jeudi 1 janvier 2015

"La Tête en l'air" : une belle BD sur le temps qui passe et les souvenirs qui s'en vont

La Tête en l'air est une jolie bande-dessinée abordant avec sensibilité la vieillesse et la maladie d’Alzheimer écrite et dessinée par un espagnol, Paco Roca. 


Ernest a 72 ans. Il vit chez son fils avec sa famille. Mais dès fois il les confond avec des clients de la banque où il travaillait avant. Ernest a la maladie d’Alzheimer et a de plus en plus de mal à être autonome. Aussi, sa famille décide de l'amener dans une maison de retraite.
Ernest se retrouve alors entouré uniquement de personnes âgées, l'analogie avec son entrée à l'école primaire est touchante. Parmi tous ces vieilles personnes, certaines ne savent plus comment elles s'appellent, d'autres tentent de s'occuper comme elles peuvent entre deux repas, en attendant éventuellement des nouvelles de leurs familles...

L'auteur dépeint avec émotion et tristesse la vie en maison de retraite rythmée par les repas et les siestes. Ce n'est pas seulement l'histoire d'Ernest qu'il nous raconte, mais celle de toute une génération. Ainsi, on est ému en voyant ce vieux couple ensemble depuis 60 ans où le mari semble avoir perdu toute notion d'une vie passée, sa femme ne le quittant pas d'une semelle. Ou cette vieille femme qui se croit dans le train de l'Orient Express, cette autre grand-mère qui veut sans cesse téléphoner à sa famille, ce vieillard qui ne fait que répéter inlassablement les paroles des autres, tel un perroquet... Toutes ces situations sont illustrées en montrant les situations dans lesquelles s'imaginent les personnes malades. Cela renforce l'émotion qui se dégagent de ces planches.

Ernest rencontre Emile, un vieil homme mesquin et aigri avec qui il va partager sa chambre. Lorsque ses souvenirs s'envoleront, Emile fera preuve de sollicitude et fera tout pour retarder la perte de mémoire. Il va même organiser une petite escapade, afin d'oublier leurs maux de vieilles personnes, tel des adolescents fugueurs !


Ernest est désemparé lorsqu'il prend conscience par moment que son état se détériore. Mais Emile est là pour lui remonter le moral, retarder les effets de la maladie.


La Tête en l'air est une BD éducative qui nous sensibilise à la maladie d’Alzheimer, à la solitude que peuvent ressentir les personnes âgées. C'est un album empreint de mélancolie et très émouvant.

Cette bande-dessinée a même été adaptée en film d'animation en 2011 (version espagnole) et en 2013 pour la version française.

La tête en l'air / Paco Roca . - Ed. Delcourt, 2013

jeudi 11 décembre 2014

Le Congo en photos

Un peu de photojournalisme avec l'exposition " Dancing ashes" 

La Chambre propose un aperçu du travail d'un jeune et talentueux photographe belge, journaliste de formation, Colin Delfosse.
Les photos exposées témoignent de ses voyages et reportages au Congo entre 2007 et 2014. Il a réalisé plusieurs séries de clichés sur des scènes de vie au Congo.

A voir notamment des photos extraites de sa série sur les catcheurs congolais, ces derniers posant fièrement avant leur combat, déguisés et mis en scène. Cela donne des photos étranges, anachroniques, avec quelque chose d’irréel et de très cinématographique.

© Colin Delfosse, Catcheurs Congolais, Kinshasa, République démocratique du Congo, 2011

© Colin Delfosse, Catcheurs Congolais, Kinshasa, République démocratique du Congo, 2011

D'autres photos témoignent du dénuement de la population, comme en témoignent ce cliché montrant une jeune fille dominant un camps de réfugiés dans la brume. La légende nous apprend que depuis 2012, les tensions ont provoqué le déplacement de plus de 2,2 millions de personnes à l'intérieur du pays. Ces photos à elles seules en disent plus qu'un long article à mes yeux. Elles sont à la fois belles et émouvantes.

© Colin Delfosse


Le photo-journaliste témoigne aussi de la présence importante de l'armée dans ce pays où subsistent de nombreux conflits interethniques.

© Colin Delfosse,

Par ailleurs, Colin Delfosse a immortalisé des scènes religieuses témoignant de la forte présence évangéliste au Congo, comme le montre cette photo de la célébration d'un culte dans un décors digne d'un goûter d'anniversaire d'une fillette de 10 ans !

© Colin Delfosse,

Enfin, on peut voir aussi de beaux paysages africains. Une de mes photos préférées est celle montrant des paysans marchant au bord d'un lac au coucher du soleil, une photo très poétique. Je n'ai pas trouvé cette photo sur Internet, mais c'est aussi un bon moyen pour vous inciter à voir cette petite exposition en passant par la place d'Austerlitz ! (à voir en 10 minutes environ, accès libre et gratuit)

Pour en savoir plus sur le photographe, on peut aller voir son portfolio en ligne.

Dancing Ashes / photographies de Colin Delfosse. Exposition temporaire (du 05 au 21 décembre 2014)  à La Chambre, 4 place d'Austerlitz. (ouvert du mercredi au dimanche après-midi)

dimanche 23 novembre 2014

Dieu me déteste : une écriture légère pour un ode à la vie

Dieu me déteste est un livre écrit sur un ton léger mais abordant un sujet grave : la maladie.
Richard a 17 ans, c'est un ado plein d'humour avec les hormones en ébullition.. Seul petit problème, atteint d'une maladie grave depuis plusieurs années, il vit à l'hôpital, au service des soins palliatif d'où personne ne ressort vivant. Il dit d'ailleurs qu'il est atteint du symptôme DMD : "Dieu me déteste". Ca pourrait être larmoyant et dramatique mais ce roman est un ode à la vie et au courage.


C'est bien difficile pour un ado de rester cloué à son lit, de respecter le règlement strict de l'hôpital, de se résigner en attendant la mort et de voir la désolation dans les yeux de ses proches. Alors Richard décide de profiter du temps qui lui reste. Il sympathise avec Sylvie, une jeune patiente qui, comme lui, est gravement malade. Tous deux décident de faire les 400 coups sous le regard à la fois compatissant du personnel médical. Les infirmier(e)s constituent presque une nouvelle famille pour Richard. Certains se montrent un peu plus permissifs, d'autres apparaissent autoritaires mais font preuve de grand coeur. Toutefois, il est quasiment impossible d'avoir un peu d'intimité dans un hôpital : les parents veillent constamment près de leur(s) enfant(s) malades, tout le monde peut rentrer dans la chambre à tout moment sans prévenir. C'est un peu compliqué quand on a les hormones en ébullition et qu'on souhaite simplement profiter du temps qu'il reste ! En voulant simplement passer du bon temps, il va lui arriver plein d'aventures et il va probablement vivre les journées les plus palpitantes de sa vie. 

L'écriture est fluide, le ton léger. Le narrateur, Richard, a beaucoup d'humour et décrit son environnement avec désinvolture et résignation. Il s'inquiète pour sa maman qui est tellement triste et seule... Sa sollicitude l’étouffe. Il renoue avec sa grand-mère et son oncle Phil qui sont des personnages hauts en couleur. Dans cette histoire, chaque proche gère sa peine et sa douleur d'une autre manière. La copine de Richard, Sylvie, a encore plus d'énergie que lui et remballe quiconque se met en travers de son chemin.
Le récit est souvent métaphorique, que ce soit par rapport au roi Richard, à l'histoire de Roméo et Juliet, et certaines scènes font penser à un duel de western.
Voici donc un récit plein de vie et d'humour pour une histoire sur la maladie et la fin de vie.

jeudi 20 novembre 2014

le pouvoir des mots face à l'oppression : "La voleuse de livres" un beau roman très émouvant

La voleuse de livres est le gros succès littéraire de l'année 2007. Avec sept années de retard, je viens donc de terminer ce beau livre de Markus Zusak. L'auteur est australien et a écrit ce roman à même pas 30 ans. Fils d'une mère allemande et d'un père autrichien, il a dû être particulièrement sensible à l'histoire de l'Allemagne sous le régime nazi. Son roman a rencontré un énorme succès mondial et a même été adapté en film l'année dernière.



En voici un livre original, puisque la narratrice est la Mort en personne. La "grande faucheuse" est très sollicitée pendant cette période de guerre. En effet, l'histoire se déroule en Allemagne, entre 1939 et 1943, à Molching, dans la région de Munich, à quelques kilomètres du tristement célèbre camps de Dachau.

Le récit commence comme une sorte de zoom sur une fillette pour laquelle la Mort s'est pris d'affection. Dans les premières pages, celle-ci présente d'ailleurs l'histoire à venir : "c'est l'histoire de quelqu'un qui fait partie de ces éternels survivants, quelqu'un qui sait ce qu'être abandonné veut dire. Une simple histoire, en fait, où il est question, notamment : 
-D'une fillette;
-De mots;
-D'un accordéoniste;
-D'Allemands fanatiques ; 
-D'un boxeur juif;
-Et d'un certain nombre de vols"
On suit alors l'histoire de Liesel, 13 ans, qui se voit placée dans une famille d'adoption par sa mère qui n'a plus les moyens de l'élever. Durant le trajet qui l'emmène à son nouveau foyer, son jeune frère décède. Cet événement la hantera pendant de nombreuses années. Lors du bref enterrement de celui-ci, Liesel trouve un livre par terre. Même si elle ne sait pas lire, elle est attirée par l'objet et l'emmène avec elle. Arrivée dans sa famille d'accueil, elle fait connaissance avec sa nouvelle maman, Rosa, une femme assez rustre mais qui cache en fait un grand coeur, et de son "papa" tendre et attentionné avec qui elle va très vite se lier. Ce dernier lui apprendra à lire chaque nuit quand elle se réveillera de ses cauchemars. Elle va découvrir alors que le livre qu'elle a "volé" est en fait "le Manuel du fossoyeur" ! Rien de très palpitant pour apprendre à lire, mais pourtant, Liesel le lira attentivement chaque nuit avec son papa.
Elle se lie aussi rapidement d'amitié avec un jeune garçon, Rudy, qui deviendra son compagnon des rues avec qui elle jouera au foot et chapardera quelques pommes.

Mais l'insouciance de l'enfance est bientôt rattrapée par la montée en puissance d'Hitler. Si, au début du roman, le nazisme est plutôt perçut avec légèreté par les enfants, avec les après-midis passées aux Jeunesses hitlériennes, les défilés, le culte du sport, les "Heil Hitler" à tout bout de champs, etc. , l'ambiance se fait de plus en plus grave au fur et à mesure que l'on tourne les pages. Et Liesel se sent vraiment concernée lorsqu'un jour un jeune homme prénommé Max, auquel est lié son papa, se présente à sa maison pour demander de l'aide...

Lorsqu'un autodafé a lieu sur la place du village, quelques livres vont résister aux flammes et ce sera l'occasion pour la jeune fille de "voler" (ou plutôt sauver ! ) un deuxième livre. Or, elle est effrayée lorsqu'elle s'aperçoit que la femme du maire l'a vu faire! Avant de se rendre compte que celle-ci lui ouvrira encore d'autres portes...
La voleuse de livres, c'est  l'histoire d'une fillette d'abord fascinée par l'objet livre qui finit par trouver un véritable refuge dans la lecture. Son talent de lectrice sera même "exploité" lors des attaques aériennes pour calmer les foules ainsi que par sa voisine, une femme taciturne. 

Ce roman témoigne de la guerre vue du coté des allemands qui l'ont subie, c'est un point de vue intéressant car assez méconnu. Car oui, les allemands ont aussi souffert de privations, des bombardements, des persécutions. Et il y a eu des allemands résistants, ou au moins réticents, à la folie du nazisme ainsi que des allemands persécutés.

L'écriture du roman est tantôt poétique, tantôt journalistique, mais toujours très sensible. L'auteur sème par-ci, par-là quelques mots allemands, notamment les "Saumensch" employés à tout bout de champs par Rosa. La forme de l'écriture est également particulière, puisqu'au début de chaque chapitre est présenté une sorte de "liste des grands points" qui vont être abordés ensuite, certains passages sont en gras, d'autres plus centrés etc. ce qui contribue à une certaine légèreté dans l'écriture pour en fait relater des faits assez dramatiques.
La force de ce roman tient également au fait que l'auteur parvint à faire ressortir pour chaque personnage sa part d'humanité, de courage et de tendresse.
Et la narratrice, la Mort, apparaît comme un spectre apaisant, qui prend toujours soin des âmes qu'elle emporte avec elle et pose un regard empli de tendresse et de pitié sur toutes ces pauvres victimes de la Guerre.

La voleuse de livres est un roman bien écrit qui se lit avec facilité, c'une une histoire captivante et intéressante de part le sujet traité et la manière dont c'est raconté. Enfin, c'est un livre très émouvant qu'on est ravi d'avoir lu mais qu'on regrette une fois la dernière page tournée.


Quelques citations :

"[...]Et comme souvent, au moment où j'ai entamé mon voyage, une ombre s'est de nouveau esquissée, un moment d'éclipse final - la reconnaissance du départ d'une autre âme. Car malgré toutes les couleurs qui s'attachent à ce que je vois dans ce monde, il m'arrive souvent de percevoir une éclipse au moment où meurt un humain. J'en ai vu des millions. J'ai vu plus d'éclipses que je ne pourrais m'en souvenir." (p 18)

"[...] Au moment où j'allais glisser mes mains à travers les couvertures, j'ai senti un renouveau, une force contraire qui repoussait mon poids. Je me suis retirée. Avec tout le travail qui m'attendait, c'était bon d'être combattue dans cette petite pièce obscure. Je me suis même offert un petit moment de sérénité, les yeux clos, avant de sortir." (p. 310)

"Combien parmi eux avaien-ils activement persécuté d'autre personnes, enivrés par le regard d'Hitler, répétant ses phrases, ses paragraphes, son oeuvre? [...] J'aimerai beaucoup connaître la réponse à chacune de ces questions, même si je ne peux me prêter à ce jeu. Ce que je sais, c'est que ce soir-là, tous ces gens ont senti ma présence, à l'exception des plus jeunes? [...] Les Allemands terrés dans ce sous-sol étaient dignes de pitié, sans aucun doute, mais au moins ils avaient une chance. Ce sous-sol n'avait rien d'une salle d'eau. On ne les envoyait pas sous la douche. Pour eux, l'existence pouvait encore se poursuivre. " (p. 367)

" Parfois, ça me tue, la façon dont les gens meurent." (p. 450)

"Les bombes arrivèrent. Bientôt, les nuages s'embraseraient et les gouttes de pluie froide se changeraient en cendres. Des flocons brûlants arroseraient le sol." (p. 480)


mardi 18 novembre 2014

Interstellar : impressionnant voyage dans l'espace aux dimensions philosophique et métaphysique

Encore un film catastrophe américain doublé d'un film sur la conquête spatiale ? Encore un film à gros budget? Du déjà vu, certes. Mais Christopher Nolan (Inception, The Dark Knight... ) réalise avec Interstellar un film assez novateur en la matière puisqu'il donne une véritable place à la Science et à la recherche. De plus, c'est un film où les relations humaines sont une force, un moteur, notamment l'amour et la filiation. L'émotion est sans cesse présente, sans toutefois devenir mélodramatique.


L'histoire :

Dans un futur pas si lointain, l'avenir de la Terre semble de plus en plus compromis : tempêtes de poussière, pollution, maladies respiratoires, problèmes d'agriculture (seul le maïs pousse encore)... Bref l'Humanité court à sa perte avec ces catastrophes écologiques.
Cooper (interprété par Matthew McConaughey), ancien ingénieur en aérospatial reconverti par défaut dans l'agriculture, tente de faire vivre sa ferme avec ses deux enfants Murph', 10 ans, Tom, 15 ans, et son beau père. Passionné de sciences et d'astrophysique, il interprète, accompagné de sa fille, les signes susceptibles d'envisager un avenir meilleur.  Un jour, Cooper et Murph' tombe sur un campement secret de la Nasa.

Cooper et sa fille devant leur ferme

Ils découvrent que des scientifiques continuent d'explorer l'univers à la recherche d'une planète viable. S'il n'y en a pas dans notre système solaire, ces derniers ont remarqué un "trou" qui permettrait d'explorer d'autres galaxies. Cooper est alors sollicité pour piloter la navette spatiale et découvrir de nouvelles galaxies. Il accepte l'aventure et doit quitter ses enfants sans savoir s'il va les revoir un jour, puisque le temps est différent dans l'espace : quelques jours de voyage dans une autre galaxies équivalent à plusieurs dizaines d'années sur la Terre.


Le film est bien construit, bluffant de réalisme. La première partie nous plonge dans l'Amérique agricole, le tout est très plausible et on sent vraiment l'ambiance "fin du monde" dans ces grandes étendues où les cultures subissent toutes sortes de maladies, où l'air devient irrespirable. La dimension catastrophe est appuyée par des témoignages de personnes âgées, dans un futur pas si lointain, racontant les difficultés de la vie "d'avant" qui correspond en fait au début de l'histoire.
Ensuite, certaines scènes sont très émouvantes, notamment la scène de séparation entre Cooper et sa fille, avec qui il est très proche. On s'attache très vite aux personnages principaux, notamment à la fillette.

Murphy à 11 ans

Murphy adulte

Interstellar dure 2h50, il est donc difficile de tout analyser tellement il s'y passe de choses.
Le périple dans l'espace est palpitant, on est souvent accroché à son siège presque comme dans Gravity (sans l'effet 3D toutefois). Cooper et ses acolytes, dont deux robots intelligents (qui peuvent participer à une conversation et ont un pourcentage d''humour!) en voient de toutes les couleurs. Au tumulte des décollages du vaisseau spatial, succède le calme pesant et angoissant de l'espace infini. D'ailleurs, l'Espace et ses mystères sont bien décrits, expliqués et superbement réalisés, on est vite happé par ces domaines inconnus.
le vaisseau spatial Endurance

Alors bien sûr, c'est un blockbuster, mais c'est aussi un film qui pose des questions sur notre responsabilité vis à vis de l'avenir de notre planète ainsi que sur l'espace, tout en abordant des aspects philosophiques. Interstellar est bien construit, le spectateur est tenu en haleine, il y a beaucoup de surprises, d'émotion, et surtout, contrairement à Gravity, un scénario élaboré et bien ficelé qui s'appuie sur des faits scientifiques. Nolan s'autorise toutefois à imaginer la constitution d'un trou noir et nous offre une  scène incroyable aux dimensions métaphysiques qui constitue quelque part le noyau du film. De plus, on ne peut qu'admirer la prouesse technique pour nous faire ainsi voyager dans l'espace, le tout est d'un grand esthétisme.

Cooper et son accolyte Brand découvrent une nouvelle planète

Je reconnais que des choses m'échappent pour comprendre comment on aboutit au dénouement, qui arrive d'ailleurs un peu trop rapidement par rapport au reste du film. Mais je pense que Christopher Nolan nous invite à imaginer une science encore plus complexe que celle qui existe aujourd'hui, à nous laisser porter, à rêver également un peu.
Et, ça marche, puisqu'après être sorti de la salle, on garde la tête dans les étoiles encore un bon moment.

mardi 28 octobre 2014

Un faux thriller mystérieux écrit dans un style journalistique : "Trois"


Voici un livre pour le moins original et surprenant mais qui m'a laissé partagée entre deux impressions. Ce livre est vendu comme un thriller plébiscité par Stephen King, mais attention, il ne s'agit pas vraiment d'un roman policier, le style est nouveau, difficile à définir, entre forme journalistique avec une pointe de fantastique et d'ésotérisme.

L'histoire : un jeudi de janvier 2012, quatre avions issus de quatre compagnies différentes se crachent aux quatre coins du monde faisant des centaines de morts. A chaque fois, les experts sont formels : il est impossible qu'il y ait des survivants. Or, pour trois des crachs, seul un enfant à survécut à chaque fois, on ne sait par quel miracle. Pour le vol d'Afrique du Sud, une rumeur fait aussi état d'un enfant ayant survécu sans que cela ait jamais été prouvé. Comment de jeunes enfants ont-ils pu survivre à de telles catastrophes aériennes? Les médias s'emparent de l'affaire et différentes théories sont lancées, allant des extraterrestres aux cavaliers de l'apocalypse. Les "gourous" religieux de l'Amérique conservatrice occupent une place très importante dans ce récit. Les enfants sont recueillis par des membres de leur famille mais semblent ne pas être traumatisés, ils montrent même un détachement particulièrement anormal. La survie de ces enfants va avoir des conséquences inattendues, faisant effet "boules de neige",entraînant catastrophe sur catastrophe, allant jusqu'à influer la politique des pays concernés ! 


Le roman commence sur les chapeaux de roues, comme un très bon thriller : on est tenu en haleine par une des passagères d'un avion qui vit le crasch. Mais au bout d'une cinquantaine de pages, on se rend compte qu'il ne s'agit pas vraiment d'un roman policier, mais plutôt d'un condensé de témoignages révélant, au compte-goutte, les éléments mystérieux suivant ces accidents. L'histoire nous entraîne dans les moeurs de l'Amérique ultra conservatrice, au Japon, pays des nouvelles technologies et des geeks, à Londres et fait un bref passage en Afrique du Sud. L'auteur dresse un portrait très sombre de la société d'aujourd'hui, avec ses travers, ses extrêmes, ses tensions politiques, ses luttes de pouvoirs...

La construction du livre est originale. Il s'agit en fait d'un recueil d'échanges entre la narratrice qui rédige un livre sur le "jeudi noir"et interroge ainsi les différents acteurs et témoins de la catastrophe : famille des enfants survivants, voisins, enquêteurs, journalistes, etc. Le style est très réaliste, on trouve des entretiens par skype, par mail, téléphone, etc. Tout au long du récit, des informations sont révélées sur les événements à venir, ce qui tient bien sûr le lecteur en haleine. 
La fin du roman se distingue du reste puisque cette dernière partie est centrée non plus sur les témoins des drames mais sur la narratrice qui, après la publication de son livre et quelques mésaventures, continue de cherche des réponses... Vers la fin du roman on retrouve d'ailleurs le même suspens qu'au début. Malheureusement j'ai été un peu déçue par la fin, toujours très mystérieuse, étrange, floue.

En fait, je suis assez partagée sur ce roman. Ce livre ne correspond pas à ce à quoi je m'attendais. D'un coté, je l'ai trouvé très prenant et l'ai lu rapidement : les chapitres sont courts, écrits dans un style journalistique, incisif, comme s'il s'agit de l'actualité du moment et c'est notamment ce qui rend le livre vraiment prenant. D'un autre coté, je m'attendais à un roman policier, or il n'y a pas vraiment d'enquête, pas de réponses aux questions que l'on se pose, simplement quelques supputations ésotériques.

Trois / Sarah Lotz . - Fleuve Noir, 2014

jeudi 23 octobre 2014

Gone Girl : un thriller haletant !

David Fincher (Fight Club, L'Etrange histoire de Benjamin Button, The Social Network...) a adapté avec Gone Girl le roman de Gillian Flyn "Les apparences". Je n'ai pas lu le livre, mais apparemment le film reste assez fidèle au roman et David Fincher parvient à en faire un thriller passionnant, mené d'une main de maître.

                                                                

 Nick et Amy forment un couple modèle : jeunes, beaux, issus d'un milieu aisé, populaires...  Leur rencontre semble être un coup de foudre, ils veulent être un couple "différent", créatif, pour qui la routine n'existe pas.
Mais au bout de 5 ans de mariage, tous deux sont aigris et une distance s'est installée entre eux. Le soir de leur anniversaire de mariage, alors que Nick rentre chez lui, il trouve l'appartement vide et en désordre : Amy a disparu. Il appelle de suite la police. Si, de prime abord, Nick semble être de bonne fois, la police ainsi que les médias finissent par en faire le suspect idéal puisqu'en grattant un peu sous la surface on découvre que leur couple battait de l'aile.

Bande-annonce :


De plus, Nick a du mal a entrer dans la peau de mari désespéré et montre peu ses émotions en public. Il n'en faut pas plus pour que les médias se déchaînent contre lui et en fassent leurs "Unes", leurs stars de talk shows. Mais il ne faut pas se fier aux apparences, c'est ce que démontre ce film en dénonçant les dessous de l'American Way of Life, le cynisme, la folie, les faux-semblants.

                                                      

Gone Girl dure 2h30 et se décompose en trois parties, chacune plus surprenantes les unes que les autres. La première partie fait état de la disparition d'Amy et se centre sur le personnage de Nick. Je ne peux pas dire sur qui ou quoi sont centrées les autres parties au risque de révéler toute l'intrigue !

                                                         

Il s'agit d'un thriller psychologique remarquablement construit, d' une histoire d'amour qui vire au cauchemar, d'un film de manipulation effrayant. Chaque plan est bien choisi, les personnages sont énigmatiques et interprétés par de bons acteurs : Ben Affleck est à la fois charismatique et énervant et Rosamund Pike est... une actrice prometteuse! De plus, le rôle de Margo, la soeur de Nick, apparaît comme la conscience morale de ce dernier et me fait penser à la soeur de Dexter.

Malgré quelques scènes "too much", un peu carricaturales (mais fidèles au livre semble t'il), Gone Girl est prenant de bout en bout et c'est un film effrayant et superbement réalisé.