dimanche 25 janvier 2015

Plongée dans les ténèbres de la Louisiane avec "True Detective"

Après avoir entendu tellement d'éloges au sujet de cette série, j'ai enfin vu la saison 1 de True Detective. 

Alors, au risque de subir les foudres de certaines personnes, je dois quand même avouer que j'ai été un peu déçue... Sans doute, à force d'en avoir entendu tellement de bien, je m'attendais à une série vraiment exceptionnelle et, du coup, forcément, le résultat reste en deçà de mes attentes. Mais attention ! Je ne dis pas que je n'ai pas aimé! Il faut aussi que je reconnaisse ne pas être parvenue à finir un des cinq premiers épisodes sans m'endormir... En effet, dans True Detective, le rythme est (très) lent, les dialogues certes intelligents mais souvent longs et, justement, un peu trop "intellectualisés" pour être "true". Cependant, au bout de quelques épisodes, j'ai fini par être happée par l'histoire, le suspens vient progressivement et cette enquête angoissante nous plonge dans les recoins nauséabonds de l'humanité. Donc, après un démarrage laborieux, les deux derniers épisodes sont vraiment prenants et captivants.

Trailer :

L'histoire : Il s'agit d'une série policière se déroulant en Louisiane. Le récit se fait en partie sous forme de flash back : deux anciens flics témoignent aujourd'hui devant leurs "successeurs" de faits remontant  à l'époque où ils étaient coéquipiers et où ils enquêtaient sur une affaire, dans le milieu des années 1990. Une enquête qui semble les avoir beaucoup affectés : la traque d'un malade qui enlevait, séquestrait et torturait des jeunes filles sous couvert de pratiques vaudoues.


La série se joue sur deux époques : De nos jours, où ces deux ex policiers sont interrogés sur les dessous de l'affaire sordide. Et à chaque épisode, on est plongé dans le passé où on en apprend plus sur eux, on découvre la profondeur et la complexité de leur personnalité et de leurs relations. 
Entre leurs difficultés personnelles et une enquête compliquée et malsaine, tout semble avoir mal tourné pour ses deux ex-enquêteurs. L'un est devenu alcoolique après avoir démissionné de la police et l'autre a perdu sa famille. Mais les vieux démons sont toujours présents. De plus, cette affaire est-elle vraiment close?


True Detective est une série très esthétique qui tire toute sa force du superbe jeu d'acteur entre Matthew MacConaughey et Woody Harrelson. De plus, l'ambiance semie mystique, le rythme lent, les dialogues réfléchis et les beaux paysages de la Louisiane contribuent pour beaucoup à l'esthétisme de la série. Par ailleurs, le générique est remarquable, la musique Far From Any Road du groupe The Handsome Family est fabuleuse, à la fois mystérieuse et empreinte de mélancolie, à l'image de la série.


La réalisation est soignée, nous offrant de longs plans sur les grandes étendues de la Louisiane, une lumière magique, une scénographie réfléchie. Toutefois, je ne peux m'empêcher d'avoir un goût d'inachevé à la fin du dernier épisode. Beaucoup de questions sont soulevées tout au long de ces (longs) dialogues durant les 7 précédents épisodes et on obtient que très peu de réponses. Je comprend cette volonté de laisser planer le mystère, mais je trouve qu'il manque quand même des explications, la fin me parait presque trop simple. Peut-être aura t'on des explications dans la saison 2 ? Bien sûr, le final est magnifique, des plans très esthétiques, à l'image de toute la série, mais cela ne fait pas tout.

Pour résumer, c'est une série bien construite, joliment réalisée, superbement interprétée dont l'esthétisme et la mise en scène se rapproche de la superbe série Top of the Lake mais qui ne m'a pas autant transportée que cette dernière.
La saison 2 devrait sortir cet été mais d'autres acteurs interpréteront les rôles principaux, notamment Colin Farrel.

vendredi 16 janvier 2015

La musique comme un combat : impressionnant "Whiplash"

Voici un film étonnant, au scénario simple mais aux performances remarquables, réalisé par un jeune réalisateur américain mélomane, Damien Chazelle.


Whiplash c'est l'histoire d'Andrew, 19 ans, joueur de batterie qui rêve de devenir un musicien de jazz talentueux et reconnu. Il intègre une école de musique prestigieuse de New York où il va rencontrer le célèbre et respecté professeur Fletcher, grand chef d'orchestre. Ce dernier est un être ambigu : caractériel, colérique, perfectionniste, blasé et passionné à la fois, Fletcher est aussi fascinant qu'effrayant. Manipulateur, il souffle le chaud et le froid sur ses élèves, leur affligeant brimades, humiliations, violences verbales voire physiques.

Bande-annonce :

Lorsque Andrew se voit finalement proposer la place de batteur dans l'ensemble de jazz dirigé par Fletcher, il est bien sûr ravi, flatté et motivé. Le jeune homme déborde d'ambition, d'orgueil et de volonté mais il va rapidement se heurter aux méthodes d'enseignement très particulières de cet homme impitoyable. Il va devoir travailler encore et encore pour mériter sa place dans cet ensemble jusqu'à mettre sa vie personnelle de coté et s'éloigner de ses proches.

Andrew

A un moment du film, Fletcher, sous un masque un peu plus humain (mais n'est-ce là qu'une apparence?) avoue à Andrew que c'est dans la violence et la souffrance que sont révélés les véritables génies, que c'est pour cette raison qu'il fait régner la terreur dans ses cours et martyrise ainsi ses élèves. Selon lui, il faut être poussé dans ses retranchements pour sortir le meilleur de soi même. C'est sa pédagogie, très particulière qui fait de lui un professeur émérite...

Fletcher hurlant sur un élève

Whiplash est un film puissant, dur et intense où la tension est permanente. On a sans cesse peur de ce qui va arriver à Andrew et on est bluffé par les superbes performances d'acteur, notamment les efforts physiques qu'a dû fournir Miles Telle, l'acteur jouant Andrew pour jouer de la batterie tel un forcené. L'intrigue du film est construite sur l'opposition entre deux personnalités complexes  : le jeune musicien ambitieux face au professeur sadique, névrosé et manipulateur.

le professeur T. Fletcher

La musique apparaît ici comme un sport de compétition, un univers impitoyable où les musiciens doivent se dépasser pour donner le meilleur d'eux même, cela se faisant dans la sueur, les larmes et le sang.
Sans en révéler davantage, on peut juste dire que le film se clôt sur un concert incroyable où on reste bouche bée.

De manière générale, j'ai apprécié ce Whiplash (le titre vient du nom du morceau de jazz que doit sans cesse répéter Andrew). C'est un film bien construit autour d'un scénario pourtant très simple, mais qui doit tout à l'interprétation des personnages et à la tension que le réalisateur a su maintenir tout au long du film. Toutefois, j'avoue avoir été par moment mal à l'aise face aux bassesses sadiques qu'inflige ce professeur à ses élèves. De plus, le message délivré par le film, à savoir que la douleur est nécessaire à la révélation des talents, peut aussi gêner.
Quoi qu'il en soit, c'est un film qui, à mon sens, ne laisse pas indifférent.

Whiplash / film américain réalisé par Damien Chazelle, avec Miles Teller, J.K. Simmons, Paul Reiser, etc. Sortie en France le 24 décembre 2014.

jeudi 8 janvier 2015

une émouvante famille Bélier

Dès fois, ça fait du bien de voir un film sans violence, sans drame, sans tension. Un film français simple, sans artifice, sans effets spéciaux. Dès fois ça fait du bien de voir une comédie qui s'éloigne un peu des clichés habituels et qui parvint à nous faire rire avec un sujet pas vraiment drôle, le handicap. Mais pas n'importe quel handicap puisque celui-ci est invisible, il s'agit de la surdité.

Bande annonce :

La famille Bélier, c'est l'histoire de Paula, 16 ans, seule entendante dans une famille de sourds-muets. C'est aussi l'histoire de sa famille, de ses parents agriculteurs qui tiennent un élevage de vaches laitières et se montrent très protecteurs envers leurs enfants. La mère, jouée par Karin Viard est très classe en femme d'agriculteur, et François Damien joue un père à la fois rustre et attachant, courageux, qui n'hésite pas à s'opposer au maire de la commune pour faire valoir ses droits.


Paula est très dégourdie pour son âge : elle est le lien entre ses parents et le monde extérieur : elle sert d'intermédiaire avec la banque, les fournisseurs, le vétérinaire, le médecin... Elle est un pilier dans cette famille très unie, aimante qui communique par signes. Malgré toutes ces responsabilités, Paula n'en reste pas moins une adolescente qui veut s'émanciper, qui craque pour le nouveau venu de sa classe ce qui va l'amener à s'inscrire, un peu par hasard, au cours de chants. C'est là qu'entre en scène l’irrésistible Eric Elmosisno qui joue le rôle d'un prof blasé, aigri, fan de Michel Sardou, Monsieur Thomasson, qui va aider Paula à découvrir sa magnifique voix et même la préparer à passer un concours de la maîtrise de Radio France.

Paula

C'est un film sur l'adolescence, la famille, sur les choix de vie. Paula se retrouve face à un dilemme : suivre la voie qui lui est toute tracée à la ferme et aider les siens ou suivre sa voix nouvellement découverte et aller au bout de ses rêves, au risque de se mettre sa famille à dos.

Monsieur Thomasson

Ce film est souvent drôle grâce à la superbe interprétation des acteurs. Il est aussi très émouvant dans sa présentation des relations entre Paula et ses parents. A aucun moment, ces derniers sont présentés comme des personnes handicapées. Jamais Paula ne parle de ses parents pour dire qu'ils sont sourds et muets. Pour eux c'est juste un détail, qui peut certes être discriminant, mais ne les empêche nullement d'avancer dans la vie.

la famille Bélier

En effet, les Bélier ne se considèrent pas comme des personnes handicapées, et à juste titre : ils ont une vie normale, se sont créés une bulle où les intrus, justement, ce sont les "entendants". Ils ont leur propre langage, la langue des signes, et semblent très bien s'intégrer au monde des entendants. Mais les apparences sont souvent trompeuses, et le film met en évidence les efforts mis en place pour dissimuler leurs difficultés, comme cette scène très émouvante, lorsqu'ils assistent à un spectacle de chant de Paula, où tout le monde semble ému par la musique tandis qu'eux font semblant d'être ravis avant de commenter : "la lumière et les costumes étaient très beaux..." Pendant cette scène le son est coupé et on se met vraiment à la place des parents pendant 2 minutes.


Ce n'est pas une comédie bien pensante sur le handicap mais le film met en lumière les qualités et les défauts de cette famille particulière, leur immense amour pour leurs enfants, presque étouffant, l'adolescence et l'affirmation de Paula qui font voler cette bulle en éclat.

Alors bien sûr la fin n'a rien de surprenant, elle est très grand public et télévisuelle, naïve et sympathique. Cependant, j'ai été émue par le portrait qu'est fait de cette famille et reconnaissante qu'enfin un film présente un "handicap" comme une particularité, le tout avec beaucoup d'humour et d'émotion.

La famille Bélier / film français réalisé par Eric Lartigau, avec Louane Emera, Karin Viard, Karin Viard, François Damiens... - 2014

jeudi 1 janvier 2015

"La Tête en l'air" : une belle BD sur le temps qui passe et les souvenirs qui s'en vont

La Tête en l'air est une jolie bande-dessinée abordant avec sensibilité la vieillesse et la maladie d’Alzheimer écrite et dessinée par un espagnol, Paco Roca. 


Ernest a 72 ans. Il vit chez son fils avec sa famille. Mais dès fois il les confond avec des clients de la banque où il travaillait avant. Ernest a la maladie d’Alzheimer et a de plus en plus de mal à être autonome. Aussi, sa famille décide de l'amener dans une maison de retraite.
Ernest se retrouve alors entouré uniquement de personnes âgées, l'analogie avec son entrée à l'école primaire est touchante. Parmi tous ces vieilles personnes, certaines ne savent plus comment elles s'appellent, d'autres tentent de s'occuper comme elles peuvent entre deux repas, en attendant éventuellement des nouvelles de leurs familles...

L'auteur dépeint avec émotion et tristesse la vie en maison de retraite rythmée par les repas et les siestes. Ce n'est pas seulement l'histoire d'Ernest qu'il nous raconte, mais celle de toute une génération. Ainsi, on est ému en voyant ce vieux couple ensemble depuis 60 ans où le mari semble avoir perdu toute notion d'une vie passée, sa femme ne le quittant pas d'une semelle. Ou cette vieille femme qui se croit dans le train de l'Orient Express, cette autre grand-mère qui veut sans cesse téléphoner à sa famille, ce vieillard qui ne fait que répéter inlassablement les paroles des autres, tel un perroquet... Toutes ces situations sont illustrées en montrant les situations dans lesquelles s'imaginent les personnes malades. Cela renforce l'émotion qui se dégagent de ces planches.

Ernest rencontre Emile, un vieil homme mesquin et aigri avec qui il va partager sa chambre. Lorsque ses souvenirs s'envoleront, Emile fera preuve de sollicitude et fera tout pour retarder la perte de mémoire. Il va même organiser une petite escapade, afin d'oublier leurs maux de vieilles personnes, tel des adolescents fugueurs !


Ernest est désemparé lorsqu'il prend conscience par moment que son état se détériore. Mais Emile est là pour lui remonter le moral, retarder les effets de la maladie.


La Tête en l'air est une BD éducative qui nous sensibilise à la maladie d’Alzheimer, à la solitude que peuvent ressentir les personnes âgées. C'est un album empreint de mélancolie et très émouvant.

Cette bande-dessinée a même été adaptée en film d'animation en 2011 (version espagnole) et en 2013 pour la version française.

La tête en l'air / Paco Roca . - Ed. Delcourt, 2013

jeudi 11 décembre 2014

Le Congo en photos

Un peu de photojournalisme avec l'exposition " Dancing ashes" 

La Chambre propose un aperçu du travail d'un jeune et talentueux photographe belge, journaliste de formation, Colin Delfosse.
Les photos exposées témoignent de ses voyages et reportages au Congo entre 2007 et 2014. Il a réalisé plusieurs séries de clichés sur des scènes de vie au Congo.

A voir notamment des photos extraites de sa série sur les catcheurs congolais, ces derniers posant fièrement avant leur combat, déguisés et mis en scène. Cela donne des photos étranges, anachroniques, avec quelque chose d’irréel et de très cinématographique.

© Colin Delfosse, Catcheurs Congolais, Kinshasa, République démocratique du Congo, 2011

© Colin Delfosse, Catcheurs Congolais, Kinshasa, République démocratique du Congo, 2011

D'autres photos témoignent du dénuement de la population, comme en témoignent ce cliché montrant une jeune fille dominant un camps de réfugiés dans la brume. La légende nous apprend que depuis 2012, les tensions ont provoqué le déplacement de plus de 2,2 millions de personnes à l'intérieur du pays. Ces photos à elles seules en disent plus qu'un long article à mes yeux. Elles sont à la fois belles et émouvantes.

© Colin Delfosse


Le photo-journaliste témoigne aussi de la présence importante de l'armée dans ce pays où subsistent de nombreux conflits interethniques.

© Colin Delfosse,

Par ailleurs, Colin Delfosse a immortalisé des scènes religieuses témoignant de la forte présence évangéliste au Congo, comme le montre cette photo de la célébration d'un culte dans un décors digne d'un goûter d'anniversaire d'une fillette de 10 ans !

© Colin Delfosse,

Enfin, on peut voir aussi de beaux paysages africains. Une de mes photos préférées est celle montrant des paysans marchant au bord d'un lac au coucher du soleil, une photo très poétique. Je n'ai pas trouvé cette photo sur Internet, mais c'est aussi un bon moyen pour vous inciter à voir cette petite exposition en passant par la place d'Austerlitz ! (à voir en 10 minutes environ, accès libre et gratuit)

Pour en savoir plus sur le photographe, on peut aller voir son portfolio en ligne.

Dancing Ashes / photographies de Colin Delfosse. Exposition temporaire (du 05 au 21 décembre 2014)  à La Chambre, 4 place d'Austerlitz. (ouvert du mercredi au dimanche après-midi)

dimanche 23 novembre 2014

Dieu me déteste : une écriture légère pour un ode à la vie

Dieu me déteste est un livre écrit sur un ton léger mais abordant un sujet grave : la maladie.
Richard a 17 ans, c'est un ado plein d'humour avec les hormones en ébullition.. Seul petit problème, atteint d'une maladie grave depuis plusieurs années, il vit à l'hôpital, au service des soins palliatif d'où personne ne ressort vivant. Il dit d'ailleurs qu'il est atteint du symptôme DMD : "Dieu me déteste". Ca pourrait être larmoyant et dramatique mais ce roman est un ode à la vie et au courage.


C'est bien difficile pour un ado de rester cloué à son lit, de respecter le règlement strict de l'hôpital, de se résigner en attendant la mort et de voir la désolation dans les yeux de ses proches. Alors Richard décide de profiter du temps qui lui reste. Il sympathise avec Sylvie, une jeune patiente qui, comme lui, est gravement malade. Tous deux décident de faire les 400 coups sous le regard à la fois compatissant du personnel médical. Les infirmier(e)s constituent presque une nouvelle famille pour Richard. Certains se montrent un peu plus permissifs, d'autres apparaissent autoritaires mais font preuve de grand coeur. Toutefois, il est quasiment impossible d'avoir un peu d'intimité dans un hôpital : les parents veillent constamment près de leur(s) enfant(s) malades, tout le monde peut rentrer dans la chambre à tout moment sans prévenir. C'est un peu compliqué quand on a les hormones en ébullition et qu'on souhaite simplement profiter du temps qu'il reste ! En voulant simplement passer du bon temps, il va lui arriver plein d'aventures et il va probablement vivre les journées les plus palpitantes de sa vie. 

L'écriture est fluide, le ton léger. Le narrateur, Richard, a beaucoup d'humour et décrit son environnement avec désinvolture et résignation. Il s'inquiète pour sa maman qui est tellement triste et seule... Sa sollicitude l’étouffe. Il renoue avec sa grand-mère et son oncle Phil qui sont des personnages hauts en couleur. Dans cette histoire, chaque proche gère sa peine et sa douleur d'une autre manière. La copine de Richard, Sylvie, a encore plus d'énergie que lui et remballe quiconque se met en travers de son chemin.
Le récit est souvent métaphorique, que ce soit par rapport au roi Richard, à l'histoire de Roméo et Juliet, et certaines scènes font penser à un duel de western.
Voici donc un récit plein de vie et d'humour pour une histoire sur la maladie et la fin de vie.

jeudi 20 novembre 2014

le pouvoir des mots face à l'oppression : "La voleuse de livres" un beau roman très émouvant

La voleuse de livres est le gros succès littéraire de l'année 2007. Avec sept années de retard, je viens donc de terminer ce beau livre de Markus Zusak. L'auteur est australien et a écrit ce roman à même pas 30 ans. Fils d'une mère allemande et d'un père autrichien, il a dû être particulièrement sensible à l'histoire de l'Allemagne sous le régime nazi. Son roman a rencontré un énorme succès mondial et a même été adapté en film l'année dernière.



En voici un livre original, puisque la narratrice est la Mort en personne. La "grande faucheuse" est très sollicitée pendant cette période de guerre. En effet, l'histoire se déroule en Allemagne, entre 1939 et 1943, à Molching, dans la région de Munich, à quelques kilomètres du tristement célèbre camps de Dachau.

Le récit commence comme une sorte de zoom sur une fillette pour laquelle la Mort s'est pris d'affection. Dans les premières pages, celle-ci présente d'ailleurs l'histoire à venir : "c'est l'histoire de quelqu'un qui fait partie de ces éternels survivants, quelqu'un qui sait ce qu'être abandonné veut dire. Une simple histoire, en fait, où il est question, notamment : 
-D'une fillette;
-De mots;
-D'un accordéoniste;
-D'Allemands fanatiques ; 
-D'un boxeur juif;
-Et d'un certain nombre de vols"
On suit alors l'histoire de Liesel, 13 ans, qui se voit placée dans une famille d'adoption par sa mère qui n'a plus les moyens de l'élever. Durant le trajet qui l'emmène à son nouveau foyer, son jeune frère décède. Cet événement la hantera pendant de nombreuses années. Lors du bref enterrement de celui-ci, Liesel trouve un livre par terre. Même si elle ne sait pas lire, elle est attirée par l'objet et l'emmène avec elle. Arrivée dans sa famille d'accueil, elle fait connaissance avec sa nouvelle maman, Rosa, une femme assez rustre mais qui cache en fait un grand coeur, et de son "papa" tendre et attentionné avec qui elle va très vite se lier. Ce dernier lui apprendra à lire chaque nuit quand elle se réveillera de ses cauchemars. Elle va découvrir alors que le livre qu'elle a "volé" est en fait "le Manuel du fossoyeur" ! Rien de très palpitant pour apprendre à lire, mais pourtant, Liesel le lira attentivement chaque nuit avec son papa.
Elle se lie aussi rapidement d'amitié avec un jeune garçon, Rudy, qui deviendra son compagnon des rues avec qui elle jouera au foot et chapardera quelques pommes.

Mais l'insouciance de l'enfance est bientôt rattrapée par la montée en puissance d'Hitler. Si, au début du roman, le nazisme est plutôt perçut avec légèreté par les enfants, avec les après-midis passées aux Jeunesses hitlériennes, les défilés, le culte du sport, les "Heil Hitler" à tout bout de champs, etc. , l'ambiance se fait de plus en plus grave au fur et à mesure que l'on tourne les pages. Et Liesel se sent vraiment concernée lorsqu'un jour un jeune homme prénommé Max, auquel est lié son papa, se présente à sa maison pour demander de l'aide...

Lorsqu'un autodafé a lieu sur la place du village, quelques livres vont résister aux flammes et ce sera l'occasion pour la jeune fille de "voler" (ou plutôt sauver ! ) un deuxième livre. Or, elle est effrayée lorsqu'elle s'aperçoit que la femme du maire l'a vu faire! Avant de se rendre compte que celle-ci lui ouvrira encore d'autres portes...
La voleuse de livres, c'est  l'histoire d'une fillette d'abord fascinée par l'objet livre qui finit par trouver un véritable refuge dans la lecture. Son talent de lectrice sera même "exploité" lors des attaques aériennes pour calmer les foules ainsi que par sa voisine, une femme taciturne. 

Ce roman témoigne de la guerre vue du coté des allemands qui l'ont subie, c'est un point de vue intéressant car assez méconnu. Car oui, les allemands ont aussi souffert de privations, des bombardements, des persécutions. Et il y a eu des allemands résistants, ou au moins réticents, à la folie du nazisme ainsi que des allemands persécutés.

L'écriture du roman est tantôt poétique, tantôt journalistique, mais toujours très sensible. L'auteur sème par-ci, par-là quelques mots allemands, notamment les "Saumensch" employés à tout bout de champs par Rosa. La forme de l'écriture est également particulière, puisqu'au début de chaque chapitre est présenté une sorte de "liste des grands points" qui vont être abordés ensuite, certains passages sont en gras, d'autres plus centrés etc. ce qui contribue à une certaine légèreté dans l'écriture pour en fait relater des faits assez dramatiques.
La force de ce roman tient également au fait que l'auteur parvint à faire ressortir pour chaque personnage sa part d'humanité, de courage et de tendresse.
Et la narratrice, la Mort, apparaît comme un spectre apaisant, qui prend toujours soin des âmes qu'elle emporte avec elle et pose un regard empli de tendresse et de pitié sur toutes ces pauvres victimes de la Guerre.

La voleuse de livres est un roman bien écrit qui se lit avec facilité, c'une une histoire captivante et intéressante de part le sujet traité et la manière dont c'est raconté. Enfin, c'est un livre très émouvant qu'on est ravi d'avoir lu mais qu'on regrette une fois la dernière page tournée.


Quelques citations :

"[...]Et comme souvent, au moment où j'ai entamé mon voyage, une ombre s'est de nouveau esquissée, un moment d'éclipse final - la reconnaissance du départ d'une autre âme. Car malgré toutes les couleurs qui s'attachent à ce que je vois dans ce monde, il m'arrive souvent de percevoir une éclipse au moment où meurt un humain. J'en ai vu des millions. J'ai vu plus d'éclipses que je ne pourrais m'en souvenir." (p 18)

"[...] Au moment où j'allais glisser mes mains à travers les couvertures, j'ai senti un renouveau, une force contraire qui repoussait mon poids. Je me suis retirée. Avec tout le travail qui m'attendait, c'était bon d'être combattue dans cette petite pièce obscure. Je me suis même offert un petit moment de sérénité, les yeux clos, avant de sortir." (p. 310)

"Combien parmi eux avaien-ils activement persécuté d'autre personnes, enivrés par le regard d'Hitler, répétant ses phrases, ses paragraphes, son oeuvre? [...] J'aimerai beaucoup connaître la réponse à chacune de ces questions, même si je ne peux me prêter à ce jeu. Ce que je sais, c'est que ce soir-là, tous ces gens ont senti ma présence, à l'exception des plus jeunes? [...] Les Allemands terrés dans ce sous-sol étaient dignes de pitié, sans aucun doute, mais au moins ils avaient une chance. Ce sous-sol n'avait rien d'une salle d'eau. On ne les envoyait pas sous la douche. Pour eux, l'existence pouvait encore se poursuivre. " (p. 367)

" Parfois, ça me tue, la façon dont les gens meurent." (p. 450)

"Les bombes arrivèrent. Bientôt, les nuages s'embraseraient et les gouttes de pluie froide se changeraient en cendres. Des flocons brûlants arroseraient le sol." (p. 480)