sur Deezer : http://www.deezer.com/fr/album/6575789

Dans l'ensemble, RAM est donc un 4ème  album réussi, moins électro-house que les précédents, plus paufiné, plus calme, le duo français semble s'être assagi avec l'âge, il étaye son style, mais c'est bon pour nos oreilles.

Ramdom Access Memory / Daft Punk . - Columbia, mai 2013

lundi 20 mai 2013

Depeche est toujours à la Mode !

C'est le retour des "papis" du rock! Après David Bowie qui est revenu sur le devant de la scène avec son superbe The Next Day, c'est au tour de Depeche Mode qui vient de sortir son 13ème album. Les trois quiquas anglais ont toujours la pêche et ont sorti leur Delta Machine fin mars 2013. Un titre d'album qui a les même initiales que le groupe.


Toujours la même voix grave et profonde pour David Gahan, la même énergie, les mêmes sons rock et blues pour les trois membres de DM qui ouvrent leur nouvel album par le magnifique Welcome to my world. Bienvenue dans le monde de la Delta Machine de Depeche Mode!
Une mélodie montante, entraînante, à la fois lente et forte comme DM sait si bien les faire.


Depeche Mode reste Depeche Mode, sans artifice, sans une ride au niveau de leur style après 35 ans de carrière. Voici un aperçu des titres qui composent cet album.

Angel : une voix puissante, un rythme fort, c'est du pur Depeche Mode, probablement un titre phare de cet album.
 

Heaven: une superbe ballade rock avec de bon riff de guitare, toujours la voix désinvolte de David Gahan ;
Secret to the End : de bonnes guitares et un refrain entêtant.
  

My little universe : des percus simples et pures, un rythme épuré qui fait penser à des battements cardiaques, probablement les pulsations de cette Delta Machine- qui deviennent de plus en plus rapides jusqu'à devenir un pur rythme électro, avec toujours cette voix douce et profonde qui vous raconte une histoire.
   

Slow : La voix grave est toujours là, le rythme est très lent, ce qui doit probablement son nom au titre, une sorte de blues-rock assez réussi.
Broken : jolie ballade rock avec des légères percus au refrain aérien, surement un autre tube à venir grâce à son refrain entraînant :  "When you’re falling, I will catch you, You don’t have to fall that far, You can make it, I will be there, You were broken from the start"


The Child Inside : une des ballades les plus lentes et douces de l'album, une sorte de berceuse, chantée par Martin Gore et donc dans un registre un peu plus aigü.
Soft Touch : un morceau beaucoup plus rapide et plus rock;
Should be Higher : un beau morceau puissant, bien construit, avec percus légères, de bons synthés qui accompagnent les guitares et une voix qui monte dans les aigus !
 

Alone : là encore un morceau sombre et profond, le duo de voix est magnifique pour une chanson très triste. voici les paroles du refrain : "I couldn’t save your soul, I couldn’t even take you home I couldn’t feel at home Alone." Un morceau très fort.
 

Soothe my soul : un rythme plus rapide,aux sonorités pop électro, un refrain entetant sur lequel on peut aisément danser.
Goodbye : Ca aurait pu être une musique de fin de l'album! De belles suites d'accords à la guitare, un refrain tout en puissance. Mais je trouve ce morceau un peu trop pompeux sur la fin.
Always : et encore un beau morceau de rock - blues symphonique pour finir.

Voilà pour ce petit décryptage. Dans l'ensemble Depeche Mode reste fidèle à son style, mais innove toujours au niveau des sons, des rythmes et des accompagnements vocaux. Delta Machine est donc un très bon album, même comparé au 12 précédents!

Delta Machine / Depeche Mode . - Sony Music Entertainment, 25-03-2013
En tournée en France prochainement. A Strasbourg le 4 février 2014 !

dimanche 12 mai 2013

Le confident, un roman captivant !



Très beau premier roman pour cette jeune écrivain de 32 ans, Hélène Grémillon.
Camille est une éditrice de 35 ans qui vient de perdre sa mère alors qu'elle venait de lui apprendre qu'elle était enceinte. Parmi les lettres de condoléances, elle reçoit au fil des jours de curieux feuillets retraçant l'histoire d'une certaine Annie. Croyant d'abord à une erreur de destinataire puis à un stratagème d'un écrivain en devenir, elle sera de plus en plus fascinée par cette histoire qui relate des faits étrangement réels. On découvre les feuillets en même temps qu'elle et on se laisse vite captiver par ce récit à la fois beau et tragique. Camille se rendra vite compte qu'il n'y a pas de place pour les coïncidences...


C'est très bien écrit, les narrateurs sont successivement les principaux protagonistes de cette histoire et permettent de dérouler le fil de cette terrible intrigue, une histoire d'amour contrariée entre deux jeunes gens, un mariage pourri par une obsession, des mensonges, des secrets, des trahisons, le tout sur fonds de Seconde Guerre mondiale. Le roman fourmille de références historiques et le contexte est très bien retransmis. Les thèmes du désir d'enfant, de la maternité et de la culpabilité sont omniprésents.

Un roman vraiment prenant, très bien construit, plein de rebondissements et de surprises jusqu'à la dernière page! Une fois commencé, on ne peut plus le lâcher!

Le confident / Hélène Grémillon. - ed. Plon, 2010 (existe en format livre de poche)

Quelques citations :

"L'amour est un principe mystérieux, le désamour encoure plus. On arrive à savoir pourquoi on aime, jamais vraiment pourquoi on n'aime plus". p.41

"En prétendant sauver la femme de l'esclavage de la maternité, l'avortement lui impose une autre forme d'esclavage, la culpabilité. Plus que jamais, la maternité devient notre seul fait ou méfait." p. 87

"Les confidences sont une marque d'amour ou d'amitié à manier avec dextérité. Tout le monde n'est pas prêt à les recevoir" p.171

"Les erreurs naissent souvent de certitudes" p.208

"Plus on a d'ennemis, moins la detestation qu'on leur porte est virulente" p. 235

dimanche 28 avril 2013

La réparation, un roman-docu-autobiographique grave et beau

La Réparation

Colombe Schneck est une journaliste de TV (I-Télé) et de radio (France Inter où elle tient notamment une chronique littéraire). Écrivain reconnue et récompensée par plusieurs prix littéraires, elle a publié son dernier ouvrage, La Réparation, en 2012.


Ce livre est à la fois un témoignage, une autobiographie, un documentaire et un roman. 
Lors de la naissance de sa fille Salomé, l'auteur et narratrice se rappelle que sa mère lui avait recommandé ce prénom en hommage à une cousine disparue. Elle se plonge alors dans l'histoire de sa famille juive d'origine lituanienne qui fut déportée par les nazis durant la Seconde Guerre Mondiale et ira à la rencontre des membres de sa famille et des lieux où ils ont vécu afin de mieux connaitre leur histoire.


C'est l'histoire d'un secret de famille, d'une histoire tragique et d'un terrible passé. En partant sur les traces de sa famille, Colombe Schneck (re)découvre l'histoire de la Lituanie, petit pays d'abord envahit par l'Allemagne nazie puis par l'Union Soviétique, celle des juifs persécutés et en particulier des juifs de Lituanie et du ghetto de Kovno et aborde le sujet de la diaspora juive aujourd’hui. C'est l'histoire de deux femmes qui ont choisi de vivre après avoir connu les pires horreurs. C'est un récit sur la filiation, l'importance de connaitre ses origines.

Le titre "La réparation" fait allusion à une indemnisation financière dérisoire faite par l'Allemagne à sa grand-mère trente ans après la guerre, mais ce sujet n'est abordé qu'à travers quelques lignes au début du roman et c'est un peu surprenant. Mais, au bout du compte, peut être que le titre fait davantage référence à une quelconque "réparation" intérieure, pour ne  pas s'être penchée sur la généalogie de sa famille plus tôt par exemple ou un hommage aux personnes disparues.

Colombe Schneck se décrit elle même comme une femme quelque peu nombriliste et légèrement paresseuse et fait part de ses doutes sur l'écriture d'un livre parlant d'un sujet aussi grave que la Shoah. Toutefois, elle laisse un témoignage poignant et plein de pudeur sur la question juive pendant la Seconde Guerre Mondiale.


Quelques citations :

"Ma grand mère mentionne un chèque qu'elle a reçu d'Allemagne en "réparation". Elle me propose, j'ai huit ans, d'aller aux galeries Lafayette acheter la plus belle poupée.[...] Elle ne me demande pas pourquoi je ne veux pas de poupée, je ne lui demande pas pourquoi les Allemands veulent la "réparer". Rien ne pourra réparer sa détresse." (p. 21)

"Il n'y a pas de transmission aux enfants et petits enfants. Le monde d'avant est enterré et il n'en reste que quelques survivances." (p. 26)

"Macha pense avoir une dette infinie envers le monde vivant" (p.61)

"La paix n'apporte pas de consolations, les morts ne ressuscitent pas, seul, croit-elle, le silence permet de vivre encore." (p. 91)

"Une autre vie doit être possible quelque part, il faut qu'elle trouve la force pour entrer dans cette nouvelle vie, pour que tous redeviennent des vivants" (p. 101)

"<< Comprenez-vous pourquoi l'Etat Israélien a construit ce mur entre nous, ces check-point pour sortir de nos villes? Les juifs ont souffert de cela et aujourd'hui cette stigmatisation est répétée, appliquée par le peuple qui en a le plus souffert.>>" (p.137)

"Ils avaient cette force en eux. Ils sont tous tombés à nouveau amoureux. Ils ont tout reconstruit de zéro." (p.166)

"Ginda avait insisté auprès de son fils. D'un coté il y avait les lituaniens, de l'autre les juifs, on ne se mélangeait pas." (p. 188)

mercredi 24 avril 2013

Un écrivain qui écrit sur un écrivain qui écrit sur un écrivain...


La vérité sur l'Affaire Harry Québert

Voici un roman fleuve de 670 pages, une sorte de saga qui s'apparente à un roman policier sans en être vraiment un, écrit par un jeune suisse de 27 ans.


Le narrateur Marcus, jeune écrivain qui surfe sur la vague du succès rencontré par son premier roman se voit confronté à un gros problème : la page blanche, le manque d'inspiration, l'énorme pression de son éditeur, de son entourage, de sa famille... Il veut devenir un écrivain célèbre et respecté mais ne trouve pas la recette du best-seller et craint de se voir bientôt renié et ruiné.
Lorsqu'il était étudiant, il s'est lié d'amitié avec un écrivain célèbre de 20 ans son aîné, Harry Quebert. Ce dernier lui a ouvert les yeux et appris à être lui même. C'est son ami, son mentor, son modèle, son coach sportif. Aussi, lorsqu'il apprend que son ami de longue date est accusé du meurtre d'une adolescente, la jeune Nola, avec qui il aurait eu une liaison il y a 30 ans, il quitte tout pour aller à Aurora, petite ville du New Hampshire où se déroule l'affaire. Il va se mêler à la police et aux habitants du coin pour essayer de découvrir la vérité sur ce qui s'est vraiment passé il y a trois décennies. En menant sa propre enquête afin d'aider son ami, il va beaucoup s'investir et cela s’avérera au fur et à mesure être une source d'inspiration pour un éventuel futur livre.
Au fil de ses découvertes, il va rencontrer de nombreuses personnes qui ont toutes des blessures et des secrets bien gardés. Et ce qui semblait être une simple histoire d'amour impossible s'avère être un véritable casse-tête.

Dans ce roman, Joël Dicker dénonce le milieu de l'édition, un milieu plus capitaliste qu'intellectuel ou la loi de l'argent et de la productivité règne sur celui de la libre inspiration. Il dresse un portrait de l'Amérique contemporaine, avec ses préjugés, ses peurs. Il parle également de la solitude, du besoin de reconnaissance, de l'amour, de la transmission, de la célébrité et de bien d'autres sujets que je ne peux citer sans risquer de lever le voile sur une part de l'intrigue.

C'est un roman captivant qu'on ne peut plus lâcher après l'avoir entamé.
Joël Dicker a reçu pour ce roman, le Prix Goncourt des Lycéens et le Grand Prix du roman de l'Académie Française en septembre 2012. Effectivement, c'est très bien écrit, une écriture fluide et précise à la fois, avec un grand sens du détail et des émotions retranscrites avec justesse.

L'auteur, Joël Dicker

Bref dans l'ensemble c'est un bon roman. Un écrivain qui écrit l'histoire d'un écrivain qui écrit sur un autre écrivain, voici un sujet original !
Il semble donc que Joël Dicker ait lui trouvé la recette du succès! D'ailleurs, après lecture du livre, on imagine très bien celui-ci être adapté en film.

le site de l'auteur : http://joeldicker.com/

Quelques citations :

p. 23 : "les livres sont devenus un produit interchangeable : les gens veulent un bouquin qui leur plaît, qui les détend, qui les divertit. Et si c'est pas toi qui leur donne, ce sera ton voisin, et toi tu seras bon pour la poubelle."

p. 54 : "C'est la beauté du droit en Amérique, Goldmann : lorsqu'il n'y a pas de loi, vous l'inventez. Et si on ose vous chercher des poux, allez jusqu'à la Cour suprême qui vous donne raison et publie un arrêt à votre nom."

p. 63 : "Personne ne sait qu'il est écrivain. Ce sont les autres qui le lui disent"

p. 133 : "Si les écrivains sont des êtres si fragiles, Marcus, c'est parce qu'ils peuvent connaître deux sortes de peines sentimentales, soit deux fois plus que les êtres humains normaux : les chagrins d'amour et les chagrins de livre. Ecrire un livre, c'est comme aimer quelqu'un : ça peut devenir très douloureux."

p. 167 : Vous voyez, écrire ou boxer , c'est tellement proche. On se met en position de garde, on décide de se lancer dans la bataille, on lève les poings et on se rue sur son adversaire. Un livre, c'est plus ou moins pareil. Un livre, c'est une bataille."

p. 274 : "Vous vous êtes mis à écrire parce que vous deviez écrire un livre et non pas pour donner du sens à votre vie. Faire pour faire n'a jamais eu de sens : il n'y avait donc rien d'étonnant à ce que vous ayez été incapable d'écrire la moindre ligne. Le don de l'écriture est un don non pas parce que vous écrivez correctement, mais parce que vous pouvez donner du sens à votre vie. [...] Les écrivains vivent la vie plus intensément que les autres, je crois."

p. 369. : "Vous voyez, Marcus, notre société a été conçue de telle façon qu'il faut sans cesse choisir entre raison et passion. La raison n'a jamais servi personne et la passion est souvent destructrice. J'aurais donc bien de la peine à vous aider"

p. 397: "Vous êtes esclave de votre carrière, de vos idées, de vos succès. Vous êtes esclave de votre condition. Ecrire, c'est être dépendant. De ceux qui vous lisent, ou ne vous lisent pas. La liberté, c'est de la foutue connerie! Personne n'est libre. J'ai une partie de votre liberté dans les mains, de même que les actionnaires de la compagnie ont une partie de la mienne entre les leurs. Ainsi est faite la vie Goldmann."

p. 411: "Apprenez à aimer vos échecs, Marcus, car ce sont eux qui vous bâtiront. Ce sont vos échecs qui donneront toute leur saveur à vos victoires."