mardi 28 juillet 2015

"Ma mémoire assassine" : excellent polar psychologique coréen

Ma mémoire assassine est un roman coréen dans lequel l'auteur, Kim Young-ha raconte l'histoire bien particulière de ce que l'on peut qualifier un anti-héros.
En effet, le narrateur et personnage principal de ce livre est un ancien vétérinaire âgé de 70 ans qui aimerait bien passer sa retraite tranquillement en suivant des cours de poésie. Petit détail aussi, c'est un ancien tueur à gage qui a commis un certain nombre d'atrocités par le passé, il y a plus de vingt-cinq ans. Mais voilà que la maladie d’Alzheimer s'invite dans sa retraite paisible et que son esprit devient de plus en plus brouillé. Afin de parvenir à garder la tête froide et de garder certains repères, il écrit chaque jour ses pensées et le défilement de sa journée dans un journal.


Il ne sait plus si le chien qui rôde chez lui est le sien ou non. Il oublie de plus en plus de choses. Il voit sa fille adoptive s'éloigner de lui et s'amouracher d'un homme étrange. Dans un contexte ou des meurtres en série sont commis dans la région, cet homme lui semble de plus en plus suspect et dangereux. Pour protéger sa fille adorée, il va devoir reprendre du service, avant qu'il ne soit trop tard, qu'il ne se rappelle plus des dangers qui la menace elle et d'autres femmes, et pire, qu'il ne se rappelle plus qui il est.

C'est le récit d'un homme prisonnier du temps, coincé dans le présent, où le passé devient de plus en plus flou et l'avenir inexistant. Va t'il réussir la dernière mission qu'il s'est donné?

L'écriture est à la fois incisive et métaphorique et le ton emprunt de beaucoup d'humour noir. Les phrases et les paragraphes sont très courts, quelques fois désorganisés, afin de refléter au mieux les pensées de ce cerveau malade, ce qui donne au roman un rythme soutenu. Ce petit livre de 150 pages se lit donc très facilement. 
Et surtout, le suspens est de plus en plus présent dans les derniers chapitres. L'auteur maîtrise tous les codes du polar psychologique et parvint très bien à brouiller les cartes pour le lecteur. Le moins qu'on puisse dire, c'est que le dénouement est des plus surprenants ! Une fois terminé, j'avais envie de relire ce livre afin de voir les détails qui m'ont échappé et d'avoir un nouveau regard sur l'histoire.
Bref, c'est un roman très original par son "héros", son sujet et sa forme !


Quelques citations : 

" Soixante-dix ans de vie. Quand je regarde en arrière, j'ai l'impression de me tenir debout devant la gueule grande ouverte d'une grotte obscure. Et quand je pense à ma mort prochaine, je ne ressens pas grand chose. Mais dès que je ressase mon passé, mon coeur s'assombrit. Comme s'il n'était plus qu'un désert où rien ne pousse, où ne subsiste pas une goutte d'eau." p. 34

" Vivre avec la maladie d'Alzheimer, c'est comme être un voyageur qui arrive perpétuellement un jour trop tôt à l'aéroport parce ce qu'il s'est trompé de date"

"Les gens veulent comprendre ce qu'est le mal. C'est un souhait vain car le mal est comme un arc-en-ciel , plus on s'en approche pour le saisir, plus il se dérobe" p. 117


samedi 25 juillet 2015

"The Americans" : Bienvenue dans le monde des agents dormants pendant la Guerre Froide

Nous voici à nouveau plongés dans les années 80, les changements de décors et d'époque inspirant décidemment les scénaristes de séries. The Americans est une série sur des américains comme son nom l'indique, mais des américains peu ordinaires. En pleine Guerre Froide, au début des années 1980, Phillip et Elizabeth Jennings semblent vivre une vie parfaite dans une banlieue chic de Washington, avec leur deux enfants. Mais tous deux sont en fait deux russes "infiltrés", des "agents dormants" du KGB envoyés il y a plus de 15 ans aux Etats-Unis afin d'espionner les américains et de rendre des comptes à Moscou.


Fondus dans la masse, parfaitement intégrés, sous couverture d'une profession d'agent de tourisme, ils sont des espions professionnels la journée, prêts à tout pour accomplir la mission qui leur a été confiée, tuant presque sans scrupules qui se trouvera sur leur route. Mais le soir, en rentrant au domicile familial, ils reprennent leurs rôles de parents aimants et d'américains moyens.

La famille Jennings au complet

Grâce à quelques flaschback on en apprend plus sur le passé du couple, leur rencontre et mariage arrangé, leur arrivée aux Etats-Unis, leur mission, etc. On est sidéré par ce qu'ils sont capables d'endurer pour satisfaire les demandes du Kremlin et accomplir les ordres. Toute sensibilité est mise de coté, de même que toute espèce de scrupule ou de remord. C'est très déstabilisant. Même au sein de ce faux couple, le doute subsiste et le travail, la mission confiée, la loyauté envers la mère-patrie passe avant tout. Cependant, plus on avance dans la série, plus les missions qui leurs sont confiées se compliquent et la carapace qu'ils se sont créées se fissure très légèrement.
D'une relation formatée, purement professionnelle, peut-il découler une véritable relation amoureuse? La relation complexe entre les deux personnages est au cœur de cette série. C'est presque une intrigue dans l'intrigue principale.

Trailer saison 1

Lorsque les deux équipiers découvrent que leur nouveau voisin fort sympathique est en fait un agent du FBI qui a justement pour mission de traquer les espions du KGB, ils doivent redoubler de vigilance. Le FBI a justement décidé de redoubler d'efforts pour arrêter les agents dormants russes. Et Phillip et Elizabeth sentent l'étau se resserrer de plus en plus autour d'eux. Parviendront t'ils à passer entre les mailles du filet? A qui peuvent t'ils faire réellement confiance? 

Elizabeth et Phillip avec leur agent de liaison

Au fur et à mesure des épisodes, on en apprend davantage sur la belle Elizabeth, le mystérieux Phillip, le voisin et agent du FBI Stan Beeman, son indic' russe et maîtresse l'énigmatique Nina, etc.
Agents secrets, agents doubles, agents triples, attention, il faut suivre, mais la série reste captivante de part la complexité des personnages. En effet, au vue des différentes situations, leurs sentiments évoluent beaucoup. Rien n'est jamais gravé dans le marbre.

l'agent du FBI Stan Beeman

Nina, l'employée du KGB

De plus, le scénario est vraiment bien construit, cohérent, intriguant, avec son lot de rebondissements. A plusieurs reprises, on est surpris du dénouement de telle ou telle situation car, lorsque l'on pense avoir saisi enfin la clé d'un mystère : suspens, rebondissement, on repart pour une nouvelle intrigue !
La série interroge également sur les différents idéaux politiques. Qui est du bon coté, qui est du mauvais? Y-a-t'il vraiment un idéal meilleur que l'autre? Jusqu'où peut-on aller pour servir une cause à laquelle on croit?

Juste un petit bémol à mon avis: on peut reprocher le coté quelque peu trop "glamour" des personnages, avec notamment des héroïnes légèrement trop sexy pour être vraies.
Mais The Americans reste une très bonne série qui a le mérite, pour une série américaine, de faire passer ceux qu'on qualifierait habituellement de "méchants" pour les héros et le FBI, si souvent adulé dans le cinéma américain, pour l'ennemi.

Pour la petite anecdote, le scénario a été écrit par un ancien agent de la CIA, Joe Weisberg, qui a puisé dans sa propre expérience pour décrire au mieux le milieu de l'espionnage américain.(à lire, l'interview du scénariste dans Télérama) Et c'est probablement la clé du succès de cette bonne série !
Personnellement je trouve la saison 2 encore plus captivante que la première. Que nous réserve la troisième ?

The Americans / série américaine réalisée par Joe Weisberg, avec Keri Russel, Matthew Rhys, Noah Emmerich, etc. Saison 1 et 2. 2013-2014. Saison 3, 2015.

mercredi 10 juin 2015

Plongez dans les années 80 et suivez la réalisation du premier PC dans "Halt and catch Fire" !

"Halt and catch Fire" fait référence à une instruction en informatique qui ferait surchauffer les composants jusqu'à ce qu'ils prennent feu. Le titre est donc plutôt bien trouvé pour cette série qui se déroule au début des années 1980, au Texas, et dépeint les prémices de la révolution informatique et du développement des premiers ordinateurs personnels, les fameux PC.


L'histoire : Joe MacMillan est un ancien employé d' IBM qui arrive chez Cardiff Electric, une petite entreprise d'électronique, bien décidé à concurrencer son ex-employeur sur le marché des ordinateurs en proposant un nouveau modèle de PC. Ambitieux et déterminé, il convainc le directeur de lancer une nouveau projet qui révolutionnera le domaine informatique. Pour cela, il s'associe à un ingénieur, Gordon Clarck et recrute une jeune geekette tête brûlée, Cameron, pour construire l'OS.

Bande-annonce de la saison 1 :



L'histoire tourne évidement beaucoup autour de la construction de ce nouvel ordinateur et les connaisseurs apprécieront la précision des termes techniques employés et le sens du détail qui est apporté au scénario. Oui, vous entendrez beaucoup parler d'OS, de processeur, de software, de hardware et j'en passe. Mais n'ayez pas peur si vous êtes des novices comme moi, car, bien que les premiers épisodes semblent un peu longs, on finit par être absorbé par l'intrigue. Au delà des enjeux informatiques, l'intérêt de la série tient beaucoup aux relations entre les personnages et, notamment, à la complexité du personnage central, Joe, interprété avec beaucoup de justesse par Lee Pace (Le Hobbit, Lincoln...). En effet, ce dernier est un personnage ambigu et mystérieux, à la fois bellâtre carriériste, égocentrique et manipulateur et visionnaire prodige. Mais qui est réellement Joe ? Pourquoi est-il parti d' IBM ? Pourquoi est-il si renfermé ?

Joe

Quant à Gordon, il a déjà donné beaucoup d'énergie il y a quelques années pour développer un ordinateur, sans le succès escompté. Alors qu'il mène désormais une vie bien rangée, il voit tout son quotidien bouleversé lorsque Joe lui demande de relancer un projet révolutionnaire. Cela va lui demander beaucoup de temps et d'énergie au risque de fragiliser sa santé et sa vie de famille. Heureusement qu'il peut compter sur sa formidable épouse Donna.

Gordon, Cameron et Joe

Cette série est très instructive même pour les novices en informatique comme moi. Elle nous plonge dans l'histoire de la Silicon Prairie, au Texas, le bassin d'innovation qui précéda la Silicon Valley en Californie. Y est dépeint avec brio ce qu'a dû être l'invention du premier P.C., à travers fonctionnement de cette société fictive, "Cardiff Electric". On oublie souvent les heures de travail, de recherches et d'études sur un marché très concurrentiel qui furent nécessaires à la création d'un ordinateur. Alors oui, on sourit devant leurs supers machines modernes pour l'époque et qui ressemblent à un vieux minitel old school faisant des bruits bizarres. Mais on prend conscience aussi que toutes les évolutions technologiques de ces dernières années sont le fruit d'années de travail pour des ingénieurs, des chercheurs/ses et des informaticien-ne-s. Et que les prémices de ces bouleversements informatiques datent tout juste d'il y a vingt ans !

Cameron en train de travailler

Les femmes sont également à l'honneur dans cette série : que ce soit la très douée Cameron, garçon manqué, geek asociale et génie de l'informatique ou la femme de Gordon, Donna, brillante informaticienne qui a mis sa carrière entre parenthèse pour pouvoir élever leurs enfants mais qui sort progressivement de l'ombre. Non seulement elle est canon, discrète, super cool mais en plus elle est super douée.
Bref, les filles dans cette série sont des pros et ont un rôle déterminant dans cette révolution informatique. Mais difficile de se faire une place dans un monde d'hommes!

Donna et Gordon Clark

Halt and catch fire est une série à  l'ambiance très policée. On est entièrement plongé dans les années 80, un grand soin a été apporté aux décors et aux détails pour créer un univers un peu vintage. S'ajoute à cela une bande son sympa des années 80 avec des morceaux de The Clasch, XTC, The Ruts, Elton Johns, Big Boys, ... ce qui contribue beaucoup à l'ambiance grunge de la série !

Bien que l'intrigue soit assez simple finalement, chaque épisode est plein de rebondissements et nous maintient en haleine (vont-ils enfin réussir à sortir ce fameux ordinateur?), et ce, qu'on soit familier ou non du le milieu de l'informatique.
Par moment, la série me fait penser à Mad Men, de part l'ambiance générale qui s'en dégage, la description de la vie d'entreprise et l’ambiguïté du personnage central. Mais un Mad Men version eighties, geek et grunge ! On peut aussi songer à Master of Sex pour le coté sombre et la personnalité complexe du personnage central, égocentrique et manipulateur.


Bref, Halt and catch Fire c'est de superbes acteurs jouant des personnages ambigus, un sujet intéressant, une ambiance so eighties, des bonnes musiques...
La suite bientôt dans la saison 2 !

Halt and catch fire, saison 1. Série américaine réalisée par Christopher Cantwell et Christopher C. Rogers (2014) avec Lee Pace, Scoot McNairy, Mackenzie Davis ... 10 épisodes de 42 minutes.


Note de janvier 2016 (attention possible spoil pour ceux qui n'ont pas vu la saison 1 ! ) :

Dans la saison 2, les femmes prennent le pouvoir ! Cameron et Donna ont créé Mutiny, leur boite de création de jeux en ligne basé sur la participation de chacun.

L'équipe de Mutiny

Une bande de jeunes geeks inventent et créent des jeux vidéos tout en essayant de proposer de nouveaux concepts. Mais pour se faire connaitre et garder la tête hors de l'eau, les deux jeunes femmes vont devoir se battre, trouver des partenaires notamment pour obtenir un réseau.

Cameron et Donna

Gordon, quant à lui, a touché une grosse enveloppe suite à son licenciement de Cardiff Electric et cherche une idée lumineuse dans son garage. En attendant, il s'occupe de ses filles mais le couple qu'il forme avec Donna semble battre de l'aile.

Gordon

Enfin, Joe est toujours aussi déterminé, arriviste et lunatique. Il est à la recherche de l'idée lumineuse qui le fera devenir le héros de l'informatique. Il se fait embaucher par l'entreprise pétrolière de son nouveau beau-père après s'être fait grillé dans le milieu de l'informatique. Toujours plein d'idées, dégourdi et manipulateur, va t-il réussir à sortir du lot? Que va t'il se passer lorsqu'il va revoir son ex copine Cameron?

Joe

Cette saison 2 est tout aussi autant réussie que la première, voir plus. L'ambiance eighties est toujours aussi bien retranscrite, les précurseurs de l'informatique, héros de cette série, sont des sortes de punks anarchistes très cool qui veulent oeuvrer pour la communauté.
A l'heure où émerge un certain concurrent japonais nommé Nintendo ainsi que diverses entreprises américaines dans le domaine des logiciels ou des moniteurs, à l'heure où l'appel de la Californie comme berceau des innovations se fait de plus en plus sentir, nos geeks préférés doivent se battre sur plusieurs fronts pour faire émerger leurs idées ! Et tout doucement, en toile de fond, née l'idée de'un grand réseau et les prémices d'Internet.

Au gré des épisodes, cette saison s'attarde davantage sur les relations entre les personnages, notamment les relations de couples entre Gordon et Donna. Au centre également, le caractère déterminé et impulsif de Cameron et surtout la personnalité ambigüe de Joe, l'éternel électron libre qui semble incontrôlable.

Joe

Grâce à son coté rétro, son ambiance cool et punk, des personnages ambigüs mais attachants et une aventure informatique qui parvint à captiver même les novices, cette série reste absolument passionnante, qu'on soit geeks ou non !

Par contre, c'est déjà fini ! J'ai été déçue d'apprendre que cette saison 2 était la dernière, déjà...

Halt and Catch Fire, saison 2 Série américaine réalisée par Christopher Cantwell et Christopher C. Rogers (2015) avec Lee Pace, Scoot McNairy, Mackenzie Davis. 10 épisodes.

dimanche 7 juin 2015

Ibeyi, un duo à part, entre soul, pop et musique du monde

Article mis à jour le 06/10/2017.
>>Voir plus bas mon avis sur le nouvel album (et le nouveau concert)

Billet de juin 2015

Cela fait longtemps que je n'ai plus parlé de musique sur ce blog. Déjà, parce que j'en écoute moins qu'avant mais aussi, et surtout, parce que j'ai beaucoup plus de mal à dire pourquoi j'aime bien un groupe ou une musique contrairement à un film ou un livre où les mots me viennent beaucoup plus facilement.
Je vais essayer de remédier à cela en vous parlant aujourd'hui d'un duo musical que je connaissais déjà un peu mais que j'ai pu vraiment découvrir et apprécier en concert.
Il s'agit d'Ibeyi, un duo formé par deux jumelles franco-cubaines âgées d'à peine vingt ans, Lisa et Naomie. Nées d'un papa cubain et d'une maman vénézuélienne, elles ont baigné dès leur plus jeune âge dans la musique (leur papa était un percussionniste renommé qui a joué notamment dans le Buenos Vista Social Club) et leurs influences musicales sont variées, allant de la soul, au jazz, en passant par le hip-hop et la musique traditionnelle Yoruba.


En effet, les jumelles affirment haut et fort leur héritage Yoruba, cette langue et culture provenant des anciens esclaves du Nigéria et du Bénin envoyés à Cuba.
Elles expliquent cet héritage en début de concert en précisant que le mot I-Bey-I signifie "jumeaux" en yoruba. Elles allument ensuite deux petites bougies en hommage sans doute à leur père et leur grande soeur récemment disparus. Leur père qui leur a transmis tout un héritage musical puisque l'instrument privilégié de Naomie est le cajon, une percussion sud-américaine en forme de boite perçée. 
Après cette introduction touchante, elles entament directement un chant à capella et on est d'emblée scotché par leurs voix chaudes et puissantes. Leur musique oscille entre soul, musique du monde et pop.
S'en suit une heure de concert où l'on ne s'ennuie pas un seul instant.

mama says

Les deux jeunes femmes chantent la plupart du temps d'une même voix, souvent à cappella pour commencer, puis se rajoutent les instruments, piano (joué par Lisa) puis percussions (jouées par Naomie).

chant yoruba a cappella :


Pour résumer, Ibeyi c'est un duo entre tradition et modernité, qui revendique un fort héritage familial et culturel avec les chants yoruba mais n'hésite pas à exploiter des sons plus modernes, à la fois pop, électro et hip hop.

Ghost :

Ibeyi c'est aussi un duo entre grâce et puissance, grâce par la simplicité et gentillesse qui émanent des deux jeunes femmes, puissance par la force de leur voix et des chants à cappella à vous donner des frissons, même par un temps caniculaire. Âgées d'à peine vingt ans, elle ont une maturité et une maîtrise de la scène assez bluffante.

Enfin, Ibeyi c'est un duo en toute sobriété, puisque les deux soeurs font tout elles mêmes : les chants, les percus, le lancement des sons... Et ça fait plaisir de voir un groupe jouer de manière sobre, sans artifice, avec le sourire et une joie de vivre vraiment communicative. En effet, Lisa et Naomie sont adorables, toutes souriantes, contente d'être là et de partager leur musique avec le public. Un enthousiasme et une énergie communicative.

River (live)

L'écoute du disque et différente, plus posée, plus musicale contrairement au concert où les voix ressortent davantage. Mais dans les deux cas, j'adore.



Ibeyi / Ibeyi, 2014
http://www.ibeyi.fr/


Concert du 5 octobre 2017


Revoir Ibeyi sur scène deux ans après et toujours autant apprécier cet attachant duo, c'est prometteur !
Âgées seulement de 22 ans, les jumelles reviennent présenter leur second album intitulé Ash (cendres). Un nouvel album où se font toujours sentir de multiples influences, allant de la musique africaine et latine à l'électro et à la pop. Un joyeux mélange métissé pour un résultat tout aussi riche et foisonnant que le premier album.
La couverture de l'album Ash  a été réalisée par l’artiste JR.


Deathless est un des morceaux phares de ce nouvel album. Une musique assez joyeuse qui raconte en fait une altercation raciste dont a été victime Lisa quand elle avait 16 ans, à Paris.
Chaque morceau est un témoignage sur le monde actuel : le racisme, la féminité, etc. Les deux soeurs chantent souvent en anglais, mais aussi en espagnol et en Yoruba ce qui contribue à l'esprit métissé de ce bel album.

I wanna be like you est un morceau écrit par Lisa pour dire son admiration pour sa soeur Naomi.



L'album est à découvrir sur Deezer.



Sur scène, c'est toujours un plaisir de voir ces deux soeurs si complices et pleines de joie de vivre, d'une simplicité attachante. Vêtues de leurs combis rouges, elles dégagent plein de bonnes vibes et une énergie communicative. Leurs chants a cappella sont toujours aussi magnifiques : leurs voix chaudes nous envoûtent littéralement et on est comme fascinés par leur présence sur scène ! De plus, Naomi excelle en percussionniste ! Elles utilisent également la technique du looper, comme le fait Jain, pour faire des "boucles". Une musique réfléchie, bien construite, envoûtante, dès fois mélancolique d'autres fois festive.

Le concert fut vraiment agréable, mais 1h15 de live, ça passe super vite quand on est dans de bonnes dispositions !

mercredi 3 juin 2015

La garçonnière : Un roman palpitant, émouvant,surprenant et superbement écrit !

La garçonnière est un superbe roman écrit d'une main de maître par Hélène Grémillon, jeune auteure française qui s'est fait connaitre par Le Confident en 2010  (voir mon avis ici ).
J'ai dévoré ce deuxième roman et le recommande chaudement.
Bien que le titre soit peu évocateur, ce récit parle de l'Argentine post dictature, d'un pays qui tente de tourner la page, d'amour, d'une vie de couple, de sexe, de psychanalyse, de blessures enfouies, d'enfants disparus et bien sûr, de secrets.



L'histoire : en 1987, à Buenos Aires, un psychanalyste, Vittorio, retrouve son appartement saccagé et sa femme, Lisandra, défenestrée. Accusé par la police de l'avoir poussé par la fenêtre, il est alors placé en détention. Mais une de ses patientes, Eva Maria, est  convaincue de son innocence et va mener sa petite enquête. Eva Maria est une femme blessée, solitaire, meurtrie par la disparition de sa fille il y a des années qu'elle pense avoir été kidnappée par la junte. Hantée par ce souvenir, elle se plonge dans cette enquête à corps perdu et n'est pas au bout de ses surprises.
Elle enquête alors sur les proches de Vittorio et notamment ses patients. Puisque le psychanalyste enregistrait toujours la dernière séance de ses patients sur des cassettes, elle a matière à réfléchir.
Ainsi, on est ému en même temps qu'elle par le témoignage d'Alicia, une femme aigrie pleine de regrets, jalouse des femmes plus jeunes et de sa beauté perdue. On est intrigué puis écueuré par le passé de Felipe, un ancien membre de la junte militaire. On est ému et horrifié par le témoignage de Miguel, un pianiste emprisonné par la milice sous la dictature qui a subit les pires atrocités.
Au fur et à mesure de son enquête, Eva Maria découvre que tout le monde a des secrets et pourrait faire un suspect potentiel. Et que les apparences sont souvent bien trompeuses.
Qui était réellement Lisandra? Quel était son secret à elle? Pourquoi est-elle morte?

Sans révéler le dénouement, je peux juste dire que la fin est terrible et complètement inattendue et que c'est vraiment dans les toutes dernières lignes qu'on comprend le titre du roman.
Le plus tragique, c'est que l'auteur indique en prologue que son récit est inspiré d'une histoire vraie.

L'écriture est originale, remarquable. C'est un mélange de genres narratifs et de figures de style, avec, par exemple, des passages sans ponctuation ou d'autres avec des phrases très courtes. Cela rend son écriture souvent percutante, directe, et a pour effet de mettre le lecteur à bout de souffle tout comme les personnages et de le tenir en haleine tout au long du roman. Un style qui est pour beaucoup à la réussite de ce formidable roman, entre thriller psychologique, enquête, témoignage historique et drame intimiste.
A lire rapidement !



Quelques citations :

"quarante-neuf cinquante cinquante et un cinquante-
Vittorio c'était le bon elle l'a tout de suite senti

deux cinquante-trois cinquante-quatre cinquante-cinq
ses questions ses réponses et même leurs silences leurs

cinquante-six cinquante-sept cinquante-huit cin-
désaccords elle a toujours été à l'aise avec lui jamais

quante-neuf soixante soixante et un soixante-
nias ou arrogant ni jamais insidieux quand elle avait

deux soixante-trois soixante-quatre soixante-cinq
envie de rire c'était une envie de rire complice pas

soixante-six soixante-sept soixante-huit soixante-neuf
une envie moqueuse mesquine rire de lui de ses interpré-
[...] " p55.

"[...]On a beau dire, les mots réduisent tout, la parole a beau tenter d'être précise, elle ne pourra jamais rendre compte du dilatement du temps, son débit devrait varier comme un métronome pour respecter l'espace-temps d'une action. La seule chose de bien avec la parole, c'est qu'elle délivre la voix, pour le reste, elle n'est pas fiable.[...]" p 169

"La Monstruosité ne se considère jamais monstrueuse, elle trouve toujours des raisons de s'exercer, en son sein, les actes de torture deviennent des actes de justice, des honneurs même, mais il ne faut jamais excuser les Monstres, jamais, à moins d'être le dernier des salauds."

"Sans souvenirs, nous serions des hommes libres. La mémoire est la mauvaise fée du temps. Les souvenirs en sont les forces obscures. Aucun souvenir n'apporte la joie réelle, la sérénité. Regrets, remords, les souvenirs sont des tas de petites cloches discordantes qui vibrent en nous. Et plus la vie passe, et plus la petite musique des souvenirs dissone"

" Je hurle. Je suis la fille du Temps, je suis la mère de la Justice et de la Vertu. Je me demande pourquoi la Vie ne m'offre pas le pouvoir d'éclater toujours. Je suis La Vérité. Et je hurle de me souvenir." p 323

jeudi 21 mai 2015

Les mondes miniatures et imaginaires de Frank Kunert : une expo photo bluffante!

Je vous invite à découvrir une très belle expo photo actuellement à La Chambre : celle de  Frank Kunert, un artiste allemand qui expose pour la première fois en France. Artiste plasticien et photographe, il créé des maquettes représentant des scènes urbaines et des scènes de vie quotidiennes en pâte à modeler, papier cartonné, accessoires divers et peinture, le tout avec force de détails et dans une ambiance très 80'. Il y ajoute à chaque fois une petite touche décalée grâce à un détail du décors ou une mise en situation étrange, ce qui donne ensuite à la photo un coté poétique ou ironique.

La préparation d'une maquette détaillée lui prend  plusieurs semaines et doit demander beaucoup de patience et de minutie! Je suis admirative du travail de fourmis nécessaire pour réaliser de telles maquettes brillantes de réalisme. Il photographie ensuite ces "mondes miniatures" en quelques secondes. Les photos montrent des scènes très réelles : de prime abord je suis frappée par l'ambiance rétro qui s'en dégage puis par l'aspect poétique, décalé, ironique.
Chaque image sollicite notre imaginaire, nous invite à nous raconter des histoires et pourraient, dans bien des cas, illustrer un conte.

Je vous laisse juger par vous même avec ce petit aperçu de quelques œuvres qui m'ont particulièrement plu.


La maquette de la "grande roue des automobiles" (à gauche) suivie du résultat photographique (à droite), qui fait ressortir toute la poésie qui se dégage de sa création.

Pas besoin de légende pour comprendre l'image ci-dessous, une maquette reproduite avec force de détails de minis objets du quotidien. Entre absurde et vérité... 

Frank Kunert

Une de mes photos préférées, métaphore de la société de consommation et de loisirs. On ne peut que penser à Charlie et la Chocolaterie!

Frank Kunert

Et quelques autres clichés que j'aime beaucoup pour leur coté absurde et fantaisiste mais aussi pour la réalisation tellement réaliste.

Frank Kunert

Frank Kunert

Pour en voir davantage, passez à La Chambre place d'Austerlitz avant le 7 juin, c'est gratuit, près du centre-ville et ça vaut le coup d’œil !

Plus d'infos sur le travail de l'artiste et sur cette exposition sur la page dédié à l'artiste et sur le site de l'artiste : http://www.frank-kunert.de/

Wunderland (Les mondes miniatures) / exposition de Frank Kunert, La Chambre, Strasbourg, du 10 avril au 7 juin 2015.
Entrée libre du mercredi au dimanche.



mercredi 13 mai 2015

Après la prison, retour à la vie normale? Rectify, une belle série à forte dimension psychologique.

Rectify est une série américaine sortie en 2013. La première saison fut diffusée sur ARTE en octobre 2014. Avec un peu de retard, je viens de regarder la première saison de cette belle série qui contient 6 épisodes de 45 minutes environ et se regarde assez rapidement.


L'histoire : Daniel Holden a passé 19 années en prison, accusé d'avoir violé et tué une adolescente de 16 ans alors qu'il en avait 18. Dans le couloir de la mort depuis des années, il finit par être disculpé par des analyses ADN. A sa sortie, sa famille vient l'accueillir avec beaucoup d'émotion.


Daniel doit alors réapprendre à vivre parmi les vivants après avoir passé presque deux décennies, soit toute sa vie d'adulte, dans une pièce sans fenêtres. Il redécouvre des joies toutes simples comme se coucher dans l'herbe, écouter de la musique, voir le soleil se coucher, etc.  Mais ce n'est pas évident de reprendre une vie "normale" après avoir passé autant d'années en prison, d'autant plus que bien des choses ont changé en vingt ans.

Trailer :

Sa famille tente de gérer son retour tant bien que mal : sa soeur Amantha lui est très dévouée et semble avoir vécu toute sa vie pour faire libérer son frère, sa mère s'est retranchée dans sa bulle, son jeune frère, ado, découvre ce grand frère qu'il n'a jamais vraiment connu... Daniel se rapproche également de Tawney, l'épouse de son demi-frère, douce jeune femme très pieuse.
Cependant, Daniel et sa famille doivent  faire face à la méfiance des habitants de cette petite ville américaine, car nombreuses sont les personnes qui le croient coupable malgré sa libération, même parmi la police. Entre crainte et fascination, la petite ville puritaine a des sentiments très partagés envers cet ancien détenu.

Daniel et Tawney

Le personnage de Daniel est froid et mystérieux. L'acteur Aden Young interprète à la perfection cet homme désorienté à sa sortie de prison plongé subitement dans le monde réel. Il semble toujours perdu dans ses pensées, dans la bulle qu'il s'est créé pendant presque vingt ans. Sa retenue et son manque d'émotion en font un personnage très étrange, assez froid. Si on peut se montrer compréhensif ou ému, on s'interroge nous aussi sur sa culpabilité dans l'affaire pour laquelle il a été condamné. C'est très subtile. Cette série me fait penser par moment à Homeland (la sortie de captivité, le retour à la vie normal, le doute sur une éventuelle culpabilité, l’Amérique puritaine...) ou a True Detective pour les longs plans lumineux, la psychologie des personnages.


Le rythme de la série est assez lent, sans être ennuyeux. Pas de long discours dans cette série, mais des dialogues brefs, souvent incisifs. Les plans sont très beaux, quelques fois poétiques. Le générique de la série annonce déjà la couleur.

Générique de la série :


Avant d'être une série policière, Rectify est avant tout le portrait d'un homme que la prison a brisé, la peinture d'une petite ville américaine et un arrêt sur image de la société d'aujourd'hui. C'est davantage une enquête psychologique. L'écriture du scénario révèle une grande sensibilité et dépeint ces personnages avec beaucoup d'émotion, avec de nombreuses ellipses et non- dits, ce qui contribue finalement à la richesse de la série.

Amantha, la soeur de Daniel

Ce qui est sûr, c'est qu'il ne faut pas être pressé dans Rectify mais qu'on ne s'ennuie pas pour autant. De plus, on ne peut qu'être touché par cette histoire qui pourrait être inspirée de faits réels.
On attend la saison 2 avec impatience !